La construction politique de l’immigration comme problème

Par Saïd Bouamama. Blogue.

 

« Je crois dans notre droit d’asile, mais il est détourné de sa finalité par des réseaux, des gens qui manipulent. […] Nous n’avons pas le droit de ne pas regarder le sujet en face. Devons-nous être le parti bourgeois ou pas ? Les bourgeois ne croisent pas l’immigration. Ce sont les territoires les plus pauvres qui sont le réceptacle. Les classes populaires, elles, subissent le chômage, la pauvreté, mais elles subissent aussi ce sujet »

Emmanuel Macron, 16 septembre 2019


Le discours du président de la République sur « l’immigration » du 16 septembre 2019 n’est pas nouveau en soi. Il illustre un rituel désormais installé et se déclenchant à l’approche de chaque échéance électorale.  Les chefs de l’État successifs de ces dernières décennies se sont tous prêtés à ce rituel consistant à présenter l’immigration comme étant un « problème ». De Chirac à Hollande en passant par Sarkozy, ils ont tous eu leur « débat national » ou leur discours consacré à ce « problème ».  Cette transformation de l’immigration en « problème » est relayée par les médias de masse et « étayée » par de pseudos sondages. La construction politique et idéologique agit dès lors de manière performative c’est-à-dire fabrique la réalité sociale ou plus exactement la perception de la réalité sociale par le citoyen quelconque. Nous sommes ici en présence d’un des terrains essentiels de la lutte pour l’hégémonie culturelle dans laquelle la classe dominante gagne des batailles depuis plusieurs décennies au prix de l’intégration grandissante des thématiques d’extrême-droite dans le référentiel politique et médiatique dominant. 

 

 

La fabrique du « problème » de l’immigration 

 Le décès de Jacques Chirac est l’occasion de rappeler une étape précédente de ce processus progressif de construction de l’immigration comme problème. Au cour d’un diner débat du RPR à Orléans, il déclare il y a près de trois décennies,  le 19 juin 1991 :

Notre problème, ce n’est pas les étrangers, c’est qu’il y a overdose. C’est peut-être vrai qu’il n’y a pas plus d’étrangers qu’avant la guerre, mais ce n’est pas les mêmes et ça fait une différence. Il est certain que d’avoir des Espagnols, des Polonais et des Portugais travaillant chez nous, ça pose moins de problèmes que d’avoir des musulmans et des Noirs […] Comment voulez-vous que le travailleur français qui habite à la Goutte-d ‘or où je me promenais avec Alain Juppé il y a trois ou quatre jours, qui travaille avec sa femme et qui, ensemble, gagnent environ 15 000 francs, et qui voit sur le palier à côté de son HLM, entassée, une famille avec un père de famille, trois ou quatre épouses, et une vingtaine de gosses, et qui gagne 50 000 francs de prestations sociales, sans naturellement travailler ! [Applaudissements nourris] Si vous ajoutez à cela le bruit et l’odeur [rires nourris], eh bien le travailleur français sur le palier, il devient fou. Il devient fou. C’est comme ça. Et il faut le comprendre, si vous y étiez, vous auriez la même réaction. Il faut que ceux qui nous gouvernent prennent conscience qu’il y a un problème de l’immigration, et que si l’on ne le traite pas et, les socialistes étant ce qu’ils sont, ils ne le traiteront que sous la pression de l’opinion publique, les choses empireront au profit de ceux qui sont les plus extrémistes[i].

La logique est exactement la même que celle du chef d’État actuel. Elle commence par la pose d’un constat que personne ne contestera : les difficultés économiques et sociales des travailleurs et citoyens  français des classes populaires. Elle se poursuit par l’affirmation d’une attribution causale c’est-à-dire par la désignation  d’une cible : ces difficultés sont liées à l’immigration. Elle se prolonge par un discours de pseudo-quantification : « l’over dose » de Chirac et le « détournement » de Macron. Elle se continue par une caractérisation : le « il y a un problème de l’immigration » de Chirac » et le « elles [les classes populaires] subissent aussi ce sujet » de Macron. Elle se termine enfin par un discours de la peur : Ne pas mettre le sujet de l’immigration en première place de l’agenda politique c’est faire le jeu des « extrémistes ». Le double avantage tactique d’une telle logique saute aux yeux. Le premier est l’évacuation des autres attributions causales au constat de paupérisation des classes populaires. Le second est le renforcement du modèle du bipartisme à l’approche d’une échéance électorale (régionales de 1992 et municipales de 2020) : la droite/« les plus extrémistes » de Chirac, les Nationalistes/les progressistes de Macron.

Les effets structurels de la mondialisation capitaliste mal-nommée « néolibéralisme » peuvent en effet se résumer en un gigantesque transfert de « revenus » des classes populaires et de la petite bourgeoisie  vers les classes dominantes. Les quatre dernières décennies se caractérisent en effet par un partage de la valeur ajoutée en faveur du capital. « En France et en Allemagne par exemple, la part salariale a perdu 3 points tous les dix ans en moyenne depuis 1980[ii] » fait remarquer l’économiste Sophie Piton. Plus de 10 % supplémentaire de la valeur ajoutée annuelle est ainsi transférée. Avec un Produit Intérieur Brut se montant en 2018 à plus 2900  milliard de dollars cela signifie que plus de 290 milliard supplémentaires ont ruisselé du travail vers le capital pour cette seule année en comparaison avec 1980. Jusque 2012 ce transfert massif de richesse se réalise au détriment des classes populaires. Depuis il s’est élargi à la petite bourgeoisie mal-nommée « couches » ou « classes » moyennes essentiellement sous la forme d’une stagnation des revenus et d’une hausse de la pression fiscale. « Depuis 2012 est enclenché un mouvement double, qui repose sur la mise à contribution des classes moyennes et sur des avantages accordés aux revenus les plus élevés[iii] » résume l’ancien président de l’APEC (Association pour l’emploi des cadres). Paupérisation des classes populaires et déclassement de la petite bourgeoisie sont les deux résultats concrets de la mondialisation capitaliste.

L’ampleur du transfert de richesse est telle qu’elle rend obsolète le discours idéologique de légitimation antérieur. Celle-ci était résumée par Valéry Giscard d’Estaing en 1984 dans le titre de son livre « Deux Français sur trois[iv] » présentant une image de la société française constituée d’une majorité de « classes moyennes », d’une minorité déclinante de pauvres et d’une petite élite riche. L’obsolescence du discours idéologique de légitimation se concrétisera par la construction de l’immigration comme problème. Les sans-papiers qui submergeraient la société française, le foulard qui menacerait la laïcité, l’identité nationale qui serait en danger, etc., ces thèmes qui ont fait l’objet de déclarations solennelles et de débats nationaux initiés par les plus hautes autorités de l’État apparaissent comme des étapes de ce processus de fabrication.

 

La contribution médiatique

L’État n’est pas le seul acteur actif dans le processus de fabrique du « problème ». La contribution des grands médias publics et privés est essentielle pour rendre crédible auprès du citoyen ordinaire une affirmation sans fondements matériels objectifs. Les outils de crédibilisation essentiels sont au nombre de trois : l’apeurement, les chroniqueurs, la grille culturaliste de lecture. L’apeurement prend d’abord la forme de campagnes sensationnalistes transformant un fait divers marginal et découpé de son contexte explicatif en réalité généralisée menaçante. Les « prières de rue » par exemple ont fait l’objet d’une multitude d’articles et de reportages en dépit de leur caractère marginal et des explications liées aux facteurs locaux. Le vocabulaire de ceux-ci se situe significativement dans « le champ lexical de l’occupation et de la résistance » conditionnant ainsi « la manière dont le « problème musulman est mis en mots et en « maux » »[v].  L’annonce d’un péril imminent emprunte ensuite la voie de titres anxiogènes de grands hebdomadaires dont l’affichage régulier dans tous les kiosques démultiplie l’impact. Comme le souligne Julien Salingue : « Ce ne sont pas simplement des « unes » portant sur « le sujet de l’islam ». Ce sont des couvertures inquiétantes, menaçantes, racoleuses. Elles renvoient toutes, sans exception, une image négative de l’islam, en faisant des généralités abusives (« L’occident face à l’islam », « Islam : les vérités qui dérangent », etc.), en se centrant sur des pratiques ultra-minoritaires (« Enquête sur le djihad en France », « Burqa : ce qu’on ne dit pas », etc.), ou en employant de manière performative le mot « peur »[vi]. » Des « Unes » aussi inquiétantes se sont également multipliées à propos du nombre d’immigrés, de la dite « crise migratoire », du « communautarisme », des « territoires perdus de la république », etc.

Le second vecteur médiatique de la mise en crédibilité du « problème » est la multiplication des chroniqueurs proclamés « experts » de l’islam, de la laïcité, de l’immigration, etc. Par le biais d’émissions régulières, ces nouveaux acteurs médiatiques contribuent à l’actualisation permanente d’un climat de dangers et de menaces dont l’attribution causale est univoque : l’immigration. Eric Zemmour, Charlotte d’Ornellas, Renaud Girard, Alain Finkielkraut, Eugénie Bastier, Elisabeth Levy, Yvan Roufiol, Charles Consigny, etc., forgent à longuer d’antenne la crédibilisation de l’affirmation d’une immigration posant « problème ».  » Les exemples sont légions, d’Ivan Roufiol affirmant que  » 50 % des jeunes musulmans des cités se réclament de l’État islamique » sur la base d’un sondage inexistant à Eric Zemmour ou Charlotte d’Ornellas, grands agitateurs des peurs sur « l’immigration massive » qui brandissent régulièrement l’épouvantail des 400 000 ou 200 000 nouveaux étrangers de plus par an » soulignent justement le sociologue Patrick Michel et la journaliste Pauline Perrenot[vii].

Le troisième chemin de la crédibilisation est la diffusion de grilles culturalistes de lecture.   Particulièrement usitées à propos de toutes les questions « liées à l’islam », les explications culturalistes sont devenues dominantes dans nos médias sur l’ensemble des questions « liées» ou plutôt « reliées » à l’immigration : sans-papiers, délinquances, quartiers populaires, etc. La logique de ces explications dominantes est résumée comme suit par le géo-politologue Karim Émile Bitar :

L’analyse du traitement médiatique de quelques événements récents illustre parfaitement la rémanence de ces prismes déformants. Quand ils évoquent les attentats-suicides en général, un événement géopolitique majeur comme la guerre de janvier 2009 à Gaza, un fait divers plus anecdotique comme le lancer de chaussure du journaliste irakien Mountazar El Zaïdi contre le président américain George W. Bush en décembre 2008 ou encore les débats intellectuels français et européens sur les questions de la laïcité, de la diversité culturelle ou du postcolonialisme, les médias continuent pour la plupart à occulter les contextes économiques et sociaux, à minimiser les enjeux géopolitiques et à considérer que les conflits ou différences de points de vue s’expliquent essentiellement par des facteurs « culturels » ou « religieux », souvent considérés comme immuables[viii].

Le culturalisme ainsi diffusé est particulièrement efficace en raison de l’héritage de plusieurs siècles d’esclavagisme et de colonisation dont la justification s’est déployée par un dispositif culturaliste de propagande : mission civilisatrice, racisme biologique, théorie des peuples-enfants, etc. Non déconstruit (ni en politique, ni dans les médias, ni à l’école, etc.) au moment des indépendances ce culturalisme latent tend à devenir patent du fait de  l’autorisation des « experts ». L’apeurement suscité par ces outils médiatiques imbibe alors le corps social suscitant des recherches du « coupable ». Le Sans-papier essentialisé des experts médiatiques qui submerge la France prend le visage de ce noir que l’on agresse dans le métro en pensant faire un acte de résistance comparable aux résistants antinazi. La femme voilée essentialisée s’incarne dans cette jeune-fille que l’on dévoile de force dans la rue en pensant défendre la laïcité menacée. Le « djihadiste » essentialisé se concrétise dans ce jeune basané que l’on tabasse en croyant défendre la République. Si les mots utilisés pour parler de « l’immigration » transforment celle-ci en « maux », il ne faut pas s’étonner ensuite que ceux-ci suscitent des velléités de les résoudre par l’action et le passage à l’acte.

 

La preuve par les sondages 

La pratique exponentielle des sondages contribue également au processus de fabrique du « problème ». Un sondage Ipsos-Sopra Steria est ainsi rendu public le même jour que l’allocution du président de la République. Il souligne que 64 % des français ont l‘impression « qu’on ne se sent plus chez soi comme avant[ix] ». Le simple fait qu’une telle question ait pu être posée est significatif de notre séquence historique. Il y a moins d’un an, début décembre 2018, un autre sondage IFOP réalisé par le J.D.D. mettait en exergue qu’ : « Une nette majorité de Français (60%) considère que l’accueil d’étrangers n’est plus possible du fait des différences de valeurs et des problèmes de cohabitation. Une part quasi identique estime qu’il joue un rôle négatif pour l’identité française et pour la cohésion de la société[x]. » La question à l’écoute de ces sondages redondant est de savoir ce que signifie ces réponses : révèlent-elles la hiérarchie des problèmes sociaux ou soulignent-elles simplement l’efficacité des discours politiques et médiatiques de fabrique du « problème de l’immigration » ?  La boucle est bouclée : l’efficacité de la fabrique politique et médiatiques de l’opinion est mesurée et quantifiée par des sondages qui servent ensuite de point d’appuis pour légitimer l’opinion fabriquée.

Au besoin si l’efficacité est incertaine, le choix des items et des questions, permet de limiter les incertitudes des réponses. La caricature en la matière revient au parti présidentiel lui-même et à la fondation Terra Nova. Ceux-ci initient en juin 2018 un questionnaire aux items éloquents que les répondants  renseignent avec la classique palette allant du « tout à fait d’accord » au « tout à fait en désaccord ». La simple lecture des items souligne le caractère construit des sondages et ici en l’occurrence construit selon une logique idéologique précise : « L’Islam est une menace pour l’occident » ; « Il y a trop d’immigré en France » ; « on ne se sent pas chez soi comme avant » ; « les enfants d’immigrés nés en France sont des Français comme les autres » ; etc.

Au-delà de cette caricature la valse même des sondages et leurs échos médiatiques contribuent à forger l’opinion sur l’affirmation de l’existence d’un problème. Ainsi par exemple notre été fut parsemé de sondages convergeant vers l’idée d’une approbation par les français du refus d’accueillir l’Aquarius et plus largement vers l’idée d’un accueil trop important d’immigrés : La première salve est tirée le 18 juin par le sondage OpinionWay qui conclut que 56 % des français refuse l’accueil de l’Aquarius ;  Deux jours après c’est au tour d’un sondage IFOP pour Atlantico de faire monter ce pourcentage à 67 % ; 8 jours ensuite un sondage Odoxa pour le Figaro indique que 60 % des français considère que la France accueille trop de migrants ; Le 18 août un nouveau sondage IFOP chiffre cette opinion à 54 % ; Le 16 septembre est publié le sondage IPSOS précédemment cité ; Le 27 septembre un sondage Odoxa indique que 74 % des français approuve le refus d’accueillir l’Aquarius.

Il ne s’agit pas ici d’un refus des sondages en eux-mêmes. Ce qui est en cause ici c’est la signification et les effets de la multiplication de ceux-ci autour de la même obsession (y a-t-il  trop d’immigrés). Quand les mêmes questions reviennent sans cesse et donnent lieu au même traitement politique et médiatique, elles finissent par acquérir un statut de vérité par banalisation. Ce qui est également en question se sont les grilles de lecture culturaliste sous-jacentes aux questions  reliant arbitrairement deux données (islam et laïcité, chômage et immigration, sans-papier et crise de l’accueil d’urgence, etc.) porteuses d’angoisses faisant écho aux peurs diffusés par les discours médiatiques. Ce qui est aussi à interroger c’est le principe même d’interroger les Français sur certaines questions. « La question de savoir s’il y a « trop d’immigrés » appelle des réponses subjective difficile à interpréter[xi] » résume le sociologue François Héran. On ne le répétera jamais assez les sondages ne mesure pas si une question est un problème objectif, ils révèlent une subjectivité pouvant découler de l’expérience personnelle du répondant mais aussi du poids de « l’arôme idéologique immédiat » comme dirait Gramsci c’est-à-dire du degré d’efficacité des discours politiques et médiatiques dominants. Ce qui est enfin à questionner c’est l’utilisation politique et médiatique des sondages.  Pierre Bourdieu nous alerte déjà en 1993 sur la nouvelle fonction idéologique des sondages à l’âge du capitalisme mondialisé :

« Nous sommes entrés dans l’ère de la démagogie rationnelle ou rationalisée. La logique du plébiscite, qui est celle du sondage ou de l’interview de télévision à chaud, ou de l’audimat, ou de l’enquête de marketing commercial ou politique, peut reconduire aux formes les plus primitives de la barbarie, contre laquelle toutes les institutions démocratiques, parlementaires et judiciaires notamment, ont été construites[xii]. »

Discours politiques dominant, traitements médiatiques  univoque et  couverture pseudo-scientifique des sondages constituent les trois principales machines de la fabrique de l’immigration comme problème.  Prévenons la critique : nous ne faisons appel à aucune hypothèse conspirationniste. Nous sommes simplement en présence de la lutte pour l’hégémonie culturelle qui comme le soulignait Gramsci est une des dimensions essentielles de la lutte des classes.

 

Fascisation et lutte pour l’hégémonie culturelle 

Pendant que Macron apporte une nouvelle fois sa contribution à la réduction de l’immigration à un problème, Marion Maréchal Le Pen, organise une « convention de la droite ». Un des chroniqueurs les plus invités dans nos médias de masse, Eric Zemmour, y défend la thèse d’une immigration « colonisatrice » se traduisant par une « islamisation » de la société française. Il défend sa thèse en affirmant que nous assistons à un  «remplacement de notre peuple par un autre peuple et une autre civilisation» et explique qu’il y a « continuité entre les vols et des viols et les attentats : ce sont les mêmes qui les commettent». Il précise enfin le combat à mener, celui d’une guerre de libération nationale : « les jeunes Français vont-ils accepter de vivre en minorité sur la terre de leurs ancêtres ou bien se battre pour leur libération ?[xiii]».

L’objectif affiché de cette convention est double : « relever les défis identitaires auxquels sont confrontées les nations occidentales au XXIe siècle » et « réarmer intellectuellement la droite ». L’énoncé des objectifs met en exergue que l’extrême-droite a lu Antonio Gramsci et mène pas-à-pas le combat pour la conquête de l’hégémonie culturelle qu’elle a justement analysée comme condition majeure de son arrivée au pouvoir. La « convention de la droite » tire le bilan des étapes passées de ce combat et fixe l’étape actuelle : la conquête du pouvoir à court terme. La convention elle-même n’est pas sans rappeler l’acte de naissance de ce réarmement idéologique datant de la décennie 70 et des écrits  du GRECE (Groupement de Recherche et d’Etude pour la Civilisation Européenne) d’Alain de Benoit. L’ambition de ce « groupement de recherche » est déjà le réarmement idéologique pour faire sortir le fascisme de la marginalité qui le caractérise depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Pour ce faire il n’hésite pas à emprunter au théoricien marxiste Gramsci pour proposer la fondation d’un « Gramscisme de droite ». Dans cette perspective cette « droite extrême » considère que la victoire culturelle et idéologique prépare les conditions de la victoire politique » résume l’ancien directeur du CEVIPOV[xiv] Pascal Perrineau. Le seizième colloque du GRECE en 1981 s’intitule significativement « Pour un Gramscisme de droite[xv] ».

Imposer des thèmes et un vocabulaire dans le débat public, politique et médiatique d’une part et faire basculer les logiques explicatives du social à l’identitaire, de la classe et des rapports sociaux à la « nation » d’autre part sont les deux vecteurs essentiels utilisés pour cette offensive idéologique fasciste. La phrase tristement devenue célèbre de Laurent Fabius en 1984 (« Le FN pose de bonnes questions mais apporte de mauvaises réponses ») marque une première étape de réussite de ce « gramscisme » de droite. Désormais se sont les mots et les thèmes de l’extrême-droite qui dicte l’agenda politique, qui contraignent la droite à se « radicaliser » et la gauche à multiplier les emprunts au vocabulaire et aux logiques que veut imposer la nouvelle hégémonie culturelle en construction. Islam, communautarisme, insécurité, identité, laïcité deviennent ainsi progressivement les thèmes dominants de l’agenda politique des gouvernements de droite et de gauche. « Grand remplacement », « racisme anti-blanc », « identité nationale », « crise migratoire » s’imposent pas-à-pas comme champs sémantique dominant.

Bien entendu l’intelligence d’une stratégie ne peut expliquer à elle seule les progrès de cette « lepénisation des esprits ». C’est à la faveur d’un contexte économique, politique et social précis marqué par des caractéristiques de « l’adversaire » que se réunissent les conditions de possibilité et de réussite de la nouvelle stratégie fasciste : effets de la disparition de l’URSS sur les horizons d’espérances des classes populaires, paupérisation et précarisation massive perturbant les sociabilités populaires et les modes de transmission de l’histoire et des valeurs politiques dans les classes populaires, mutation des repères « socialistes » et communistes » vers l’abandon de la perspective d’une transformation radicale du système de domination au profit d’une logique « libéral-libertaire » teintée de postmodernisme diffusant l’illusion d’une libération individuelle et de groupe sans transformation globale, héritage colonial, jamais pris au sérieux, imbibant la pensée dite de « gauche », etc.

Force est de constater que les dégâts sont concrets : le racisme d’en haut a fini par imbiber une partie non négligeable de la société française, la fascisation de l’appareil d’Etat a commencé à prendre des allures dangereuses, les méthodes de la violence policière expérimentées pendant des années contre les quartiers populaires s’est généralisée à l’ensemble des mouvements sociaux, etc. C’est dire l’urgence d’un sursaut collectif dont on peut dessiner quelques conditions de possibilité : le refus sans nuance du vocabulaire de l’ennemi (racisme anti-blanc, crise migratoire, communautarisme, etc.), le recentrage sur les questions structurelles réelles (paupérisation et précarisation massive, mondialisation capitaliste, ubérisation généralisée du travail, discriminations racistes et sexiste systémique, etc.), le combat contre l’ensemble des préjugés hérités du passé colonial c’est-à-dire pour une rupture avec les imaginaires hérités de l’ère coloniale (islamophobie, « intégration des immigrés », discours « civilisationnel », etc.), la lutte contre les nouvelles guerres impérialistes de repartage du monde et la rupture avec la logique du « Ni-Ni » consistant à cautionner des guerres au prétexte qu’elles s’attaquent à des « dictateurs », la dénonciation de l’Union Européenne comme construction d’un nouveau pôle impérialiste, la solidarité sans condition face à la répression quels que soient les désaccords, etc.

Nous n’avons plus le choix : Où nous avons logiquement à court ou moyen terme une séquence fasciste ou au contraire nous décidons de ne plus faire un pas en arrière.

 


 

Notes

 

[i] Jacques Chirac, discours d’Orléans du 19 juin 1991, consultable sur le site de l’INA, https://www.ina.fr/?vue=notice&from=fulltext&full=chirac+bruit+odeur&num_notice=3&total_notices=8, consulté le 27 septembre 2019 à 18 h 17.

[ii] Sophie Piton, Comment expliquer la déformation du partage de la valeur ajoutée depuis 30 ans, Ressources en Sciences économiques et sociales du 28 septembre 2018.

[iii] Éric Verhaeghe, Réduction des inégalités et crise de la redistribution des richesses, http://www.economiematin.fr/news-reduction-des-inegalites-et-crise-de-la-redistribution-des-richessesconsulté le 28 septembre 2019 à 8 h 30.

[iv] Valéry Giscard d’Estaing,  Deux Français sur trois, Poche, Paris, 1984.

[v] Fatima Khemilat, La construction des prières de rue comme problème public, Confluences Méditerranée, n° 106, 2018/3, pp. 81-94.

[vi] Julien Salingue, Les obsessions islamiques de la presse magazine, ACRIMED, 6 novembre 2012, https://www.acrimed.org/Les-obsessions-islamiques-de-la-presse-magazine, consulté le 28 septembre à 9 h 30.

[vii] Patrick MichelPauline Perrenot, Dans les talk-shows : le poids des éditorialistes de la droite extrême et d’extrême-droite, ACRIMED du 20 novembre 2018, https://www.acrimed.org/Dans-les-talk-shows-le-poids-des-editorialistes, consulté le 28 septembre 2018 à 10 h 20.

[viii] Karim Émile Bitar,  Les médias occidentaux face aux enjeux méditerranéens. Prismes déformants et grille de lecture biaisée, Confluences Méditerranée, n° 69, 2009/2, p. 16.

[ix] Laure Cometti, Réforme du droit d’asile : Pourquoi Macron met le grappin sur l’immigration (au risque de diviser sa majorité), 20 minutes du 17 septembre 2019.

[x] « Immigration : Le regard des français », IFOP, https://www.ifop.com/publication/le-regard-des-francais-sur-limmigration/, consulté le 28 septembre à 18 h 30.

[xi] François Héran, Avec l’immigration. Mesurer, débattre, agir, La Découverte, Paris, 2017, p. 184.

[xii] Pierre Bourdieu, Le Monde du 7 décembre 1993

[xiii] Discours d’Éric Zemmour du 28 septembre 2019 https://www.youtube.com/watch?v=69jOdtJ2DXg, consulté le 29 septembre 2019 à 18 h 10.

[xiv] « Centre d’études de la vie politique française » devient en 2003 le « Centre de recherches politiques de Sciences Po Paris »

[xv] Pour un Gramscisme de droite,  Actes du XVI colloque national du GRECE, Paris, 1982.

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Robert Bibeau

Robert Bibeau est journaliste, spécialiste en économie politique marxiste et militant prolétarien depuis 40 ans. http://www.les7duquebec.com

2 pensées sur “La construction politique de l’immigration comme problème

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    4 octobre 2019 à 18 06 32 103210
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    Bel article, sauf que… si le sujet est bien documenté, décortiqué et analysé sous le seul angle de  »l’hégémonie culturelle » de concert avec l’hégémonie capitaliste et ses outils politiques, médiatiques et économiques…qui permettrait encore d’espérer autre chose ou se faire des illusions …on est pas plus avancé que ça !

    Je préfère décréter d’office et sans détour dans mon commentaire que l’enjeu principal dans ce sujet, c’est pas la religion qui nous barbe tous en passant, ni la laïcité que tous ensemble français de souche comme immigrants de culture musulmane ont le droit et le devoir de défendre, Mais l’enjeu principal dans tout ça c’est bien les la lutte des classes sociales, les droits civiques et égalitaires, la démocratie, le bannissement des citoyen de seconde zone et la lutte contre aussi bien contre le capitalisme maladif que le racisme et la xénophobie ! cela devrait être clair et limpide pour tout un chacun, et s’il se trouve quelqu’un qui défend autre chose sur ce sujet c’est qu’il se trompe de combat, et d’endroit pour le faire…, qu’il soit féru de religion ou de sectarisme, il n’aura qu’à aller fonder sa confrérie dans une île déserte, ou qu’il se proclame communiste soviétique de la première heure, il n’aura qu’à se porter volontaire chez les milices de Vladimir Poutine …etc ! Car ce qui m’importe le plus à la lecture de ce billet c’est d’en décoder certains concepts mal compris ! et je n’irais pas par quatre chemins ni que je prendrai des pincettes pour faire valoir mon opinion là-dessus !

    d’entrée de jeu donc je prefere encore une fois rappeler à ceux qui semblent l’oublier que Les Français d’ailleurs ne seront jamais les Anglais ou les Américains plus pragmatiques et conscients des opportunités que leur offre le multiculturalisme et en faire une force qui à boosté autant l’économie que la technologie et s’en revendiquer la propriété et tout le mérite sous l’appellation anglaise ou américaine…les Français sont fondamentalement, intellectuellement, sociologiquement et culturellement attaché à leurs symboles culturels qu’ils soient d’origine religieux ou pas, et leur culte de la révolution française et autres considérations humanistes françaises qu’ils ont rendu ethnocentriques et exclusivement françaises par chauvinisme et attachement à cette version de l’histoire uniquement…et c’est leur droit ! On ne va tout de même pas oser demander à un peuple de s’extraire certaines conceptions culturelles et nationales ou territoriales ou autres pour accommoder des vagues d’immigrants imposés par le régime et ses politiques suicidaires ! il faut au moins avoir cette distance et cette honnêteté de l’admettre et cesser de se prendre pour plus français que les français chez certains ! tout comme les Suisses ont eu le droit d’imposer un référendum pour interdire les minarets et affecter le paysage de leurs villes ou campagnes suisses avec leurs architecture, leurs cachet, leurs églises et leur villages et leurs vaches laitières qui se trimbalent avec de belles cloches autour du cou et c’est tant mieux comme ça ! et heureusement qu’ils l’ont fait je dirais sans hésiter une seconde ! d’ailleurs, je me demande moi même ce que font quelques rares mais pourtant présents minarets à Montréal ou ailleurs au Canada Anglophone ! si ce n’est que la marque folklorique et tiers-mondistes de certaines communautés Pakistanaises, tout comme on a construit des temples hindous et autres coupoles spectaculaires Sikhs ou autres comme si on était à Disneyland !

    Et une fois qu’on se soit entendu sur cette entrée en matière qui déterminante et essentielle avec l’honnêteté intellectuelle et la bonne foi indispensables au débat, qu’on peut aborder sereinement le vif du sujet, celui des dysfonctionnements de cette France, pays d’accueil pourtant, et surtout celui de l’entremêlement de ces notions et revendications parfois légitimes et parfois pas du tout qui font que le débat en soit toujours venu à frapper des murs et finir en pâté ! et c’est en grande partie à cause de ces guerres de tranchées souvent menées par des idéologues et des populistes dans deux bords qu’on en soit arrivé là ! déjà qu’en ne peut pas reprocher à un président en exercice que ce soit Chirac ou Macron de s’adresser à son peuple ou ses électeurs ou qui vous voulez sur un sujet aussi chaud et polémique que l’immigration, qu,on va se permettre de fantasmer que ce ne soit pas effectivement un problème comme le sous entend l’auteur ! bien sûr que c’est un problème, et c’en est un qui soit merdique et entremêlé à tel point que quiconque qui y touche finit par attraper la lèpre ou le choléra ! l’immigration je dirais même est un enjeu de première importance surtout dans un pays comme la France ou la controverse historique et politique de la nature même du régime à été et continue d’être la cause et la principale raison de toute cette immigration anarchique et foutoir total ! et je l’expliquerai dans mon développement…. Mais si comme l’auteur du billet vous commencez d’entrée de jeu par nier que l’immigration soit un problème immense et complexe justement, c’est que vous vous mettez le doigt dans l’œil ! et la France en théorie, si ce n’est son régime colonial et malsain, aurait dû avoir droit de sélectionner son immigration et en faire autre chose que ce foutoir total dont parlait Chirac qui est partiellement vrai en passant ! et on ne peut pas lui reprocher même si on est immigrants nous mêmes..et même s’il s’en ait longuement excusé car justement tendait à faire croire que c’était la généralité et non l’exception ! et maintenant que tout est dit clairement et sans fioritures abordons si vous voulez bien le cœur de ce billet !

    Aujourd’hui, que ce soit au sujet de l’immigration, de l’économie, de la sociologie et bien d’autres sujets, Il est tout à fait inutile de se livrer à l’analyse du discours de droite, en particulier en France et dans les autres pays francophones ou pas qu’elle a contaminé ou cherché à exporter ces idéologies, avec plus ou moins de succès ! comme il est vain de croire qu’il existe un quelconque espoir de réformer ce système français qui a de tout temps fait ce choix conscient, hégémonique, colonial, ou qu’il ait attendu l’arrivée du fascisme en Europe pour se manifester ! Que ce soit dans son histoire féodale et monarchique prise en charge par son clergé et ses Rois fous avant la révolution et en pleines  »lumières », que pendant ou après sa fameuse trouvaille de Révolution française administrée par ses bourgeois, embellie par ses humanistes et perpétuée dans le sang et les massacres depuis, le tout merveilleusement masqué et maquillé depuis la seconde guerre jusqu’à ce jour, la France ne s’est construit, s’est unifiée, s’est prolongée, à survécu et continue de vivre ou se projeter qu’à travers et grâce à la colonisation ! point à la ligne ! et le génie de cette France réside justement dans sa légendaire capacité à brouiller les esprits comme les pistes depuis le début et bâtir un mythe démocratique sur un ensemble de contradictions, d’horreurs et de tyrannie que seule la France possède le secret ! Peu importe que d’autres soient d’accord ou pas avec cette cinglante description, et que l’étude et l’analyse de l’histoire ne fait que confirmer, la colonisation j’ajouterai, c’est l’essence même et le carburant unique qui permet à la France depuis le moyen âge à l’instant ou j’écris ce commentaire, d’exister et d’exhiber son cul comme elle le fait encore, comme un Paon exhibe le sien et ses belles plumes pour épater la galerie !…. et continuer ainsi d’ignorer cet élément essentiel de son histoire ou son présent, ou se réfugier, s’accrocher ou espérer derrière le peu d’humanistes et d’humanismes célèbres et faussement érigés en représentants de la France encore maintenant, n’avancera personne ni aucun débat sur la nature du régime français, c’est plutôt continuer à ignorer ses fondations et sa raison d’être et sa véritable nature et toute sa légitimité qu’il puise encore dans ce colonialisme !

    Ce choix téméraire et suicidaire de la France depuis toujours à depuis, déjà scellé son destin ! inutile de revenir sur les détails et les preuves coloniales extrêmement vivantes encore, nombreuses, visibles, actuelles et largement documentées et enseignées qui à ce jour alimentent encore la France, ses coffres, son capitalisme, ses bourgeois, son  »patrimoine », et toute sa richesse et lui évitent encore la faillite économique et sociale ! ne serait-ce que ces centaines de milliards d’euros qu’elle tire encore et toujours de sa mise sous tutelle de ses anciennes colonies, son OPA sur le franc CFA, son emprise sur le secteur de l’énergie en Afrique ou dans les dom-toms, ses réseaux d’exportation de ses industries automobiles, ceux de l’aviation, de la technologie militaire, ou ceux plus subtils de la conquête culturelle et francophone dans tous ces pays-là qui lui permettent encore d’écouler une grosse part de sa camelote et autres marchandises dans les industries de service, du tourisme, et autres foultitudes de produits, capitaux et services bien implantés dans ces contrées et sacrément défendu et protégés par ses représentants sur place, qu’ils soient préfets dans les dom-toms, ou chefs d’états à sa solde dans tous ces pays là! et c’est pas pour rien qu’elle a toujours refusé d’engager la moindre réforme sérieuse dans tous ces territoires historiquement et depuis la  »fin de la colonisation » et jusqu’à encore aujourd’hui ! Il est donc inutile de parler de  »Passé » colonial, car le colonial n’a jamais cessé, et le jour ou il cessera, la France cessera d’exister avec lui tout simplement !

    Le débat de droite donc sur l’immigration en France est un combat naturel, essentiel,  »légitime » et permanent que devront porter, mener et défendre tous les dirigeants français d’hier, aujourd’hui et demain face à leur population qu’on continue de berner depuis des lustres qu’ils aient eu un pays indépendant ou souverain et exemplaire qui  »compte sur lui même » et s’attribue toutes les qualités et mentions méritoires comme les autres pays, alors qu’il n’aurait jamais pu faire ou durer cinq ans sans le sang et l’argent des colonies hier comme aujourd’hui ! En 1830, la France n’avait même pas assez de grains de blé pour nourrir la population et ses soldats, et c’est grâce au blé Algérien lui étant fourni par les ottomans d’Alger qu’elle évitera la famine et l’extinction, mais durant la même année, réalisant qu’elle n’aura jamais de quoi le payer aux algériens, elle eut la  »bonne idée » d’en découdre autrement, et décida de les conquérir, les coloniser et les soumettre… et depuis, elle avait résolu la totalité de ses problèmes en colonisant le reste de l’Afrique, car il faut dire que tout ce qu’elle tirait de la colonisation des Amériques bien avant, des Antilles, et des autres contrées exotiques avant 1830, ne couvrait même pas la moitié de ses besoins et dépenses surtout !

    l’Histoire avec un grand H je dirais, est une  »putain » qui n’oublie pas, ni qu’on arrive à gommer aussi facilement, car on a beau vouloir la niquer autant qu’on veut, la réécrire, la soumettre, la torturer, la baiser, et la jeter à la rue ou dans une décharge, mais elle vous poursuit, vous traque et révèle au grand monde qui vous êtes, tout en se contentant de vous léguer ses MST, sa gale et ses morpions, sa syphilis et gonorrhées et autres herpès…et dans le cas de la France, se sont ses immigrants ! sans que cela soit compris dans le sens réducteur, acrimonieux ou négatif pour ces derniers ! et voyez-vous doc, tant que la France ne lâchera pas prise sur ces colonies, tant qu’elle ne s’en distanciera pas pour compter pour une fois sur elle-même, tant qu’elle continue à sucer, siphonner ce qu’elle peut et exploiter ces vieilles colonies, et tant qu’elle n’y engage pas de bonne foi pour laisser ces pays se réformer ou se libérer d’elle, tant qu’il continuera de s’écouler sur elle des flots ininterrompu, successifs, et nombreux de ses immigrants, que ce soit les moins scolarisés, les plus paumés, et les moins discipliné, que les plus méritants et les mieux scolarisés qu’elle continue d’exploiter d’ailleurs comme ces médecins maghrébins formés chez elle dans les meilleures facultés et relégué éternellement au rang d’internes dans ses hôpitaux publics, corvéables à souhait, sous payés, exploités et dégradés à moins de rentrer chez eux dans leurs pays s’ils ont en les moyens et espérer y vivre dignement !

    Les immigrants devront aussi faire avec, et cesser de croire que ce régime français qui à la base colonise leurs pays encore, leur doit quoi que ce soit ou leur permettra d’accéder à ses coffres autour desquels les français de souche s’entre tuent et se déchirent que ce soit sur l’arène politique ou celle des autres secteurs de l’économie ou de la fonction publique en France !

    Et d’ailleurs, cette prise de conscience commence à peine à se faire dans nos pays maghrébins, vu l’état de décomposition sociale et économique avancée, les diplômés et la jeunesse en général gronde depuis des décennies déjà, mais là elle réalise à peine que la révolte est inévitable, tout autant que l’affrontement violent avec les polices et les armées des régimes corrompu…! c’est ça ou rien, et l’exil malheureux dans des contrées francophones tout aussi séctaires qu’affamés que peuvent l’être les politiciens de droite qui y règnent en maîtres et gouvernent le peuple comme les coffres et n’ont n’en rien à cirer des immigrants ! j’ai tenté moi même ce retour au bercail combien de fois… une fois après la fin de mes études en Europe, pendant cinq ans durant lesquels on m’a clairement signifié c’est soit que tu te joigne aux cartels mafieux locaux et tu la joue profile bas et tu ferme ta gueule, soit tu n’a rien à faire dans ce pays car il ne t’appartient même pas comme tu as cru pauvre con….j’ai choisi la seconde option et me suis exilé encore plus loin, naïvement dans une autre contrée francophone lointaine cultivant un quelconque espoir « d’émancipation » encore… pour me rendre compte que même en ayant rien à avoir avec la France, le Québec se laissait contaminer volontiers par ses mêmes démons de droite…et donc je n’ai cessé de retenter de retourner pour me retrouver à chaque fois devant le même mur, devant le même néant, maintenu cliniquement en vie par les mêmes cliques qui possèdent les appartements de luxe à Paris, et souvent la nationalité française, en plus de posséder dans mon pays d’origine les affaires, les projets et les combines souvent avec des français de la haute société, tout comme les palais et les somptueuses résidences qui leur servent de coin de villégiature !

    Enfin, je dirais que si au moins l’hégémonie n’était que culturelle comme dit l’auteur de l’article, on en serait pas là, elle bien plus que cela mon ami, elle s’abreuve directement de la sueur et du sang de tes compatriotes que tu as laissé au Bled ! la droite française n’est rien d’autre que la véritable dépositaire du pouvoir depuis toujours et même au cœur de la révolution française, elle ne fut jamais inquiétée ! les têtes couronnées et celles d’autres noblesses qui ont volé sous la guillotine de cette même révolution l’ont été presque pour épater la galerie, ou pour ne pas s’être allié avec la bourgeoisie qui a adopté le discours révolutionnaire, tout comme celles qu’on a épargné de la guillotine on ne l’a fait on dirait que pour donner un semblant de crédibilité à tout ce cirque ! et désolé de heurter la sensibilité de ces nombreux croyants et fanatiques de la religion révolutionnaire qui continuent de fantasmer sur l’idée de la France ou la République, et bien que cela ait largement amélioré le sort de quelques chanceux et autres enthousiastes… car au final, et on le voit encore aujourd’hui, très nombreux sont ceux qui sont resté dans les marges sociales, autant hier qu’aujourd’hui, et aussi bien les enfants de cette France qu’elle n’a pas hésité à tuer et liquider pour ses fichues guerres et causes, commettant et revendiquant la légitimité cet infanticide, que pour ces nombreux  »indigènes » laissé pour compte qu’elle a utilisé pour  »génocider », torturer et soumettre leurs propres compatriotes et autres peuples lointains qui n’ont jamais rien demandé à cette France !

    Et comme je l’ai dit ailleurs, je défie quiconque de compter ou énumérer les humanistes français depuis le début, leur nombre, autant que leur influence en politique, leur représentativité effective dans les affaires de la France ou la République, et la place autre que  »académique » ou scientifique ou littéraire ou artistique ou intellectuelle que la France leur a consenti et cloisonné dedans pour qu’ils servent d’ambassadeurs orateurs et marketeurs de son humanisme supposé ! et Pas besoin non plus de croire ou espérer que l’islam ou les musulmans auront un jour la moindre influence ou reconnaissance dans les affaires de l’état Français, ils sont déjà très chanceux que Sarkozy et d’autres avant lui aient été contraints et leur aient permis ou encadré la pratique de leurs culte en France et ils n’ont aucun droit d’en revendiquer plus ! il ne faut pas déconner non plus car encore une fois il est bon de rappeler que l’enjeux c’est l’égalité et non pas la religion ou son identité qu’on chercherait à imposer ! et je serais d’ailleurs d’accord avec la droite si demain les religieux de tous poils et pas que musulmans, revendiquaient autre chose que la liberté de culte et le respect de leur espaces qui s’y rattachent, cimetières, abattoirs cacher ou halal etc ! point barre !

    Enfin, je dirais que Français et Immigrants de tous poils et de toutes confessions sont condamné et n’ont d’autre choix que d’aborder la question de l’immigration et en débattre, et si le débat qui se fait à travers la droite est inévitable et malsain aussi, il se trouve qu’il n’y a pas que la droite en France, il y a aussi la gauche et il y a des gens sensé qui comprennent tout ceci, et qui se tiennent loin de ces foules hystériques depuis toujours, restent silencieux et respectueux malgré tout et ils n’y étaient pas obligé je vous dirais ! l’immigration donc devrait faire partie de toutes ses réformes jamais faites de l’état français, sa dépendance de la colonisation jusqu’à aujourd’hui, ses magouilles aux quatre coins de la planète pour mousser les affaires de quelques industriels et son attitude hautaine et sectaire qui permet aux perceptions des autres de s’accentuer et continuer comme s’ils étaient des pestiférés ! la France est pourtant aimée par ses immigrants tout comme la Suisse l’est tout autant et le Québec ou ailleurs, et il est temps que tous ensemble se mettent d’accord sur les conditions et termes de ces réformes à engager sans surenchères et sans pleurnichages qu’ils soient ethniques ou religieux ou autres et dans le respect de certains citoyens français d’origine aussi qui n’ont rien demandé juste qu’on leur foute la paix depuis le début ! c’est le devoir de ces troisièmes, quatrièmes générations d’immigrants de démontrer plus de flexibilité et d’ouverture pour se rappeler que même si elle a de tout temps été très injuste envers leurs parents et eux mêmes, elle n’en demeure pas moins une terre d’accueil initiale pour leurs parents et ils doivent redoubler d’efforts pour lui proposer des solutions et barrer la route aux fascistes et autres nazillons ! comme il est de leur devoir de purger leurs rangs de ces sectaires et autres malfrats et voyous qui même en étant au fond un peu victimes de l’ancien système n’ont aucune raison de croire que leurs grands et petits banditismes doivent prévaloir !

    Je dirais donc que la France est à la croisée des chemins, soit elle accepte que les réformes s’engagent et qu’elles soient inclusives et tourner la page pour passer à autre chose, soit elle implose sous la pression de ses déséquilibres nombreux et insoutenables pour encore longtemps et finir comme un pays ravagé par la guerre civile presque et la pauvreté ! déjà que le nombre de SDF en France dépasse je crois celui de SDF dans les pays africains ou au Maghreb ! ils sont partout, français de souche et surtout immigrants qui dorment sous les ponts, sous les voies ferrées, dans les tunnels, les grottes, les entrées d’immeubles HLM, et il en meure chaque jour en nombre impressionnant ! j’ai d’ailleurs vu un reportage en arabe d’une télévision arabe qu’on ne montrera jamais en France, et c’est surréaliste le nombre de SDF et personnes qui ont parfois bossé toute leur vie au noir et dans les jobs non déclarés qui finissent dans bidon ville improvisés la nuit et qui disparaissent à la levée du jour comme si de rien n’était !

    Et désolé d’avoir été si long !

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    5 octobre 2019 à 1 01 03 100310
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    J’ajouterai simplement qu’il faut aussi faire très attention dans ce débat sur l’immigration, sur les chiffres vu et étudié dans leur globalité, car selon les statistiques de l’immigration en France.

    Si par exemple, la population française comptait déjà une population de 39 millions de français en 1911 avec 3.2% de cette population qui soit née hors de France, elle était de 49 millions d’habitants en 1968 dont 10% nés hors France, et aujourd’hui 67 millions avec à peu près 12% de la population qui soit née hors France…. et si cela indique quelque chose, c’est que la France à eu elle même recours massivement à l’immigration à partir des années 60 pour contrer le vieillissement de la population, et dont la part des européens comptés ensemble (espagne, portugal, grece, italie, pologne, serbie et autres) à toujours équivalu aux autres immigrants en provenance de ses anciennes colonies du Maghreb et de l’Afrique, dont il faut rappeler que la majorité écrasante ne fut pas naturalisée comme les européens l’ont été avant Schengen, la majorité des maghrébins en effet avaient droit uniquement à un titre de séjour pour travailler dans les usines Renault, Simca, Peugeot tardivement et autres, ou pour travailler dans les infrastructures et chantiers au plus bas salaire, dans le nettoyage et autres jobs de saisonniers en agriculture payés deux sous, et dont les dossiers par milliers de litiges trainent encore en justice pour salaires impayés notamment dans les campagnes ! on estime d’ailleurs à des centaines de milliers dépassant le million de maghrébins qui ont vécu entre leur pays et la France à faire des allers-retours sans jamais pouvoir rappatrier leurs enfants, et sans retraite pour la majorité qui ne furent sauvé une fois retourné au bled que par les enfants resté sur place et scholarisés grâce au job du père ! (J’en ai même connu des comme ça au pays, dont le père à toute sa vie partagé une chambre avec cinq autres en france avec job contractuel que la france est venue chercher pour pouvoir subvenir aux besoins des enfants et de la conjointe restés au bled) !

    Bref, si les français se plaignent de l’immigration comme étant nocive ou  »suffocante » ou on ne sait quoi d’autre, il faudrait leur rappeler qu’elle fut aussi une tragédie pour ces maghrébins qui ont vecu comme des punaises entassés dans les cités dortoirs, sans statut sauf celui de travailleurs occasionnels, tout comme la concentration de ses immigrants en île de France et dans les grands centres urbains est faussement représentative de leur nombre en province et dans les campagnes ou les villes éloignées du centre ! Bref, l’intox qu’utilise l’extrême droite depuis le début, celle de faire croire que tous les immigrants arabes jouissent du même status que leur homologues européens, asiatiques ou autres, ou qu’ils sont tous là à toucher les allocations sans travailler etc n’est qu’un tissu de mensonges et j’encourage tout le monde à consulter les statistiques officielles de l’immigration en France pour comprendre.

    inutile de rappeler le nombre au dessus du million d’anciens combattants qui ont servi avec l’uniforme français et sous ses drapeaux n’ont jamais touché un franc depuis leur retour de la guerre, car les indemnités et autres rappels et pensions n’a concerné que le tiers environ d’entre eux ! la majorité ont vécu dans la misère dans leurs pays ou se sont transformé en travailleurs saisonniers dans les usines ou les fermes françaises plus tard, et l’état français à attendu qu’ils soient tous morts ou presque pour instituer une lois il y a à peine quelques années pour verser quelques maigres indemnités aux survivants !

    Morale de l »histoire, ce sont les français qui soient trop nombreux et non les immigrants, et sont aussi trop vieux ou pas assez qualifiés pour les plus jeunes dans un contexte économique difficile déjà, et les immigrants qui ne constituent qu’une petite partie de la population, en particulier la maghrébine, même en totalisant quelques 3 ou 4 millions sur le 67 million de français ne peuvent en aucun cas constituer un facteur de déséquilibre qu’il soit économique ou quelconque, ils sont just indésirables, et on leur rappelle tous les jours ! comme partout ailleurs, ils sont le comme on dit chez nous,  »le petit mur que tout le monde peut sauter » ! comme si la race ou la physionomie de ces maghrébins n’était pas humaine, ou comme s’ils bouffaient des petits français et françaises comme des cannibales et des monstres !

    Et après toutes les polémiques et autres surenchères et insultes xénophobes, l’auteur de ce billet nous dit que cette immigration n’est pas un problème, mais un montage politique ! Bien sûr que c’est un problème de se faire traiter de pestiféré toute sa vie et se faire dire qu’on veut pas de toi ! et si j’avais un quelconque pouvoir politique totalitaire je les aurais moi même rapatrié de force et sous la contrainte et la force au maghreb et n’aurait pas laissé un seul en France, même pas les naturalisés, ni les 3ème ou 4ème générations, juste pour qu’ils ferment leur grandes gueules au front national, et dans toute la droite, et les laisser trouver d’autres souffre douleurs que nous !

    Si la guerre froide et le conflit Est-Ouest n’avait pas eu lieu, et si le Maghreb n’avait pas encore cette France sur le dos, il aurait probablement pu réaliser son rêve de grand Maghreb, et serait aussi avancé que l’Europe ou les états-unis ! mais on a tout fait pour l’empêcher justement ! et même s’il devait encore se débattre dans le sous développement il aurait  »appris à pêcher » comme on dit et qui sait, comme la Corée du Sud, qui un jour décréta qu’elle n’allait plus rien importer et tout faire chez elle, même les téléviseurs sans même avoir le moindre savoir faire ou la moindre idée par ou commencer, à fini par devenir le miracle économique et technologique qu’elle est aujourd’hui ! car elle n’a eu ni la tutelle de la Chine, ni celle du Japon sur le dos, et même celle des américains n’était en réalité que très limitée !

    Si la France continue sur cette voie de la division, du sectarisme et du racisme, et celui de la négation de ses propres vérités qu’elles soient démographiques ou historiques et économiques, déjà qu’elle s’est vachement isolée et même l’union européenne n’a pas suffit à la combler, la sortir de sa léthargie ou la tirer par le haut, elle finira comme un vieux perdant et n’aura plus que les jobs en tourisme à offrir pour faire tourner son économie ! et qu’elle ne vienne pas pleurnicher chez les autres ou prétendre que ce sont les immigrants qui en sont la cause ! car les immigrants n’ont jamais rien eu de son pouvoir économique, décisionnel, politique ou autre, et ce sont des français de souche qui ont toujours tout eu heureusement !

    d’ailleurs la même chose s’applique pour le Québec de la droite jusqu’à un certain point! j’aurais souhaité voir la souveraineté l’emporter lors du referendum et le Québec indépendant livré à lui même depuis, et voir si ces élites de droites auraient vraiment réussi avec leur copinages et autres malversations en faire un pays économiquement solvable, ou s’il n’aurait pas plongé et sombré justement à cause de tous ces souverainistes de droite et opportunistes qu’ils sont par définition…étant la cause d’ailleurs pourquoi tant de souverainistes intègres on fini par changer d’avis et préférer le Canada à la vue de ces hordes de fils et filles à papa qui croient qui rêvent d’hériter le pouvoir depuis !

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