La Grèce : un canari dans la mine de charbon

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PHILIPPE DAVID :

Un drame désolant se déroule sous nos yeux en Grèce. Dans une entrevue radiophonique, Germain Belzile, professeur d’économie aux HEC (entre autres), l’a décrit comme un « slow motion train wreck » ou un déraillement ferroviaire au ralenti pour les fanatiques du français. Nous le voyions arriver depuis longtemps, mais la Grèce va finalement amener le socialisme à son aboutissement logique. Car contrairement à ce que certains peuvent prétendre, les grecs ne sont pas victimes des banques et d’un capitalisme débridé, ils sont les victimes du socialisme débridé et des vendeurs de rêves de leur gouvernement qui les avait convaincu qu’on pouvait vivre la belle vie avec seulement un minimum d’effort et en vivant indéfiniment à crédit.

Le rêve

Il y a une raison pourquoi le socialisme est toujours aussi populaire, c’est parce qu’il nous fait rêver d’un monde magique d’abondance sans travail. Un monde où l’argent pousse dans les arbres et il ne suffit que de le distribuer. La richesse n’a pas besoin d’être créée, elle existe tout simplement et il ne suffit que de la prendre dans les banques et dans les poches des riches. Dans ce monde, il n’est pas nécessaire de produire quoi que ce soit, si nous le demandons, il apparaitra par magie et nous n’avons qu’à le prendre sur les tablettes. Le problème, c’est qu’on peut bien ignorer la réalité pendant un certain temps, mais la réalité, elle, ne nous ignorera pas.

La réalité

La logique dicte que si vous voulez pouvoir consommer quoique ce soit, quelqu’un doit déjà avoir produit ce que vous désirez et de plus, afin de pouvoir l’acheter, vous devez également avoir produit quelque chose de valeur suffisante vous-même. Du moins, si on parle de consommation responsable et soutenable. S’il peut être utile parfois de consommer à crédit, la sagesse a toujours dit de ne pas en abuser. Ce n’est certainement pas cette sagesse qui pousse les individus de s’endetter à 150% de leur revenu disponible et ce n’est pas plus débordant de sagesse pour un état d’en faire autant.

On entend souvent une certaine gauche dire que nous ne pouvons pas comparer l’état à une famille. D’une certaine façon, ils ont raison. Quand un état s’endette à outrance, c’est des millions de familles qui sont ruinées, pas seulement une. C’est donc mille fois pire quand un état fait faillite, que lorsqu’une famille fait faillite. Certains ici croyaient que ce n’était pas possible. Il étaient ignorants de l’histoire car non-seulement de nombreux pays ont fait faillite avant ça, mais la Grèce elle-même a déjà fait faillite plus d’une fois auparavant. Vous croyiez que l’austérité était terrible? Attendez un peu que la faillite vienne détrousser les grecs de toutes leurs épargnes et leur pouvoir d’achat. Vous n’avez encore rien vu!

Le clientélisme à outrance

«Une démocratie est toujours temporaire par nature, elle ne peut tout simplement pas exister comme une forme permanente de gouvernement.

Une démocratie existe jusqu’au jour où les électeurs découvrent qu’ils peuvent se voter de généreux cadeaux provenant du Trésor Public.

A partir de ce moment là, la majorité vote toujours pour les candidats qui promettent le plus d’avantages provenant du trésor public et le résultat, c’est que toute démocratie se termine toujours par un effondrement en raison d’une politique fiscale laxiste ».

Alexander Fraser Tytler

Les grecs ont découvert qu’ils pouvaient se voter des largesses du trésor public autour de 1980. Depuis, les politiciens qui ont été élus à la tête de ce pays ont été ceux qui ont offert le plus de « nananes » aux électeurs. Ce clientélisme effronté a donné lieu à la création de programmes gouvernementaux onéreux à souhait, à des subventions à outrance aux entreprise et une économie de la recherche de la rente. Ceci devrait sembler plutôt famillier au Québec. C’est notre sport préféré après le hockey.

Les conséquences de ce genre de jeu politique sont facile à prédire comme le député et économiste français Frédéric Bastiat l’a fait en 1848:

«L’Etat ne peut avoir beaucoup d’argent qu’en épuisant tout le monde et les masses surtout. (…) Aujourd’hui qu’on a admis en principe que l’Etat est institué pour distribuer la richesse à tout le monde, il est naturel qu’on lui demande compte de cet engagement. Pour le tenir, il multiplie les taxes et fait plus de misères qu’il n’en guérit. Nouvelles exigences de la part du public, nouvelles taxes de la part de l’Etat, et nous ne pouvons que marcher de révolution en révolution. (…) Le peuple sera écrasé d’impôts, on fera emprunt sur emprunt; après avoir épuisé le présent, on dévorera l’avenir. (…) On verra le peuple tout entier transformé en solliciteur. Propriété foncière, agriculture, industrie, commerce, marine, (…) tout s’agitera pour réclamer les faveurs de l’Etat. Le Trésor public sera littérallement au pillage.»

Ce sera toujours le résultat inévitable du mariage de la démocratie et du socialisme. Et il ne fonctionne, comme l’avait souligné Margaret Thatcher que jusqu’au jour où l’argent des autres vient à manquer.

Le gouffre

Tsipras s’imagine sauver les grecs alors qu’il n’a qu’appuyé plus fort sur l’accélérateur du train qui roule vers un pont démoli au dessus d’un gouffre. Il entrainera probablement plus d’un autre état à sa suite. La Grèce, c’est le fameux canari dans la mine de charbon qui signale quand un coup de grisou est imminent et toutes les démocraties occidentales devraient prendre des notes parce qu’elles jouent toutes au même jeu à divers degrés et suivent la même trajectoire qui les mènera tôt ou tard au même destin.

Le Québec n’est pas la Grèce, mais…

Considérez ceci:

Le même clientélisme politique qui existe en Grèce, existe ici.
Comme les grecs, nous avons la dette la plus élevée du Canada,
des programmes sociaux plus généreux et onéreux que les autres provinces,
le plus grand nombre d’employés publics par habitant avec des salaires et avantages bien au-delà de la moyenne du secteur privé.
Nous subventionnons les entreprises 3 fois plus que l’Ontario, compte denu de notre population et il n’y a que peu de secteurs de l’économie où le gouvernement n’intervient pas.
Nous partons aussi à la retraite plus tôt que le reste des canadiens.
Et comme les grecs, nous sommes allergiques à la responsabilité fiscale, au point que nous descendons dans les rues pour protester contre une austérité qui, comparativement à celle imposée à la Grèce, est inexistante. Notre gouvernement n’a absolument pas coupé dans ses dépenses, seulement dans croissance de ses dépenses et notre bonne gauche syndicaliste hurle et déchire sa chemise. Imaginez s’il y avait de vraies coupures.
C’est beaucoup de points communs que nous avons avec les grecs, vous ne trouvez pas? Vous croyez peut-être que nous pouvons continuer à les imiter et que ça ne nous rattrappera pas un jour? Que nous ne subirons pas le même sort?

Pour être honnête, il y a une chose qui a fait que nous ne sommes pas encore arrivés à la même destination que la Grèce, c’est notre appartenance à la fédération canadienne. Contrairement à la Grèce, nous bénéficions d’un programme de répartition de richesse entre les provinces pauvres et les provinces riches. Nous sommes les plus gros bénéficiaires de ce programme, d’ailleurs. Sans la péréquation, nous aurions une dette encore plus élevée (à moins bien sûr de réduire nos dépenses drastiquement et d’étrangler encore plus le contribuable)

Nous bénéficions aussi de la cote AAA du Canada également parce que, de la même façon que Québec est garant des dettes de ses villes et municipalités, Ottawa est garant des dettes de ses provinces et c’est la seule et unique chose qui nous a sauvé de plus grosses décotes des agences de notation, ce qui aurait augmenté considérablement nos coûts d’emprunts.

Certains, comme Mathieu Bock-Côté m’accuseront d’hair le Québec, parce que bien sûr, dans leur esprit, quiconque a le culot de critiquer leur bien-aimé système social-démocrate basé sur le tout à l’état, doit nécessairement être un anti-patriote et un anti-nationaliste primaire . Il faut forcément haïr le Québec et être à la solde du colonialisme « canadian ». Il faut forcément vouloir nier les aspirations légitimes du peuple québécois d’avoir un pays pour affirmer que sans le reste du Canada, la cigale québécoise serait dehors au froid et sur les bords du même gouffre que la Grèce, n’est-ce pas?

Pourtant, qui aime plus le Québec? Celui qui lui proclâme un amour infini et qui, sciemment ou non fait l’autruche? Ou celui qui tente de le détourner de son autodestruction? Désolez-vous pour ces pauvres grecs autant que vous voulez, mais tôt ou tard, si nous continuons sur la même route, ce sera de nous qu’on se désolera.

Une pensée sur “La Grèce : un canari dans la mine de charbon

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    6 juillet 2015 à 22 10 40 07407
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    Tes efforts pour te vendre à l’oligarchie sont plus que louable mais les oligarques ne sont pas intéressés par une marchandise avariée et périmée…

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