La mondialisation se déroule selon le scénario le plus défavorable

Le Vice-président du Comité central du Parti communiste de Russie Youri Afonine a participé à la discussion sur la mondialisation organisée par l’Institut d’État des relations internationales de Moscou et le Club de discussion international «Valdai» dans le cadre du Festival mondial de la jeunesse et des étudiants de Sotchi. Service de presse du Comité central du Parti communiste de la Fédération de Russie. Le 2017-10-21

 

Chers délégués!

La mondialisation, à laquelle la discussion d’aujourd’hui est consacrée, est l’une des principales tendances dans le développement du monde moderne. Jamais auparavant dans l’histoire du monde le mouvement du capital, des marchandises, du travail, de la technologie, des idées, des images artistiques sur la planète n’a été aussi grand et aussi rapide qu’il est aujourd’hui. La mondialisation actuelle a beaucoup de chanteurs qui nous invitent à admirer le fait qu’aujourd’hui les iPhones, les hamburgers et les superproductions hollywoodiennes sont disponibles presque partout dans le monde. Mais, si nous regardons le côté obscur de la mondialisation, nous comprendrons alors que la mondialisation se déroule actuellement dans le scénario le plus défavorable à l’humanité.

D’abord. Dans le monde globalisé actuel, les écarts de richesse et l’inégalité sociale augmentent rapidement. Selon le Centre d’analyse d’Oxfam, en 2010, 388 personnes super-riches possédaient autant que trois milliards et demi de personnes les plus pauvres du monde. Nous nous étions alors indignés de ce fait. En effet, tous ces nababs, qui pourraient tenir dans une salle de taille moyenne, possédaient autant de richesse que la moitié de la population de notre planète! Mais, selon le rapport du même Centre Oxfam, publié en janvier 2017, aujourd’hui c’est seulement 8 milliardaires qui possèdent une richesse égale à celle de la moitié des terriens. Et cela est arrivé en seulement 7 ans!

Il y a aussi beaucoup d’autres données qui témoignent de la concentration monstrueuse et toujours croissante de la richesse dans quelques mains. En 2015-2016, les revenus des 10 plus grandes entreprises de la planète ont totalisé plus que les revenus nationaux de 180 pays du monde réunis!

 

On dit souvent que la mondialisation se fait au détriment des pays pauvres du monde et en faveur des pays riches. Mais ce n’est pas entièrement vrai. En fait, la situation est bien pire. La mondialisation n’est même pas dans l’intérêt des pays riches, mais dans l’intérêt d’une poignée d’oligarques et de sociétés transnationales. Ceci est clairement indiqué par le fait que, dans les pays les plus riches du monde, les inégalités augmentent, le système de garanties sociales se réduit. Selon le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz, au cours des dernières décennies, les inégalités ont augmenté dans presque tous les pays du monde occidental et surtout aux États-Unis. Selon les statistiques, le revenu de 90% des résidents américains stagne depuis plus d’un tiers de siècle. De plus, le revenu médian d’un Américain salarié en termes réels (c’est-à-dire ajusté en fonction de l’inflation) est inférieur à ce qu’il était il y a 40 ans! Et pour les Américains qui sont en-dessous du revenu médian, les revenus réels sont comparables à ceux d’il y a 60 ans. Autrement dit, les Américains les plus pauvres sont aujourd’hui plus pauvres que leurs pères et grands-pères pendant les présidences de Kennedy et Johnson. C’est difficile à croire, mais c’est vrai. Et n’importe quel smartphone dans leur poche ne remplacera pas pour des millions d’Américains le manque d’un toit normal au-dessus de leurs têtes, de soins médicaux et de nutrition adéquate.

La Russie, cependant, a connu un bond colossal dans la stratification sociale au cours des années 1990. Et ce processus continue à ce jour. Dans la crise économique actuelle, la proportion de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté et le nombre de milliardaires en dollars augmentent simultanément dans notre pays.

Deuxièmement. La mondialisation dans de nombreux pays a conduit à la destruction des forces productives à grande échelle. Il est largement connu que dans de nombreuses régions du monde, les agriculteurs sont payés pour couper leurs oliveraies. Ou pour qu’ils laissent leurs champs en friche. Et les pêcheurs pour envoyer leurs bateaux de pêche à la casse. Mais ces subventions cessent tôt ou tard et les gens restent sans rien. Dans le cadre de la mondialisation, la production se déplace vers les régions où la main d’œuvre est la moins chère et le climat chaud, ce qui réduit considérablement les coûts. Surtout dans les zones côtières, où il est le plus commode d’exporter des produits à travers les ports non-gelés par le transport maritime le moins cher. Mais que doivent faire les centaines de millions de personnes qui vivent dans des régions du monde qui n’ont pas ces caractéristiques? Où les gens sont habitués à des niveaux de vie plus élevés que ceux du Bangladesh, du Pakistan ou de l’Indonésie? Où le climat est plus frais? Sur des territoires éloignés des mers et des océans? En effet, pour des centaines de millions de personnes de ces régions, il n’y a pas de place dans une économie capitaliste mondialisée.

Ce processus de destruction des forces productives a pleinement affecté la Russie dès les années 1990, lorsque notre pays a commencé d’être intégré au capitalisme mondial. En conséquence, nous avons toujours un tiers de la totalité des terres arables – environ 40 millions d’hectares – qui sont restés en friche. Dans certaines régions non-tchernoziom de la Russie centrale, les trois quarts de la superficie ont été abandonnés. Une mondialisation aussi désastreuse a frappé l’industrie russe. Par exemple, la production de machines à découper les métaux en Russie aujourd’hui est 19 fois moins importante qu’à la fin de l’ère soviétique. En conséquence, toutes les machines qui existent encore en Russie, y compris le complexe de l’industrie de la défense, dépendent presque entièrement des machines-outils importées. Et ces machines proviennent précisément des pays qui imposent aujourd’hui des sanctions contre notre pays. Et ces machines sont «intelligentes», par exemple, elles sont équipées de systèmes GPS intégrés, et elles cessent souvent de fonctionner si elles sont transportées dans une usine voisine. En général, le «système de contrôle numérique» intégré à cet équipement vous permet de bloquer leur travail à distance. En fait, en raison de la mondialisation, notre industrie de haute technologie s’est révélée complètement dépendante de forces hostiles à la Russie.

Les conséquences dévastatrices de l’insertion de la Russie dans l’économie capitaliste mondiale, je les ai observées de mes propres yeux dans ma région natale de Toula. Ici, dans les années 90, l’industrie de la défense a été complètement détruite, 70 000 travailleurs et ingénieurs hautement qualifiés, avec des spécialisations très recherchées, ont été jetés dans la rue. Et également dans le cadre du programme spécial financé par l’Ouest, toutes les mines et carrières de charbon ont été liquidées. En même temps, on nous a promis de créer de nouveaux emplois en échange. Mais ces promesses n’étaient que des mots, et les villes minières devinrent une véritable zone de désastre social.

 

Des processus similaires de destruction des forces productives résultant de la mondialisation ont également lieu dans des dizaines d’autres pays du monde. Par exemple, de nos jours, l’Ukraine se voit imposer comme une panacée l’ancien président géorgien Saakashvili. Mais, si nous regardons les statistiques provenant de  sources statistiques internationales, nous constatons que sous Saakachvili en Géorgie, il y a eu une véritable dévastation de l’économie nationale. Selon la Banque mondiale, la superficie des terres cultivées sous sa présidence a presque diminué de moitié. Et la superficie des plantations pérennes comme raisins, agrumes, thé, qui, en fait, font la principale richesse de la Géorgie – a diminué de 1,65 fois. Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, la production de viande en Géorgie sous Saakachvili a diminué de 2,3 fois. Ainsi, Saakachvili, ce gestionnaire formé à l’Ouest, a effectivement procédé à une destruction massive des forces productives de son pays, de sorte que les marchandises géorgiennes ont disparu d’un certain nombre de marchés internationaux et que la Géorgie est devenue un marché pour les produits des pays développés.

Et de tels « Saakashvili » opèrent aujourd’hui dans de nombreux pays du monde, détruisant leur économie dans l’intérêt du capitalisme mondial.

 

Troisièmement. La mondialisation dans de nombreuses parties du monde détruit le système de protection sociale. En effet, si dans le pays dans le cadre de la mondialisation les forces productives sont détruites, alors bientôt le budget de cet état cesse d’avoir assez d’argent pour l’éducation, la santé, le paiement des retraites et les prestations sociales. En conséquence, l’éducation gratuite et les soins de santé sont réduits, l’âge de la retraite augmente, en fait, l’état social est démantelé.

Ce problème a également affecté la Russie. Il suffit de dire que pendant les années de capitalisme, le nombre d’écoles a diminué de plus de 1,5 fois, le nombre de jardins d’enfants a été divisé par deux, le nombre d’hôpitaux a diminué de 2,5 fois et le nombre de lits d’hôpital près de 2 fois. Et maintenant les économistes libéraux suggèrent que nous élevions l’âge de la retraite. Cela nuira non seulement aux personnes âgées, mais aussi aux jeunes, pour lesquels des emplois ne seront pas libérés, car des millions de personnes âgées ne prendront pas leur retraite. Ceci en dépit du fait qu’il y a déjà des millions de chômeurs dans le pays et que l’économie en crise n’est pas capable de créer autant d’emplois supplémentaires.

En même temps, dans les pays pauvres, où la production est délocalisée dans le cadre de la mondialisation, aucun état social n’est créé. Ainsi, tout le monde est perdant, à l’exception des sociétés transnationales et de leurs propriétaires.

 

Quatrièmement. La mondialisation menace l’existence même de peuples entiers.

 

Ici, l’exemple de la Baltique est très révélateur. À une époque, les politiciens nationalistes ont intimidé les Baltes en prétendant qu’en URSS ces petites nations seraient inévitablement assimilées. Mais maintenant, il apparaît de manière évidente que l’Union soviétique a préservé ces peuples, en soutenant leurs langues et leur culture. Mais le capitalisme mondial ne s’en soucie aucunement. Dans quel pays du monde la population a-t-elle le plus diminué depuis 1990? C’est en Lettonie, elle a déjà perdu plus d’un quart de sa population. La Lituanie et l’Estonie la suivent de peu.

 

Depuis l’instauration du capitalisme, les peuples des pays baltes sombrent peu à peu (le taux de mortalité est plus élevé que le taux de natalité) et se dispersent autour du monde, les jeunes ne trouvant pas souvent de travail dans leur pays. Et ce malgré le fait que les États baltes ont reçu de l’Occident un montant record de prêts en récompense de ce qu’ils ont été les pionniers de la destruction de l’URSS. Mais cela ne les a pas aidés non plus. En fait, ces prêts n’étaient que du fromage dans un piège à souris, conçu pour attirer ces pays dans le capitalisme mondial.

Des centaines de milliers de Baltes sont partis travailler dans le monde entier, les enfants ne parlent plus leur langue. Dans le cadre du capitalisme mondial, ces peuples sont en effet condamnés à disparaître.

Il est évident que si la mondialisation se poursuit dans le scénario actuel, de nombreux peuples de la planète ne survivront pas au 21ème siècle.

 

Cinquièmement. La mondialisation s’accompagne d’une série continue de guerres agressives. Et ces guerres sont menées par les États-Unis et leurs alliés contre les États qui refusent de s’adapter à la mondialisation dans le format qui leur est imposé. Par exemple, contre les pays qui prennent de véritables mesures pour évincer le dollar américain du système de règlement international, comme l’a fait le chef de la Jamahiriya libyenne, Mouammar Kadhafi. Contre les pays qui refusent de détruire leurs économies selon les prescriptions du FMI. Contre les pays qui mettent en avant leurs propres projets de développement et leur vision du futur.

C’est dans ce contexte que nous percevons les menaces et les sanctions actuelles des États-Unis dirigées contre la RPDC, l’Iran, le Venezuela, Cuba et la Russie.

Aujourd’hui, dans le cadre de cette discussion, l’un des participants a fustigé les récentes actions et déclarations de la « République populaire démocratique de Corée », la qualifiant d’ « Etat voyou ». Mais nous demandons: que doit faire la Corée du Nord? Imaginez: un récidiviste dangereux avec une expérience de 200 ans, qui a un grand nombre de crimes derrière lui, fait irruption chez vous. Il a dévalisé un appartement, tué un autre voisin. Il ne vous reste pour vous défendre que faire du bruit, tirer des coups de pistolet en l’air.

 

Le verdict actuel concernant le système de l’ordre mondial, créé par la mondialisation, est celui du dernier Rapport mondial sur le développement humain de l’ONU:

– 795 millions de personnes dans le monde souffrent de faim chronique;

– 880 millions vivent dans des bidonvilles;

– 90 millions d’enfants souffrent d’une carence prononcée en raison de la malnutrition;

– 758 millions d’adultes sont analphabètes.

 

Ainsi, la mondialisation telle qu’elle a été menée jusqu’ici n’apporte à l’humanité qu’une terrible polarisation sociale, la réduction du prix du travail, la destruction du système de garanties sociales, la destruction des forces productives, la famine, les guerres, la disparition de peuples entiers.

Cette mondialisation est mise en œuvre avec l’aide de dix porte-avions nucléaires américains prêts à bombarder des pays et des peuples indisciplinés partout dans le monde.

Les peuples du monde ont besoin d’une autre mondialisation. Je souligne: nous, les communistes russes, ne sommes pas des adversaires de la mondialisation en tant que telle. Ce serait une position réactionnaire et à courte vue. La globalisation a un caractère objectif. La division mondiale du travail, l’échange le plus large d’idées et de technologies, devrait et va se développer. Mais nous sommes contre la version actuelle de la mondialisation, qui n’est pas réalisée dans l’intérêt de l’humanité, mais dans l’intérêt d’un groupe extrêmement restreint de particuliers, qu’il est difficile d’appeler autrement que des parasites mondiaux.

 

Les communistes étaient et restent des internationalistes, partisans du rapprochement des peuples. Par conséquent, nous pouvons dire que nous ne sommes pas des anti-globalistes, mais plutôt des ALTER GLOBALISTES, partisans d’une autre mondialisation dans l’intérêt de la majorité travailleuse de la population mondiale.

Comment peut-il y avoir un autre scénario de la mondialisation?

Je pense que beaucoup d’idées intéressantes seront exprimées aujourd’hui à ce sujet.

De toute évidence, il est nécessaire de renforcer les institutions internationalesl’ONU et d’autres, qui deviennent aujourd’hui des marionnettes entre les mains des forces impérialistes et qui sont incapables d’empêcher les guerres agressives de l’impérialisme.

Je crois également que les institutions financières internationales telles que le Fonds monétaire international et la Banque mondiale devraient être reformatées, car aujourd’hui elles servent uniquement d’outils pour imposer le pire des scénarios de mondialisation aux pays et aux peuples.

 

La tâche de remplacer le dollar américain par le système des règlements internationaux est étroitement liée à la tâche précédente. La situation actuelle est intolérable. Cela donne des avantages absolument injustifiés à un centre d’émission. Il permet aux forces impérialistes de prendre des décisions à partir d’un seul et même organisme – la Réserve fédérale américaine, qui n’est même pas un organisme d’État, pour manipuler l’économie mondiale dans son propre intérêt mercenaire.

Il est nécessaire de mettre un terme à la politique d’élimination des forces productives dans toutes les régions du monde. Je pense qu’il est temps de compléter le système du droit international par la notion de «génocide économique» et de le considérer comme un crime grave contre l’humanité. Parce que les résultats de la destruction des forces productives d’un pays sont comparables aux résultats du génocide réalisé par des moyens «traditionnels»: des millions de personnes meurent prématurément ou quittent leur patrie.

 

Nous associons la possibilité de réaliser un scénario de mondialisation plus favorable à l’humanité, avec le renforcement des forces du socialisme dans le monde. Des pays socialistes comme la Chine et le Vietnam sont non seulement des leaders en termes de croissance économique, mais ils construisent aussi un système de coopération économique internationale équitable. Et Cuba socialiste, avec l’aide de ses excellents médecins et d’autres spécialistes, sauve des vies et aide au développement de dizaines de pays à travers le monde. Et cela malgré le fait que l’île de la Liberté elle-même soit toujours soumise à un blocus économique par la plus grande puissance impérialiste. Aujourd’hui encore, il y a des pays sur la planète que l’on peut appeler d’orientation socialiste, en particulier un certain nombre d’États latino-américains. C’est l’Equateur. C’est la Bolivie qui, sous le président de gauche Evo Morales, est devenue un champion en termes de croissance économique sur son continent. C’est le Venezuela, que les médias impérialistes ne présentent que sous un jour négatif. Mais l’autre jour les Chavistes au Venezuela ont remporté une brillante victoire dans les élections régionales, ce qui indique un dépassement progressif de la crise économique dans ce pays et la fidélité du peuple vénézuélien au choix socialiste.

Et nous espérons que la Russie reviendra sur la voie du développement socialiste et nous y travaillons.

Je pense que ce sont les pays du socialisme, en renforçant et en construisant un nouveau système de relations internationales, qui donneront au monde une chance pour une autre mondialisation qui ne soit pas semblable à l’actuelle. Ces pays deviendront un centre de consolidation pour toutes les forces anti-impérialistes, pour tous les États qui s’efforcent de mener une politique véritablement indépendante.

 

En conclusion, je voudrais souligner l’importance cruciale de notre discussion aujourd’hui. Pour que le scénario alternatif de la mondialisation soit possible, nous, représentants de différents pays et peuples, devons d’abord formuler notre projet de mondialisation dans l’intérêt de l’humanité. Je suis sûr que la plate-forme du Festival Mondial de la Jeunesse et des Etudiants peut jouer un très grand rôle dans ce processus.

Traduit par Marianne Dunlop

 

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Robert Bibeau

Robert Bibeau est journaliste, spécialiste en économie politique marxiste et militant prolétaire depuis 40 années.

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