LA NATURE DE LA POLITIQUE

C-Series-Bombardier-672x372

PHILIPPE DAVID :

Je n’écris plus souvent ces temps-ci. Je trouve la scène politique plutôt déprimante. Cependant, il y a des moments où je ne peux faire autrement que de sauter sur mon clavier. Ce qui s’est produit avant-hier est un bon exemple. Ce n’est pas que j’ai été surpris outre mesure par le fait que le gouvernement Couillard ait décidé d’investir $1 milliard US ($1,3 milliards CAN) dans Bombardier en mon nom et celui de tous les contribuables, prenant ainsi possession de 49% d’une compagnie formée pour assurer le développement (très risqué, cela va sans dire) du C Series de Bombardier alors que la journée même, Bombardier montrait des états financiers qui accusaient une perte de $4,9 milliards. Ça devrait me choquer, comme ça semble choquer tout le monde, mais non. Pas vraiment. Ce qui me choque plus dans cette affaire est le refus des gens de voir que ce genre de chose est monnaie courante en politique et que tant et aussi longtemps qu’on considérera comme normal de se faire confisquer près de la moitié de son revenu par le gouvernement pour ensuite voir cet argent gaspillé de façon outrageuse dans des projets dans lesquels nous n’aurions jamais mis une taule de notre propre chef, ce genre de chose se produira encore et encore.

Ce n’est pas d’hier que les politiciens récompensent leurs amis et leur font des faveurs. Les corporations dépensent des millions en lobbying pour obtenir des contrats ou une réglementation qui leur est favorable au détriment de leurs concurrents, ou tout simplement pour de l’argent. Comme par hasard, le lobbyiste de Bombardier est un certain ex-ministre des finances libéral. Peut-on être plus incestueux que ça? Tout le monde s’indigne, tempête et rouspète, mais personne ne veut vraiment s’attaquer à la vraie cause du problème: les politiciens contrôlent des sommes faramineuses d’argent qu’ils soutirent par la force des contribuables qui n’ont mot à dire que lorsqu’ils votent à tous les cinq ans.

Un «investissement», vraiment?

Laissez-moi vous faire part d’une réalité trop souvent oubliée: le gouvernement ne peut rien vous donner qu’il n’a pas pris par la force à quelqu’un d’autre. Si ce quelqu’un d’autre avait pu garder son argent plutôt que d’être forcé à le donner au gouvernement, il l’aurait peut-être utilisé à des fins plus productives (ou pas, mais c’était SON argent). Ce sur quoi on peut compter c’est qu’il l’aurait dépensé ou investit selon ses propres intérêts personnels dans le but d’améliorer sa qualité de vie. Lorsque c’est le gouvernement qui choisit quoi faire avec cet argent, c’est une toute autre chose.

Les gens qui croient que le gouvernement agit pour le «bien commun» sont probablement les mêmes qui ont coulé leurs cours d’Histoire à l’école. Parce qu’au contraire, le gouvernement est composé d’individus qui ont naturellement leur propre intérêt personnel en tête. Dans le cas des politiciens, leurs deux premières préoccupations sont de se faire élire et de se faire ré-élire. Vos préoccupations, ils n’en ont rien à cirer, à moins que celles-ci les aident dans leurs deux préoccupations personnelles. Donc, naturellement, les soit-disant «investissements» que les politiciens font avec votre argent ont rarement quelque chose à voir avec votre bien-être (tout bienfait que les petites gens en retirent, sont le plus souvent accidentels).

Donc, lorsqu’on vous raconte qu’on doit sauver telle ou telle compagnie pour le bien commun, à cause des pertes d’emploi ou des dommages à l’économie, n’en croyez pas un mot. Dans la réalité, si une compagnie n’est pas assez bien gérée pour être profitable et attirer des investissements privés, elle ne mérite pas non plus d’être capitalisée de force par le contribuable.

Donner 1,3 milliards à Bombardier signifie qu’on prive toutes les autres entreprises (qui sont profitables, puisqu’elle paient de l’impôt) de capitaux et des intérêts pour un projet dont le retour sur investissement est si douteux qu’aucune banque ou investisseur privé ne veut le toucher avec un bâton de dix pieds (et je travaille présentement pour une banque d’investissement, vous pouvez imaginer les discussions autour de la machine à café…).

L’économiste français Frédéric Bastiat parlait souvent de ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas. On voit facilement les emplois perdus si on laissait Bombardier à elle-même, qui incidemment, seraient bien moindres que ce qu’on peut penser, comme l’explique Vincent Geloso dans son récent blogue, mais ce qu’on ne voit pas ce sont tous les autres emplois qui auraient été créés si les autres entrepreneurs avaient eu accès à ces capitaux. Encore une fois, le gouvernement ne peut rien donner aux uns sans priver les autres. Et dans la plupart des cas, le gouvernement prive ceux qui produisent au profit des cancres.

La nature de la politique

C’est pourquoi les fameux «investissements» du gouvernement sont rarement profitables au sens économique, ils ne profitent en fait qu’à un nombre restreint d’individus au détriment de tous les autres, mais ils sont politiquement rentables pour les politiciens.

Les politiciens le feront toujours. Ils ne peuvent pas ne pas le faire, en fait. Sinon on pourrait commencer à croire qu’ils sont inutiles et en réalité ils sont carrément nuisibles. On lance souvent à la blague que la politique est le deuxième métier le plus vieux du monde. Le premier étant la prostitution. On va même jusqu’à dire qu’il y a peu de différences entre une prostituée et un politicien. Je vais vous en nommer une plutôt fondamentale. La prostituée rend un service bénéfique à sa clientèle alors que dans la balance, c’est loin d’être le cas des politiciens.

C’est une des raisons pourquoi j’abhorre la politique. Parce que sa véritable nature ne consiste pas à améliorer le sort de tous mais plutôt à prendre ce que certains ont durement gagné pour le redonner à d’autres qui ne le méritent pas. Cette intervention envers Bombardier n’en est qu’un autre exemple.

3 pensées sur “LA NATURE DE LA POLITIQUE

  • avatar
    3 novembre 2015 à 8 08 27 112711
    Permalink

    @ Philippe et @ tous les autres.

    dabs ton intervention sur l’allocation de un milliard $US faites aux capitalistes-actionnaires de Bombardier tu sépares allègrement LE POLITIQUE de l’ÉCONOMIQUE et tu en viens à la conclusion que les POLITICIENS bourgeois ont décidé de faire un cadeau à même tes impôts à leurs amis actionnaires.

    Tu as tout faux. Les actionnaires de Bombardier – qui sont les mêmes que ceux de l’empire Desmarais et que l’empire Quebecor-Péladeau – et les mêmes qui soutiennent financièrement la CAQ du millionnaire Legault qui a peut-être des parts dans Bombardier – tous ces gens ne forment qu’une seule et même classe sociale qui possède et contrôle l’ÉCONOMIE et le POLITIQUE. La deuxième sphère étant au service de la première tout cela est entendu et compris par eux.

    Couillard – pas davantage que Trudeau la semaine prochaine n’ont le choix de donner les deniers publics à leurs patrons économique qui hier les ont placés au pouvoir POLITIQUE pour faire exactement ce qu’ils font aujourd’hui. L’affaire des lobbyistes est un leurre – une insignifiance – une guerre entre milliardaires pour savoir qui passera le premier ou le second à la caisse électorale d’abord et gouvernementale ensuite.

    Leur mode de production ne peut plus fonctionner. Bombardier s’est lancé en concurrence contre deux très gros monopoles multinationnaux et la seule planche de salut que lui offroront ces monopoles sera SOIT de disparaître – absorbée par l’un des deux monopoles – AirBus a fait la moue pour le moment –

    Reste les chinois qui pourraient bien être tenter d’annexer Bombardier – le prochain marché des avions de ligne est en Chine et le capital de risque est en Chine.
    Dis-moi – qu’est que ça changera pour les ouvriers de Bombardier d’être exploité par des actionnaires canado-chinois plutôt que canado-américains ????

    Répondre
  • avatar
    3 novembre 2015 à 10 10 44 114411
    Permalink

    Ce texte démontre une incompréhension de la réalité économique. Une économie c’est un système qui produit de la richesse point barre. Envoyer $1 milliard à des gens qui produise quelque chose qui me semble utile, c’est pas mal à mon avis. Surtout que tous les autres compétiteurs dans le secteur sont littéralement torchés avec l’argent des taxes (Airbus en particulier). Envoyer plus de $60 milliards PAR ANNÉE à des parasites bureaucratiques qui ne produisent rien ET ÇA NE VOUS CHOQUE PAS PLUS QUE ÇA !!! Le gouvernement n’est qu’un outil économique. Il faut connaître qui a véritablement en main cet outil.

    Répondre
  • avatar
    3 novembre 2015 à 20 08 38 113811
    Permalink

    Décadents et dégénérés, votre fin est pour bientôt, un long fleuve de sang, quelle grande finale.

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *