La nature de la révolution russe d’octobre 1917

Par  Robin Goodfellow.  Le 22.10.2017.  Sur leur site web en fichier PDF.

 

1.           Avertissement

Le texte que nous présentons ici a servi de trame à une conférence sur « La nature de la révolution d’octobre 1917 », tenue au Moulin de Saint-Félix (Oise), à l’initiative de jeunes camarades.

Tout en étant rédigé, il faut garder à l’esprit qu’il s’agit d’un support à une communication orale, d’une heure trente environ. Il ne saurait dont prétendre à fournir une étude exhaustive de la révolution russe, comme nous le disons en entrée du texte. Nous nous sommes limités à la séquence février-octobre, et avons privilégié l’analyse en termes de rapports de classes et de forces politiques, l’enjeu étant la caractérisation de la révolution d’octobre.

Certains faits rapportés sont forcément, dans ce contexte, lapidaires.

Nous nous sommes appuyés sur un travail en cours, beaucoup plus détaillé, sur le cours de la révolution russe, qui devrait être publié début 2018 dans le cadre de la réédition augmentée de notre texte de 2011 : « Le cours historique de la révolution prolétarienne ».

2.           Présentation

Nous allons commencer par nous présenter. Robin Goodfellow est le pseudonyme collectif d’un petit groupe de militants communistes, marxistes, qui travaille depuis plus de 40 ans, au moyen de  la publication de textes et interventions dans les milieux militants à la défense intransigeante du programme marxiste. Nous tirons ce nom d’un discours célèbre de Marx en 1856 adressé aux ouvriers anglais et qui concluait : « Aux signes qui déconcertent la bourgeoisie, l’aristocratie, et les piètres prophètes de malheur, nous reconnaissons notre brave ami Robin Goodfellow, la vieille taupe qui sait si vite travailler sous la terre, le digne pionnier – la révolution. » Robin Goodfellow est un personnage du folklore anglais, il représente l’esprit malin, l’esprit farceur. Shakespeare, Marx le lisait beaucoup, le met en scène avec Puck, le lutin du « songe d’une nuit d’été ».

Parmi nos travaux en cours, figure l’édition d’un ouvrage qui sera consacré au cycle des révolutions et contre-révolutions, reprenant des textes en partie déjà édités, mais augmenté d’une forte partie consacrée à la révolution russe de 1917. C’est un premier éclairage sur ces travaux que nous présenterons aujourd’hui.

Pour terminer rapidement cette présentation et faire la transition avec notre sujet, nous préciserons que notre filiation politique et théorique s’inscrit dans celle des oppositions de gauche au sein de la Troisième Internationale qui ont émergé dans les années 1920, et notamment la Gauche communiste d’Italie, mais nous avons, depuis 40 ans, privilégié, le « retour à Marx ».  C’est donc une analyse de la révolution d’octobre à partir des concepts marxistes que nous proposerons aujourd’hui.

Les courants que nous venons d’évoquer ont très tôt détecté et analysé les dérives de la révolution, et identifié un cours vers, non pas le « socialisme », mais le développement du mode de production capitaliste, quoiqu’à partir de prémisses qui n’étaient pas forcément justes. C’est le cas par exemple, en Russie même de l’opposition ouvrière (Miasnikov…), à l’étranger de la gauche Germano-Hollandaise dite « conseilliste » (Otto Rühle, Herman Görter, Anton Pannekoek) ; la gauche dite italienne (Amadeo Bordiga) que nous avons citée posera un diagnostic final plus tardif. Quant à l’opposition de gauche russe (Trotsky), elle ne renoncera jamais à voir dans l’URSS un « état ouvrier dégénéré » à défendre au nom du socialisme.

Or, rappelons – mais nous aurons l’occasion d’y revenir – que Lénine n’a jamais prétendu qu’il pouvait y avoir la moindre trace de socialisme en Russie en l’absence d’une révolution internationale et en premier lieu de la révolution en Allemagne, dont le succès aurait permis de déplacer l’épicentre de la vague révolutionnaire de cet immense pays arriéré qu’était la Russie, vers un pays centre-européen industrialisé et fort d’un immense prolétariat et d’une longue tradition social-démocrate. La vague qui va de 1917 à 1919 est aussi celle de la révolution allemande, de la révolution en Hongrie, en Autriche, en Finlande, des grèves et occupations d’usine en Italie, des mouvements ouvriers en Europe, mais aussi en Amérique du Sud (Argentine, Brésil…)

L’échec de la révolution allemande de 1919, l’assassinat de Luxembourg et Liebknecht, la ruée d’une Sainte-Alliance des puissances occidentales contre la Russie, la guerre civile, les immenses difficultés économiques ont d’emblée grevé les chances de la révolution russe, dont la dégénérescence s’accentue dans la première moitié des années 1920, jusqu’à l’aboutissement de la contre-révolution que constitue la reconnaissance officielle (en 1926) de la possibilité du « socialisme dans un seul pays ».

Nous allons nécessairement vite, et de manière lapidaire dans cette introduction, pour laisser du temps à l’exposé sur le fond, mais il est indispensable de rappeler ici que le socialisme, pour les marxistes, ce n’est pas la nationalisation ni la direction de l’économie par l’Etat, c’est l’abolition de l’économie marchande, du salariat, de l’argent, c’est l’extinction de l’Etat. Toute révolution prolétarienne qui ne prendrait pas des mesures allant dans ce sens (même si l’objectif ne peut pas être réalisé du jour au lendemain) s’ôte toute chance de succès. Or, les conditions objectives en Russie – encore une fois en dehors d’un mouvement mondial – n’étaient pas réunies pour cela, et c’est au développement du capitalisme, à une accumulation du capital brutale, rapide, extensive que l’on a assisté à partir de la fin des années 1920.

Du coup, la caractérisation de l’URSS comme aire d’accumulation capitaliste, du rôle de la bureaucratie comme, non pas une nouvelles classe (thèse défendue en France par exemple par le groupe « Socialisme ou Barbarie »), mais comme un agent historique du développement capitaliste et fourrier d’une future bourgeoisie, pose rétrospectivement la question de la nature de la révolution qui eut lieu en octobre et c’est un débat qui a beaucoup agité les cercles marxistes jusqu’à la dissolution de l’URSS. Elle a ensuite un peu perdu de son acuité avec la dissolution de l’URSS qui a pu apparaître alors comme la confirmation de l’analyse historique : le dévoilement plein et entier de la nature capitaliste de la société dite « soviétique ». Mais cela reste une question théorique importante et une question vivante, même si nous la posons aujourd’hui à l’occasion d’un centenaire. Centenaire dont on n’a pas lieu de se réjouir, car cela signifie que depuis 100 ans, le prolétariat mondial a collectivement échoué à renverser le capitalisme. Comme le disait Amadeo Bordiga :

 

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Robert Bibeau

Robert Bibeau est journaliste, spécialiste en économie politique marxiste et militant prolétaire depuis 40 années.

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