La plume et l’épée

Unknown

 

PHILIPPE DAVID :

Depuis toujours, les caricaturistes se donnent pour mission de ridiculiser les conneries de ce monde et le monde est certainement une source intarissable de bêtises. C’est leur job! Dépassent-ils occasionnellement les limites du bon goût? Assurément! Mais il faut parfois choquer les gens pour les faire réfléchir. L’humour est souvent une source d’introspection. Du moins, pour ceux qui en sont capables (une infime minorité, j’en conviens).

C’est, je crois, ce que Charlie Hebdo faisait. Ses auteurs et caricaturistes poussaient la limite du bon goût et brassaient les cages afin de réveiller les gens et pour eux, aucun sujet n’était tabou. Ils s’attaquaient autant à des figures politiques, des célébrités et toutes les religions. Ils débusquaient sans aucune gêne la connerie, où qu’elle se trouve.

Pourtant, de tous les groupes qu’ils ont piqué de leurs plumes, un seul a tenté par deux fois de les réduire au silence par la violence. Certains disent que Charlie Hebdo est l’artisan de ses propres malheurs. «Qui sème le vent récolte la tempête», disent-ils. «Ils ont été beaucoup trop incendiaires, ils sont allés trop loin!» Vraiment? N’est-ce pas comme dire qu’une femme mérite d’être violée parce que sa tenue dévoile un peu trop de peau au goût de certains? L’insulte et le ridicule ne sont pas les crimes, mais le meurtre et l’intimidation, eux, le sont. Devrions-nous plier l’échine et laisser des barbares nous dicter ce que nous pouvons et ne pouvons pas publier dans un journal à coup de kalachnikov? C’est inacceptable! Si un journal publie quelque chose qui vous déplaît ou qui vous offense, vous pouvez envoyer une lettre à l’éditeur, faire une plainte, protester, dénoncer mais VOUS NE POUVEZ PAS TUER!!!! Suggérer que les gens de Charlie Hebdo ont mérité ce qu’il leur est arrivé, c’est cautionner que la violence est une réponse légitime à leurs écrits et leurs dessins.

Ce n’est pas d’hier…

Ce n’est pas d’hier que ce genre de chose se produit. Comme Mario Roy, ancien éditorialiste de La Presse nous le rappelle sur son blogue, L’occident a la chienne depuis 15 ans. Souvenons-nous des émeutes suite à la publication des caricatures de Mahomet dans le quotidien danois Jyllands-Posten, des batailles légales d’Ezra Levant et Mark Steyn contre les diverses commissions des droits canadiennes et tous les assassinats commis en criant «Allahu ackbar». Tous des actes de barbarie abjecte.

Il est étonnant de voir à quel point les médias sont complaisants. Vous pouvez critiquer ou même ridiculiser toutes les religions, sauf une: l’islam. La foi des musulmans est-elle si fragile qu’elle ne supporte aucune critique? Je ne peux pas concevoir que dans une société civilisée, nous tolérons qu’un groupe se conduise en brute de cour d’école à chaque fois que quelqu’un critique sa religion. C’est intolérable.

Encore aujourd’hui, un imam à Ottawa déclarait que de faire des caricatures de leur prophète devrait être illégal. Je l’inviterais à utiliser la liberté dont il jouit au Canada pour déménager ses pénates dans un pays qui concorde mieux avec son idéologie (l’EI, par exemple) parce qu’il n’y a aucune bonne raison d’avoir une telle loi ici au Canada. Non seulement cautionne-t-il les attaques contre les médias, mais il voudrait utiliser la force de notre gouvernement contre nous-même. Quel culot tout de même! Si tous les musulmans s’indignaient des conneries faites au nom de leur religion la moitié de ce qu’ils s’indignent pour les caricatures, Charlie Hebdo aurait beaucoup moins de matériel à se mettre sous la dent! Ce n’est pas parce que Charlie Hebdo fait des caricatures que les islamistes font des conneries, c’est parce que les islamistes sont cons que Charlie Hebdo fait des caricatures.

Les canards du kiosque de tir

Un autre aspect de ce drame que peu de chroniqueurs québécois ou français est que les employés du Charlie Hebdo auraient pu tout aussi bien se promener avec une cible peinturée dans le dos. Comment est-ce possible que des hommes puissent débarquer au milieu d’un quartier affluent de Paris avec des kalachnikovs à la main? Ces armes ne sont-elles pas interdites en France? Car, voyez-vous, pour ceux qui veulent aller commettre un acte terroriste, les interdiction contre les armes à feu sont le cadet de leurs soucis. Nous avons pourtant vu de nombreuses vidéos des tueurs. Et si ces gens avaient été armés d’autre chose que des caméras, les tueurs auraient-il pu faire autant de victimes? Nous ne le saurons jamais.

Toujours est-il que ces interdictions ont transformé les citoyens ordinaires en canards de kiosque de tir.

La plume et l’épée

Vous pouvez tuer un caricaturiste, un éditorialiste ou un chroniqueur, un autre prendra leur place. Les idées sont à l’épreuve des balles. La plume demeurera plus puissante que l’épée tant que nous ne nous laisserons pas intimider par des barbares. Après tout, si des millions publient ces caricatures, ils ne peuvent pas tous nous tuer. Même si Charlie est un canard de gauche, je me battrai jusqu’à la mort pour son droit d’exister et de s’exprimer.

3 pensées sur “La plume et l’épée

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    12 janvier 2015 à 20 08 21 01211
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    Tu ne connais vraiment rien de la France comme du reste du monde, un libertaire conservateur totalement ignorant voilà ce que tu es Philippe, ne sais-tu pas qu’au Canada tout comme en France il est interdit de critiquer Israël sous peine de poursuite criminel pour délit d’anti-sémitisme. Tu connais rien à Charlie Hebdo, va donc te faire voir chez les adeptes d’Ayn Rand.

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    13 janvier 2015 à 14 02 58 01581
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    « L’insulte et le ridicule ne sont pas les crimes, mais le meurtre et l’intimidation, eux, le sont. Devrions-nous plier l’échine et laisser des barbares nous dicter ce que nous pouvons et ne pouvons pas publier dans un journal à coup de kalachnikov? C’est inacceptable!  »

    Entièrement d’accord. Rien ne justifie le meurtre en soi. Après, si vous allez sur le terrain de l’idée, des tenants et aboutissants d’un système, il y a d’autres choses tout à fait inacceptables à mon sens. Et c’est là le problème, où il y a débat.

    Ce qui me pose problème, c’est le deux poids deux mesures dans la liberté d’expression qui est à géométrie variable (il y a un encadrement à cette expression, et « se battre jusqu’à la mort pour son droit d’exister et de s’exprimer » ne prend pas en compte le fil capitaliste, le fait que d’autres expressions ont été tuées par le pouvoir de l’argent). Mettre tout le monde dans le même panier. Etc.

    « Si tous les musulmans s’indignaient des conneries faites au nom de leur religion la moitié de ce qu’ils s’indignent pour les caricatures »

    -> Si tous les peuples du monde s’indignaient des conneries faites en leur nom par leur armée la moitié de ce qu’ils s’indignent etc.

    [Réfléchissons] Rendons hommage à Charlie Hebdo : boycottons la manifestation du 11 janvier : http://www.les-crises.fr/indecense-rendons-hommage-a-charlie/

    Charlie Hebdo: Tous unis contre le terrorisme… et la guerre ! : http://www.alterinfo.net/Charlie-Hebdo-Tous-unis-contre-le-terrorisme-et-la-guerre_a109439.html

    Nous sommes tous des hypocrites : http://lmsi.net/Nous-sommes-tous-des-hypocrites

    Je suis Thomas : http://thomasfiera.wordpress.com/2015/01/09/je-suis-thomas/

    « Charlie Hebdo », pas raciste ? Si vous le dites… : http://www.article11.info/?Charlie-Hebdo-pas-raciste-Si-vous

    Je ne suis pas Charlie. : http://blog.marcelsel.com/2015/01/07/je-ne-suis-pas-charlie/

    Je pense que si la plume doit se mettre au service d’un combat, d’une idée, elle doit le faire de manière éclairée, en conscience, en connaissance de cause, et non juste par principe idéologique libertaire. D’où l’importance de s’informer à diverses sources, de bien y réfléchir.

    Côté politique, cf les conférences d’Etienne Chouard, de Cornelius Castoriadis, David Van Rey­brouck, Jacques Testart, Jacques Rancière, la vidéo « J’ai pas voté » etc.

    Côté économie, voir l’idée du salaire à vie de Bernard Friot (plus poussé que le concept du revenu de base, cf sur moteur de recherche « L’enjeu du salaire+gentil virus », vous devriez tomber sur une page assez bien faite qui explique, compare), l’éloge de la gratuité de Paul Ariès, ainsi que le modèle économique basé sur les ressources.

    Pour moi, tout ça, la façon de faire société, la structure, est lié avec les remous que traverse le monde, dont cette affaire, d’une manière ou d’une autre.

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