La réforme du salariat et paupérisation des retraités

Par  Gérard Bad. Spartacus. Paris. Le 20.08.2016. URL :  http://spartacus1918.canalblog.com/ Collaboration spéciale   http://www.les7duquebec.com

 

Dissolution du salariat !!!

C’est presque une tradition en France, quand les vacances arrivent (scolaires et congés
payés), les luttes sociales s’arrêtent. La lutte contre la loi El Khomri n’a pas contrarié
cette règle, les couteaux ont été rengainés avec la promesse que le combat reprendra à la
rentrée.

La loi El Khomri tout comme le rapport Badinter ne visent pas que la hiérarchisation des
textes de loi, ils mettent un coin dans la notion même du salariat. Ceci est à rattacher à la
multitude de contrats de travail précaires allant jusqu’au contrat zéro heure, à la
dislocation de la vie privée et de la vie au travail, et du marketing de la cocréation, du
fait des nouvelles technologies.  Dés l’an 2000, dans une brochure La Sphère de circulation du capital (publiée par Échanges)  j’ avais alerté les lecteurs sur une tendance visant à faire travailler le
consommateur :

« La société self-service a le pouvoir de déguiser la soumission, l’exploitation et même
la servitude en liberté. Le libre-service, ce système a, à première vue, un immense
avantage, il supprime les domestiques (illustration le poinçonneur des Lilas). Plus besoin
de serveurs, de vendeurs, de contrôleurs. Le problème (sans charges sociales) est reporté
sur le consommateur qui devient un domestique, “libre” et “payant” qui va effectuer un
travail non payé et qu’il devra même payer, puisqu’il paie l’accès au Minitel, à Internet…
Nous devenons des serveurs, des vendeurs, des banquiers, des assureurs, des pompistes,
des poinçonneurs, des téléphonistes, des portiers, des assembleurs kit, des hôteliers…
plus le travail devient simple, plus il est possible de l’externaliser sur l’utilisateur. »

 

Depuis, comme le dénonce si bien Marie-Anne Dujarier dans son livre Le Travail du
consommateur ([1]) il est parfaitement clair que l’exploitation du consommateur est
dorénavant intégrée dans la stratégie des entreprises sous le vocable de “cocréation”.

La loi El Khomri est le résultat d’un long “détricotage” du droit du travail de la période
dite keynésienne, comme nous aurons l’occasion de le démontrer ultérieurement. En cela
les nouvelles technologies n’ont fait que favoriser ce détricotage qui remonte aux années
1990 avec la liquidation des anciennes conventions collectives basées sur le métier.
Après la liquidation du classement de 1945 dit Parodi (manoeuvres, OS, OP), les
nouvelles conventions collectives se baseront sur un classement par fonction aux
frontières aléatoires.
L’informatisation de la société a bien entendu bouleversé le système catégoriel des
métiers et même fait une intrusion dans la sphère privée. Gérard Filoche dans ses textes
l’explique très bien ([2]). Il y a donc dialectiquement interpénétration des sphères privée
et publique. Ce qui fait dire à Philippe Lemoine dans son rapport ([3]) : « Avec le numérique, de nouveaux emplois apparaissent et, plus profondément, la notion même d’emploi se transforme. On peut aujourd’hui être tour à tour entrepreneur, salarié, expert indépendant, étudiant, etc. Mieux : on peut occuper simultanément plusieurs de ces statuts. »  Voilà qui a le mérite d’être clair , et nous fait comprendre que la dislocation du salariat (sa précarisation) est à l’ordre du jour du capital. Comme le faisait remarquer Gérard Filoche sur le rapport Badinter :

« On caractérisera le rapport comme une tentative pour en finir avec un Code du travail
spécifique et le remplacer par un mixte avec le Code civil, où les contrats commerciaux
et les statuts d’indépendants sont mis sur le même plan que l’ex-contrat de travail.
La“personne” remplace le salarié. Le salarié est traité comme l’indépendant. Uber peut
s’y retrouver, Attali et Macron sont passés par là. »(Analyse détaillée des 61 mesures du
rapport Badinter)

 

La revue Temps Critiques va elle aussi dénoncer cette évolution vers un droit à la
personne, que l’on nous avait déjà servi avec la formation tout au long de la vie et la
sécurité sociale professionnelle :  « le Code du travail doit évoluer vers un code de la personne au travail, ce dernier étant  conçu non plus comme travail productif ou même déterminé, mais comme un travail fonction
« au service » de la société tout au long de la vie… Le programme de la CFDT en quelque sorte ! » (Temps Critiques-Projet de loi-travail et convergence des luttes: un  malentendu?)

Ceci est à mettre en relation avec les propositions de revenu universel et retraite
universelle visant à paupériser un peu plus le monde du travail.

 

Paupérisation croissante des retraités

Nous savons tous maintenant que les systèmes de retraites de l’État dit providence sont
systématiquement liquidés, voir pillés purement et simplement par la dette (voir la
CRDS gérée par la CADES) un produit financier exemplaire.  À ce titre le « trou de la
sécu » est un véritable tonneau des Danaïdes, un panier percé qu’il faut alimenter sans
cesse. Pour alimenter le « tonneau » il faut empêcher qu’il se vide trop rapidement, et
que la duperie devienne trop visible. Les réformes des retraites sont faites dans ce sens,
allongement du temps au travail pour toucher sa retraite, et non indexation sur les prix
([4]) depuis avril 2013 et passage à la CSG de 3,8 % à 6,6 %.

En période de propagande électorale, la promesse avait été faite que le gel de
l’indexation serait aboli en octobre 2016. Mais voilà que la presse nous informe que le
dégel n’est pas pour demain et que la précarisation-paupérisation des retraités va se
poursuivre. Comme l’inflation officielle entre mai 2015 et avril 2016 est négative (–0,2 %), il coule
donc de source que l’indexation sera de zéro. A cela s’ajoute, il ne faut pas l’oublier, un
accord signé le 30 octobre 2015 entre le Medef, la CGPME, l’Union professionnelle
artisanale (UPA) d’une part et la CFDT, la CFTC, la CFE-CGC d’autre part. Accord
aboutissant à assurer la pérennité de la paupérisation des retraités ([5]).
Que propose cet accord ? ([6]) Il se présente comme le jeu de l’oie, ou plutôt celui du
pigeon, avec un système de « bonus malus » qui vise à river les retraités au boulot
comme Prométhée à son rocher.  Pour la génération née en 1957, un « coefficient de solidarité », c’est-à-dire une ponction sur la pension, sera prélevée à la hauteur de 10 % pendant trois ans.

Autrement dit, une personne ayant 62 ans, remplissant toutes les conditions pour
prendre sa retraite, pourra le faire, mais elle subira le malus de 10 % pendant trois
ans, c’ est à dire jusqu’à 65 ans (où est donc passée l’AGFF ? [[7]]). Pour ceux qui
veulent partir à taux plein à 63 et 64 ans le mécanisme va jouer avec un décalage
respectivement jusqu’à 66 ans et 67 ans.

 


L’insécurité sociale, voilà l’état d’urgence pour le précariat qui touche un nombre

croissant de prolétaires, il n’y a rien à espérer de ce monde.

G. Bad août 2016

Notes

([1]) Le Travail du consommateur. De McDo à e-Bay, comment nous coproduisons ce que nous
achetons, La Découverte-Poche, a2014
([2]) Gérard Filoche, né le 22 décembre 1945 à Rouen, est un ancien militant de la LCR, devenu inspecteur du travail.
Il a publié de nombreux ouvrages sur Mai 68 et sur le droit du travail et contribue depuis quelques années à différents
médias (L’Humanité, Mediapart…). Il est actuellement membre du Parti socialiste.
([3]) Rapport sur la « Transformation numérique de l’économie », remis en novembre 2014 par
Philippe Lemoine, président du Forum d’action modernités et président de la Fondation internet
nouvelle génération, aux ministres Emmanuel Macron (Economie, Industrie et Numérique),
Marylise Lebranchu (Décentralisation et de la Fonction publique), Thierry Mandon (Réforme de
l’Etat) et Axelle Lemaire (secrétaire d’Etat chargée du numérique).
([4]) Les revalorisations des retraites se faisaient avant la réforme de 1993 sur la base de la hausse des salaires (+1,8 %)
cette année-là.
([5]) https://www.cfdt.fr/portail/theme/protection-sociale/retraites-complementaires-letexte-estfinalise-srv2_320292
([6]) https://www.cfdt.fr/portail/theme/retraites-complementaires/ce-qu-il-faut-retenir-de-l-accord-sur-les-retraitescomplementaires-
srv1_320510
([7]) AGFF, Association pour la gestion du Fonds de financement de l’Agirc et de l’Arrco – http://www.agff-info.fr/
Les retraites et pensions de retraite sous soumises à cotisations pour la protection
sociale :
CSG (assurance maladie) : 6,6%,
CRDS (dette de la sécu) : 0,5%,
Casa (solidarité pour l’autonomie) : 0,3%
assurance maladie : 1% uniquement sur les retraites complémentaires.
Les plus de 65 ans et les invalides peuvent déduire un abattement supplémentaire si
leurs revenus annuels sont inférieurs à certains montants. En 2016, pour les revenus
de 2015, vous pouvez donc déduire : 2 344 € en-dessous de 14 730 €, ou 1 174 €
entre 14 730 € et 23 730 €. Les couples dont les deux membres ont plus de 65 ans (ou
sont invalides) peuvent déduire le double de ces sommes.
• Les dépenses de maison de retraite, pour les personnes dépendantes, sont déductibles à 25%,
dans la limite de 2 500 € déduits par an.
• Les dépenses d’adaptation du domicile peuvent donner droit à un crédit d’impôt.
Les retraités exonérés de CSG, ou qui la paient au taux réduit de 3,8 %, sont exonérés
de cotisations sociales sur les pensions de retraite complémentaire.
La CSG (Contribution Sociale Généralisée) : les pensions de retraite acquittent la CSG, mais à un
pourcentage inférieur : 6,6% au lieu de 7,5% pour les revenus d’activité.
Sur ce pourcentage, 4,2% sont déduits du total des pensions soumises à l’impôt sur le revenu (au
lieu de 5,1% pour les revenus d’activité).

 

avatar

Robert Bibeau

Robert Bibeau est journaliste, spécialiste en économie politique marxiste et militant prolétarien depuis 40 ans. http://www.les7duquebec.com

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *