La tyrannie du pacifisme

Pire que la hausse des frais de scolarité elle-même, le conflit étudiant a vu naître sur la place publique un nouveau type de militant : le pacifiste haineux. Sûr de son idéologie pacifiste, il se substitue aux policiers pour s’en prendre à ceux qu’il qualifie de « casseurs ». Allié du pouvoir en place, il ne rêve que d’ordre et de paix dans une situation où c’est présentement l’ordre et la paix – lire l’indifférence quant au sort des étudiants – qui doivent être dénoncés.

 

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On les voit sur toutes les tribunes, clamant : « Mais laissez-nous manifester pacifiquement ! ». Et que se passe-t-il quand on les laisse le faire ? Rien. Ils font leur petit tour dans la rue, dérangent un peu la circulation, scandent « So, so, so ! » pendant quelques minutes et rentrent paisiblement chez eux le soir venu. Leur pacifisme est un échec.

En soi, le pacifisme est une idéologie qui se défend. On parle souvent de la Révolution tranquille ou de Gandhi pour le justifier. Mais on oublie de situer ces exemples dans le temps : le processus de décolonisation faisait alors son chemin et l’élite anglaise elle-même était prête à jeter du lest. Le pacifisme n’a pas gagné à cause de son essence ; il a gagné parce qu’il s’inscrivait dans une mouvance où même l’élite avait fini par perdre confiance en ses propres privilèges.

En ce moment, tout au contraire, l’élite est sûre d’elle-même, hautaine, méprisante. Elle jouit de tous les pouvoirs. Elle est capable de faire des blagues sur les étudiants, de parler de les envoyer dans le nord. Elle peut les infantiliser, les ridiculiser. Elle a ses Martineau, Facal, Duhaime, Pratte, Dubuc et autres nez-bruns du pouvoir pour la défendre. Elle est toute-puissante et, s’inscrivant dans le courant néolibéral actuel, elle arrive à convaincre une partie importante de la population.

Conséquemment, on ne peut pas voir comment une stratégie purement pacifiste peut fonctionner. Si le but est de vaincre le gouvernement – et ce but ne peut être autre puisque le gouvernement refuse même de considérer les étudiants comme des interlocuteurs crédibles – il faut utiliser TOUS les moyens pour y arriver. Ces moyens ne peuvent pas exclure la désobéissance civile massive et l’utilisation de la force physique contre des objets inanimés. Elle ne peut pas exclure non plus la résistance active contre les abus policiers.

Il y a un temps pour la réflexion et un temps pour l’action. Quand l’argumentaire a été développé, quand les études ont été faites, quand des manifestations pacifistes d’une ampleur historique ont été tenues, quand les appuis se sont généralisés, quand l’objectif est clair, quand l’autre partie ne veut rien entendre, il est du DEVOIR du mouvement étudiant d’opposer au radicalisme gouvernemental sa propre radicalisation, sa propre désobéissance civile, sa propre résistance active.

Quand un pacifiste haineux décide de se transformer en subalterne des policiers pour empêcher la violence légitime découlant du mépris gouvernemental, il ne contribue pas à sa cause : il encourage la division dans ses rangs et il nuit à l’expression de cette violence. Il empêche cette canalisation salvatrice d’une violence nécessaire pour frapper l’imaginer collectif et permettre de prendre conscience que le conflit, s’il n’est pas réglé pacifiquement, aura des conséquences funestes.

Le Québec a toujours été une nation pacifique. Mais le Québec est également une nation qui a vu ses idéaux piétinés depuis des siècles et ses confrères francophones de toute l’Amérique décimés.

Ne rejetons pas le pacifisme. Il peut être utile.

Mais ne rejetons pas la résistance active et l’utilisation de moyens plus radicaux contre des objectifs non humains.

Face à un ordre autoritaire, ayons l’intelligence de ne pas nous imposer nous-mêmes notre propre tyrannie du pacifisme.

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