Le Canada de Stephen Harper.

Stephen Harper

MINARCHISTE :

J’ai récemment visionné un documentaire diffusé sur les ondes de RDI (Radio-Canada) préparé entre autres par le journaliste Raymond St-Pierre (aka Harry Potter en plus vieux) intitulé « Le Canada de Harper ». Comme le titre le laisse deviner, ce reportage se veut une sorte de bilan de l’influence qu’a eue Stephen Harper sur le Canada depuis son élection en 2008.

J’ai été fort déçu par le contenu du reportage, qui ressemble davantage à de la propagande et à du vulgaire salissage qu’à un examen objectif des faits. J’ai donc décidé de vous présenter ma propre version du bilan de Stephen Harper.

Ceci dit, lors de l’élection fédérale de 2012, j’avais recommandé de voter pour le Parti Conservateur (voir ceci et ceci). Était-ce parce que j’aime Stephen Harper et ses idées? Non! En fait je les déteste. Était-ce parce que je suis conservateur? Non plus. Je suis libertarien. En fait, je préférais ce parti parce que c’était à mon avis le « moins pire » et celui qui était le moins susceptible de faire des conneries. J’avais aussi l’appréhension qu’il réduise la taille du gouvernement fédéral et diminue le fardeau fiscal des contribuables.

Néanmoins, comme tout politicien, le gouvernement Harper n’a pas chômé au département des conneries. Il a dépensé des dizaines de millions pour commémorer la « guerre de 1812 », qui aurait contribué à forger l’identité Canadienne (sic). Un haut-fait d’armes dont nous pouvons être fiers (ayant donné une « bonne leçon » aux Américains). Cela a grandement attisé mon mépris pour le patriotisme. Mais ce n’est pas tout, Harper a affirmé son affection pour la monarchie britannique et affichant le portrait de la reine un peu partout au gouvernement, en lui rendant hommage au Parlement, et en ajoutant le mot « Royale » dans l’appellation de l’aviation et de la marine canadiennes. Cela m’agace particulièrement étant donné mon dédain pour ces vestiges de la féodalité et pour la stupidité des Anglais d’entretenir et vénérer cette bande de pachas que sont la famille royale. Considérons ces désagréments mineurs comme étant le prix à payer pour avoir un gouvernement qui ne nous mettra pas dans le trou…

Plusieurs craignaient que les conservateurs n’augmentent la belligérance militaire du Canada. Je souhaite bien que cela ne se produise pas, mais jusqu’à maintenant Harper s’est contenté de mieux protéger l’Arctique, ce qui est dans l’intérêt des Canadiens car d’autres nations comme la Russie convoitent des gisements de pétrole qui pourraient se trouver sur notre territoire. De plus, il semblerait que les conservateurs envisagent se dissocier du fameux contrat des F-35, une bonne chose car ils sont trop chers (la commande initiale avait été passée par les libéraux).

Un autre thème cher aux conservateurs est la lutte à la criminalité. Cet acharnement à augmenter la sévérité envers les criminels est passablement ridicule quand on réalise que cela fait plus de tort que de bien, tant au niveau social qu’au niveau économique, mais aussi quand on observe que la criminalité a tant diminué au cours des récentes décennies. Ceci dit, malgré tout le bruit, le gouvernement n’a pas fait grand chose de concret ou de bien dommageable à cet égard. On pourrait même affirmer que l’aspect de l’aide aux victimes et du renforcement de la légitime défense sont des points positifs.

L’autre chose qui a bien fâché la gauche est l’appui de Harper pour Israël, surtout durant le conflit au Liban. Personnellement, je trouve inutile qu’un chef d’État se prononce pour ou contre un quelconque autre pays, mais dans ce cas-ci, les conséquences tangibles furent pratiquement inexistantes, voire positives (puisque la collaboration de l’armée israélienne a permis d’évacuer les Canadiens sécuritairement). En fait, la conséquence la plus négative de mon point de vue est que la récente visite de Harper en Israël a probablement coûté beaucoup trop cher avec la délégation de 250 canadiens! Dans le même ordre d’idée, je partage le mépris de Stephen Harper pour l’ONU et je ne le blâme absolument pas de ne pas avoir obtenu un siège pour le Canada au Conseil de Sécurité. Il y a aussi eu le fiasco du G20 à Toronto, l’énorme facture de sécurité et le coûteux lac artificiel. Complètement ridicule et inutile, du vrai gaspillage. Nous aurions bien pu passer notre tour à cet égard, mais quel politicien refuserait de recevoir les leaders politiques du monde? Certainement pas Thomas Mulcair et encore moins Justin Trudeau. Cependant, Harper aurait pu choisir un autre endroit que le centre-ville de Toronto et se garder une petite gêne au niveau des dépenses farfelues.

D’autre part, le gouvernement Harper a considérablement modifié les paramètres de l’aide internationale, qui est maintenant sous la juridiction du ministère des Affaires étrangères. On blâme notamment les conservateurs (avec raison selon moi) qu’une partie de l’aide sert en fait à des fins religieuses et que la majorité de cette aide sert dorénavant des objectifs de développement économique plutôt que d’aide inconditionnelle pour soulager la pauvreté. Par exemple, le reportage cité plus haut montre que l’aide attribuée à un petit village péruvien sert en fait à assurer l’acceptation sociale d’un projet minier de l’entreprise canadienne Barrick Gold. Les montants servent à financer le démarrage de micro-entreprises de manière à enrayer la pauvreté. Personnellement, je souhaiterais l’abolition de toute aide internationale (voir ceci et ceci). Ceci dit, s’il doit absolument y en avoir, aussi bien qu’elle serve au développement économique plutôt qu’à maintenir ces pays dans une situation de dépendance. Il est difficile de voir en quoi cela est une mauvaise chose…

Du point de vue économique, le gouvernement Harper s’est amené en pleine crise financière. Il a mis de l’avant le Plan d’Action Économique du Canada, qui n’a eu à peu près aucun impact sur la reprise économique, mais qui a bien servi les intérêts politiques des conservateurs (voir ceci). Néanmoins, l’économie Canadienne est celle qui a le mieux performé du G7 au sortir de la récession. Ce qui a véritablement propulsé l’économie Canadienne suite à la récession est la politique monétaire inflationniste, qui a engendré un boum d’endettement et une croissance démesurée des valeurs immobilières. Le gouvernement y a contribué en injectant $125 milliards dans la SCHL, ce qui a agi comme une subvention implicite aux banques et au marché immobilier. Pour cette raison, l’économie canadienne est présentement fort distordue et risque l’implosion. Cependant, le gouvernement conservateur a effectivement réduit le fardeau fiscal en diminuant la TPS et les impôts, mais il faudra attendre encore quelques années avant de voir les dépenses diminuer significativement et d’atteindre l’équilibre budgétaire. Malgré le déficit persistant, le gouvernement Canadien dispose de finances publiques en très bonne condition comparativement aux autres pays développés.

La réforme économique qui a soulevé le plus de grogne au Québec est celle de l’assurance-emploi (voir ceci). Pourtant, je suis parfaitement en accord avec le principe sous-jacent à cette réforme, qui vise à corriger le fait que l’assurance-emploi soit utilisée comme une subvention déguisée aux régions et au travail saisonnier, ce qui engendre des distorsions économiques importantes, aux frais de la classe moyenne. Il fallait bien que quelqu’un s’attaque à ce problème avant qu’il ne devienne trop important et dommageable.

Par ailleurs, la gauche accuse Harper d’être « anti-syndicat », notamment en raison des projets de loi C377, C525 et C4. Pourtant, ces projets de loi ne visent pas à s’attaquer à l’existence même des syndicats, mais bien à les rendre plus démocratiques, plus transparents et moins politisés. Ces mesures existent d’ailleurs dans plusieurs pays que l’on pourrait qualifier de social-démocrates (Suède, Australie, France, Allemagne, États-Unis, Royaume-Uni,ici). Mais au Québec, tout ce qui tend à réduire l’immense pouvoir syndical est dénoncé agressivement, même si cela est dans l’intérêt des travailleurs…

Au niveau interventionnisme économique, les conservateurs m’ont très déçu avec leur ingérence ridicule dans l’industrie des télécommunications sans-fil (voir ceci). Ils ont néanmoins réussi à faire baisser les tarifs, mais ont utilisé la coercition pour y arriver. La dérèglementation tout azimut aurait été préférable à cette mascarade grotesque à laquelle nous assistons depuis quelques années. Puis, il ne faut pas oublier que le cabinet Harper a bloqué l’acquisition de Potash Corp. par BHP, une erreur monumentale à mon avis (voir ceci). Ces interventions démontrent à quel point la droite peut parfois être aussi pernicieuse que la gauche dans son utilisation de l’étatisme.

Sur une note plus positive, Harper a grandement fait avancer le commerce international en concluant 8 accords bilatéraux et un accord avec l’Union Européenne. Il a aboli le Canadian Wheat Board, qui n’était rien d’autre qu’un cartel visant à subventionner les agriculteurs en faisant grimper les prix des céréales.

Cependant, l’aspect pour lequel le gouvernement Harper est le plus critiqué est bien sûr sa politique concernant l’environnement et les changements climatiques. À cet égard, Harper a fait essentiellement deux choses. La première, il a sorti le Canada du protocole de Kyoto. Les écologistes ont déchiré leur chemise lorsque ce fut le cas. Néanmoins, quelques années plus tard, on peut dire que ce fut une bonne chose. Cette auto-flagellation coûteuse et inutile n’en valait pas la peine. Depuis ce temps, plusieurs autres pays font marche arrière au niveau de la lutte aux changements climatiques (voir ceci), et la science appuyant ledit réchauffement s’affaiblit de jour en jour.

KyotoCanada150212

L’autre chose qu’Harper a fait a été de couper les budgets pour la recherche scientifique, surtout au niveau de l’écologie (ici). Aussi, le gouvernement fédéral interfère de plus en plus dans les communications avec le public des scientifiques qui oeuvrent pour le gouvernement (ici). Croyez-vous que le gouvernement devrait employer des scientifiques et financer leurs recherches avec l’argent des contribuables? C’est une question d’opinion, je vous laisse deviner la mienne à cet égard…

Il ne faut pas oublier l’octroi du statut de « nation » au Québec. Est-ce significativement important? Non! Mais il n’en demeure pas moins qu’aucun gouvernement libéral précédent n’avait daigné reconnaître une telle chose. En fait, on pourrait dire que le gouvernement Harper est celui qui a le plus contribué à l’autonomie du Québec depuis bien longtemps. Il a réduit la taxation fédérale, permettant aux provinces d’augmenter leurs taxes provinciales. Il ne s’est pas davantage ingéré dans les compétences provinciales, sauf pour ce qui est de la formation aux chômeurs. En somme, je ne crois pas me tromper en affirmant que les intérêts du Québec se portent mieux avec un gouvernement conservateur à Ottawa qu’avec un gouvernement Libéral. Cependant, la relation de Harper avec le Québec avait bien mal débuté en 2008, lorsqu’il annonçait une coupure de 1% ($45 millions) des subventions aux arts et à la culture, qui était pourtant 20% plus élevés en 2008 qu’en 2006 au montant d’environ $4 milliards (ici).

Finalement, 2013 a été marquée par le scandale Mike Duffy (ici et ici). Ce sénateur, nommé par Harper en 2008, réclamait des frais de résidence comme s’il habitait à l’Île-du-Prince-Édouard, alors qu’il avait une résidence à Ottawa. Il réclamait aussi des per diem alors qu’il mangeait chez lui. Au total, il avait collecté $90,000 en frais frauduleux. Quand ce fait vu révélé, le cabinet Harper lui ordonna de rembourser la somme, mais il s’agit d’un individu plutôt problématique (restons polis…) et il n’avait pas l’argent, donc le chef du personnel du bureau du premier ministre, Nigel Wright, a décidé de lui donner l’argent personnellement en échange de son silence. Cela peut s’avérer « fair » de la part des conservateurs et particulièrement de Wright, qui d’ailleurs ne réclame aucune dépense au gouvernement dans l’exercice de ses fonctions (il paie tout de sa propre poche, billets d’avions, chambres d’hotel, restaurants, etc, ayant fait fortune au sein de l’entreprise Onex). Cependant, il s’avère que ce geste était illégal, ce qui est enquêté par la GRC. La grande question reste à savoir si Stephen Harper lui-même était au courant du chèque, ou si Nigel Wright a réellement agi de manière autonome. Néanmoins, je ne crois pas que le cabinet Harper devrait être sévèrement blâmé pour cette gaffe. La démission de Wright devrait suffire. Ceci dit, les dommages collatéraux sur l’image du Parti Conservateur seront peut-être très élevés à la prochaine élection…

En conclusion, le gouvernement de Stephen Harper m’a déçu et irrité à plusieurs égards, mais au final, je ne regrette pas d’avoir voté pour lui. Le Canada ne semble pas s’en tirer trop mal d’ailleurs. Selon l’OCDE, le Canada serait le 3e plus meilleur pays où vivre (ici). L’an dernier, le Reputation Institute a décerné le premier prix au Canada pour une troisième année de suite en tant que pays le plus admiré et respecté de la planète (ici).  En 2012, TrustLaw a nommé le Canada comme pays du G20 étant le meilleur endroit où être une femme, en raison de ses politiques (ici). En 2011, le Global Peace Index a placé le Canada en 4e place des pays les plus pacifiques du monde (ici). Nous avons eu les Olympiques à Vancouver en 2010 (…mais ça je n’en étais pas content!).

http://www.conservative.ca/?page_id=3934

http://www.pm.gc.ca/eng/news/2010/01/22/major-accomplishments-harper-government

Une pensée sur “Le Canada de Stephen Harper.

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    8 février 2014 à 10 10 35 02352
    Permalink

    Je ne partage pas TOUTES vos opinions, mais la plupart et, surtout, je crois que vous les énoncer avec clarté, simplicité et sans ambiguité. Vous etes un modele que tous les politiciens devraient suivre. Vous devriez être candidat. À quoi que ce soit, tous les postes sontè combler !

    Pierre JC

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