Le mégot

PERSONNE :

J’ai le droit d’avoir un emploi mais je suis sans emploi.
J’ai le droit d’avoir un toit mais je n’ai pas les moyens de bénéficier de ce droit.
J’ai le droit d’avoir de quoi vivre mais je n’ai pas de quoi.
Pourquoi ? La question est sans pourquoi. Elle ne se pose pas. C’est comme ça !
La loi est la même pour tous. La loi c’est la loi. C’est une question de droit.
Et ça va de plus en plus mal… rien de personnel mais j’ai l’impression que je n’ai plus droit à rien…
Liberté, je proscris ton nom… tu ne me sers plus à rien.
Je suis piégée par je ne sais quel progrès.
On n’est pas lucide si on n’a pas vite fait de remarquer qu’on est plutôt stupide de croire, d’avoir cru qu’il n’y a pas de jeu sans règles parce que depuis, les choses ont bien changé : il n’y a plus de jeu, que des règles pour vous empêcher de jouer, d’EXISTER !
Je n’ai plus le droit de jeter mon mégot dans la rue, d’autant plus que je n’ai même pas de quoi payer l’amende. En théorie, on se dit tant pis ou tant mieux.
Les incivilités vont être sanctionnées. Plus d’impunité… tout sera orthonormé.
Mais dans la réalité, je suis bien contrariée, pour ce mégot que je n’ai pas le droit de jeter… c’est tout un apprentissage, un lavage de cerveau pour créer de nouveaux automatismes et rendre le civisme obligatoire.

Rien de personnel, mais je me sens contrainte et forcée d’admettre l’expression de la volonté générale qui ne m’a jamais consultée.
Peut-être parce que je soupçonne cette volonté d’être aussi arbitraire que ma volonté particulière, mais qu’elle a le pouvoir d’ordonner, de me subordonner.
Ce sont les puissants qui s’expriment à travers elle et à travers elles se font de l’argent… aux dépens des petites gens.
Désolée mon général, mais je ne crois pas à la volonté générale, mais à la vérité marchande. Au calcul des intérêts, aux impôts déguisés. Il faut payer même pour avoir une fiche de paye.
Escroquerie en règle, le droit n’est plus ce qu’il est censé être, il est de plus en plus tordu. Il cherche les torts pour sceller notre sort. Tout lui sert pour se faire du blé.
Nous sommes des grains à moudre… des libertés à dissoudre. On légifère pour nous mettre dans les fers. À l’horizon, je ne vois guère que la case « prison ».
Que je ne puisse plus jeter mon mégot de cigarette ne m’ôte pas l’envie de fumer puisque je ne fume pas, mais ça me donne l’envie de m’y mettre.
Non par volonté de transgresser la loi mais pour faire valoir mon droit, celui que je m’octroie en crachant sur vos textes de Loi.

Rien de personnel… parce que ça vous concerne tout autant que moi.
Un conseil : désobéissez à cette civilité qui vous rend si vils et si vous ne le faites pas, bientôt vous n’aurez plus le droit de jeter un œil sans avoir préalablement réglé la note.
C’est la note qui m’effraye parce qu’elle n’augure rien de parfait.

http://www.lejournaldepersonne.com/2015/10/le-megot/

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Personne

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