Le mythe de la « Libération » le 6 juin 1944

Le 6 juin 1944, une immense armada composée de milliers de navires de guerre partis des côtes d’Angleterre accostait sur les côtes normandes dans le sens inverse de Guillaume le Conquérant (1066) venu quelques siècles plus tôt imposer son hégémonie sur la paysannerie et sur l’aristocratie britannique. Neuf siècles plus tard, c’est le capital impérialiste Atlantique qui vient chasser le capital allemand des terres françaises et y réimposer son hégémonie sans partage. Cet affrontement ultime entre le capital libéral atlantique – associé à l’Est au capital soviétique – contre le capital dirigiste allemand – coûtera la vie à des millions de prolétaires occidentaux, africains et asiatiques, chairs à canon de ces malversations guerrières mondialisées. En préparation du prochain affrontement vers lequel tend ce mode de production décadent – il paraît important au grand capital international de commémorer ce débarquement et de répéter à satiété le mensonge de la « Libération » (sic). Quel prolétaire fut libéré de l’esclavage salarié sur les plages d’Omaha Beach ? Le texte de Luc Michel présente ci-dessous le point de vue de la gauche occidentale à propos de cette seconde grande guerre mondiale. Nous n’y adhérons pas mais il est bon de connaître les deux versions (de gauche et de droite) avant de vous proposer la version prolétarienne de cette guerre impérialiste génocidaire.  Robert Bibeau pour les7duQuébec.com

 


 

Par Luc Michel. EODE média.

 

POUR EN FINIR DÉFINITIVEMENT AVEC LE MYTHE YANKEE DU ‘6 JUIN 1944’ : NON, LE SOLDAT RYAN N’EST PAS VENU ‘LIBÉRER L’EUROPE’ !

 

« Pour De Gaulle, c’est en apprenant, à Londres, les premiers succès soviétiques dans la résistance de leurs armées contre l’envahisseur allemand qu’il se persuade que la victoire des alliés sera acquise plus vite que prévu. Sans les batailles de Russie, pas de débarquement en Afrique du Nord, en Italie, en Provence, en Normandie. Dit autrement : sans le national-bolchévisme, point de combat efficace contre le national-socialisme ». – Jean Daniel (« Voyage au bout de la Nation »).

 

« Chaque être humain qui aime la liberté doit plus de remerciements à l’Armée Rouge qu’il ne puisse payer durant toute une vie ! »  – Ernest Hemingway.

 

Le soldat Ryan, emblématique figure de la propagande américaine made in Hollywood, n’est pas venu « libérer l’Europe » le 6 juin 1944. Il est venu appliquer le point central de la Géopolitique anglo-saxonne (Londres et Washington) : empêcher l’unité du Continent eurasiatique (le « Heartland ») sous une puissance unique, jadis la France, le Reich allemand ensuite, Moscou depuis 1943 (1). Hier un commentateur de la BBC vendait la mèche, le « 6 juin 1944 a été le premier débarquement d’une armée en Europe depuis Napoléon » !

 

Il y a quatre vérités historiques à rappeler sur « le débarquement » :

Le « 6 juin 1944 » se situe historiquement dans la politique séculaire d’hégémonie mondiale des USA ;

Le « 6 juin 1944 », l’occupant yankee a pris la place géopolitique de l’occupant nazi ;

 Le « 6 juin 1944 » est le point de départ de l’imposture historique sur laquelle repose la domination américaine en Europe ;

 Le « 6 juin 1944 » n’est pas une « libération », c’est le début de la colonisation de l’Europe par l’impérialisme américain.

 

LE TEMPS DES IMPOSTEURS

 

A l’occasion de ce 75e Anniversaire du « débarquement », la machine de propagande américano-occidentale s’est à nouveau mise en branle et l’on veut à nouveau aujourd’hui nous faire croire que les américains ont débarqué en Normandie le 6 juin 1944 pour « libérer l’Europe ». Les erreurs naïves de la diplomatie russe, encore emprise de la Schizophrénie des Années Eltsine et des illusions létales sur « les partenaires occidentaux » (sic), contribuent, hélas, à ce bourrage de crânes.  Les impostures des Macron l’américanolâtre, et cie, qui usurpent les combat de la Résistance française, achèvent de boucler le piège de la fausse mémoire. Eux, ces politiciens atlantistes qui sont aux USA ce qu’étaient les Quisling et les Pétain au Reich, parlent de la « paix en Europe ». Et oublient qu’ils ont bombardé Belgrade en 1999, première capitale européenne bombardée depuis 1945 !

 

Tout est faux ! Historiquement faux !

 

« INVASION 44 »

 

Et d’ailleurs pour les historiens américains et anglo-saxons l’opération s’appelle toujours depuis 1944 « L’invasion ». Et sept décennies après le 6 juin 1944, les troupes américaines occupent toujours l’Europe et étendent leur domination avec l’extension de l’OTAN aux pays d’Europe centrale, jusqu’aux frontières russes.  La sous-civilisation yankee nous envahit – Lire : Guerre culturelle (2) et américanisation du monde (3) – avec ses sodas, ses hamburgers, ses films, ses séries débiles et sa fausse morale.

 

Il faut le rappeler : ce n’est pas l’armée américaine qui a libéré l’Europe mais l’Armée rouge. Et sans le sacrifice de 27 millions de Soviétiques conduit avec détermination par le Maréchal Staline, les nazis auraient gagné la guerre. Ce sont les glorieux combattants de l’Armée rouge qui ont pris Berlin et libéré l’Europe de la domination nazie, ouvrant les portes de la liberté aux déportés de dizaines de camps d’extermination nazis.

 

1943 : QUAND ON THÉORISAIT À WASHINGTON LA LUTTE POUR LA DOMINATION MONDIALE !

Le plus brutal théoricien de l’impérialisme américain est James Burnham. Moins connu en dehors des spécialistes des sciences politiques (c’est le père des néomachiavéliens américains et l’ancêtre des néocons de Bush II), c’est un ancien trotskyste reconverti dans le néo-conservatisme. Il fonde notamment la « National Review »  En 1943, il publie un livre fondamental mais passé inaperçu en Europe dont le titre anglais est »The Struggle for the World ». Le titre de l’édition française (1947, chez Calman-Lévy) est lui plus explicite encore : c’est « Pour la domination mondiale ». Burnham y donne les conditions de la puissance destinée à assurer la domination planétaire des Etats-Unis (4). En 1943, les anglo-saxons sont encore être supposés les alliés de l’URSS contre le Reich …

 

D’UNE ARMÉE D’OCCUPATION A L’AUTRE …

 

Ces derniers jours, Macron et cie évoquent ad nauseum « les libérateurs ». Imposture là aussi. Paradoxalement, c’est un membre éminent du « parti américain » (la formule est du général de Gaulle !), Laurent Joffrin de ‘Libé’, Young leader 1996 de la ‘French-American Foundation’, qui rappelle dans sa ‘Lettre’ une toute autre réalité historique : « On montrait des Français exultant devant l’arrivée «des Américains». En fait les troupes alliées furent souvent accueillies dans un silence glacial par une population décimée par les bombes et dont les villes et les villages avaient été rasés sans pitié par les avions libérateurs. Encore aujourd’hui, la Normandie, à Caen, à Saint-Lô, à Valognes ou Carentan, porte les stigmates de ces frappes impitoyables sur les civils, sans que l’efficacité militaire de ces destructions soit entièrement prouvée, source de débats infinis entre historiens. Tout comme elle garde parfois un souvenir mélangé du comportement des soldats alliés, trop souvent enclins au viol et à la destruction préventive des fermes et des maisons » ….

 

D’UN OCCUPANT A L’AUTRE …

 

Aujourd’hui, l’Europe n’est plus la vassale du IIIeme Reich mais celle des Etats-Unis d’Amérique. Aujourd’hui, ce n’est plus la Wehrmacht, les SS et la Gestapo qui nous occupent, mais l’OTAN, l’US Army, la CIA (qui pratique légalement la torture, a ouvert des prisons secrètes en Europe et enlève extra-judiciairement des citoyens européens) et la NSA, qui espionnent toutes les communications en Europe avec le « Réseau Echelon » – Lire : Occupation yankee (5) -.

 

Aujourd’hui, l’Europe est toujours sous la domination militaire, politique, économique et diplomatique d’une puissance étrangère. Et c’est toute la classe politique européenne, les nouveaux kollabos, qui travaille avec les américains.

 

Le soldat Ryan n’est pas venu libérer l’Europe.

 

Il est venu y défendre et y imposer les intérêts géopolitiques et politiques de Washington et économiques de Wall-Street. C’est-à-dire une entreprise coloniale, où les USA n’étaient rien de plus que les rivaux impérialistes du IIIeme Reich.  Hier, l’Europe, grâce aux sacrifices héroïques des Soviétiques, s’est libérée des nazis. Aujourd’hui, elle doit se libérer des Etats-Unis, de l’injustice capitaliste et de la domination du Nouvel Ordre Mondial. Et ce combat pour la liberté, elle doit se mener avec tous les peuples du monde qui refuse le néo-colonialisme yankee, en Russie ou en Afrique notamment .

 

Aujourd’hui les politiciens occidentaux entendent commémorer le 6 juin.

Ce sont les mêmes qui veulent faire la Guerre à Moscou, qui a vaincu le Reich en 1941-45, et y appliquer le projet géopolitique de démember l’Etat russe (voir Brzezinski, Albright, Friedman). Ce sont les mêmes qui supportent le révisionnisme historique anti-russe dans les Pays baltes, en Roumanie, en Pologne, en Ukraine.  En 2014, ils ont même mis au pouvoir en Ukraine pour la première fois depuis 1945 des néofascistes et des néonazis, ceux de Svoboda et de Praviy Sektor, le noyau dur de la junte de Kiev.

 

POUTINE PAS INVITÉ EN CE 6 JUIN 2019 !

 

Mais si la mémoire occidentale oublie les russes, la nouvelle Guerre froide 2.0 s’est rappelée à eux ! « C’est une absence qui fait parler ces derniers jours », avoue l’AFP. Vladimir Poutine et la Russie ne sont pas présents en Normandie pour le 75e anniversaire du débarquement du 6 juin 1944. Mais « La Russie relativise le Débarquement ». Cette semaine, Moscou a appelé à ne pas « exagérer » l’importance du Débarquement allié, rappelant les 27 millions de morts soviétiques pendant la Seconde Guerre mondiale. « Le Débarquement en Normandie n’a pas eu d’influence décisive sur l’issue de la Seconde Guerre mondiale (…) déjà déterminée par la victoire de l’Armée rouge, avant tout à Stalingrad, Koursk », avait insisté mercredi la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova.

 

Imposture occidentale ?  Oui. C’est le noyau central de l’idéologie américano-occidentale. Pourquoi le mythe du 6 juin y échapperait-il ?


NOTES ET RENVOIS

 

(1) Cfr. sur LUC MICHEL’S GEOPOLITICAL DAILY/ * TERRE ET MER AU XXIe SIÈCLE (I) : AU CŒUR DE LA CONFRONTATION GEOPOLITIQUE FONDAMENTALE.  Sur http://www.lucmichel.net/2018/09/21/luc-michels-geopolitical-daily-terre-et-mer-au-xxie-siecle-i-au-coeur-de-la-confrontation-geopolitique-fondamentale/

* TERRE ET MER AU XXIe SIÈCLE (II) : COMMENT LES FONDEMENTS DE LA GEOPOLITIQUE, SCIENCE DU XXIe SIECLE, VONT DETERMINER LES CENT PROCHAINES ANNÉES.  Sur http://www.lucmichel.net/2018/09/22/luc-michels-geopolitical-daily-terre-et-mer-au-xxie-siecle-ii-comment-les-fondements-de-la-geopolitique-science-du-xxie-siecle-vont-determiner-les-cents-prochaines-annees/

(2) Guerre culturelle : voir http://www.pcn-ncp.com/PIH/pih-030923.htm

(3) L’américanisation du monde : voir http://www.pcn-ncp.com/PIH/pih-021202.htm

(4) Cfr. Luc Michel, Théories de l’impérialisme américain: la réponse des peuples,

sur http://www.palestine-solidarite.org/analyses.Luc_Michel.000701.htm

(5) Occupation yankee : voir http://www.pcn-ncp.com/PIH/pih-030311.htm

(Sources : AFP – PCN-NCP.COM (site archive du PCN 1995-2012) – La Lettre de L. Joffrin – EODE Think Tank)

LUC MICHEL (ЛЮК МИШЕЛЬ) & EODE

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Robert Bibeau

Robert Bibeau est journaliste, spécialiste en économie politique marxiste et militant prolétarien depuis 40 ans. http://www.les7duquebec.com

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