Le philosophe et le métapsychisme 2 : Henri Bergson

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CHARLES TREMBLAY : Je poursuis la chronique-maison initiée sur mon site personnel, Le philosophe et le métapsychisme. Toujours extrait du mème livre, 100 mots pour comprendre la voyance de Bertrand Méheust, les pages 51 à 54, consacrées au frère de l’épouse de l’Imperator de la Golden Dawn Mathers, le Français Henri Bergson.

—Bergson—

C’est un secret de Polichinelle que Bergson s’intéressait au magnétisme et au somnambulisme, aux ouvertures métapsychiques de ces pratiques, et particulièrement à la télépathie. À plusieurs reprises, on le voit s’engager publiquement sur ces questions. Ainsi, de 1905 à 1908, il fait partie, avec Pierre Curie, Jean Perrin, Jules Courtier, etc., de la commission chargée par l’Institut général psychologique d’examiner les phénomènes produits par Eusapia Paladino. En 1913, il est élu pour l’année président de la SPR (Society for Psychical Research) et prononce à cette occasion un discours qui peut être considéré comme le « Discours de la méthode » des sciences psychiques qualitatives. En 1922, il accepte de répondre aux questions de l’écrivain Geroges Meunier, venu l’interroger sur les phénomènes de la métapsychique, ce qui constitue une dérogation à ses principes, car il ne donnejamais d’interviews. On apprend à cette occasion à quel point les phénomènes dont il a été témoin avec Paladino l’ont rendu perplexe. Dans cette interview, il s’étend sur les phénomènes de la télépathie et s’avoue ébranlé par la masse des faits qui paraissent témoigner de son existence. S’il ne l’enseigne pas dans ses cours, c’est parce qu’il se sent tenu de n’enseigner que le certain ; mais il reconnaît que les témoignages accumulés sur cette faculté présumée font pencher la balance de son côté et que, s’il devait parier, il parierait en leur faveur. Cet intérêt n’est pas anecdotique. On a du mal aujourd’hui à imaginer la renommée internationale de Bergson, à laquelle seule celle de Sartre, après guerre, peut être comparée.

Pourtant, malgré ses engagements publics, Bergson est un penseur qui avance masqué. Certains de ses grands thèmes (le moi profond, la mémoire, l’intuition) font écho, de façon savante et épurée, aux faits, aux pratiques, aux spéculations que les magnétiseurs ont mis dans la circulation dans la culture depuis un siècle, et que les métapsychistes ont prolongés. Le fait est évident pour qui possède la culture adéquate, et c’est la raison pour laquelle, cette culture étant peu répandue, il est souvent resté ignoré des historiens de la philosophie, qui ont ainsi fait une impasse sur les sources du bergsonisme. Mais il y a plus. Bergson ne se contente pas de faire écho de ce courant, il en est le théoricien caché. Ce qu’il cherche au fond à penser, notamment dans Matière et mémoire, c’est un univers où tout est en droit présent à tout, et où il faut pourtant bien rendre compte de ce fait massif qu’est la limitation de notre horizon de conscience. À sa manière habituelle, le philosophe inverse l’ordre des questions. De même qu’il ne s’interroge pas sur le souvenir mais sur l’oubli, de même, ce qui lui pose problème, ce n’est pas l’idée que nous puissions être reliés, c’est au contraire le fait de notre isolement. Autrement dit, Berson a cherché à élaborer une image du monde compatible avec le phénomène de la télépathie. Les métapsychistes ne s’y sont pas trompés, qui, dans la première moitié du XXe siècle, se sont régulièrement référés à sa pensée. Mais ils semblent être à peu près les seuls à l’avoir compris, et il est symtomatique qu’une des oeuvres les plus commentées du XXe siècle n’ait pratiquement jamais été lue sous cet angle. Les dernières pages des Deux Sources de la morale et de la religion sont pourtant sans équivoque : c’est bien sur la métapsychique que le philosophe clôt sa pensée ; c’est bien à la métapsychique, plus qu’au mysticisme proprement dit, qu’il confie le rôle de transformer l’humanité, de dilater sa vision du monde. Et pourtant, ce penseur audacieux avait ses limites, qui étaient celles de sa philosophie : il ne pouvait concevoir que, dans un monde en train de se faire, on pût avoir des aperçus du futur. Jules Romains rapporte à ce propos une anecdote significative. Comme il évoquait les faits de précognition, Bergson, indigné, lui rétorqua : « Et que faites-vous de ma théorie de la durée ? » À Gabriel Marcel, qui l’entretenait du même problème, il fit une remarque voisine.

La pensée de Bergson reste précieuse pour notre temps ; elle continue d’être une référence et un ressourcement pour ceux qui combattent l’impérialisme de neurosciences et refusent d’admettre que le cerveau sécrète de la pensée comme le foie sécrète la bile. Quand un Sheldrake affirme que la pensée déborde le cerveau, que la perception va jusqu’aux étoiles, ou bien que les images des choses ne se trouvent pas dans le cerveau, comme le pensent les philosophes et les savants, mais se trouvent bien là où on les voit, comme l’affirme le sens commun, c’est à Bergson qu’il fait référence.

Bertrand Méheust

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Charles Tremblay

Fondateur de la revue La Jérusalem des Terres Froides. blog : http://jerusalemdesterresfroides.blogspot.ca/

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