Lettre aux profs de l’UQAM

 

Unknown

PHILIPPE DAVID :

Messieurs, Mesdames,

Je prends le temps de vous écrire ces quelques lignes, question  de faire le point sur l’attitude que certains d’entre vous et votre syndicat ont envers la présente crise étudiante.  Tout me donne l’impression que vous n’avez pas exploré la question sous tous ses angles et j’aimerais pointer ce que je considère être quelques lacunes dans votre jugement.

Je n’ai absolument rien contre la liberté d’expression et celle d’association. Au contraire, tous ceux qui me connaissent savent qu’il n’y a que peu de défenseurs de toutes les libertés aussi fervents que moi. Aussi suis-je très qualifié pour vous affirmer que la liberté à tout crin n’existe pas. Toute liberté doit s’exercer dans le respect de celles des autres.  Ce qui signifie, n’en déplaise à la soi-disant Ligue des droits et libertés, que la liberté d’expression et d’association des étudiants  qui ont choisi de boycotter leurs cours ne peut s’exercer que dans le respect du choix des autres étudiants qui ont voté contre et qui choisissent de continuer leurs cours. Elle ne peut aussi que s’exprimer dans le respect de l’institution d’enseignement, que vous considérez vous-mêmes comme un sanctuaire. Ces étudiants ont donc le droit de s’exprimer paisiblement, mais n’ont pas le droit moral d’utiliser la force et l’intimidation pour faire annuler les cours et vider les classes manu militari. Ils n’ont pas non plus le droit de verrouiller les portes, barricader les couloirs ou détruire la propriété sur les lieux. À partir du moment où les étudiants se livrent à ce genre d’activités, leur droit de manifester n’existe plus et il est parfaitement justifié de sanctionner leur comportement qui est inacceptable dans un soi-disant « sanctuaire ».

Considérant que ce n’est certainement pas la direction de l’université qui a initié le boycott des cours ou choisi d’empêcher certains étudiants d’assister à leurs cours alors qu’elle a l’obligation morale de satisfaire le contrat qui la lie aux étudiants, l’université avait parfaitement le droit d’imposer toute sanction que la direction juge raisonnable contre tout étudiant qui ne respecte ni les droits des autres étudiants, ni l’institution et les règles qui la régissent. Je me demande donc sérieusement selon quelle logique les gens éduqués que vous êtes peuvent cautionner et défendre ces étudiants?

Le rôle de l’université n’inclue-t-il pas celui d’éduquer? N’est-ce pas là une très noble mission? N’est-ce pas votre propre vocation en tant qu’enseignants? Comment se fait-il donc que vous preniez la part d’étudiants qui ne semblent pas vouloir étudier contre ceux qui veulent vraiment le faire? Votre rôle n’est-il pas justement d’aider ces derniers à s’accomplir plutôt que de leur nuire? Vous êtes-vous seulement arrêtés à réfléchir au tort que vous leur causez alors que tout ce qu’ils cherchent à faire est de continuer paisiblement leur éducation? Si vraiment ces étudiants veulent vraiment changer le monde, je les félicite, mais n’arriveront-ils pas mieux à changer le monde en graduant avec honneur et en devenant d’influents penseurs, journalistes, avocats, entrepreneurs, ingénieurs  ou même des politiciens, que brandir des pancartes dans la rue?

Après les incidents de la semaine dernière, qui voudra fréquenter votre université, mis à part les fauteurs de troubles qui semblent se complaire à simplement user leur fond de culotte? Chose certaine, je n’encouragerai certainement pas mes enfants à y aller et je ne serai pas le seul. Peut-être n’avez-vous pas non plus songé au fait que la réputation de votre université étant entachée à la fois par les actes de certains étudiants et par votre propre complaisance, les étudiants diplômés de votre institution feront face à des préjugés lorsqu’ils postuleront pour un emploi? Sans oublier que ceux que vous encouragez à faire des méfaits souffriront  peut-être le stigmatisme additionnel d’avoir un casier judiciaire. Après tout, ils n’ont pas tous un papa influent.

Loin de moi de vouloir vous prêter des intentions, mais votre appui des étudiants en boycott contre « l’austérité » n’est-il pas dans votre propre intérêt plus que le leur? N’est-ce pas vous qui risquez de perdre vos acquis et vos pensions si le gouvernement faisait un véritable effort d’assainissement des finances publiques? Les jeunes, au contraire, auraient beaucoup à gagner de ne pas payer les taxes et impôts additionnels que le statu quo va certainement leur livrer dans un futur pas trop distant. À moins que ce ne soit pour réaliser un vieux rêve de soixante-huitard? Agissez-vous vraiment dans leur intérêt ou le vôtre? Prenez-donc, s’il vous plait, le temps d’y réfléchir.

Une pensée sur “Lettre aux profs de l’UQAM

  • avatar
    15 avril 2015 à 8 08 08 04084
    Permalink

    @ M. David

    Votre point de vue sur ce que vous appelez -la liberté d’expression- est un point de vue de classe – c’est celui de la classe bourgeoise hégémonique. La bourgeoisie a institué ces principes dits -démocratiques bourgeois- pendant la Révolution française puis elle a consolidé cette utopie anti-sociale dans les siècles qui ont suivi.

    Ce que vous décrivez ci-haut c’est le droit d’une minorité d’étudiants (ce serait la même chose pour un groupe de travailleurs ayant voté la grève a l’usine cahin-caha) de traverser les lignes de piquetage pour se désolidariser de leurs camarades après un vote de grève et de faire comme s’ils n’avaient aucun devoir de solidarité d’INTERETS entre étudiants dont les services éducatifs sont anémiés – attaqués par l’État via les universités et les CEGEPS. Le recteur est un faussaire – Son premier devoir devrait etre de défendre les crédits de son université face a l’État fossoyeur. Mais ce larbin sait bien qu’il n’a pas obtenu son job grassement payé pour s’opposer a son maitre politicien lui-même a la solde de son maitre capitaliste.

    Voila le point de vue prolétarien opposé au point de vue bourgeois (qui se présente comme absolue transcendant – les divisions de classes – alors que ce point de vue est au service de la classe bourgeoise hégémonique).

    Les étudiants qui sont contre la grève ont un devoir – c’est de retourner en assemblée générale – de convoquer une assemblée générale si nécessaire et de battre le vote de grève.

    Ici nous touchons au fond de la question en autant que les étudiants sont concernés. Leur syndicat -ASSE- fait-il son travail démocratique prolétarien de permettre la liberté d’expression lors des réunions et de libre vote de la grève ? La grève étudiante vacillante est-elle ENCORE la grève des étudiants – voulus et soutenus par la grande majorité des étudiants (comme en 2012 ?) comme étant la façon par laquelle les étudiants majoritairement souhaitent exprimer – en ce moment – leur résistance aux assauts du capital contre les services de formation de la futur main-d’œuvre a exploiter ?

    Personnellement je dirais NON. La grève étudiante s’éteint tranquillement et elle n’est plus l’affaire des masses étudiantes, mais de quelques militants épars qui devraient comprendre qu’ils ne vont nulle part a croire qu’ils peuvent imposer une forme de lutte a la masse étudiante qui visiblement n’en veut pas pour le moment.

    Les étudiants militants (particulièrement ceux qui dirigent les associations étudiantes si vite devenues bureaucratiques comme les vieux syndicats fascistes de travailleurs) devraient convoquer des assemblées ouvertes – libre d’expression – suivit d’un vote et si la décision est de mettre fin temporairement a la grève de respecter ce verdict.

    Il sera temps tout de suite après de faire une solide analyse de ce dernier mouvement de bataille…

    Voici quelques éléments de réflexions
    1) Le moment de déclanchement de la présente lutte ? C’est-a-dire la conjoncture économique – politique et idéologique québécoise et canadienne et mondiale (oulala – les nationaleux – chauvins ont le poils en vrille a lire ces mots).

    2) Les mots d’ordre – je pense a cette bouffonnerie de LUTTE CONTRE LES HYDROCARBURES – qui fait penser au mot d’ordre que la go-gauche avait tenté d’imposer de lutter pour une université au service des travailleurs dans une société capitaliste anti-travailleurs (sic). Lutter contre les hydrocarbures au sein d’une société capitaliste basée sur les hydrocarbures (!) – Pourquoi ne pas lancer le mot d’ordre d’insurrection révolutionnaire maintenant camarades anarchistes étudiants ???

    3) Le travail de conscientisation des étudiants par rapports aux enjeux – je ne suis pas parvenu a trouver un texte qui expliquait les enjeux – l’austérité et la crise économique systémique comment l’un procède de l’autre. Ou sont les étudiants d’économie politique marxiste ??? Je n’ai trouvé qu’un fatras de textes et de formules empruntées aux journaux bourgeois… que ces militants décrient pourtant.

    4) Ensuite le travail de mobilisation et d’organisation – seulement ensuite… le cerveau – la conscience de classe – d’abord – l’organisation matérielle ensuite. Contrairement a ces rencontres de militantismes auxquelles j’assiste ces temps-ci ou l’on discute longuement si on tournera a droite ou a gauche au coin de la rue Ste-Catherine mais ou les gens n’ont que des aneries a dire sur le sens de la journée de la classe ouvrière LE 1ER MAI ET DE SES LUTTES DE CLASSEFAROUCHE MEURTRIERES EN ÉGYPTE NOTAMMENT MAIS AILLEURS ÉGALEMENT.

    Robert Bibeau

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *