L’incohérence de la filiation initiatique de René Guénon

arbre

CHARLES TREMBLAY : Pour commencer l’année 2015, je délaisse le Soral et Laïbi bashing mais je reste dans la continuité de mon article de la semaine dernière car je reviens encore sur René Guénon. Il s’agit cette fois d’une critique acérée d’un des concepts les plus importants de la soi-disant « pensée guénonienne », à savoir la « filiation initiatique » (ou « filiation traditionnelle »). Il y en aurait beaucoup à dire sur cette escroquerie spirituelle mais je manque de temps pour l’instant. Alors je présente l’article paru à la Jérusalem des Terres Froides le 19 octobre 2013 et peut-être plus tard reviendrais-je sur la question. Mais déjà, ce qui est présenté ci-dessous est assez long et explicite pour se faire une idée. Comme à l’habitude selon cette bizarrerie de mon blog, la présentation est rédigée à la troisième personne du singulier.

—L’incohérence de la filiation initiatique de René Guénon—

Le responsable de la Jérusalem des Terres Froides s’intéresse aux sujets ésotériques depuis une bonne vingtaine d’années et il a travaillé pendant 5 ans à la Librairie Nouvel-Âge du 1707 Saint-Denis à Montréal. De par sa position au Québec, l’auteur de ces lignes s’estime privilégié : il a accès autant à ce qui se publie en France qu’aux États-Unis.

À la suite de toutes ses observations et après une altercation avec Salim Laïbi sur les forums d’Égalité et Réconciliation en 2011, votre serviteur s’est toujours demandé pourquoi de nombreux ésotérisants français étaient aussi obsédés par René Guénon. Car celui-ci est pratiquement adulé et est cité constamment comme l’Alpha et l’Omega de l’ésotérisme. La Librairie Nouvel-Âge était la seule librairie québécoise qui disposait de sa section consacrée « René Guénon », avec tout ce qu’il y a de disponible des écrits de l’homme et des commentaires qui ont été faits sur son œuvre, donc le responsable de ce site a pu consulter l’ensemble de la bibliographie du natif de Blois, y compris les parutions les plus rares des Éditions Traditionnelles comme L’Erreur spirite ou Le Théosophisme. Il n’y a que le livre sur Saint-Bernard qui ne s’est jamais retrouvé entre les mains de votre serviteur.

Si René Guénon est extrêment populaire dans les milieux ésotérisants français, par contre il est pratiquement inconnu dans les milieux ésotérisants états-uniens. Il y a bien quelques livres de Guénon traduits en anglais mais ça reste anecdotique et il n’y a eu aucune influence réelle. C’est donc qu’on peut facilement se passer de Guénon car les milieux ésotérisants états-uniens ne sont pas moins évolués que les milieux français. C’est même l’inverse : la pensée ésotérique française est sérieusement en retard sur l’états-unienne. Il semble que de nombreux Français soient encore coincés dans les schémas « traditionnalistes » exprimés dans l’entre-deux guerres.

C’est peut-être une obsession pour les filiations initiatiques qui amène les Français à porter aux nues l’homme qui s’est converti à l’Islam à la fin de sa vie. Car qui dit « filiation initiatique », dit « Dieu davantage présent ici que là », c’est donc un argument fort pour s’imaginer meilleur que les autres, pour faire dans l’élitisme. C’est d’ailleurs précisément cette histoire de filiation et de lignée qui amène les Franc-Maçonneries bourgeoises à s’imaginer être au-dessus du peuple et votre serviteur a bien vu de par son expérience personnelle que ceux qui achètent le plus les livres de Guénon sont des maçons. Pas étonnant qu’il ait existé une loge René Guénon dans la maçonnerie suisse.

Il est vrai que la France est un pays catholique, et le catholicisme est également une religion qui a une prétention de filiation (la « succession apostolique »). Peut-être l’intérêt français pour Guénon provient de cet inconscient collectif encore fortement imprégné de catholicisme, qui sait ?

Pendant un moment, l’auteur de ces lignes avait envie de remettre les pendules à l’heure par rapport à Salim Laïbi et sa révérence pour Guénon très proche de l’idolâtrie. Puis après réflexion, il a été décidé qu’une attaque directe contre la marionnette d’Alain Soral n’est pas ce qu’il y a de plus productif. Dans son fond documentaire, la Jérusalem des Terres Froides dispose d’un livre qui contient une excellente réfutation des thèses guénoniennes de la filiation. Plutôt que de faire une charge contre l’homme de la « sorcellerie des élites », votre serviteur a jugé préférable de recopier ici ce passage plein de bon sens.

Le livre en question a déjà été mentionné sur ce site, il s’agit de l’Initiation à la magie de Denis Labouré, paru chez Charles Antoni l’Originel en 1994. La réfutation de la filiation guénonienne est le dernier chapitre de l’ouvrage, le dixième, qui porte comme nom « Quelle filiation ? » et qui va des pages 149 à 168. Il y a onze notes de fin d’ouvrage qui ont été recopiés avec le texte, dont la note #3 qui est l’une des plus longues que votre serviteur ait vu de sa vie. Elle se divise en paragraphes et elle va des pages 166 à 168.

La Jérusalem des Terres Froides considère que présenter et faire circuler ce texte est une œuvre d’utilité publique, même s’il ne devait y avoir que deux ou trois visiteurs. Le texte a été recopié intégralement, y compris les éventuelles fautes d’orthographe et l’absence des accents sur les majuscules. Merci de votre attention et bonne lecture.

—Quelle filiation ?—

« Nous savons tous que le Tout-Puissant plein d’amour et de miséricorde peut, quand il voudra, faire naître, des pierres, même des enfants d’Abraham ».

Jean-Baptiste WILLERMOZ
lettre au baron de Turkheim

du 21-31 mars 1822

La filiation (1)

Dans les courriers reçus à la suite de mon ouvrage Les enseignements qabalistiques de la Golden Dawn, une même question ne cesse d’être posée ; quelle est la filiation des « temples GD » existants ? Parmi les temples qui fonctionnent actuellement, lesquelles disposent d’une filiation ?

Dans l’esprit des étudiants, la filiation paraît constituer un label de qualité, au point que certains occultistes contribuent à la mystification bon gré mal gré. S’ils ne se justifient pas d’une filiation, ils ne seront pas écoutés ! Cela est vrai pour la Golden Dawn, mais cela l’est également pour tous les Ordres initiatiques (2).

Dans cette annexe, j’étudierai le problème de la filiation en général, tel que l’a présenté René Guénon, puis tel qu’il se dégage du Corpus Hermeticum, auquel se rapportent les trois sciences hermétiques : magie, astrologie, alchimie.

René Guénon et la transmission virtuel.

L’insistance sur la notion de filiation découle des ouvrages de René Guénon. Pour présenter au lecteur le point de vue de cet auteur, j’emprunterai à l’excellente étude de Julius Evola, Des limites de la « régularité » initiatique (Krur 1929, in Ur et Krur, éditions Archè).Pour René Guénon, l’initiation consiste en un dépassement de la condition humaine : chose impossible avec les seuls moyens de l’individu. Ceci pouvait encore avoir lieu aux origines, à l’âge d’or, pour un type humain fort différent du type actuel ; aujourd’hui, une intervention extérieure serait au contraire nécessaire, à savoir la transmission d’une « influence spirituelle » chez le candidat à l’initiation. Cette transmission s’effectue rituellement par l’intermédiaire d’une organisation initiatique régulière. Telle est la condition fondamentale : si elle n’est point satisfaite, René Guénon estime qu’il n’y a pas d’initiation effective, mais seulement une vaine parodie de celle-ci, la « pseudo-initiation ». Inversement, la transmission des influences spirituelles est réelle, même si l’initié n’en a pas conscience.

La régularité d’une organisation repose sur le renvoi à une chaîne ininterrompue qui se perpétue dans le temps à travers des représentants réels, jusqu’à un centre suprême et unique. Afin que la transmission des influences spirituelles conditionnant le développement initiatique soit réelle, il suffit que les rites requis soient exactement accomplis par celui qui est régulièrement désigné pour une telle fonction : que celui-ci comprenne ou non les rites ; qu’il croie ou non à leur efficacité, ceci n’a guère d’influence sur l’acte. Tant que la chaîne est ininterrompue et que les rites sont effectués correctement, une organisation initiatique ne cesse pas d’être capable de conférer l’initiation, même lorsqu’elle ne compte que des « initiés virtuels », qui ont perdu toute trace de vrai savoir ou de réalisation personnelle.

Comme nous le verrons plus loin, l’Eglise catholique romaine maintient un point de vue analogue à l’égard de l’ordination sacerdotale et de l’efficience des rites. Un prêtre démissionnaire ou suspendu conserve les pouvoirs de prêtrise, que l’Eglise lui accorde ou lui refuse l’autorisation administrative de les utiliser. Il a effectivement reçu ses pouvoirs, même si l’évêque qui les lui conféra par l’ordination était un individu dénué de toute valeur personnelle.

Quant à l’impétrant à l’initiation, pour obtenir la transmission des « influences spirituelles », on demande qu’il soit qualifié pour ceci. Une telle qualification concerne le plan physique (absence de certains défauts corporels) et mental (présence d’une aspiration précise, d’une vocation). Par la transmission des « influences spirituelles », on devient un « initié virtuel ». Un changement intérieur vient à se produire, lequel – de même que le fait d’appartenir à l’organisation à laquelle on s’est relié – sera indélébile et subsistera une fois pour toutes. Pour devenir effective, l’initiation virtuelle doit être suivie d’un travail actif que nul instructeur ne peut accomplir à la place de l’impétrant (étant donné qu’existent divers grades d’initiation, il en va de même pour chaque grade). Les représentants d’une organisation initiatique ne peuvent que diriger, contrôler, assister ce développement et prévenir des déviations possibles.

Analyse critique de la position guénonienne

Du point de vue de l’hermétisme (et des évangiles) qui ne considère pas la créature séparée de son créateur, un simple constatation suffit pour que s’effondrent les positions thomiste et guénonienne : la transmission virtuelle a pour objet de faire Dieu être là plus qu’il ne l’est déjà, ce qui n’a aucun sens. Mais examinons de plus près la position de René Guénon.

A qui s’adresser ?Car ce bel exposé n’est qu’une abstraction. Une organisation humaine, une religion, un Ordre initiatique ne sont au mieux qu’une manifestation des principes spirituels pour lesquels ils oeuvrent, une extériorisation soumise aux aléas de l’histoire. René Guénon confond ces principes (qui sont primordiaux parce qu’en-deça de la manifestation, et non parce qu’ils renvoient à un lointain passé) avec l’association d’hommes qui s’en veut la représentation. Ces principes sont effectivement intemporels. Ils sont la Sophia perennis, la Sagesse éternelle. Les sociétés humaines ne les reflètent que très imparfaitement. Dans les Commentaires des Psaumes et dans les Commentaires de l’Epître aux Romains, Luther affirmait avec beaucoup de bon sens que « pour faire partie du corps mystique du Christ, il faut être régénéré et justifié par la Parole… L’Eglise visible, qui embrasse tous les baptisés, ne peut être identifiée avec le Peuple du Christ. (Elle) renferme bien des éléments qui sont seulement in ecclesia, mais ne sont pas élus. Mais elle ne cesse de compter aussi parmi ses membres de vrais chrétiens que Dieu seul connaît… Cette Eglise invisible… n’en est pas moins une réalité certaine. »Vouloir retrouver une organisation initiatique dont la chaîne humaine serait ininterrompue depuis l’Age d’Or relève de l’utopie. Si l’on demande comment passer aux actes pour recevoir l’initiation, à qui s’adresser pour se mettre au travail, René Guénon reste muet. Il reconnaît que, de nos jours et dans le monde occidental, n’existent guère que des organisations initiatiques tombées en dégénérescence, et des « vestiges, incompris par ceux-même qui en ont la garde ». Mais il croit que si la continuité rituelle s’est maintenue sans rupture, il est toujours possible de recevoir l’initiation virtuelle. Quelles organisations peuvent encore transmettre cette « initiation virtuelle » ? Sa « conclusion formelle et indubitable  » est qu’en dehors du cas de survie possible de quelque groupe d’hermétisme chrétien du Moyen-Age, parmi toutes les organisations à prétentions initiatiques actuellement existantes en Occident, il n’y en a guère que deux qui puissent revendiquer, bien que fort déchues, une origine traditionnelle authentique et une réelle transmission initiatique : le compagnonnage et la Franc-Maçonnerie.

Laissons de côté le compagnonnage. Il repose sur une initiation au métier et ne concerne que de futurs artisans. J’ai par ailleurs indiqué ce que je pensais de la Franc-Maçonnerie (3). Si la formation qu’elle dispense me paraît irremplaçable, bien des personnes ont été ou sont en possession d’une expérience initiatique effective sans s’y être agrégées.

En outre, la Franc-Maçonnerie actuelle (au sens de « chaîne ininterrompue ») est née au XVIIIe siècle. Nous sommes loin de la « tradition primordiale ». Les bâtisseurs de cathédrales juraient fidélité à la « Sainte Eglise catholique et romaine » et leurs secrets concernaient les tours de mains du métier, en premier lieu la résolution de problèmes géométriques. Leurs commanditaires disposaient fréquemment d’un savoir issu de l’hermétisme gréco-romain ou du druidisme celte, mais les loges de bâtisseurs n’étaient pas le lieu où de telles connaissances pouvaient s’acquérir. Contrairement aux idées reçues, on sait également depuis quelques années que les loges spéculatives ne sont pas issues des loges opératives qui auraient peu à peu accepté un nombre croissant de membres extérieur au métier. Elles sont nées de toutes pièces et certaines ont recueilli au fil du temps un contenu initiatique qu’aucune ne possédait au départ. L’histoire de la Franc-Maçonnerie « spéculative » ne relate pas la dégénérescence d’un Ordre initiatique prestigieux qui transmettait une initiation virtuelle et enseignait des techniques ayant pour but de rendre cette initiation effective. Elle montre la création de clubs dont certains, influencés par ce bouillonnement d’idées que fut le XVIIIe siècle, ont adopté des programmes de travail social (« les idées nouvelles ») ou initiatique (l’illuminisme et l’hermétisme).

On juge l’arbre à ses fruits

Ne partons pas d’à priori théoriques et observons les faits. Chacun connaît autour de lui des personnes qui rayonnent. En toute discrétion, dans un deux-pièces appartenant à un grand ensemble ou dans une petite ferme de campagne, elles se sont composé une forme de prière qui leur est propre et ont ajusté leurs actes à leurs idées. Au fil des ans, elles diffusent une lumière certaine. Aucune « influence spirituelle » transmise par une organisation reliée à la « tradition primordiale » n’a autorisé ce branchement. Bien des ouvrages de théologie ou de symbolisme ont été écrits par des docteurs morts d’une maladie qu’une simple paysanne aurait pu guérir en dix minutes par la prière.

Inversement, je ne connais que trop de personnes qui disposent de la « régularité initiatique » au sens guénonien du terme (donc des franc-maçons), mais qui font preuve d’une telle incompréhension et d’une telle ignorance à propos de tout ce qui est initiatique et spirituel, qu’elles en apparaissent fort au-dessous de personnes qui n’ont pas reçu l’initiation virtuelle, mais qui sont douées d’une juste intuition et d’un esprit ouvert. Ici encore, jugeons l’arbre à ses fruits, et ne nous faisons pas d’illusions sur ce que la transmission virtuelle peut en réalité conférer.

Du point de vue religieux et non plus initiatique, le musulman pratiquant et le catholique baptisé qui participe aux sacrements ne sont pas toujours des modèles d’épanouissement spirituel, malgré leur conformité aux critères énoncés par René Guénon !

L’Eglise et la succession apostolique

René Guénon reproduit la conception de l’Eglise, telle que celle-ci l’a héritée du thomisme (4), qui reflète beaucoup plus Aristote que les évangiles (5). Selon l’Eglise en général et le thomisme en particulier, l’homme est déchu par le péché originel. Depuis la chute, une rupture irrémédiable sépare le Créateur et sa créature. Dans le domaine surnaturel, celle-ci ne peut rien par elle-même.

Par un sacrifice volontaire, la mort sur la croix, la personne divine est venue sur terre effacer la faute des hommes. Ce sacrifice de Jésus est un acte unique, isolé dans l’espace et dans le temps. Pour que chaque être humain puisse être sauvé, il faut qu’il participe de quelque manière au sacrifice de Jésus. Le mode que Jésus a choisi pour permettre cette participation est l’institution des sacrements qui, d’une part, effacent la faute, et d’autre part restaurent l’amitié avec Dieu en conférant au chrétien la vie même de Dieu, ce que la théologie chrétienne nomme la grâce. Ces sacrements sont valides s’ils sont administrés par un prêtre ayant reçu ses pouvoirs d’un évêque qui les détient d’un autre évêque, selon une lignée ininterrompue depuis l’apôtre Pierre.

Ce schéma est propre à la théologie catholique romaine. Car l’Eglise orthodoxe considère qu’un évêque ou un prêtre déposé ne conserve pas ses pouvoirs sacerdotaux. Il les perd ipso facto, la succession apostolique étant nécessaire, mais pas suffisante. Ou, si l’on préfère, la succession apostolique implique, outre la filiation, la fidélité doctrinale et la régularité canonique. Les théologiens catholiques s’orientent aujourd’hui dans cette direction et insistent sur la notion de mandat confié par l’Eglise plus que sur l’efficacité indélébile de l’influence spirituelle.

La vision de l’Eglise catholique romaine est également réfutée par la théologie protestante pour qui le pasteur n’est pas un prêtre et ne possède aucune qualité ou pouvoir qui le distinguerait du laïc. Sa seule particularité est une connaissance beaucoup plus poussée des saintes Ecritures.

L’absurdité où peut mener la doctrine thomiste est illustrée par Apollinaire dans une des nouvelles de l’Helvétique, où un prêtre en mal de revanche consacre les pains de chaque boulangerie devant laquelle il passe, avec l’espoir de profanations sacrilèges.

Qui détient l’initiative du contact ?

L’un des rares textes du Corpus Hermeticum selon lesquels l’étincelle divine n’est pas donnée à tous les hommes explique qu’il en est ainsi car elle doit se conquérir. Il n’y est pas question de transmission rituelle par l’intermédiaire d’une organisation qui en serait dépositaire. « Pourquoi donc, ô père, Dieu n’a-t-il pas donné l’intellect (6) en partage à tous ? – C’est qu’il a voulu, mon enfant, que l’intellect fût présenté aux âmes comme un prix qu’elles eussent à gagner. » (IV, 3).

D’où part l’initiative qui aboutit à la transmission des influences spirituelles ? Dans les sciences hermétiques, l’essentiel ne repose pas sur une liaison horizontale avec une organisation donnée qui se perpétue historiquement. En magie, en alchimie ou en astrologie, la liaison est verticale. Elle s’établit lorsque le néophyte a atteint un certain état par son travail intérieur et sa persévérance.

La magie requiert une qualification active, créée par une discipline spéciale, par une préparation individuelle particulière, qui rende apte à être initié, à recevoir les influences spirituelles requises. Le symbole de Jacob luttant contre l’ange, au point de lui imposer de le bénir, comme tant d’autres, jusqu’à celui qui s’ouvre la voie du Graal « avec les armes à la main », chose « jusques alors jamais ouïe », correspondent à une telle possibilité.

Si, par un travail individuel et collectif de valeur, un impétrant aux intentions droites et pures se présente devant Dieu, cette intention sera reconnue par qui de droit, en sorte que la porte s’ouvrira. L’adage évangélique n’est pas ici lettre morte : « Demandez et l’on vous donnera ; cherchez et vous trouverez ; frappez et l’on vous ouvrira. Car quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve ; et à qui frappe on ouvrira » (Matthieu 7, 7).

Ainsi, le contact avec les Puissances qui travaillent derrière ces groupes humains que sont les Temples de tel ou tel Ordre initiatique s’obtient par une ascèse et la pratique de rites spécifiques. Les officiers et les membres d’un Temple peuvent effectuer la cérémonie, mais seules les Puissances présentes peuvent conférer l’initiation, transmettre les influences spirituelles, si elles jugent qu’il doit en être ainsi. Autrement dit, l’Esprit souffle où et quand il veut. Il ne s’en tient pas nécessairement aux pipe-lines installés par les hommes pour le canaliser. Isis dit à Lucius-Apulée : « Voici que, par ma providence, luit pour toi le jour du salut. Prête donc aux ordres que tu vas recevoir de moi une attention religieuse ». Isis avertit le prêtre et l’instruit pendant son sommeil de ce qu’il faut faire pour Lucius : « Car averti par moi, le prêtre… dans ce même moment où je viens à toi, j’apparais d’autre part à mon prêtre pour l’instruire, pendant son sommeil, de ce qu’il faudra faire ensuite. » La déesse désigne à chacun, par un signe de sa volonté, le jour où il peut être initié ; le prêtre qui doit procéder à la consécration est choisi, de même, par sa providence ; elle désigne le prêtre Mithra, en songe. Aucun prêtre ne consentirait à conférer l’initiation sans un ordre formel de la déesse ; ce serait un sacrilège majeur, « car la déesse tient en main les clefs des enfers et la garde du salut » (7). Citons quelques documents égyptiens ; « Ceux qu’Isis, les ayant choisis, appelle par des songes (8). » « Les âmes des hommes… n’y ont part (au dieu) qu’autant que le (dieu) le leur permet, par l’intermédiaire de la philosophie et comme à travers un songe indistinct, l’illumination de leur intelligence… (9). » « N’est initié que celui que Dieu a jugé digne (10).

Laissez moi vous confier un secret. On peut établir une hiérarchie entre les loges, maçonniques ou autres : au plus bas niveau, les officiers récitent le rituel par coeur. Au niveau intermédiaire, ils jouent leur rituel avec conviction. Au niveau le plus élevé, ils sont joués par le rituel et des forces pour lesquelles ils ne sont qu’un canal.

MacGregor Mathers est une illustration de ce phénomène. La Golden Dawn, qui était jusque-là une organisation de type maçonnique imprégnée d’hermétisme théorique, devint à partir du 7 Décembre 1891 un Ordre théurgique puissant qui renouvela l’occultisme anglo-saxon. Revenant de Paris où il avait reçu les matériaux nécessaires à la constitution d’un Ordre intérieur, Mathers organisa à cette date le premier passage d’un membre au second Ordre « nouvelle manière ». L’impressionnante qualité et quantité des enseignements dont la Golden Dawn disposa subitement témoigne de la révélation obtenue par Mathers. Que cette révélation ait été obtenue par opérations magiques, par la découverte inattendue de documents ou par la rencontre avec un adepte en chair et en os importe peu. Il avait réussi à établir un contact, à recevoir la filiation, à disposer d’une méthode d’inspiration rosicrucienne efficace auprès desquels les initiés virtuels de René Guénon font pâle figure. Hormis de brillantes analyses intellectuelles, qu’ont-ils produit ?

Les autres modes de transmission des influences spirituelles

René Guénon oublie que de nombreuses voies initiatiques, même extérieures à l’hermétisme occidental, n’ont jamais suivi son schéma, sans que leur valeur puisse être remise en cause.

Tout d’abord, lui-même reconnaît la possibilité d’une révélation spontanée qui s’effectue toutefois au sein d’une tradition spirituelle existante.

Si l’on considère que Dieu est tout-puissant, on ne voit pas très bien pourquoi il devrait se conformer à un mécanisme aussi systématique que celui décrit par René Guénon. « Que deux ou trois, en effet, soient réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux » (Matthieu 18, 20). On fit un jour remarquer à Jean-Baptiste Willermoz qu’il était le dernier des Réau-Croix et qu’il n’y en aurait plus d’autres après lui, faute de transmission. Il fit une réponse pleine de bon sens : « Nous savons tous que le Tout-Puissant plein d’amour et de miséricorde peut, quand il voudra, faire naître, des pierres, même des enfants d’Abraham » (lettre au baron de Turkheim du 21-31 Mars 1822).

Dans l’ésotérisme islamique, on parle de la possibilité d’atteindre le shath, état intérieur spécial, qui entre autre, donne l’aptitude à se conjoindre avec le Khidr, être énigmatique en qui réside le principe d’une initiation directe, sans l’intermédiaire d’une organisation ni d’une chaîne ininiterrompue. Bien que conçue comme exceptionnelle, cette possibilité est admise. L’essentiel est ici le niyah, c’est-à-dire l’intention juste, qu’il ne faut pas entendre en un sens abstrait et subjectif, mais bien comme une direction magique d’efficacité.

Les peuplades africaines, amazoniennes ou indiennes se soucient comme d’une guigne des initiations virtuelles et des organisations initiatiques régulières. Ainsi, la note spécifique des rites de puberté nord-américains est l’obtention d’un esprit tutélaire (sommes-nous si loin du Saint Ange Gardien ou du Daïmon personnel ?). Par l’obtention de son esprit protecteur, le garçon reçoit la révélation du sacré et change de plan d’existence. L’élément caractéristique des initiations nord-américaines est la retraite dans la solitude. Entre dix et seize ans, les garçons s’isolent dans les montagnes ou dans la forêt ; il y a rupture avec le monde des vivants. L’expérience spirituelle du novice est déclenchée par son ascèse ; elle n’est pas dirigée par la présence et l’enseignement des instructeurs. Le novice s’impose des purifications, des interdits alimentaires, et il se soumet à de nombreux exercices ascétiques. Il chante et danse pendant la nuit, et il prie à l’aurore pour l’obtention d’un esprit tutélaire. C’est à la suite de ces efforts que survient la révélation de l’esprit, généralement sous forme animale.

Dans les Mystères des religions grecque et romaine, le rite est conçu comme efficace par lui-même. D’où l’extrême rigueur dans son exécution et des châtiments terribles pour celui qui en perturbait le cours. Le contact avec les dieux s’établissait par le rite, et non en vertu d’une transmission virtuelle.

A l’origine des Rose-Croix, on chercherait vainement une organisation structurée armée de rituels, transmettant initiation virtuelle et fournissant les outils nécessaires à son prolongement en initiation effective.

La position de l’hermétisme

Dans le Corpus Hermeticum, on ne trouve aucune trace de transmission virtuelle, bien que l’origine céleste des enseignements soit affirmée. Il y est rapporté que le dieu révélant ne les livre qu’à bon escient, et si la transmission comporte plusieurs intermédiaires, chacun d’eux doit être un témoin valable. Aussi le dernier maillon de la chaîne a-t-il soin de faire connaître tous ceux qui l’ont procédé pour certifier que la doctrine qu’il transmet vient authentiquement du dieu par une lignée de garants sans défaut. C’est ainsi que nous voyons Isis, dans la Korè Kosmou, donner des preuves à Horus : « Ecoute, mon fils Horus, car tu entends ici la doctrine cachée que mon ancêtre Kamèphis a entendue de la bouche d’Hermès, le mémorialiste de toutes les actions (divines), et moi je l’ai entendue de la bouche de Kamèphis, le plus ancien de tous les dieux, quand il m’a honorée aussi du don du noir parfait : et maintenant, c’est toi qui l’entends de ma bouche. » Cette succession a pour objectif de s’assurer que les enseignements reçus sont fidèles à la révélation originelle. Le dernier maillon de la chaîne peut étudier avec confiance le dépôt qu’il reçoit et dont il se servira pour son illumination personnelle. Une telle succession n’a pas pour objectif de vérifier quelle que soit la qualité des maillons intermédiaires et leur plus ou moins grande fidélité aux enseignements reçus.

Selon les textes du Corpus Hermeticum, tous les hommes ont reçu en puissance une étincelle divine (11). Mais il dépend d’eux de la mettre en acte, de l’éveiller. Cette actualisation s’effectue par leur mode de vie, par le pouvoir des rites et par un travail intérieur.

Le rite révèle cette étincelle divine. Appliqué à un terrain propice, il suscite la mutation mentale nécessaire à ce dévoilement. Si l’homme qui le subit n’est pas prêt, le rite se révèlera inefficace. Il ne « prendra » pas. Il pourra toutefois exercer son effet à retardement, lorsque l’impétrant aura effectué le travail intérieur qu’il n’avait pas encore commencé.Inversement, un homme ayant accompli un travail intérieur considérable pourra bénéficier de ses effets sans rite particulier, bien qu’il se prive ainsi d’un outil précieux qui aurait pu l’aider dans sa quête. Dans une société initiatique, le choc du rite et de l’intention de l’impétrant fait l’initié. Si le postulant manifeste les dispositions intérieures requises, le rite possède une efficacité propre, indépendamment de toute filiation mythique.

Selon l’hermétisme, toute âme humaine reçoit, avant de s’incorporer, le don d’une étincelle divine. Mais une fois descendue ici-bas, une âme n’est pas nécessairement capable de faire emploi de cette part du divin en elle. Ceux qui se montrent bien disposés sont désormais assistés d’un ange gardien, qui est l’Intellect divin lui-même. Et un jour arrive où cet Intellect divin vient remplacer le « moi » dans l’initié. Ce moi était jusqu’ici composé des sept puissances astrales dont l’âme s’était enveloppée lors de sa traversée des sphères planétaires. Désormais, il est remplacé par le Verbe divin, par le Logos qui s’installe en lui. L’hermétisme devient un homme nouveau, un homme régénéré.

La filiation de la Golden Dawn

Lorsque je commençais à étudier les enseignements de la Golden Dawn, les quelques ouvrages disponibles relataient ainsi son origine. Chez un bouquiniste londonien, un amateur d’occultisme, le révérend A.F.A. Woodford, acheta un ouvrage dans lequel étaient insérées une soixantaine de feuilles manuscrites. En 1887, W.Wynn Westcott hérita de ces manuscrits. L’écriture utilisée était codée, mais l’adresse d’une certaine Anna Sprengel habitant l’Allemagne était indiquée. Il écrivit, reçut la méthode de déchiffrage et une autorisation de fonder la juridiction anglaise d’un Ordre initiatique. Un autre adepte allemand informa Westcott du décès d’Anna Sprengel, survenu le 20 Juillet 1890, et l’autorisait à poursuivre le travail de l’Ordre. Toutefois, il n’y aurait désormais plus d’interférence du cercle allemand. Pour gouverner l’Ordre, Westcott fit appel à Samuel Liddel MacGregor Mathers qui entreprit de rédiger des rituels utilisables reposant sur les données des manuscrits codés.

Les manuscrits codés existent. Ils avaient été élaborés par un cercle rosicrucien antérieur à celui de la Golden Dawn et interne à celui de la Societa Rosicruciana in Anglia. Après le décès de Kenneth Mackenzie (1833-1886), leur principal rédacteur, ils avaient abouti dans une librairie d’occasion (ou dans la bibliothèque de la S.R.I.A.) où ils furent découverts par Woodford. Ils ont été publiés depuis. Le code alchimique utilisé est exposé dans le Polygraphiae de l’abbé Trithème (XVIe siècle). Le texte était en anglais, exposait des informations précises permettant l’élaboration de rituels (directives que la Golden Dawn suivit scrupuleusement) et indiquait que l’Ordre devait être mixte.

Dans la version officielle, notons que la filiation repose en tout et pour tout sur une autorisation, sans transmission d’influences spirituelles par l’intermédiaire d’un rite ou d’une pratique qui aurait rendu l’initiation virtuelle effective. Les fondateurs de la Golden Dawn souhaitaient simplement se raccrocher au mythe rosicrucien.

En 1900, une bombe éclata. Dans une lettre adressée à Florence Farr, Mathers écrivait à propos de Westcott et de la correspondance d’Anna Sprengel :

« A aucun moment, il n’a été en communication personnelle ou écrite avec les Chefs Secrets de l’Ordre, ayant lui-même fabriqué ou fait fabriquer la soi-disant correspondance entre lui et eux… »

Par ces quelques mots, les membres perdaient leurs Chefs Secrets. Il n’y avait plus de Chefs Secrets à la Golden Dawn que de Supérieurs Inconnus à la Stricte Observance Templière ou de Mahatmas à la Société Théosophique. Seuls restaient les manuscrits eux-mêmes, les travaux de Westcott et Mathers et un apport considérable de ce dernier qui affirmait à son tour avoir réussi à établir le contact avec les fameux Chefs Secrets. L’effet fut désastreux, suscitant la fin de la Golden Dawn qui se sépara en deux groupes : l’Alpha et Omega, fidèle à Mathers, et la Stella Matutina qui récusa son autorité et fut présidée par R. Felkin. Une troisième faction, dirigée par A.E. Waite, the Holy Order of the Golden Dawn, d’orientation plus mystique et chrétienne, n’eut guère de succès.

Non seulement la Golden Dawn n’avait jamais reçu de filiation, mais elle avait tout bonnement fabriqué celle dont elle se prévalait !

Notes

1. Filiation : du latin filius, fils. Ligne directe des aïeux aux enfants ou des enfants aux aïeux. Au sens figuré, suite, liaison de choses résultant les unes aux autres : filiation des idées, des mots.

2. Pour être charitable, je m’en tiendrai à quelques exemples dont les auteurs sont décédés : Papus et l’Ordre martiniste, H. Spencer Lewis et l’Ordre rosicrucienne AMORC, et l’Hermetic Brotherhood of the Golden Dawn. Les deux premiers cas sont d’autant plus cocasses qu’il n’y a jamais été dans les intentions de Louis Claude de Saint-Martin ou des rédacteurs des manifestes Rose + Croix de créer un Ordre initiatique !

3. Ces compliments envers la Franc-Maçonnerie concernant sa pédagogie et non une « initiation virtuelle ou effective ». Les maîtres-maçons que forment les loges qui travaillent sont parfaitement préparés (habitude du rituel, fonctionnement en groupe, meilleure connaissance de soi) pour accéder à un travail opératif.Je rappelle que la Golden Dawn originelle recrutait ses membres masculins parmi les franc-maçons. Cette règle est ensuite tombée en désuétude, mais je soumets le texte suivant à la méditation du lecteur. Il forme plus de la moitié du Manifeste du 24 Juillet 1903 signé par Waite et ses coéquipiers :

« Nous estimons que l’Ordre doit être reconstitué et nous désirons le reconstituer sur sa base originelle, telle qu’elle était avant qu’un Chef unique prenne l’ascendance. L’Ordre fut établi vers 1885 par des Chefs qui étaient Maçons et possédaient des grades élevés dans la fraternité maçonnique. Si ces Chefs reçurent une patente d’un Troisième Ordre, ils la reçurent à notre avis en tant que Maçons. L’Ordre était à cette époque organisé comme un corps dans lequel la qualification maçonnique était requise de la part de ceux qui en devenaient membres. Tant par ses rituels que par son gouvernement, l’Ordre était maçonnique à cette période. Il l’est encore par ses rituels. Il n’a divorcé de la Maçonnerie que par les dissensions des Chefs originels. La période d’harmonie et de progrès fut la période maçonnique et les difficultés commencèrent quand les Chefs oublièrent qu’ils étaient Maçons. Nous affirmons la nécessité de restaurer le rapport maçonnique en élisant certains Maçons comme Chefs et en encourageant, pour ce qui concerne les hommes, l’admission de Maçons plutôt que des non-Maçons dans les grades extérieurs et intérieurs de l’Ordre. Nous croyons aussi que l’extension de notre connaissance et la communication avec un Troisième Ordre doit être cherchée dans ces fraternités que connaissent certains d’entre nous et que d’autres croient exister derrière la Maçonnerie… »

Les trois grands essais d’Ordres théurgiques de ces deux derniers siècles sont l’Ordre des Elus Cohens de Martinez de Pasqually, la maçonnerie égyptienne de Cagliostro et l’Hermetic Brotherhood of the Golden Dawn. Tous trois se sont souchés sur des loges maçonniques. Il ne s’agit pas là d’un hasard.

Pour lui éviter toute déception, je mets en garde le lecteur dont l’intérêt pour la Franc-Maçonnerie s’éveillerait en lisant ces lignes. Certaines loges ou obédiences sont plus proches de la contre-initiation que d’un travail hermétique. J’ai par exemple connu une obédience qui se voulait mondiale, mais qui n’était que mondaine. Se riant de la notion d’égrégore, les Vénérables et les loges de certains rites (Rite Ecossais Ancien et Accepté, Rite Français) y étaient systématiquement consacrés avec des invocations issues d’un autre rite (Style Emulation). Championne des exposés moralisateurs, elle entretenait les meilleurs rapports avec les obédiences américaines qui interdisent aux noirs l’entrée de leurs temples !

S’il est sollicité pour entrer dans une loge, le lecteur sérieux doit s’assurer qu’il ne s’agit pas d’un club de service à vocabulaire initiatique. Le travail qui s’y effectue porte-t-il sur les religions comparées, les Ecoles de Mystères occidentales, les sciences hermétiques ? Ou bien, entre deux mondanités, y disserte-t-on à perte de vue sur une charité absence dans les faits ? Y fuit-on ce qui ressemble de près ou de loin à des techniques d’éveil intérieur ? En règle générale, les loges de rite Egyptien (Memphis-Misraïm) ne le décevront pas. Elles relèvent actuellement de deux lignées :

– la première (par ordre alphabétique) est représentée par la Grande Loge Française de Memphis-Misraïm. Elle a réussi la gageure de pratiquer une politique d’ouverture vis-à-vis du milieu maçonnique en général sans renier ses travaux hermétiques. D’implantation internationale, elle est dirigée par Gérard Kloppel qui succéda à Robert Ambelain.

– la seconde conserve l’antique structure aristocratique et se tient en retrait. Sa principale composante est le Grand Sanctuaire Adriatique, essentiellement implanté en Italie. Quelques loges existent en France.

4. Thomisme : système théologique de Thomas d’Aquin (1225-1274). Dans le cadre de l’Eglise catholique romaine, le thomisme tenta d’unir raison et foi en s’appuyant tant sur Aristote que sur la Révélation biblique. Le thomisme fut imposé en 1879 par le pape Léon XIII, qui voulait lutter contre la médiocrité du niveau intellectuel dans les séminaires.

5. Cette position insiste en effet sur la transcendance de Dieu et oublie son immanence. Rappelons quelques phrases-clefs : « …c’était afin qu’ils cherchent la divinité pour l’atteindre, si possible, comme à tâtons et la trouver ; aussi bien n’est-elle pas loin de chacun de nous. C’est en elle en effet que nous avons la vie, le mouvement et l’être » (Actes 17, 26-28). « Ne savez-vous pas que vous êtes un temple de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? » (1 Corinthiens 3, 16). « Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde » (Matthieu 28, 20). « Oui, j’en ai l’assurance, ni mort ni vie, ni anges ni principautés, ni présent ni avenir, ni puissances, ni hauteur ni profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus notre Seigneur » (Romains 8, 38-39).

6. J’attire l’attention du lecteur sur le sens exact de ce terme. Dans les textes des hermétistes et des néoplatoniciens, l’Intellect divin est le « plan divin », l’ensemble des « idées divines ». L’intellect humain est le reflet en l’homme de l’Intellect divin. L’Intellect n’est pas le « moi » ou le mental rationnel dont les « intellectuels » font usage.

7. A. Loisy, Mystères païens et Mystères chrétiens, Paris, 1930, p.145-6.

8. Pausan., X 32, 13. – Erman, Rel. ég. 492s.

9. Ib. Os. 1 79.

10. Synesius, De Provid., Migne v. 66 p. 1280.

11. « Et c’est pourquoi, seul de tous les êtres qui vivent sur la terre, l’homme est double, mortel de par le corps, immortel de par l’Homme essentiel » (Corpus Hermeticum, 1, 15).

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Charles Tremblay

Fondateur de la revue La Jérusalem des Terres Froides. blog : http://jerusalemdesterresfroides.blogspot.ca/

12 pensées sur “L’incohérence de la filiation initiatique de René Guénon

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    3 janvier 2015 à 19 07 01 01011
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    EZPHARES, OLYARAM, IRION-ESYTION , ERYONA, OREA, ORASYM, MOZIM !

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      3 janvier 2015 à 19 07 04 01041
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      Derrière nos perceptions quotidiennes se cachent des choses terribles et insoupçonnées. Le monde n’est pas ce qu’il semble être, tout comme la riante surface de la mer ne donne aucune idée des monstruosités qui se cachent dans ses profondeurs. Il a existé, il existe encore des entités infiniment plus vastes, plus savantes et plus puissantes que l’humanité ; s’il leur en prenait l’envie, elles pourraient nous exterminer en peu de temps. La domination de l’homme sur la Terre n’est qu’une rassurante et trompeuse apparence. Nous ne savons rien, mais c’est finalement préférable pour nous.

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    7 juin 2016 à 12 12 05 06056
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    Simple question : pour quelle raison vous intéressez-vous à l’ésotérisme ? Est ce que ça ne serait pas justement votre goût pour l’étrangeté ? Dans ce cas sachez que vous n’êtes utile à personne. Et que des blogs comme le votre, on s’en passe largement !

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      7 juin 2016 à 20 08 11 06116
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      Pour dire que je ne suis utile à personne, cela veut dire que vous représentez et vous parlez au nom de tout le monde ?

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    5 juillet 2016 à 6 06 30 07307
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    C’est vrai, peut-être que ça passe le temps à d’autres personnes. Mais vous n’avez pas répondu à ma question. Pour quelle raison vous intéresser à l’ésotérisme? Quelle est votre motivation? Qu’est-ce que ça représente pour vous?

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      6 juillet 2016 à 11 11 27 07277
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      Je suis censé vous rendre des comptes sur mes motivations et sur ce qui me relie (ou pas) à l’ésotérisme ?

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    9 juillet 2016 à 13 01 30 07307
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    J’avais pas lu le reste de l’article parce que le début m’a rebuté, vous devriez éviter ce style un peu bizarre. Il y a des choses vraies mais vous savez, ça n’est effectivement pas parce que quelqu’un a reçu l’initiation qu’il va être capable d’en faire effectivement quelque-chose, sans compter les contraintes extérieures ( malheureusement on ne peut pas passer son temps à se réaliser, consacrer sa vie à la connaissance, c’est beau mais à un moment donné il faut aller travailler pour manger ).
    Guénon n’a pas dit que toute personne ayant reçu une influence spirituelle réussissait, il a dit que c’était indispensable dans un premier temps de recevoir l’initiation, mais que la réalisation spirituelle dépendait EXCLUSIVEMENT du travail intérieur effectué par celui qui a reçu l’initiation.
    En ce qui concerne les sacrements Catholiques c’est plus complexe. Il faut bien suivre le raisonnement. Dans le Roi du Monde, il dit que les sacrements chrétiens conservent un caractère initiatique ( cf le passage sur la fonction de Melchisédech identifiée à celle du Christ, d’après un passage de Saint Paul ), à cause du caractère initiatique du rite eucharistique qui trouve sa source dans le sacrifice du Christ et dont Guénon laisse pressentir une portée symbolique et initiatique beaucoup plus profonde dans ce passage qu’un simple rite religieux.
    MAIS
    Cette influence est reçu par les chrétiens, le problème n’est pas dans la réception, le problème est dans la conscience effective de cette réception. Conscience qui n’est possible que dans le cas où on reçoit l’initiation. Parce que le Catholicisme est une religion, d’ailleurs il n’a jamais prétendu être autre chose que cela, il ne peut donc pas faire des initiés. Or, c’est l’ouverture intérieure que confère l’initiation qui permet, quand on va jusqu’au bout de la réalisation, ce qui n’est pas donné à grand monde, d’avoir conscience du lien effectif avec le Principe, c’est-à-dire d’une identité pure et simple avec Dieu, et le Christ ne dit pas autre chose.  » Que je sois en eux comme tu es en moi « . Il ne faut pas oublier qu’après avoir reçu l’initiation il y a des portes qui s’ouvrent, mais celle de l’Enfer aussi très largement, pour le meilleur s’il s’agit d’un passage, pour le pire s’il s’agit d’y rester.

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    19 juillet 2016 à 2 02 59 07597
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    Je remarque toujours que lorsque les gens parlent d’élite ou d’initiation, il s’imaginent que les initiés se sont levés un matin en se disant :  » Tiens si je faisais partie de l’élite « , alors que ça n’a aucun sens. Ils s’imaginent que l’élite s’autoproclame telle, sans épreuve, sans souffrance. Comme si on s’asseyait dans un fauteuil en se disant : qu’est ce que c’est bon de faire partie de l’élite. Sauf que dans la vie rien n’est comme ça. Pour arriver à quelque-chose il faut toujours travailler avec acharnement, faute de quoi on obtiendra jamais rien. Malheureusement on a pas d’autre exemple dans notre société moderne de ce que peut être une élite en dehors de quelques individus arrivés et arrivistes, et on calque ce modèle sur tout ce qui pourrait exister d’autre au point de ne pouvoir envisager aucune supériorité en dehors de ce modèle. C’est vrai qu’on vit dans une société où plus on est minable, plus on est imbu de soi-même et indifférent au sort des autres, plus on a de chances de réussir et de se retrouver en haut de l’échelle sociale. Mais il faut bien se dire que ça n’a pas toujours été le cas.

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    19 juillet 2016 à 3 03 29 07297
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    Si on prend l’exemple de Jésus ou de Marie, ils n’avaient pas de péché et pourtant ils pratiquaient leur religion parfaitement. Ce n’est pas pour l’apparence ou simplement parce qu’ils étaient parfait, mais parce qu’ils y trouvaient le lien avec ce qui est supérieur. Jésus a pratiqué l’ascèse pendant des années et n’a jamais cessé de prier, même lorsqu’il s’est approché de la fin de sa mission, alors que c’était le Messie. C’est un bon exemple et ça montre que la pratique religieuse n’a rien de superficiel ou de dérisoire. Ca dépend simplement du degré de compréhension.

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    19 juillet 2016 à 3 03 31 07317
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    Il faut revenir à la source.

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