L’ombre et la lumière

 

J’ai vécu longtemps à Nîmes

J’y ai rencontré un homme sublime… magnanime

Le Bien et lui sont homo-nymes

Il avait l’art de tout réconcilier

Il était parfait, un sage d’entre les sages…

 

Mais je le haïssais

Je me reprochais de ne rien avoir à lui reprocher

Ça m’épuisait d’avoir été incapable de le mépriser

C’est horrible comme défaut

D’avoir une âme sans défaut

L’âme d’un hippopotame

J’en dis du mal parce que j’ignore tout de la psychologie de ce gros animal

Tout ce que j’en sais c’est qu’il crève tous les écrans de fumée… avec sa bonté

On a envie de le gifler et si on ne le fait pas

C’est parce qu’on sait qu’il ne va pas se dégonfler

Il est fou, il va tendre l’autre joue

Il n’y a pas plus humiliant que l’humilité

Plus écœurant qu’un cœur lorsqu’il est grand

É-norme, hors normes…

 

Je le trouve comment ? Aussi ennuyeux que les cieux

Ça ne m’incite pas à rejoindre le paradis

Je préfère encore me méprendre que tout comprendre

Tout prendre, les mûres et les pas mûrs

C’est à se taper la tête contre les murs

Il a un secret : l’Amour… avec un grand A et un petit r

Je préfère encore le mien avec un petit a et un grand R.

 

L’idée même de le tuer me traversa l’esprit

Je ne l’ai pas fait pour ne pas le voir ressusciter

Il en est capable, vu sa proximité avec l’éternité

Je ne sais plus à qui je vais le confesser

Mais en vérité, je ne supporte pas la vérité

C’est dur comme figure : le cercle, le carré

Ça nous indique à tous que nous sommes mal barrés

Nous existons en pointillés

Assurés mais ni rassurés, ni rassurants

Je dirais qu’en tant qu’existants

Nous sommes tous un peu fêlés, fissurés

Rien à voir avec cet Être parfait

Auprès duquel on regrette d’être nés

Il est content dans un asile de mécontents.

 

Pour lui damer le pion

J’ai changé de damier

Je ferais désormais l’éloge de l’imperfection

L’apologie des ratés et des estropiés de la vie

Je vais encore plus me rapprocher

De ceux qui ont quelque chose à se reprocher

Les affreux, les sales et les méchants

Seront mes frères de sang et de conviction !

 

Mais, mais, mais

En supportant ce qui n’est pas supportable

Je me suis rendue compte

Que je commençais à lui ressembler

À être aussi bien que lui

À réaliser qu’il n’y a point de différence

Entre l’Amour de l’ombre

Et l’Amour de la lumière

Ils finissent toujours par se confondre.

http://www.lejournaldepersonne.com/2016/06/lombre-et-la-lumiere/

 

Campagne de soutien du film de Personne Le procès d’un procès sur Nietzsche : http://www.lejournaldepersonne.com/campagne-de-soutien-film-proces-dun-proces/

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Personne

Le Journal de Personne pratique la scénarisation à fond, pour illustrer une question d'actualité. Son info est une info scénario, son drame: une dramatisation et sa réalité: une réalisation.Vous auriez mauvaise grâce d'assimiler Personne à ses personnages, et ses histoires à des dérapages. L'humour et la dérision y ont toujours fait bon ménage. Le Journal n'est l'otage d'aucun parti, prisonnier d'aucune opinion, dupe d'aucun soupçon. Ni à gauche, ni à droite, mais au cœur de l'événement, il aborde tous les sujets, pose tous les problèmes et relance tous les débats : https://www.lejournaldepersonne.com

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