LÓPEZ OBRADOR VA-T-IL IMPOSER UN TOURNANT GEOPOLITIQUE A MEXICO ?

Par  Luc  Michel. Le 05.07.2018.   Sur  EODE.

« Dans les années 2070, les Mexicains et les populations d’origine
mexicaine constitueront la population dominante le long d’une ligne
longeant la frontière américano-mexicaine à plus de deux cents milles
de la Californie, de l’Arizona, du Nouveau-Mexique et du Texas et de
vastes régions de la Cession mexicaine. La région ne se comportera pas
comme les autres zones d’immigration. Au contraire, comme cela se
produit dans les régions frontalières, elle sera culturellement – et à
bien des égards, économiquement – un processus vers le nord.
Une extension du Mexique. Dans tous les sens, mais légalement, la
frontière aura déménagé vers le nord »
-George Friedman (THE NEXT 100 YEARS,
A forecast for the 2st century).

– INTRODUCTION

Tremblement de terre (attendu) ce dimanche au Mexique !
Tandis que dimanche au Mexique, Andrés Manuel López Obrador, le
candidat populiste de gauche était élu à la présidence, on célébrait
une autre victoire non moins importante dans la capitale (ville
stratégique), une ingénieure de l’énergie de 56 ans et membre du p’Pti
Morena’ ‘Obrador, est devenue la première femme maire de Mexico. C’est
également la première fois depuis 1997 que le maire et la présidence
sont détenus par le même parti, ce qui éliminera sans aucun doute les
obstacles à la réforme promise par Obrador. Sheinbaum est sur la même
longueur d’onde que son président, promettant un «gouvernement laïque»
non religieux qui traitera des questions environnementales, des droits
des femmes et du sort des communautés indigènes – malgré les forces
antagonistes contradictoires du parti ultra-conservateur et
évangélique Pes.

Mais le tremblement de terre en politique intérieure, qui bouleverse
profondément le régime mexicain, se double d’un séisme en politique
étrangère, vis-à-vis du puissant voisin américain. Obrador a en effet
deux surnoms : « Amlo ». Mais aussi et surtout « Andresmanuelovich » !
Le nouveau président est en effet ouvertement pro-russe et Moscou est
très présente dans le pays, ce qui devrait inquiéter Washington


Je vous en avais déjà parlé (en Anglais) en fin janvier dernier sur
LUC MICHEL’S GEOPOLITICAL DAILY : THE MOSCOW – MEXICO RELATIONSHIP DEEPENS.
OR HOW RUSSIA INVITES ITSELF INTO THE DISPUTE BETWEEN MEXICO AND THE
USA OF TRUMP …
sur http://www.lucmichel.net/2018/02/09/luc-michels-geopolitical-daily-the-moscow-mexico-relationship-deepens-or-how-russia-invites-itself-into-the-dispute-between-mexico-and-the-usa-of-trump/

WHAT IS MEXICO TO RUSSIA? – LAVROV INTERVIEW TO THE MEXICAN
NEWSPAPER EXCÉLSIOR AND SPANISH RT
(THE MOSCOW – MEXICO RELATIONSHIP DEEPENS II)
sur http://www.lucmichel.net/2018/02/17/luc-michels-geopolitical-daily-what-is-mexico-to-russia-lavrov-interview-to-the-mexican-newspaper-excelsior-and-spanish-rt-the-moscow-mexico-relationship-deepens-ii/


PARTIE I/ USA-MEXIQUE : UN DESTIN GEOPOLITIQUE CONTRARIE PAR L’IDEOLOGIE
ANTI-LATINOS DE TRUMP ET DES SIENS

Lenine disait que « l’avenir politique n’était pas rectiligne comme la
Perspective Nevski à Saint-Pétersbourg ». Et c’est encore plus vrai en
Géopolitique, qui est structurée par des cycles longs et des
évolutions logiques. Mais que bouleversent les événements et les
hommes. L’avenir du Mexique semblait tout tracé : la fusion avec le
Canada et les USA dans un grand Bloc continental nord-américain. Que
préfigurait l’ALENA (NAFTA en anglais) et qui de l’unification
économique devait passer à l’intégration politique, puis géopolitique
(selon les théories sur les « grands états en voie d’unification » de
Friedrich List, la théoricien du « Nationalisme économique »). C’est à
cela qu’on travaillé aussi bien Bush II qu’Obama. L’unification en «blocs continentaux» (cfr. Haushofer et Thiriart) sera inévitablement la tendance des XXIe et XXIIe siècles.

LA LOGIQUE CONTINENTALE DE L’ALENA

L’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) est un accord signé
par le Canada, le Mexique et les États-Unis, créant un bloc commercial
trilatéral en Amérique du Nord. L’accord est entré en vigueur le 1er
janvier 1994. Il a remplacé l’Accord de libre-échange
Canada-États-Unis entre les États-Unis et le Canada. L’ALENA comporte
deux suppléments: l’Accord nord-américain de coopération dans le
domaine de l’environnement (ANACDE) et l’Accord nord-américain de
coopération dans le domaine du travail (ANACT). La plupart des
analyses économiques indiquent que «l’ALENA a profité aux économies
nord-américaines et au citoyen moyen, mais a touché une petite
minorité de travailleurs des industries exposées à la concurrence
commerciale». Les économistes soutiennent que « retirer l’ALENA ou
renégocier l’ALENA d’une manière qui rétablit Les barrières
commerciales nuiront à l’économie américaine et coûteront des emplois». Bien que le Mexique « serait beaucoup plus durement touché par la perte d’emplois et la réduction de la croissance économique à court et
à long terme ».

Le président américain Donald Trump a averti en août 2017 qu’il
pourrait mettre fin au traité commercial de l’ALENA avec le Mexique et
le Canada après que les pourparlers à trois n’aient pas réussi à
combler de profondes divergences. Les États-Unis, le Canada et le
Mexique ont ensuite bouclé leur premier round de négociations pour
réorganiser le pacte commercial avec peu de signes d’une percée. Trump
a rouvert les négociations du traité de 1994 « par souci des intérêts
économiques américains souffraient. »

L’IDEOLOGIE CONTRE LA GEOPOLITIQUE (1)

Mais la Géopolitique a sa logique qui succombe parfois devant la
dynamique irrationnelle quasi biologique des idéologies : ainsi la
logique rationnelle géopolitique du « grand Espace germano-slave
Vladivostok-Flessingue » (Hanshofer et Niekisch), Bloc continental
opposé aux thalassocraties anglo-saxonnes, succombe face au racisme
biologique anti-slave de Hitler qui brise de façon suicidaire le «Pacte germano-soviétique» (« la tentation du nihilisme » dira un critique de Hitler) et fait du XXe siècle un « siècle américain ».
Ainsi la logique de l’ALENA s’affronte et se confronte au racisme WASP
anti-latino de l’Alt-Right, inspirée des théories de Huntignton et
rassemblée autour du scénario politique de Trump (qui est tout sauf un
homme isolé –sic-, hors système -resic).

La question qui se pose est celle de la portée historique de l’action
de Trump et des siens. Coup d’arrêt éphémère, arrêt durable de dix à
vint ans, basculement géopolitique anti-yankee ?


L’IDEOLOGIE CONTRE LA GEOPOLITIQUE (2) :
DE HUNTINGTON A TRUMP, AMERICANISME ANTI-LATINOS ET THEORIE DITE DU «
GRAND REMPLACEMENT »

Derrière les actions de Trump qui font l’actualité, il y a l’idéologie
de la Droite radicale, « l’Alt-Right » américaine. « La Maison-Blanche
a toujours défendu la politique de « tolérance zéro » qui obligeait
depuis le mois de mai la police aux frontières à séparer les enfants
de leurs parents, mis sous les verrous avant d’être traduits en
justice. Au moins 2 342 enfants et jeunes migrants auraient ainsi été
séparés de leurs familles. Suite à une indignation massive face à la
mise en œuvre de cette politique, le Président américain a signé un
décret selon lequel les parents migrants et leurs enfants doivent être
retenus ensemble. » Cette politique de séparation des enfants de leurs
parents n’a rien d’un coup de communication. Elle relève bien au
contraire de la mise en œuvre d’une idéologie.

* L’arrière plan est tout d’abord idéologique derrière Trump et les
siens dans leur « latino-phobie » anti-mexicaine et anti-hispanophones:
« Théorie du remplacement de population » de Samuel huntington
(évoquée aussi par Georges Friedman dans ses « The next 100 yaers »),
mais aussi le fatras idéologique derrière la droite républicaine
américaine (notamment les romans géopolitiques « bestsellers » de Tom
Clancy, souvent adaptés par Hollywood, qui fantasment sur le « danger
latino » … et inspirent les généraux de Trump) …

* L’arrière-plan est ensuite politique :
le poids de l’extrême-droite suprématiste Us (Breitbart, Bannon, les
Mercer et cie) et le contrôle de l’électorat « petit-blanc » (les «
red necks »), les WASP (White Anglo-Saxons Protestant) déclassés, dans
la perspective des élections de mi-mandat aux USA (renouvellement de
la moitié des parlementaires) …


COMMENT LE GEOPOLITOLOGUE FRIEDMAN RESUME LA « THEORIE DU GRAND
REMPLACEMENT DE POPULATION » DE HUNTIGNTON

Le géopolitologue Georges Friedman (ex patron du think tank
‘Stratfor’, maintenant éditeur de ‘Geopolitical Futures’) résume dans
son livre « THE NEXT 100 YEARS, A forecast for the 2st century » la
Théorie dite du « Grand remplacement de population » de Samuel
Huntington :

« Dans les années 2070, les Mexicains et les populations d’origine
mexicaine constitueront la population dominante le long d’une ligne
longeant la frontière américano-mexicaine à plus de deux cents milles
de la Californie, de l’Arizona, du Nouveau-Mexique et du Texas et de
vastes régions de la Cession mexicaine (Ndla : les provinces du Nord
du Mexique volées par les USA au XIXe siècle). La région ne se
comportera pas comme les autres zones d’immigration. Au contraire,
comme cela se produit dans les régions frontalières, elle sera
culturellement – et à bien des égards, économiquement – un processus
vers le nord. Une extension du Mexique. Dans tous les sens, mais
légalement, la frontière aura déménagé vers le nord ».

La haine anti-Latinos – qui dissimule en fait une peur immense, comme
toutes les haines du même genre – des Trump, Mercer, Breitbart, Bannon
et cie n’a pas d’autre base. S’y ajoutent les fantasmes issus des
romans ultra-nationalistes de Tom Clancy (danger mexicain, alliance
des djihadistes avec les cartels mexicains, alliance Iran-Mexique,
etc).


TRUMP ET LA MEMOIRE COLLECTIVE MEXICAINE

Trump aura réussi un exploit. En quelques mois, il a conduit le
Mexique à renoncer à la logique d’intégration continentale
nord-américaine de l’ALENA. Et, réveillant la mémoire collective
populaire mexicaine du grand « rapt yankee » des provinces mexicaines
par les USA au XIXe siècle, épopée usurpée dans l’historiographie US
(« l’esprit d’Alamo ») mais « viol collectif national » dans les
esprits au-delà du Rio Grande.

Et, oubliant que Moscou était en embuscade au Mexique, Trump a conduit
directement à l’élection d’un président pro-russe, cet «Andresmanuelovich » …

(Sources: Reuters – The Washington Post – Geopolitical Futures – EODE
Think-Tank)

LUC MICHEL (ЛЮК МИШЕЛЬ) & EODE

* Avec le Géopoliticien de l’Axe Eurasie-Afrique :
Géopolitique – Géoéconomie – Géoidéologie – Géohistoire –
Géopolitismes – Néoeurasisme – Néopanafricanisme
(Vu de Moscou et Malabo) :
PAGE SPECIALE Luc MICHEL’s Geopolitical Daily
https://www.facebook.com/LucMICHELgeopoliticalDaily/
________________

* Luc MICHEL (Люк МИШЕЛЬ) :
WEBSITE http://www.lucmichel.net/
PAGE OFFICIELLE III – GEOPOLITIQUE
https://www.facebook.com/Pcn.luc.Michel.3.Geopolitique/

 
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Robert Bibeau

Robert Bibeau est journaliste, spécialiste en économie politique marxiste et militant prolétarien depuis 40 ans. http://www.les7duquebec.com

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