Martin de Las Vegas

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DOMINIQUE BOISVERT :

J’ai la chance d’avoir un fils qui s’appelle Martin. Martin de Las Vegas, depuis dix ans. Nous avons fêté ensemble ses 40 ans, il y a trois semaines. Et depuis quatre jours, il sait qu’il a une tumeur, de la grosseur d’une clémentine, à l’arrière du cerveau droit.

Choc! Que j’accueille de manière placide, raisonnable. La vie est un cadeau que nous n’avons ni choisi, ni mérité. Et j’apprends, depuis longtemps, à apprivoiser notre sœur la mort corporelle, comme le renard sa rose.

Choc qui réverbère au fil des jours, faisant remonter souvenirs, émotions, tendresse, fierté, qui viennent enrichir à leur tour la raison. Faisant ressurgir les images de Martin de Las Vegas.

Mais avant d’aller plus loin, partageons ce qu’il y a de bonnes nouvelles au cœur de cette terrible nouvelle : toutes les indications actuelles pointent vers une tumeur bénigne, probablement pas trop difficile à retirer, idéalement sans séquelle; la tumeur est apparemment présente depuis des années (voire des dizaines d’années); Martin a la chance de bien connaître le neurochirurgien qui va l’opérer (Anick lui a même donné des leçons de français!); l’opération se fera dans des conditions optimales au plan technologique (avant les coupures qui s’annoncent dans la santé, aux États-Unis comme ailleurs); les assurances devraient couvrir la plus grande partie des coûts (énormes, dans ce pays) même s’il ne s’agit pas d’une maladie ou d’un accident reliés au travail; et Martin et Anick sont bien entourés, sur place comme à distance.

Choc quand même, qui réverbère, et draine les énergies. Celles de Martin et Anick, bien sûr. Mais celles de l’entourage élargi, chacun à sa façon.

J’ai un fils qui s’appelle Martin. Martin de Las Vegas, comme je l’ai réalisé pour la première fois lors de mon récent voyage. Non seulement il vit et travaille là depuis dix ans, à la manière d’un séjour temporaire lié au lieu de son employeur, mais il y a fait peu à peu ses racines: ses amis, ses réseaux, ses habitudes, sa vie de couple et personnelle…

Quand il est parti vivre là-bas, sa mère et moi avons mis plus d’un an à nous laisser convaincre d’aller lui rendre visite! Las Vegas représentait pour nous la quintessence de ce que nous avons combattu (et continuons de combattre) toute notre vie: l’artificiel, la démesure, la surconsommation, l’appât du gain, les apparences, bref, la vacuité. Et malgré qu’il s’agissait essentiellement d’une visite familiale (aller voir notre fils), nous répugnions à ajouter notre présence à ces dizaines de millions de visiteurs annuels qui rendent l’existence de cette « aberration » possible.

Heureusement, des amiEs nous ont aidé à dépasser cette vision idéologique de la réalité et à agir comme des humains plutôt que comme des idéologues (ce que j’ai peu à peu appris à considérer comme un « fanatisme de la vérité »: je parle ici pour moi-même, ayant succombé par moments à cette dérive). Et pour la petite histoire, je suis jusqu’ici allé quatre fois visiter Martin chez lui, à Las Vegas.

J’ai la chance d’avoir un fils qui s’appelle Martin de Las Vegas. Il vient d’avoir 40 ans. Il est marié depuis 14 ans. Il travaille au Cirque du Soleil depuis plus de 20 ans. Il n’a pas eu la chance d’avoir d’enfants (Anick et lui ont perdu leur seul bébé après quelques mois de grossesse). Son univers a commencé à changer, depuis un an ou deux. Il envisage de plus en plus ce que sera l’après-cirque. Et il a maintenant une tumeur au cerveau.

Étape. Cruciale. Examens additionnels. Repos. Pré-opération, peut-être, vers la fin de la semaine. Et lundi prochain, 6 octobre, opération crânienne pour retirer la tumeur par le docteur Randal R. Peoples.

Merci pour tout, Martin de Las Vegas.

Et à la grâce de Dieu!

ton père,

Dominique

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Dominique Boisvert

Membre du Barreau pendant 20 ans, Dominique Boisvert a choisi de travailler essentiellement en milieux populaires dans les domaines de la solidarité internationale, des droits humains, des immigrants et des réfugiés, de l'analyse sociale, de la paix et de la nonviolence et des questions spirituelles. Co-fondateur du Réseau québécois pour la simplicité volontaire (RQSV) en 2000, il a publié aux éditions Écosociété L'ABC de la simplicité volontaire (2005) et ROMPRE! ou Le cri des « indignés » ( 2012). Il a également publié aux Éditions Novalis, Québec, « tu négliges un trésor ! Foi, religion et spiritualité dans le Québec d'aujourd'hui » (2015) et La « pauvreté » vous rendra libres !, Essai sur la vie simple et son urgente actualité (2015). Il anime, depuis 2010, le blogue du RQSV (www.carnet.simplicitevolontaire.org) et il a aussi son propre site (www.dominiqueboisvert.ca) depuis le printemps 2014.

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