MARXISME, MONDIALISME ET NATIONALISME. Où se trouve la contradiction principale ?

Par Alain Benajam.  Le  4.02.2017.  Sur  http://www.alain-benajam.com/

(Commentaires  de Robert Bibeau  Éditeur  http://www.les7duquebec.com. Les commentaires sont inscrits dans le texte sous NDLR).

 

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J’ai été marxiste dit Alain Benajam.

 

J’ai adhéré au PCF en 1963 au cours d’un exposé sur la libération de Paris fait par le Colonel Rol-Tanguy. Il dirigeait à l’époque de la Libération les FFI de la région parisienne, j’avais 18 ans. J’ai toujours été passionné par les combats des résistants contre l’envahisseur nazi et mon adhésion au PCF faite par un colonel de l’Armée française, puisqu’il avait été confirmé dans ce grade, avait déjà un caractère nationaliste. Vu ma jeunesse et mon enthousiasme j’ai rapidement gravi quelques échelons dans la hiérarchie du PCF à Bobigny la rouge, car beaucoup des adhérents de cette époque étaient d’âge mur. Tous les cadres avaient combattu le nazisme les armes à la main, ils avaient été dans les FTP puis à la libération dans les FFI.

 

On a commencé par me donner une formation théorique marxiste ou marxisante, école élémentaire, école fédérale organisées par le PCF, cours à l’Université Nouvelle et lectures obligatoires. Je suis devenu marxiste avec un vernis qui fut complété un peu plus tard à l’école centrale du PCF où étaient formés les cadres. Là j’ai subi une formation générale, littéraire, artistique, historique, philosophique avec bien entendu une forte dose de Marx, Engels et Lénine. L’objet social du PCF à l’époque, comme on dirait d’une entreprise, était d’établir en France le socialisme décrit comme étant la propriété sociale des moyens de production et d’échanges (en d’autres termes les nationalisations que de Gaulle fera après la « Libération » NDLR) et, peut-être, mais bien plus tard le communisme qui était défini selon la formule : « à chacun selon ses besoins et de chacun selon ses possibilités ». L’avènement de ce communisme était remis à une date très largement ultérieure, car il devait suivre l’établissement du socialisme sur le monde avec la fin de la lutte des classes qui malheureusement en période socialiste devait s’aviver.

 

La stratégie du PCF était d’y parvenir graduellement et non plus avec une révolution armée, mais d’entrer dans un gouvernement constitutionnel en s’alliant avec le PS. Cette stratégie fut mise en œuvre concrètement avec la signature d’un Programme Commun de gouvernement en 1972. Ce qui, avec le recul, apparait parfaitement ridicule, car lesdits socialistes étaient dans les mains de l’impérialisme étasunien depuis la Libération. La suite de l’histoire confirma le ridicule absolu de cette stratégie. Mais quelle était donc la source de cette monumentale erreur qui a couté la vie au PCF ?

 

Déjà on peut voir dans l’œuvre de Marx qu’il manque quelque chose de fondamental dans la description qu’il fait du capitalisme, qui je le rappelle est l’action par certains d’accumuler du capital, on parle d’accumulation capitaliste(sic). Selon Marx cette accumulation s’effectue par le prélèvement de la plus-value sur l’exploitation du travail humain. Cette plus-value toujours selon Marx est en gros le bénéfice net que le possesseur d’un moyen de production prélève de son entreprise (inexact Monsieur Benajam – le propriétaire prélève la plus-value de la valeur produite par le travail salarié – la valeur produite par le surtravail. NDLR) et qu’il peut soit accumuler soit réinvestir dans cet outil de production (faux M. Benajam, qu’il doit impérativement valoriser – réinvestir sinon son capital devient du capital mort, du capital sans valeur, du non-capital. NDLR). Marx décrit fort bien d’ailleurs un capitalisme industriel, mais seulement ou presque un capitalisme industriel, mais qui n’est en rien Le Capitalisme (inexact M. Benajam. Le capitalisme industriel est la matrice qui a donné naissance au capital financier et qui le supporte encore aujourd’hui. Le capitalisme financier n’existe pas, le capital financier existe comme forme particulière du capital. NDLR).

 

Le gros problème est que Marx ne parle pas d’un moyen beaucoup plus efficace d’accumuler du capital qui est la spéculation financière sur les monnaies, les matières premières et surtout les prêts à intérêt qui étaient pourtant l’essentiel des moyens d’accumulation capitaliste à son époque (faux  M. Benajam le marxisant. Marx en parle abondamment. NDLR). Il ne s’intéresse pas à l’impérialisme pourtant existant depuis le 16e siècle. Lénine comblera ce manque étrange seulement en 1917 par un ouvrage remarquable : «L’impérialisme stade suprême du capitalisme ».

 

Marx au pilori de l’histoire.

 

Marx manquait cruellement de culture historique, il ne savait pas que le capitalisme était né au 13e siècle en Italie du Nord, justement sur la spéculation monétaire, le trafic de lettre de change et le prêt à intérêt. Les plus grands capitalistes de l’époque n’achetaient rien, ne vendaient rien, ne fabriquaient absolument rien (tout comme ceux de maintenant) et pourtant ils accumulaient force capital avec leurs banques et leurs lettres de change. Les premiers industriels du drap en Flandre avaient bien besoin de ces prêts masqués en lettres de change pour travailler. Lire Jacque Heers 2012, «La Naissance du capitalisme au Moyen Âge» (vous vous contredisez monsieur Benajam. Vous affirmez que les industriels – capitalistes – de Flandre produisaient du drap – en fait de la valeur marchande sous forme de drap – et vous ne comprenez pas que les capitalistes financiers – les banquiers lombards et vénitiens – extorquaient leurs intérêts de cette valeur marchande produite par le travail salarié en atelier et spoliée sur les marchés. NDLR).

 

Dans la première moitié du 15e siècle le plus gros capitaliste du monde occidental était Cosme de Médicis (1389-1464), il amassa une fortune considérable, supérieure aux avoirs des états les plus puissants de l’époque à qui il prêtait des capitaux, notamment aux belligérants anglais et français, il leur revendait aussi de l’artillerie. Il en vendra également aux Turcs ce qui les aidera à prendre Constantinople en 1453. La famille de ce brave homme donnera quand même un pape et deux reines de France. On voit que le lien entre capitalisme financier, industrie et états qui se composent dès la naissance du capitalisme en est ontologique, mais Marx l’ignorait sans doute (erreur monsieur Benajam, Marx fut le premier a en décrire l’intime relation systémique comme fondement du mode de production capitaliste comprenant capital industriel et capital financier, que Marx appelait l’argent – les lettres de change n’étant qu’une des formes de l’argent – NDLR).

 

Il semblerait que le PCF ignorait également cet aspect purement financier, car en 1973, Georges Pompidou, ex-fondé de pouvoir de la banque Rothschild avec Giscard d’Estaing promulguaient une loi fondamentale qui allait bouleverser notre pays. Cette loi autorisait la France à emprunter sur les marchés financiers ce qui en terminera avec les emprunts d’État auprès du peuple français et commença l’endettement (inexact monsieur Benajam. L’emprunt auprès des banques constituait un emprunt auprès du « peuple » français. Cette mesure fut prise dans tous les pays capitalistes du monde, car les besoins d’emprunt des États commençaient à être si colossaux que seuls les grands cartels financiers étaient capables de réunir année après année les sommes réclamées. Cette mesure survient après l’éclatement des dépenses d’État pour soutenir le capital industriel en difficulté. NDLR).  Pour le PCF cette loi passa inaperçue, pourtant l’endettement de la France va commencer avec sa soumission croissante à la finance internationale et au mondialisme (ridicule monsieur Benajam. Cette loi fut la claire démonstration de cette soumission. Une loi bourgeoise ne précède pas l’évolution de l’économie, mais elle la cristallise jusqu’à la prochaine loi. NDLR). C’est à cette époque que commença l’invasion migratoire de la France, car suite à 1968, après que les salariés aient obtenu beaucoup, il fallait briser ces avantages en organisant une armée permanente de chômeurs. Ce n’est qu’en 1984 que Georges Marchais tira la sonnette d’alarme en dénonçant cette immigration et en mettant l’accent sur la financiarisation accélérée du capitalisme qui allait amener délocalisation et désindustrialisation, Georges Marchais inaugura alors les attaques diabolisantes des médias, des socialistes et du grand capital contre lui. En 1994, il sera mis définitivement de côté et remplacé par un Robert Hue qui procèdera à l’enterrement définitif du PCF.

 

Finance impérialisme et mondialisation.

 

Dès les premiers pas du capitalisme la finance s’est mondialisée, au moins d’abords dans le monde occidental, car elle jouait sur la valeur des monnaies et le change (c’est l’inverse monsieur Benajam. Dès que le capital se répandit sur le globe elle exporta ses pratiques européennes en jouant sur la valeur et en extrayant sa cote part de la valeur sous forme d’intérêt usuraire. NDLR).  Les banques nord-italiennes et cahorsines en France opéraient dans tous les états jusqu’au Proche Orient et en Afrique du Nord. Dès le XVIe siècle naquirent les compagnies des Indes en Europe qui composaient, exploitation coloniale avec ses violences, spéculation sur les matières premières et monétaires avec les banques qui y étaient associées. Il est vrai que ces compagnies qui régnaient sur toute la planète venaient de différents pays, elles étaient espagnoles, portugaises, hollandaises, anglaises et françaises. Elles se concurrençaient, mais savaient s’arranger en se partageant le monde à l’amiable. Les Espagnols et les Portugais se partagèrent l’exploitation du monde par le traité de Tordesillas en 1494, par exemple. Les États-nations déjà constitués de l’époque comme la Chine et le Japon devaient édicter de sévères lois nationalistes pour repousser les envahisseurs étrangers. Au Japon dès le début du 17e siècle le catholicisme y fut interdit, car vu comme une invasion étrangère.

 

On voit que très tôt les valeurs nationales s’opposèrent au capitalisme mondialisé et à son impérialisme. Les peuples qui ne pourront pas s’organiser en états-nation seront balayés comme en Afrique et en Amérique. C’est après la Deuxième Guerre mondiale que des organisations nationalistes en Afrique et en Asie vont se constituer pour renverser l’exploitation coloniale de quelques états qui régnaient encore sur le monde et vont obtenir l’indépendance de leur nation

(pseudo « indépendance » nationale monsieur Benajam, car sans indépendance économique – émancipation économique – ces États-nations sont passés du colonialisme formel au néocolonialisme, la classe bourgeoise nationaliste chauvine stipendiée de l’ex-colonie servant de courroie de transmission dans l’exploitation néocoloniale de la paysannerie d’abord et du prolétariat ensuite. Voyez où en est le Vietnam de l’oncle Ho aujourd’hui ! Voir le volume Question nationale et révolution prolétarienne sous l’impérialisme moderne (1) NDLR  ). À cette époque nationalisme allait avec révolution émancipatrice (sic). Souvent, la revendication indépendantiste s’accompagnait d’une revendication socialiste marxisante, on parlait de nationalistes vietnamiens, ou algériens. En Chine la revendication nationaliste contre le Japon et les puissances occidentales était supportée par le parti communiste même (nous ne vous le faisons pas dire monsieur Benajam, et on voit aujourd’hui où en est le mode de production capitaliste en Chine nationaliste chauvine. NDLR).

 

La version eBooks du volume http://www.editions-harmattan.fr/ebooks

Après l’effondrement de l’URSS et la disparition des impérialismes européens un seul impérialisme subsista, celui des USA, les autres principalement britanniques et français n’étaient plus que des vassaux aux ordres (cette assertion démasque votre chauvinisme petit-bourgeois et votre totale incompréhension de concept d’impérialisme monsieur Benajam. L’impérialisme n’est pas français, britannique, américain, russe ou chinois, pas davantage que le mode de production capitaliste serait français, britannique, étatsunien, russe ou chinois. L’impérialisme c’est le mode de production capitaliste rendue à son stade ultime d’évolution – au moment où ses contradictions internes ont atteint leur paroxysme. Les guerres commerciales, monétaires, financières, diplomatiques politiques et militaires en sont les manifestations, non les causes.  L’impérialisme n’est pas une politique agressive de grande puissance. Ainsi la Suisse, soi-disant pacifiste, est une puissance impérialiste et ses grandes firmes multinationales, y compris de grandes entreprises exportatrices d’armement, participent au mode de production capitaliste au stade suprême impérialiste. C’est pourtant le fondement de l’ouvrage de Lénine, monsieur Benajam, l’impérialisme stade suprême du capitalisme. NDLR).

 

Avec l’avènement de l’Union européenne et les accords de Maastricht en 1991 puis avec l’avènement de l’Euro mis en circulation le 1er janvier 2002, le capitalisme s’installa dans une dernière logique : le mondialisme sans frein (c’est l’inverse monsieur Benajam. Parce que la mondialisation impérialiste était inéluctable et sans frein, le traité de Maastricht et l’euro furent institués comme réponse spécifique du clan impérialiste européen face à ses concurrents internationaux. NDLR).

 

En plus de la spéculation sur les valeurs monétaires et la spéculation sur les matières premières, l’accumulation du capital se polarisa sur l’exploitation de la dette des états ce que l’on appelle les obligations. L’emprunt des états riches sur les marchés financiers généra un nouvel objet financier : titrisé : les « debt bond », celles-ci devenaient une marchandise (elles étaient des « marchandises » fictives depuis l’invention des lettres de change monsieur Benajam. Tout ce qui change maintenant c’est l’échelle astronomique de l’escroquerie financière parasitant l’exploitation de la force de travail salarié, échelle correspondant à l’expansion phénoménale de l’impérialisme mondialisé en Asie – 2 milliards de nouveaux prolétaires – sous le joug non pas de la finance, mais du capital. NDLR).

 

Une dette était maintenant considérée comme un actif dont le possesseur espérait le paiement d’intérêts par les peuples des états emprunteurs. Des agences de notation attribuaient une note à ces dettes exprimant la probabilité de leur remboursement. Une note élevée devant permettre d’escompter à haut niveau une dette et une note basse ne permettant quasiment pas l’escompte. Cet escompte est une ligne de crédit offerte par une banque et garantie par une dette d’état. Ceci permet de mobiliser d’importants capitaux pour spéculer sur les matières premières notamment le pétrole et générer d’énormes profits. Le grand capitalisme financier axait maintenant son activité principale d’accumulation du capital sur l’exploitation de la dette des états, ce qui va faire évoluer sa nature

(à nouveau votre ignorance des principes d’économie politique capitaliste monsieur Benajam. La spéculation boursière – la soi-disant « marchandise capital financier » ne « génère » pas de profits (de la valeur, ou de la plus-value). Elle accapare – spolie – exproprie – de la valeur produite dans le cycle de production réelle en manufacture. Si elle accapare plus de valeur qu’il n’en existe réellement – concrètement – alors c’est le krach boursier assuré. Depuis 1975, on dénombre un krach boursier tous les deux ans. NDLR).

 

Dans la vision marxiste de l’exploitation capitaliste, les exploités étaient devenus des États-nation et les exploiteurs le système financier mondial représenté par quelques banques et leurs périphériques de salles de marché, de « hedge fund » accompagnés de beaucoup d’organisations opaques et clandestines établies dans des paradis fiscaux. C’est ce que l’on appelle maintenant l’oligarchie financière dont la figure la plus connue aujourd’hui est Georges Soros. Là se situe maintenant la contradiction principale, pour parler marxien, non plus entre industriels (patrons) et ouvriers, mais entre oligarchie financière mondialisée et états-nation, puisque tout citoyen d’un état est assujetti au paiement des intérêts de la dette par l’impôt et principalement les entreprises. Mais, pour accumuler du capital de cette manière, faire payer les états, encore faut-il leur imposer un endettement (2). (…)

Alors le combat politique n’est plus aux nuances, il faut maintenant choisir son camp, ce n’est plus qu’une guerre qui oppose les partisans du mondialisme contre ceux des indépendances nationales. Une guerre qui exige des guerriers avec des méthodes de guerriers (faux, monsieur Benajam, les deux camps opposés dans ce monde impérialiste mondialisé ce sont le camp dirigé par le Grand capital international – structurant le petit capital national et drainant ses métayers de la petite-bourgeoisie (soi-disant classe « moyenne ») – et de l’autre – antagoniste – le camp de la classe prolétarienne désemparé, désorienté, parfois résigné, parfois enragé, mais toujours à l’affut des failles et des faiblesses du camp capitaliste exécrer. Le camp capitaliste, moribond et désespéré, envisage sérieusement de se lancer dans une nouvelle guerre mondialisée afin de tenter de résoudre ses contradictions systémiques. Ce sera son chant du cygne, la dernière aventure meurtrière qui marquera le début de la fin de ce mode de production moribond. NDLR).   

 

NOTES

 

 

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Robert Bibeau

Robert Bibeau est journaliste, spécialiste en économie politique marxiste et militant prolétaire depuis 40 années.

2 pensées sur “MARXISME, MONDIALISME ET NATIONALISME. Où se trouve la contradiction principale ?

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