Métapsychique (par Bertrand Méheust)

couverturevoyancemeheust

CHARLES TREMBLAY : Sur mon site, la Jérusalem des Terres Froides, j’ai commencé une série d’articles intitulée Le philosophe et le métapsychisme. Il s’agit en fait d’une reproduction des articles de Bertrand Méheust de son livre 100 mots pour comprendre la voyance (Les empêcheurs de penser en rond, Paris, 2005) où il parle du point-de-vue des philosophes sur la question du métapsychique. J’envisage présenter cette série à ma chronique hebdomadaire des 7 du Québec, alors je vous présente aujourd’hui le premier de cette série, le préalable nécessaire, l’article Métapsychique, les pages 272 à 275 du bouquin mentionné ci-haut.

—Métapsychique—

C’est en France qu’était venue, avec Mesmer et Puységur, l’impulsion qui a abouti à la naissance des sciences psychiques anglaises : et c’est d’Angleterre que revient le courant qui va conduire à la naissance des recherches psychiques françaises sous leur forme moderne. En 1905, le physiologiste Charles Richet propose le terme de métapsychique pour désigner le nouveau programme de recherche. Reprenant le terme d’Aristote (meta physica), Richet nomme « métapsychique » la science qui, dépassant le domaine de la psychologie classique, étudie les faits qui « paraissent dus à des forces intelligentes inconnues ». Cette définition entraîne la distinction entre la métapsychique subjective, et la métapsychique objective. La première étudie tous les phénomènes psychiques qui semblent avoir pour trait commun d’impliquer un transfert d’information s’opérant en dehors des canaux sensoriels connus ; ce faisant, elle distingue trois grands modes de communication métagnomique : la télépathie, qui caractérisait les échanges d’esprit à esprit, la clairvoyance, qui concernerait l’accès direct du psychisme aux choses, et la précognition, ou connaissance du futur. Quant à la métapsychique objective, qui constitue l’autre branche de la nouvelle science, elle a pour objet toutes les formes d’action supposées de l’esprit sur la matière, comme les télékinésies, les phénomènes de lévitation, etc. En 1919, l’Institut métapsychique international (IMI) est porté sur les fonts baptismaux par Charles Richet, nobelisé en 1913 pour sa découverte du choc anaphylactique. L’IMI est reconnu d’utilité publique par un décret du 23 avril 1919. Le docteur Gustave Geley en assume la présidence et, l’année suivante, fonde La revue métapsychique. Geley est spiritualiste ; mais l’IMI, comme société savante, ne se réclame pas du spiritualisme ou d’une doctrine philosophique particulière. Ainsi, son deuxième président, le docteur Osty, est un adversaire du spiritisme ; il pense que les facultés médiumniques s’expliquent par des potentialités cachées de l’être humain et il n’estime pas nécessaire, pour rendre compte des phénomènes dits paranormaux, de faire appel aux esprits des morts. Quant à Richet, il a toujours affiché son matérialisme. Diverses tendances, qui expriment des sensibilités personnelles, coexistent donc à l’origine au sein de l’Institut, mais, peu à peu, c’est le courant incarné par Osty qui va l’emporter. Vers 1935, la scission avec le spiritisme est consommée. En 1924, Geley est tué dans un accident d’avion, alors qu’il rentrait d’un congrès tenu à Varsovie. Le docteur Osty prend la relève et devient le président de l’IMI ; il lerestera jusqu’à sa mort, en 1938. Ensuite, jusqu’en 1946, Eugène Lenglet assumera cette tâche. C’est la grande époque de la métapsychique. Pendant ces deux décennies, l’Institut va devenir un foyer de recherche et de culture ; il va conduire des travaux expérimentaux sur la télépathie, sur les phénomènes de médiumnité physique, sur l’art médiumnique ; mais il va également entreprendre des recherches historiques et esquisser une réflexion philosophique sur les implications des phénomènes dits paranormaux. Mais, après la Seconde Guerre mondiale, le monde a changé. Avec l’essor de la philosophie marxiste, du structuralisme, de la psychanalyse, des sciences humaines, l’ancien questionnement métapsychique paraît désormais relever d’un spiritualisme désuet, voire suspect. Vers 1960, la métapsychique sort de l’horizon de la pensée contemporaine, et rares sont ceux qui, de nos jours, sont encore capables de reconnaître son empreinte passée. Son refoulement et son oubli sont pour le sociologue un phénomène révélateur. Elle a été « oubliée » parce que les phénomènes qu’elle prétend objectiver invitent à un questionnement radical sur l’être humain et son insertion dans la réalité. Mais un tel questionnement est une entreprise au long cours et les fluctuations de sa réception sociale n’ont jamais interrompu les activités de l’IMI. Sous la direction du docteur Larcher, il a continué ses travaux alors que sa réception sociale était au plus bas. Aujourd’hui, il se prépare à un nouveau cycle d’intervention culturelle, en dirigeant vers des thèses une meute de brillants étudiants. C’est de ce côté que le changement viendra.

Bertrand Méheust

avatar

Charles Tremblay

Fondateur de la revue La Jérusalem des Terres Froides.

blog : http://jerusalemdesterresfroides.blogspot.ca/

Une pensée sur “Métapsychique (par Bertrand Méheust)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *