Montréal au centre de l’échiquier mondial

VictorVasarely

Gracieuseté Fondation Victor Vasarely

 

Quelques perspectives d’avenir pour une relance des atouts diplomatiques de Montréal

PATRICE-HANS PERRIER :

À l’heure où le monde vit de nombreuses tensions, Montréal se cherche une vocation à l’international. L’ancienne métropole du Canada, sur la touche depuis quelques décennies, dispose toujours d’atouts intéressants dans son jeu. Deux agences de régulation de l’aviation civile, l’OACI et l’IATA, sont implantées en plein cœur de la cité et le Qatar n’aura pas réussi à mettre la main sur l’OACI en dépit d’une vigoureuse campagne de maraudage auprès d’autres états proches du monde arabe et du Moyen-Orient.

Outre les deux agences en question, Montréal abrite, aussi, les sièges sociaux d’un nombre important d’organismes de coopération internationale et toute une pléiade de consultants actifs sur le front du courtage, des échanges commerciaux, de la traduction, du commerce international et, bien entendu, une masse critique de consulats qui témoigne de la pérennité du caractère international et … quasi diplomatique de Montréal.

 

À l’heure des grands conflits

Nous assistons à une recrudescence des affrontements entre grandes puissances, par régions ou pays interposés. Cette tension est préoccupante à plusieurs égards puisqu’elle laisse présager de grands bouleversements sur l’échiquier des relations diplomatiques à l’heure où l’Empire américain – et ses alliés respectifs – refuse toujours d’intégrer l’ordre d’un monde multipolaire. 10 ans après l’invasion de l’Irak nous assistons, impuissants, à la répétition – à l’identique – du même scénario d’une «guerre préventive» en direction de la Syrie, dans un contexte où une telle intervention risque fort de faire éclater la poudrière du Moyen-Orient. Il est minuit moins cinq.

 

Le Québec, Suisse de l’Amérique du Nord

Le Québec, sorte de Suisse de l’Amérique du Nord, fait les frais d’une diplomatie canadienne strictement alignée sur les velléités belliqueuses de l’empire américain et de sa nébuleuse de régimes associés. Pourtant, le Québec s’est acquis une réputation enviable à l’international au niveau de son apport dans le domaine du génie-conseil (2 des 10 plus importants cabinets mondiaux étaient implantés au Québec il n’y a pas si longtemps), de l’aide en matière de développement économique ou socioculturel et certains de nos leaders ont même participé à des médiations aux incidences cruciales. On a qu’à se rappeler le rôle de la juge québécoise Louise Harbour au sein de la Cour pénale internationale (CPI).

En outre, le Québec est la province canadienne qui jouit de la plus grande pénétration dans les eaux de l’hémisphère nord. À l’heure actuelle, ne l’oublions pas, la Russie, les États-Unis, le Canada et la Scandinavie mènent une vigoureuse lutte pour se positionner au cœur d’un Pôle Nord appelé à devenir une zone d’influence de prime importance à court terme. Le Québec aurait intérêt à tirer parti de sa position géostratégique et à développer un pont diplomatique avec la Russie, histoire d’équilibrer … son portefeuille d’alliés stratégiques. Un dicton ne dit-il pas qu’il vaut mieux rendre des comptes à deux protecteurs que d’être livré à la merci d’un seul et unique allié.

 

Nouvelle convergence d’intérêts

L’indépendance du Québec, ou sa survie comme état francophone au sein de la fédération canadienne, ne peut pas se jouer à un niveau local …Les enjeux sont pliés d’avance. C’est ainsi que l’état québécois devra élargir son champ d’action à l’international. Bien des stratèges québécois ont tendance à oublier – ou à nier – le fait qu’une éventuelle séparation du Québec aurait un impact sur l’organisation territorial de l’Amérique du Nord. Le fleuve Saint-Laurent pourrait être appelé à jouer, à nouveau, un rôle prépondérant dans un contexte où les flux d’échanges commerciaux transitant par Montréal ne seront pas éternellement destinés à desservir les cités riveraines des Grands Lacs. Montréal aurait tout intérêt à tirer parti de ses accointances avec plusieurs cités de la Nouvelle-Angleterre, à l’instar des Boston de ce monde. Et, dans le même ordre d’idées, que dire de l’option de sécession dont dispose l’état du Vermont ?

 

À l’heure des non-alignés

Montréal pourrait bien redevenir le centre nodal d’une nouvelle convergence d’intérêts géopolitiques qui transcenderaient son rôle traditionnel d’interface entre l’Ontario et la Côte Est américaine. Certains, à l’instar de Serge Losique, fondateur du Festival des films du monde, ont déjà préconisé que l’ONU déménage ses pénates en direction de Montréal. Un important projet de développement urbain a d’ailleurs été mené concernant cette éventualité et plusieurs scénarios d’implantation d’un futur quartier général de l’ONU avaient été étudiés à partir d’un site situé aux abords du Quai Bickerdike, dans le Vieux-Port de Montréal.

Toutefois, le scénario d’une éventuelle implantation du siège de l’ONU à Montréal ne tient pas la route. En effet, l’ONU est une organisation qui a été lourdement discréditée depuis les premières interventions américaines en Irak, au début des années 1990, alors que plusieurs de ses décisions exécutoires ont été allègrement bafouées par l’OTAN, bras armé d’un empire qui ne s’embarrasse guère des règles de la diplomatie postmoderne. Exit donc ce scénario qui ne contribuerait qu’à discréditer Montréal à moyen terme.

Si le siège de la Société des Nations (SDN) a déjà été à Genève, une «petite ville» en Suisse, Montréal pourrait fort bien abriter le siège du Mouvement des pays non-alignés (120 états) qui est situé à Lusaka, en Zambie. Cet organisme fédère près de 55 % de la population mondiale et certaines puissances intermédiaires, à l’instar du Brésil ou de la Chine, y siègent en qualité d’observateurs non-participants. Montréal pourrait fort bien se qualifier pour que le cœur de la nouvelle diplomatie vienne s’y établir. Une diplomatie à l’image véritable du nouveau millénaire, dans un contexte où le monde sera multipolaire ou … ne sera pas.

 

Liens :

http://www.courrierinternational.com/article/2012/08/31/a-quoi-sert-ce-machin

http://www.lapresse.ca/international/amerique-latine/201208/31/01-4570171-sommet-des-non-alignes-prochain-rendez-vous-a-caracas.php

http://www.tv5.org/cms/chaine-francophone/info/Les-dossiers-de-la-redaction/non-alignes-sommet-egypte-juillet-2009/p-3835-Quel-avenir-pour-le-Mouvement-des-Non-Alignes-.htm

http://www.ababord.org/spip.php?article87

 

 

 

 

3 pensées sur “Montréal au centre de l’échiquier mondial

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    17 décembre 2013 à 12 12 54 125412
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    Vous dites : »En outre, le Québec est la province canadienne qui jouit de la plus grande pénétration dans les eaux de l’hémisphère nord »

    Ce n’est pas l’opinion de la Russie, qui revendique une très grande partie du nord, au nom de sa crête sous-marine longue de plusieurs dizaines (centaines ?) de kilomètre et qui donc parcours une grande partie de ce territoire.

    Les lois internationale concernant le territoire inhérent a un pays en feraient mention de facon explicite.

    Jadis la métropole, je doute que ca le redevienne un jour. Si Toronto devait perdre son titre, et ce n’est pas demain la veille, le titre se déplacerais vers l’OUEST, soit Calgary ou Vancouver, je miserais sur Vancouver.

    Bonne journée

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      17 décembre 2013 à 13 01 55 125512
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      D’entrée de jeu,

      il n’est pas question que Montréal revendique une quelconque position à titre de métropole du Canada ou … d’une portion importante de la côte est nord-américaine. Même à titre de métropole québécoise, Montréal verra son importance décliner au profit d’autres cités telles que Drummondville, à titre d’exemple.

      un lien: http://www.limpact.ca/2013/09/05/nouveau-centre-regional-a-drummondville

      d’autre part, j’ai mentionné le fait que le Québec représentait la PROVINCE CANADIENNE ayant la plus grande pénétration dans les eaux artiques. Ce qui ne veut pas dire que nous soyons propriétaires d’une majorité de la surface polaire. Toujours est-il que le Québec aurait tout intérêt à s’associer avec la Russie afin de développer des bases de recherche en milieux polaires.

      un lien: http://www.parl.gc.ca/Content/LOP/researchpublications/prb0808-f.htm

      j’estime que le gouvernement du Parti québécois n’a pas tenu sa promesse de jeter les bases d’une CONSTITUTION QUÉBÉCOISE.

      cette outil, de premier plan, permettrait de baliser – outre les questions linguistiques, culturelles ou constitutionelles – les limites du territoire québécois de manière tangible et il pourrait faire l’objet d’une reconnaissance internationale (FUTURE CONSTITUTION DU QUÉBEC).

      finalement, Montréal se positionne de plus en plus comme une INTERFACE de congrès, de médiations, de négociations et d’échanges culturels et économiques sur le continent et au-delà.

      la Province du Québec représente, au niveau global, un NODE de connectivité entre les pays de l’hémisphère nord, les états de la Nouvelle Angleterre et la partie EST du Canada. Ce qui est, déjà, considérable en soi.

      une CONSTITUTION DU QUÉBEC (réel Canada au demeurant) demeure un OUTIL incontournable pour que nous puissions reprendre notre destinée en main.

      il faudra que le Gouvernement du Québec se débarasse de la tutelle de la British Crown Corporation et de ses CROWN AGENTS.

      à l’instar de la Suisse, nous pourrions tabler sur le SECRET, non pas bancaire, mais … des BASES DE DONNÉES.

      certains chercheurs planchent là-dessus.

      j’y reviendrai dans un prochain article.

      au plaisir de poursuivre un dialogue intelligible. Merci.

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        18 décembre 2013 à 16 04 58 125812
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        J’avais mal compris l’importance de la pénétration du Québec dans les eaux articles vs les autres provinces Canadiennes.

        Même chose pour la métropole du Québec. J’ai confondu locale et nationale, dans les deux cas.

        Cependant je doute que la venu de la banque scotia et de ces 27 guichets fasse de Drummond. une métropole…les enfants de nos petits enfants ne verront pas cela non-plus, du moin je l’espère car cela représenterait une régression du Francais dans la province en fonction de la frontière Américaine et Ontarienne. Il y aurait de développer Vaudreuil-Soulange et Beauharnois-Salaberry pour palier cette menace. Le crime organisé y est déja bien implanté alors développons des PPP avec eux. tout en ayant a l’esprit de faire les choses en Francais, autant que possible.

        Vous couvrez beaucoup de choses de facon concises et répondre a chacune d’elles, pour moi, représente un degré de difficultées que seul le temps que je devrais y passé pourrais surmonter.

        Et encore là, je risque de m’empêtrer davantage. Je n’ai pas cette facilitée, que vous et la plupart des rédacteurs de ce site avez, a exprimer ma pensée de facon claire , nette et précise ( je crois que c’est ce que je recherche en venant ici régulièrement , une sorte d’apprentissage par osmose) . Aussi donc j’apprécie votre texte, que je situe dans le cadre d’un système sur le bord de s’effondrer et qui serait une facon de ce positionner en fonction d’une reprise, apr`s le ‘crash’ imminent, selon plusieurs observateurs ici et ailleur.

        J’arrête ici ( crampes aux index ) avant de devnir inintellegible, si je ne le suis pas déjà , bien sûre.

        Bonne journée

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