Comment aider à « mourir dans la dignité » ?

DOMINIQUE BOISVERT :

Tout le monde veut mourir dans la dignité. Et personne ne veut souffrir ou voir souffrir ses proches. C’est pour cela qu’on discute au Québec depuis quelques années et qu’on s’apprête à adopter le Projet de loi 52.

Je suis un catholique pratiquant. Et pourtant, contrairement à mes pasteurs, les évêques québécois, je crois qu’on peut être disciple de Jésus et être en faveur de la loi 52. Car si « la vie est sacrée », ce que je crois moi aussi, la vie humaine, son début et sa fin sont devenus des réalités beaucoup plus complexes que ce qu’enseignait traditionnellement « la loi naturelle ».

Pourtant, comme citoyen (et non pas comme chrétien), je crois que la loi 52 ne devrait PAS être adoptée car il s’agit d’une orientation dangereuse pour l’avenir de la vie humaine.

Il ne fait aucun doute que des soins palliatifs de qualité doivent être offerts à tous partout au Québec (ce qui est loin d’être le cas). Mais pour ce faire, nous n’avons aucun besoin d’une loi mais plutôt de beaucoup de ressources humaines et financières. Or en période d’austérité budgétaire, il est évident que «l’aide médicale à mourir » va coûter infiniment moins cher que le développement généralisé de véritables soins palliatifs.

Au-delà des discours et des professions de foi, c’est d’abord et avant tout pour autoriser « l’aide médicale à mourir » que la loi 52 est nécessaire. Et j’ai bien peur que celle-ci, aussi bien au niveau culturel qu’au niveau de la pratique médicale, ne prenne graduellement le pas sur l’accompagnement attentionné et affectueux de la fin de vie. C’est pour cela que je m’oppose au projet de loi 52.

Dominique Boisvert

 

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Dominique Boisvert

Membre du Barreau pendant 20 ans, Dominique Boisvert a choisi de travailler essentiellement en milieux populaires dans les domaines de la solidarité internationale, des droits humains, des immigrants et des réfugiés, de l'analyse sociale, de la paix et de la nonviolence et des questions spirituelles. Co-fondateur du Réseau québécois pour la simplicité volontaire (RQSV) en 2000, il a publié aux éditions Écosociété L'ABC de la simplicité volontaire (2005) et ROMPRE! ou Le cri des « indignés » ( 2012). Il a également publié aux Éditions Novalis, Québec, « tu négliges un trésor ! Foi, religion et spiritualité dans le Québec d'aujourd'hui » (2015) et La « pauvreté » vous rendra libres !, Essai sur la vie simple et son urgente actualité (2015). Il anime, depuis 2010, le blogue du RQSV (www.carnet.simplicitevolontaire.org) et il a aussi son propre site (www.dominiqueboisvert.ca) depuis le printemps 2014.

6 pensées sur “Comment aider à « mourir dans la dignité » ?

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    29 mai 2014 à 9 09 44 05445
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    Je suis également très inquiet face à cette loi 52. Pour faire disparaître mon inquiétude, il faudrait une loi qui apprenne à tous à « vivre dans la dignité »; après on pourrait voir.

    André Lefebvre

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    29 mai 2014 à 10 10 07 05075
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    Bonjour, ‘Et j’ai bien peur que celle-ci, aussi bien au niveau culturel qu’au niveau de la pratique médicale, ne prenne graduellement le pas sur l’accompagnement attentionné et affectueux de la fin de vie.’ : C’est une crainte légitime mais débattable car ce qu’il faut tenir compte en premier est ce que désire la personne qui est en fin de vie.

    Quand ma mère est entrée aux soins palliatif, elle savait qu’elle n’en avait que pour quelques semaines et souffrait beaucoup. Elle a demandé au médecin de lui donner ce qui lui permettrait de partir rapidement mais le médecin lui a dit qu’il ne pouvait pas. Elle a été maintenue dans un état comateux pendant trois semaines avant qu’elle parte avec la peau et les os. Durant cette période ses yeux étaient à demi ouvert. Pour désècher sa bouche on utilisait un bâtonnet muni d’une petite éponge, et à notre étonnement, elle refermait sa bouche sur l’éponge. Était-elle totalement inconsciente?

    On ne peut prévoir les comportements du personnel soignant. J’ai été en couple avec une infirmière (dans un hôpital de Montréal) et les ‘cocktails’ était administrés rapidement lorsqu’unE patientE devenait ‘dérangeantE’. Cela se produit en ce moment et se produira encore. Comme les policiers qui administrent allègrement les billets. Des dérapages peuvent se produire.

    En ce moment vous appréciez la vie. Avez-vous déjà été assez malade pour souhaiter mourir…?

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    29 mai 2014 à 10 10 17 05175
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    Votre article fait réfléchir. C’est toujours la même crainte : les abus de pouvoir. Le pouvoir de se débarrasser de patients onéreux pour le système, le pouvoir du contrôle.

    Comme vous, je souhaiterais que chaque patient reçoive des soins palliatifs de qualité. Est-ce possible ? Est-ce qu’on soigne différemment un premier ministre qu’un itinérant ? Au premier, pas d’attentes, les meilleurs traitements, et l’honneur pour le personnel de le servir. A l’autre, fatigué et pauvre, sans influence, on peut lui faire ce qu’on veut, il n’a pas les ressources pour se défendre.

    CAD

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    29 mai 2014 à 12 12 48 05485
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    La chambre à gaz et le four crématoire serait une solution économique à envisager.

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      30 mai 2014 à 13 01 37 05375
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      Économique pour qui ? Et qui paierait les préposés au triage, la fermeture des portes, la surveillance du four ! Qui paierait les bonus pour le temps supplémentaire ?

      Sérieusement, on va passer à une autre solution.

      CAD

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        30 mai 2014 à 21 09 25 05255
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        Ceux qui gèrent le système y pense sérieusement.

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