PARADIGMES

 

Comment va le monde ?
– comme on va
Où va le monde ?
– où on va

Autrement dit, cela dépend de nous et de notre vision du monde.
S’il va mal, c’est peut-être aussi parce que nous le voyons mal.
Il nous faudrait peut-être changer de lentilles pour voir et savoir ce qu’il en est.
Changer de mode d’interprétation.
Changer de modèle de représentation pour bien voir les choses comme elles sont.
Il nous faut un mot clé pour résoudre ce genre d’énigme.
Les Grecs l’ont trouvé, il s’appelle : paradigme.
Qu’est-ce qu’un paradigme ?
C’est notre champ d’interprétation de la réalité à un moment donné.
L’antiquité en avait un : la sagesse, la modernité en a un autre : la vitesse et toute époque a le sien, son paradigme, son modèle de représentation du monde.
Le paradigme est une logique socio-économique et culturelle qui correspond au niveau de conscience des hommes à un moment donné de leur histoire. Et nul n’ignore que notre conscience évolue au cours de l’histoire. Mais elle n’évolue pas sans peine, sans crise et sans souci.
Elle évolue en renonçant à son état antérieur et en annonçant son état ultérieur. C’est ainsi qu’elle progresse en surmontant ses propres contradictions, en assumant ses ruptures avec ses vieilles moutures.
Et si nous avons du mal avec le monde actuel, c’est parce que nous traversons justement une phase conflictuelle, très cruelle, phase de rupture réelle avec le monde et avec nous-mêmes.
Certains auteurs, physiciens ou métaphysiciens ont tenté de mettre sur pied une grille de lecture du monde tel qu’il est, pour nous épargner une vraie déconfiture.
Ils ont détecté le poison et prescrit le remède à notre sommeil dogmatique ou idéologique :

Le poison écologique qui décrit dans l’histoire le passage d’une logique d’abondance à une logique de dépendance.
L’eau et l’air se raréfient.
L’inépuisable est épuisé parce que nous sommes plus nombreux à tirer sur la même corde, de préférer être pendus avec plutôt que perdus sans.
Parce que l’homme est ainsi fait, il ne sait pas s’empêcher.
De remède, il n’y en a qu’un : substituer la qualité à la quantité : faire moins mais mieux ce qu’il fait.

Le poison technologique : parce que le mal n’est plus mécanique mais numérique… cybernétique… robotique…
Ce n’est plus l’homme qui invente la machine, c’est la machine qui réinvente l’homme et l’alimente désormais ! Votre patron n’est plus dans son bureau mais dans votre poche… c’est votre Smartphone.
C’est lui, l’espion. C’est vous, le pion.
De remède : il n’y en a qu’un : rendre à l’intelligence humaine toute son intelligence et soumettre l’intelligence artificielle au lieu de s’y soumettre.

Le poison économique : ça va de l’erreur à l’horreur économique. Avant pour exister le petit se faisait gros et pour le rester, il était condamné à avaler tous les plus petits. Mais ça, c’était avant !
Aujourd’hui, il y a une véritable mutation qui rend tous les acteurs quasiment équivalents ou dignes d’être pris en considération.
De remède, il n’y en a qu’un : mettre l’accent sur la qualité, sur la valeur, sur l’authenticité. On privilégie les hommes et non les choses… vivement les échanges symboliques.

Le poison organique : on est habitué à voir des organes créer des fonctions. On va devoir s’habituer à des fonctions qui créent des organes.
Le vieux modèle pyramidal, hiérarchique n’est plus fonctionnel du tout… ça va de haut en bas et rarement de bas en haut.
On va lui substituer un modèle plus complexe où il y a une interaction entre des éléments plus vivants, plus organiques, plus dynamiques… où tout le monde agit et réagit à la vitesse du son… parce que tout le monde fait partie de la représentation.
Le contrôle est continu : on ne laisse plus le temps au temps… plus rien n’est figé, tout est mobile. Tout est dans votre mobile.
De remède, il n’y en a qu’un : de ne plus attendre un ordre mais se le donner. Aller plus vite que la musique quitte à passer son temps à changer la partition.

Le poison éthique. C’est la métamorphose totale, royale, impériale.
Le poison c’est le progrès. Le remède sera le regret si on ne fixe pas soi-même les termes du progrès.
Avant on se demandait : comment faire. Mais ça, c’était avant…
Maintenant on se demande pour quoi faire, dans quel but et pour quelle fin on fait ce qu’on fait… on cherche un sens et on le trouve. On exige une valeur et on l’érige.
On ne vise pas de but, on vit comme s’il était déjà atteint.

https://www.lejournaldepersonne.com/2017/02/paradigmes/

 

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Personne

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