Pétrole-Québec : mauvaise idée?

Pauline_Petrolia

 

MINARCHISTE :

J’ai récemment reçu un courriel d’un dénommé Serge Charbonneau, rédacteur sur le blogueles7duQuébec.com. Le courriel comprenait sa réaction à l’annonce récente de Pauline Marois concernant l’exploitation du pétrole de l’Île d’Anticosti, ainsi qu’un billet qu’il avait rédigé en février 2011 au sujet de l’entreprise Pétrolia, qui détient les droits d’exploration. Le texte est évidemment d’allégeance socialiste et envoie le lecteur dans une mauvaise direction à plusieurs égards. J’ai donc décidé de rectifier le tir et de lui répondre directement.

J’ai recopié son courriel intégralement au bas de ce billet, mais je vous propose de le décortiquer et de lui répondre dans les prochaines lignes. Les phrases en gras/italique sont des extrait de son courriel, lesquels sont suivis de ma réponse à chacun d’eux.

SC : « 115 millions de nos impôts pour donner un coup de pouce à Pétrolia. On dit: «Québec assume en fait la plus grande part du risque». Et nous, le Québec, que récolterons-nous ? »

D’abord, ce « coup de pouce » n’est pas « gratuit », le gouvernement obtient en échange une participation de 60% dans l’entreprise qui exploitera le pétrole de l’Île d’Anticosti. Tel est le désir de Pauline Marois : c’est-à-dire que le gouvernement agisse en tant qu’investisseur actif plutôt qu’en tant qu’institution passive. À cet égard, Marois souhaite ouvertement imiter le modèle Norvégien. Cela donnera au gouvernement sa juste part des profits, mais aussi sa juste part des risques. Ainsi, Québec assume effectivement la « plus grande part du risque », mais elle obtiendrait aussi la plus grande part des profits puisqu’elle détiendra 60% de l’entreprise. Pétrolia y gagne puisqu’elle obtient du capital dont elle avait besoin et obtient une plus grand acceptation socio-politique grâce à l’implication du gouvernement.

Est-ce une bonne chose? Je répondrais que non, puisque si les investisseurs privés ont jugé qu’Anticosti n’était pas une proposition d’investissement viable et que le risque n’en valait pas le rendement potentiel, je ne vois pas pourquoi cette proposition serait différente lorsqu’il est question de l’argent des contribuables Québécois. Ceci dit, une bonne partie du risque est politique et ce levier est entre les mains du gouvernement lui-même, donc Pauline a beau jeu de saisir cette opportunités tout en promettant de coopérer.

Pour les fins de l’argumentation, supposons néanmoins que le contexte politique est clair et stable. Le gouvernement devrait-il alors forcer les producteurs de pétrole à lui vendre une participation de 49% dans les projets, comme le fait Statoil en Norvège? Non, je ne pense pas qu’un gouvernement devrait utiliser l’argent des contribuables pour faire de la spéculation géologique. Je ne crois pas non plus que l’État doive opérer une chaîne de détaillants de vins et spiritueux, ni toute autre entreprise d’ailleurs. Ceci dit, dans les cas où les projets sont à risque géologique presque nul (ce qui n’est pas le cas à Anticosti) et situés sur les terres de la couronne, le gouvernement a beau jeu de se prendre une part du gâteau sans trop miner le climat d’investissement et enfreindre les droits de propriété privés.

SC : « On parle de belles choses comme «l’indépendance énergétique» ! »

L’indépendance énergétique est une fiction inutile, tout comme l’indépendance alimentaire et ce surtout au niveau provincial. Nous avons encore bien des décennies avant que le pétrole ne se fasse si rare que plus personne ne voudra nous en exporter. Cela n’est absolument pas une raison de subventionner Pétrolia. Néanmoins, si le Québec voulait mettre la main sur des gisements de pétrole comme police d’assurance pour le futur, il pourrait investir dans d’autres juridictions que le Québec, où le rapport risque/rendement est géologiquement plus favorable. D’ailleurs, même l’entreprise nationale norvégienne Statoil investit au Canada (et ailleurs)!

Par exemple, supposons que Ressources Québec investisse $115 million en partenariat avec un producteur local au Texas. Elle y produirait du pétrole au coût de $35/baril alors qu’à Anticosti, le coût serait disons de $75/baril (chiffres fictifs, mais près de la réalité). Elle vend sa production là-bas et récolte le prix du marché, puis rapatrie les profits au Québec. En supposant qu’elle doive payer des taxes et impôts de 40% (ce serait sûrement moins) sur la marge, et un prix du baril de $100, le profit net serait de $39/baril, comparativement à $25/baril pour Pétrolia. Ce serait donc plus avantageux. Les profits pourraient alors être utilisés pour importer du pétrole au Québec à meilleur prix (tout comme le barrage de Churchill Falls au Labrador permet d’abaisser le coût de l’électricité pour les ménages Québécois et Alcan). Elle pourrait aussi le faire raffiner là-bas et le ramener par bateau au port de Montréal, où il remplacerait les importations du Nigéria. Elle pourrait aussi faire de même en Alberta et ramener le pétrole au Québec par oléoduc. Mais même si la Norvège, la Chine et la France le font, le Parti Québécois nationaliste trouverait cela absurde…car un investissement hors-Québec n’est pas bon pour les sondages électoraux!

Comprenez-moi bien : je ne souhaite pas que Ressources Québec investisse dans le pétrole au Texas ou en Alberta. Je ne fais que montrer l’absurdité du concept d’indépendance énergétique dans le contexte du dossier Anticosti/Pétrolia.

SC : « Quelles sont donc ces peanuts qu’on nous laissera ? Seront-elles suffisantes pour simplement nettoyer l’île d’Anticosti ? »

Ici, il est question de droits de propriété indéfinis. Le problème est que l’Île d’Anticosti n’appartient à personne, et donc à tout le monde! Elle est détenue par le gouvernement, ce qui est inquiétant quand on sait que les gouvernements sont les pires conservateurs de ressources naturelles qui soient (voir ceci). Et dans le contexte légal actuel, même si un groupe l’achetait à l’État pour en faire une réserve de chasse et une station balnéaire, les droits de propriété du sous-sol appartiendraient quand même au gouvernement, qui pourrait alors forcer ces gens à le laisser exploiter la ressource.

Néanmoins, comme le montre l’exemple de la mine Dumont de Royal Nickel en Abitibi, les coûts de récupération du terrain sont payés d’avance avant même le début de l’exploitation (ce qui n’était pas le cas il y a quelques décennies). J’ose espérer que Pétrolia sera soumise à cette politique, bien que les dommages et risques environnementaux soient nettement inférieurs dans ce cas-ci comparativement aux mines.

Bref, les coûts de « nettoyage » et les risques environnementaux ne sont pas un soucis majeur en ce qui concerne ce dossier.

SC : « Il nous faudrait un Pétro-Québec où nous serions actionnaires majoritaires et où nous serions maîtres de la compagnie et des profits. »

Là, il faudrait préciser si on veut une Pétro-Québec selon le modèle Statoil, c’est-à-dire qui est semi-privatisée, cotée en bourse et qui ne fait que prendre des participations de 49% dans les projets tout en se contentant de le laisser le secteur priver opérer, ou encore selon le modèle Hydro-Québec, qui dilapide son capital dans des projets politisés?

Car si c’est une Pétro-Québec à l’image d’Hydro-Québec, il ne restera pas beaucoup depeanuts pour le gouvernement. La raison est qu’Hydro-Québec est une entreprise très inefficace. Les employés sont surpayés et le capital est mal alloué. Ainsi, comme je l’expliquais il y a quelques années (ici), si ce n’était du contrat hors-norme signé avec Terre-Neuve concernant Churchill Falls il y a des décennies, Hydro-Québec ne ferait presque pas de profit, ou du moins pour en faire un elle devrait abolir le tarif patrimonial et cesser de subventionner les allumineries.

Et quand il est question du respect de l’environnement, on repassera (voir ceci). Pour son projet de la Romaine, Hydro-Québec détruira un site naturel pour produire à perte! Sans parler des pertes immenses engendrées par l’investissement en énergie éolienne (ici), dont le but inavoué est de créer de l’emploi en régions.

Bref, tout cela pour dire qu’il y a un monde entre Hydro-Québec et Statoil, alors que la première dilapide son capital pour satisfaire les intérêts politiques du parti au pouvoir, alors que la seconde s’efforce de maximiser la création de richesse pour ses actionnaires – privés et publics.

SC : « Le pétrole, s’il y en a, il est à qui ? Il est à nous. Point à la ligne. »

Dans un contexte où ledit pétrole se trouve sous les terres de la Couronne (sic), il appartient bel et bien aux citoyens à travers leur gouvernement. Ceci dit, du pétrole enfoui à des milliers de mètres sous terre ne sert à rien, d’autant plus qu’on ne sait pas encore s’il est économiquement productible. Il faut faire des investissements d’abord pour le trouver, puis pour le produire correctement. Ces investissements sont très coûteux et les risques sont très élevés, il est donc normal que ceux qui effectueront ces investissements obtiennent leur part. Quand vous faîtes un placement M. Charbonneau, vous exigez un rendement n’est-ce pas? Ainsi, une fois que ce pétrole sera hors du sol, il sera à nous, mais aussi à eux (ceux qui auront investi et subi le risque).

SC : « Il semble malheureusement qu’il y en a qui ont fait en sorte qu’Hydro Québec, « notre » Hydro Québec (!), laisse aller « nos » intérêts ! » [cette phrase fait référence à la vente des droits d’exploration d’Anticosti à Pétrolia par Hydro-Québec.]

La réalité est que nos intérêts – c’est-à-dire les droits de prospection minières de l’île d’Anticosti – ne valaient pas bien cher entre les mains d’Hydro-Québec. D’ailleurs, il faudrait rappeler que Pétrolia ne vaut que $65 millions en bourse… Si vraiment Anticosti était un nouvel Eldorado de l’or noir, ayant obtenu des droits miniers d’une valeur inouïe pour une bouchée de pain, alors qu’attendez-vous pour faire le plein de leurs actions à $0.93 l’unité?! Moi je m’abstiendrai…car je ne crois pas que ces droits ne valent bien plus que cela pour le moment. Le gros des investissements est à venir (infrastructures de transport pour accéder à une île, forages d’exploration, infrastructures d’exploitation, oléoducs, etc).

Entre 2002 et 2005, la division Pétrole & Gaz d’Hydro-Québec a investi environ 30 millions de dollars dans des activités d’exploration, dont 10 millions de dollars pour l’île d’Anticosti, «sans résultats qui nous auraient convaincus d’aller plus loin », mentionne Thierry Vandal. « On avait établi que les techniques classiques d’exploration n’avaient pas conduit aux résultats qu’on escomptait. C’est pour cela qu’on a cédé les permis.», confirme M. Vandal. Selon lui, Hydro-Québec n’était pas assez familière avec la fracturation hydraulique pour évaluer les gisements non conventionnels, comme le pétrole ou le gaz de schiste. Elle n’avait pas l’expertise et la culture nécessaires à mener une telle entreprise à bien. Je pense que vous avez fait le bon choix M. Vandal…

SC : « La petite et sympathique Pétrolia est « au moins » détenu à moitié par la « petite » (SIC) entreprise Bouygues. (…) On dit que selon le Registraire des entreprises du Québec, le premier actionnaire de Pétrolia est Pilatus Energy AG, une société qui a pignon sur rue en Suisse et dont le président réside aux Émirats arabes unis.»

Informations complètement fausses, ou du moins vétustes. Les frères Bouygues ne sont plus du tout impliqués dans Pétrolia et Pilatus ne détient que 6% des actions. Ressources Québec est le premier actionnaire avec 10% des parts et la Caisse de Dépôts a 9%. Le fondateur André Proulx a moins de 3% des actions. Le reste est divisé entre petits actionnaires. Vous pouvez vérifier les documents sur Sedar.com

Donc en effet, de ce point de vue, ce pétrole est surtout à « nous » (les citoyens Québécois).

SC : « Deviendrions-nous comme les Vénézuéliens ? C’est-à-dire pouvoir déclarer fièrement à tout le monde en faisant le plein avec un large sourire : « Le pétrole, c’est à nous », en pointant du doigt le prix indiquant 0.015 le litre (oui 1,5 cent le litre, c’est le prix de l’essence au Venezuela). »

Évidemment, cette phrase a été écrite en 2011. Depuis, l’économie Vénézuélienne s’est grandement approchée de l’implosion, chose qui devrait se produire bientôt à moins qu’une hausse fulgurante du prix du baril ne vienne au secours du gouvernement socialiste en place. Pourquoi? Parce que pour financer le Socialisme Bolivarien du 21esiècle, l’administration Chavez/Maduro imprime de la monnaie à un rythme effarant alors que la création de richesse s’effrite. Le Venezuela produit peu de biens  vu le mauvais climat d’investissement, donc presque tout doit être importé, financé par les exportations de pétrole. Cependant, en raison de la dégradation économique qui affecte le pays depuis 10 ans, ces exportations ne suffisent plus et le gouvernement doit piger dans ses réserves de change.

Au rythme auquel les réserves de change diminuent, le pays sera à sec en moins de 5 ans. L’inflation y est excessive et les contrôles de prix imposés par le gouvernement pour tenter de camoufler ses excès engendrent des pénuries importantes, notamment de poulet, de lait et de papier de toilette.

L’entreprise nationale PDVSA est certainement la pire manière d’exploiter une ressources naturelle. Plutôt que servir à réinvestir dans les opérations de manière à maintenir et augmenter la production, ses profits sont détournés pour subventionner les pauvres, ce qui permet au gouvernement en place s’assurer sa réélection, mais rend ces gens complètement dépendants de l’État. Pendant ce temps, la production de PDVSA chute et le prix du pétrole stagne, ce qui fait en sorte que ce modèle ne pourra pas durer encore bien longtemps…

Autrement dit, la ressource est gaspillée aux quatre vents et aucune richesse n’est créée pour le futur. C’est vraiment cela qu’on veut au Québec? Sans parler du fait que PDVSA est une pétrolière très polluante comparativement à ses homologues Nord-Américaines et Européennes.

Et que dire de la nationalisation du pétrole sous l’égide de Pétro-Canada dans les années 1970/80? Le graphique ci-bas vaut mille mots… Non merci!

Econ_Venezuela and Argentina dismal duoPetro-Canada170311NationalisationPetrole090812b

Conclusion :

Aveuglée par l’apparent succès national qu’a été Hydro-Québec (ce qui n’est qu’un mythe) et fatiguée de payer un prix de plus en plus élevé à la pompe pour son essence (dont la moitié sous forme de taxes diverses en augmentation), la population Québécoise serait facilement séduite par la nationalisation de l’industrie pétrolière. À tout le moins, elle est possiblement réceptive aux investissements étatiques comme celui dont il est question ici, en pensant (bêtement) que si le gouvernement s’implique, le prix à la pompe baissera ou encore qu’il y aura plus de revenus pour le gouvernement servant à financer la santé et l’éducation. C’est évidemment faux. Le gouvernement peut obtenir autant de revenus tout en laissant le secteur privé prendre les risques. Ces magouilles ne sont que du positionnement électoral; du vulgaire populisme.

Je ne tiens pas à défendre Pétrolia, qui est une entreprise honnête dont je connais les dirigeants (même si mon billet ressemble en partie à cela), mais une chose est sûre, tout cela n’a rien à voir avec le capitalisme. Affirmer qu’il est ici question de méchants capitalistes « privés » qui s’enrichiront le dos des Québécois serait équivalent à affirmer que les lutteurs de la WWF se livrent un véritable combat à mains nues et se frappent vraiment…

Disons simplement qu’en voyant la photo du haut de l’article, je me suis senti soudainement moins riche, mais pas pour les mêmes raisons que Serge Charbonneau…

À lire aussi :

http://minarchiste.wordpress.com/2012/10/30/le-modele-norvegien/

http://minarchiste.wordpress.com/2011/04/19/les-gouvernements-et-la-conservation-des-ressources-naturelles/

http://minarchiste.wordpress.com/2009/08/24/le-rendement-de-lavoir-des-actionnaires-dhydro-quebec-demystifie/

http://minarchiste.wordpress.com/2013/05/03/le-fiasco-eolien-au-quebec-va-se-poursuivre-2/

 

http://minarchiste.wordpress.com/2012/11/27/hydro-quebec-detruit-la-richesse-des-quebecois/

 

http://minarchiste.wordpress.com/2011/06/15/le-projet-de-la-romaine-de-letatisme-sauvage/

http://minarchiste.wordpress.com/2013/03/22/le-malaise-du-quebec-envers-les-energies-fossiles-partie-2-de-2-petrolia-et-la-propriete-du-sous-sol/

Texte intégral de Serge Charbonneau:

Île d’Anticosti

On s’entend !
Une entente intéressante avec le président-directeur général de Pétrolia, Myron Tétreault !
115 millions de nos impôts pour donner un coup de pouce à Pétrolia.
On dit: «Québec assume en fait la plus grande part du risque».
Et nous, le Québec, que récolterons-nous ?
Des peanuts ?
On parle de belles choses comme «l’indépendance énergétique» !
Ou comme « tous les Québécois seront plus riches, collectivement et individuellement »
Entre les paroles et la réalité, il y a un énorme fossé.
Quelles sont donc ces peanuts qu’on nous laissera ?
Seront-elles suffisantes pour simplement nettoyer l’île d’Anticostie ?
On nous dit que ce «pourrait» être des retombées qui «pourraient» s’élever à 45 milliards de dollars « sur une période de 30 ans » !!!
On dit que «Québec pourrait retirer 60 % des bénéfices de l’exploitation.»
Le verbe est au conditionnel, notons le bien.
Il s’agit du futur et le futur… si on observe le passé…
Jamais aucun gouvernement récent n’a fait faire de grand bénéfice au Pays, tant au Québec qu’au Canada.
Dès qu’une industrie fonctionne un peu on laisse rapidement les profits aux missionnaires du privé.
Pourquoi donc en serait-il autrement ici !
Il nous faudrait un Pétro-Québec où nous serions actionnaires majoritaires et où nous serions maîtres de la compagnie et des profits.
Mais là, bien évidemment, nous n’aurons jamais les moyens de faire les profits !
Seul le privé a les moyens de faire des profits en laissant les risques aux pauvres Pays dont ils sauvent l’économie.
Ah! Ces missionnaires !!!
Avec un Pétro-Québec,
Les peanuts ce serait pour les missionnaires du privé pas pour nous qui possédons la ressource.
Le pétrole, s’il y en a, il est à qui ?
Il est à nous. Point à la ligne.
Mais bon !
Nous n’avons pas les moyens de ne pas nous le faire voler.
Ou peut-être nous ne prenons pas les moyens de ne pas nous le faire voler.
On nous dit que les missionnaires pourraient nous quitter !
Eh bien qu’ils aillent le chercher ailleurs le pétrole !
Allez ouste !
On peut vous donner quelques peanuts, mais pas plus.
Le pétrole appartient à la population du Québec et à personne d’autre.
Mais bon !
Dans notre monde, de telles paroles paraissent des tirades de théâtre.
Comme pour une pièce folle où les richesses seraient à tous et non pas à quelques exploiteurs.
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Pour approfondir Pétrolia,
voici un texte publié il y a exactement 3 ans.
L’information qu’il contient est toujours pertinente.
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LE PÉTROLE DU QUÉBEC !

Jadis né pour un petit pain…

Aujourd’hui on peut se mettre à genoux pour quelques peanuts
Tribune libre de Vigile
mardi 15 février 2011 922 visites 4 messages

André Proulx, président de Pétrolia, et sa fille Isabelle, vice-présidente, lancent qu’il y aurait de 30 à 70 milliards de barils sous l’île d’Anticosti !

Plusieurs études pour cette compagnie semblent le confirmer. 30, 70, 100 milliards de barils ? Avec les études, avec les prévisions, avec les mots, « sky is not the limit » !

On dirait que l’île Anticosti flotte littéralement sur du pétrole. Elle flotte tellement qu’elle se déplace ! Anticosti risque de se rendre jusqu’en Suisse !

En supposant qu’elle recèle pour 70 milliards de barils de pétrole, combien de peanuts devrait-on demander aux pétrolières privées qui vont venir à notre secours ? Il ne faudrait surtout pas parler de « nationaliser ». Il va sûrement y avoir des « malades » (sic) qui vont parler de « nationalisation ». C’est un discours qui peut faire fuir les investisseurs ! Ces braves missionnaires qui travaillent avec courage pour acquérir tout notre bien.

Cependant, 30 à 70 milliards de barils de pétrole dans « notre » île Anticosti, c’est un argument économique de taille pour devenir maître chez nous !

Quoique parfois, je me dis que même indépendant, certains feraient en sorte qu’on ne devienne jamais vraiment « maîtres chez nous ». Nous ne sommes peut-être pas nés pour un petit pain, mais il y en a beaucoup qui se contenteraient de quelques peanuts. Sommes-nous un peuple de mangeurs de peanuts ?

« Hydro-Québec a-t-elle fait un cadeau avec Anticosti ? » [1]

Bonne question. Il semble malheureusement qu’il y en a qui ont fait en sorte qu’Hydro Québec, « notre » Hydro Québec (!), laisse aller « nos » intérêts !

Il est souvent impossible d’avoir l’heure juste sur les réserves et les peanuts ainsi que sur le degré de souillure qu’on fera subir à l’environnement pour récolter nos quelques peanuts (ni des coûts que nous débourserons pour nettoyer le tout).

Au mois de septembre, on disait que les forages sur l’île d’Anticosti n’avaient pas été très « spectaculaires ». On disait : « Des résultats de forage pétrolier « décevants »sur l’île d’Anticosti ont fait perdre jusqu’à près de 15% au titre de Pétrolia. » [2]

Puis soudain, des études « sérieuses » (!) transforment la déception d’il y a quelques mois en Klondike phénoménal ! Doit-on croire en la bonne parole qui dit que le Jack Pot a été trouvé ?

Le 25 février prochain, Pétrolia tiendra son assemblée annuelle des actionnaires. La stratégie médiatique des réserves à faire baver de jouissance les « actionnaires » est efficace pour donner un coup de pouce aux actions. (50 millions d’actions émises et en circulation). C’est une « junior » qui a de bons liens avec des « majors ». La compagnie a un marketing efficace. Petite entreprise, presque « nationaliste » pour son image sur notre marché et presque « verte ». Bref, tout pour plaire. La compagnie « Pétrolia », la sympathique société d’exploration pétrolière de « Rimouski », joue habilement la carte « nationale » pour dorer les retombés sur le Québec.

Pétrolia, cette gentille compagnie qui nous dit maintenant que nous (sic) sommes pleins aux as, poursuit le Soleil et Ugo Lapointe. L’attentionnée compagnie demande des dommages moraux de 300 000 $ et des dommages exemplaires de 50 000 $ [3] suite à la publication d’un article paru dans l’édition du 3 décembre 2010 du journal Le Soleil qui rapportait, dit-on, des accusations fausses et diffamatoires faite par Ugo Lapointe contre Pétrolia-la-pure.

Une poursuite d’intimidation dénoncée par Amir Khadir [4]

L’Article en question : « Pétrole et gaz gaspésiens : redevances zéro ! », dénonçait le fait que la petite production ne donnait même pas un seul sou dans nos coffres. [5]

On disait que Pétrolia après avoir extrait plus de 2130 barils de pétrole de son puits Haldimand No 1, à Gaspé, ne nous avait pas versé une seule peanut en redevances. Et ce sera ainsi tant que son projet demeurera « expérimental ».

Pétrolia n’est pas la seule, il y a aussi Junex (qui détient 8% de Pétrolia) qui a vendu du pétrole et du gaz naturel gaspésien extrait des hydrocarbures de « SA » propriété de Galt, à 20 kilomètres à l’ouest de Gaspé, pour un total de 363 932 $, de 2004 à 2009, sans verser non plus une seule peanut dans nos coffres. Ce sont des petites compagnies québécoises, on ne va tout de même pas les faire chier pour des peanuts !

Ces compagnies produisent à perte. Ce sont des puits « expérimentaux ». Pourtant, Pétrolia, la petite sympathique, est tout de même associée, pour l’exploitation du champ pétrolier Haldimand, près de Gaspé, avec Investcan Energy, Investcan Energy est une filiale à 100 pourcent de SCDM Énergie, elle-même filiale à 100 pourcent de SCDM, société française privée et fermée, basée à Paris, dont les deux actionnaires sont Martin et Olivier Bouygues, deux extrêmement gros mangeurs de peanuts.

C’est fin juillet que l’on annonçait : « Le marché boursier a fortement réagi à l’annonce de la société française Bouygues, qui injecte 15 millions de dollars au Québec pour acquérir la moitié des intérêts pétroliers de la firme d’exploration Pétrolia (PEA) en Gaspésie. » [6]

La petite et sympathique Pétrolia est « au moins » détenu à moitié par la « petite » (SIC) entreprise Bouygues.

On dit que Bouygues s’y connaît surtout du côté du gaz naturel avec l’exploitation d’un gisement en Côte d’Ivoire. Ces gens de la « communauté internationale » n’aiment pas beaucoup Laurent Gbagbo. Ils préfèrent celui qu’ils ont élu : Alassane Ouattara. Mais ça, c’est une autre histoire… La mondialisation, c’est ça : les histoires s’entremêlent !

Le groupe Bouygues détient également sa propre entreprise de télécommunications en Europe, il possède aussi la chaîne de télévision TF1. (Audience pour TF1 (avec un soupçon d’humour) [7] )

Le groupe Bouygues, c’est la propriété des frères Martin et Olivier Bouygues, la société est aussi très présente dans le marché immobilier et dans la construction, on dit qu’elle cumule des revenus de 31,3 milliards d’euros en 2009 avec 130 000 employés dans 80 pays. Des peanuts !

Martin Bouygues, un des meilleurs amis de Sarkozy qui lui est un grand ami de Paul Desmarais et du petit JJ Charest… qui lui est le petit ami des grands ! Et voilà qu’Hydro Québec donne notre bien à ces sauveurs missionnaires…

Ah ! La « mondialisation »… ! Il y a de ces groupes qui sont comme des aimants qui attirent tout le bien du monde !

« Pétrolia explose en Bourseaprès s’être alliée à un fonds français » [8]

On dit [9] que selon le Registraire des entreprises du Québec, le premier actionnaire de Pétrolia est Pilatus Energy AG, une société qui a pignon sur rue en Suisse et dont le président réside aux Émirats arabes unis. Voilà où vont les sacs, que dis-je, les camions de sacs de peanuts.

Mais en juillet dernier M. Proulx, le président de Pétrolia, disait : [10] « Pilatus n’a pas respecté les conditions de son engagement. Ils ont eu des difficultés financières passagères, et on a repris le contrôle de la propriété. » Il faudrait revérifier le Régistraire des entreprises.

Le scénario des redevances minables et des droits donnés sur « notre » territoire du Québec souverain est le même qui se fait couramment en Afrique et dans plusieurs pays victimes du « libre-échange ». Prenons simplement le cas de la République du Congo du bon ami de la « communauté internationale » M. Denis Sassou-Nguesso (il y aurait long à dire à son sujet !). Au Congo de Sassou, on agit de façon similaire qu’au Québec de Charest. On fait des lois qui respectent l’exploitation et qui ne demandent pas trop de peanuts en retour.

Les nouvelles du Congo-Brazzaville peuvent être transposées ici seulement en adoucissant les titres de nouvelles et en changeant le nom du pays et des « dirigeants » (!) : « Le Sénat adopte quatre projets de loi sur le partage de production pétrolière » [11]

« Le contrat de partage de production du permis dit NGOKI a été signé le 22 mai 2006 entre les responsables du département des Hydrocarbures, ceux de la Société nationale des pétroles du Congo et la société Pilatus Energy Congo SARL. Ce contrat de partage de production attribué à une société pour mener des recherches dans le département de la Cuvette, comporte quelques particularités afin d’encourager cette première expérience de prospection dans la partie septentrionale du pays et de minimiser les risques encourus par la société.

Tous ces projets de loi permettront à ces sociétés de réaliser les travaux pétroliers sur les zones de permis concernées et aux différentes parties de se partager la production d’hydrocarbures qui y découlera et dont les critères de partage ont été déterminés par la loi. Dans le monde du libre-échange, on respecte les lois ! Partout on respecte les lois qui sont faites sur mesure pour faciliter l’exploitation des ressources et autant que faire se peut, emporter toutes les peanuts possibles. On ne respecte pas beaucoup les populations, mais on respecte les lois. Et comme dit notre bon (sic) JJ Charest, pour le gaz de shit : « on va règlementer ! »

Pour en revenir au pétrole de l’Anticosti, si les réserves sont exactes, ces gros sacs de peanuts pourraient représenter des revenus de 135 milliards $ à 629 milliards $. [12]

On parle de réserves suffisantes pour assurer l’autosuffisance énergétique du Québec pendant au moins 20 ans. Deviendrions-nous comme les Vénézuéliens ? C’est-à-dire pouvoir déclarer fièrement à tout le monde en faisant le plein avec un large sourire : « Le pétrole, c’est à nous », en pointant du doigt le prix indiquant 0.015 le litre (oui 1,5 cent le litre, c’est le prix de l’essence au Venezuela) [13].

Mais, non, je crois que même si nous avions des réserves suffisantes pour nos besoins pendant 20 ans, nous ne paierions pas moins que 1,20 $ le litre notre essence et nous n’aurions pas plus de fric pour nos hôpitaux. Nous sommes nés pour quelques peanuts et pour payer le gros prix ! On dit même que « notre » électricité n’est pas assez chère !

Avis à ceux qui ont des sous. Ils peuvent acheter des actions de Pétrolia. Je prévois de gros profits pour les deux ou trois prochaines années. Si le pétrole marche ici, on va faire cracher l’utilisateur-payeur et certains gros vont pouvoir s’empiffrer de peanuts.

Serge Charbonneau
Québec

« Anticosti : Hydro-Québec aurait cédé un trésor »http://www.ledevoir.com/environneme…

« Les salauds à cravate ont un œil sur Anticosti ! » par Patrick Bourgeoishttp://www.lequebecois.org/chroniqu…

[1] « Hydro-Québec a-t-elle fait un cadeau avec Anticosti ? »http://argent.canoe.ca/lca/affaires…

[2] « Pétrolia chute sur des résultats de forage »http://argent.canoe.ca/lca/bourse/q…

[3] « Pétrolia dépose une poursuite contre Le Soleil et Ugo Lapointe »http://petroliagaz.com/fr/investiss…

[4] « Pétrolia contre le Soleil et Ugo Lapointe : Il est temps que cessent les poursuites bâillons et les tentatives d’intimidation»http://www.quebecsolidaire.net/actu…

[5] « Pétrole et gaz gaspésiens : redevances zéro ! »http://www.cyberpresse.ca/le-soleil…

[6] « Un groupe français investit dans le pétrole en Gaspésie »http://argent.canoe.ca/lca/affaires…

[7] « Martin Bouygues et Sarkozy TF1 »http://wn.com/Martin_Bouygues_et_Sa…

[8] « Pétrolia explose en Bourse après s’être alliée à un fonds français »http://www.lesaffaires.com/secteurs…

[9] « Du pétrole gaspésien à vendre » http://www.ledevoir.com/economie/ac…

[10] « Pétrolia s’associe à des Français » http://www.cyberpresse.ca/le-soleil…

[11] Congo-Brazzaville « Le Sénat adopte quatre projets de loi sur le partage de production pétrolière » http://www.brazzaville-adiac.com/in…

[12] « Anticosti : Hydro-Québec renonce aux pétrodollars »http://www.24hmontreal.canoe.ca/24h…

[13] « Prix de l’essence : vive le Venezuela ! »http://argent.canoe.ca/lca/affaires…