Plaidoyer pour l’humilité

DOMINIQUE BOISVERT :

L’humilité n’est pas un mot à la mode. Pas plus que l’inutilité, l’ordinaire ou l’anonyme. Surtout pas en cette période de Jeux Olympiques qui n’en a que pour les vainqueurs, les records ou l’exceptionnel. Et pourtant je veux ici faire l’éloge du petit, de l’oublié, de l’inaperçu. Car ils sont pour moi l’essentiel.

Nous vivons dans un monde du paraître, du vedettariat, de ce qui réussit à « faire la nouvelle ». Peu d’événements symbolisent mieux cela que les Jeux Olympiques : des cérémonies d’ouverture au tableau des médailles, des rivalités nationales aux exploits individuels, de la couverture médiatique aux commanditaires accrédités.

Des millions d’athlètes qui se seront durement entraînéEs, pendant des années, pour tenter de « faire les Jeux », et des milliers qui auront finalement été sélectionnéEs par leur pays pour y participer, on n’entendra parler que d’une petite poignée qui se seront distinguéEs du lot, soit par leur accession au trois marches du podium, soit par une histoire personnelle qui aura attiré l’attention des médias.

Pourtant, pour le rénovateur des Jeux, Pierre de Coubertin, « l’important n’était pas de gagner mais de participer ». Le vrai sens des Jeux, et pas seulement lors du défilé des athlètes pour les cérémonies d’ouverture et de clôture, ce sont ces milliers d’hommes et de femmes qui se mesureront, dans l’ombre et l’anonymat relatifs, hors des « heures de grande écoute » et de la cérémonie des médailles. D’ailleurs, les Jeux n’existeraient tout simplement pas s’ils ne reposaient que sur leurs champions.

Ce sont touTEs ces inconnuEs, ces oubliéEs, ces discretEs, qui sont pour moi l’essentiel de notre monde : en matière olympique ou sportive comme dans le reste de la société.

D’abord parce que le monde n’existerait tout simplement pas sans eux et elles : aucune entreprise ne fonctionnerait que par ses dirigeantEs ou ses innovateurs vedettes. Pas plus qu’aucune collectivité n’existerait que par ses leaders ou ses responsables.

Mais aussi parce que la vie est avant tout « normalité », ordinaire, commune, quotidienne. Et non pas exception, rareté, extra-ordinaire. La vie est beaucoup plus l’humble fonctionnement de l’organisme humain, le cycle régulier des saisons, le mouvement prévisible des astres et des planètes que les prouesses exceptionnelles d’un individu, les catastrophes imprévisibles ou les phénomènes occasionnels. Ce sont ces derniers qui font les manchettes. Mais ce sont les premiers qui font la vie et toute sa richesse.

Notre monde valorise la performance, l’excellence, les « meilleurs ». Je choisis de privilégier les gens ordinaires, ouverts et généreux, simples et solidaires, qui font patiemment avancer la « marche du monde ». La petite contribution de chacunE. Le sourire, la fleur, une odeur parfumée, un oiseau qui chante, l’ombre qui s’allonge, un simple geste de partage.

Comme celui de Gilmore Junio qui laisse sa place à Denny Morrison sur la ligne de départ du 1000 mètres en patinage de vitesse longue piste. Pour moi, l’essentiel c’est l’offre de Junio, plus que la victoire de Morrison.

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Dominique Boisvert

Membre du Barreau pendant 20 ans, Dominique Boisvert a choisi de travailler essentiellement en milieux populaires dans les domaines de la solidarité internationale, des droits humains, des immigrants et des réfugiés, de l'analyse sociale, de la paix et de la nonviolence et des questions spirituelles. Co-fondateur du Réseau québécois pour la simplicité volontaire (RQSV) en 2000, il a publié aux éditions Écosociété L'ABC de la simplicité volontaire (2005) et ROMPRE! ou Le cri des « indignés » ( 2012). Il a également publié aux Éditions Novalis, Québec, « tu négliges un trésor ! Foi, religion et spiritualité dans le Québec d'aujourd'hui » (2015) et La « pauvreté » vous rendra libres !, Essai sur la vie simple et son urgente actualité (2015). Il anime, depuis 2010, le blogue du RQSV (www.carnet.simplicitevolontaire.org) et il a aussi son propre site (www.dominiqueboisvert.ca) depuis le printemps 2014.

5 pensées sur “Plaidoyer pour l’humilité

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    13 février 2014 à 18 06 33 02332
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    L’humilité est un comportement social crucial. Merci de nous le rappeler..

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    13 février 2014 à 20 08 49 02492
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    J’ai trop d’honnêteté pour dire que je suis humble.
    Mon égo est tellement gros qu’il arrache les cadres de portes.

    Mais, ce qui me console, c’est que je divertis la galerie et je rends heureux ces malheureux qui se sente d’une humilité gênante.

    Merci de nous rappeler les valeurs de l’humilité.
    Ça fait toujours bon de se sentir humble.

    Salutations,

    Serge Charbonneau
    Québec

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    13 février 2014 à 20 08 56 02562
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    Bon, mon premier commentaire était pour amuser la galerie et je suis convaincu que j’y suis parvenu.

    Mon deuxième,
    pour moi aussi «l’essentiel c’est l’offre de Junio, plus que la victoire de Morrison.»
    Une sorte de leçon d’humilité, mais aussi de solidarité et d’intégrité sportive.

    Vous savez l’expression être «sporte» !
    Junio a été vachement «sporte» et il mérite grandement sa part de médaille.

    Salutations,

    Serge Charbonneau
    Québec

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    14 février 2014 à 0 12 46 02462
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    @Dominique Boisvert

    Je suis émue par votre article. Vous avez tout dit sur le véritable apport humain.
    Merci.

    Carolle Anne Dessureault

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    14 février 2014 à 10 10 53 02532
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    ( on n’entendra parler que d’une petite poignée qui se seront distinguéEs du lot, soit par leur accession au trois marches du podium, soit par une histoire personnelle qui aura attiré l’attention des médias.)
    L’histoire se répète sur toute la planète, pour les milliards de personnes qui un jour prenne la décision de s’unir pour former une famille. Ce que j’appellerais s’engager dans les Olympiques de la Vie. Pensons un instant à ce qu’ils doivent réussir sans espérer aucune autre médaille que celle de la satisfaction du devoir accompli.
    Leurs défis :
    A) Réussir leur union, soit vivre ensemble du moins le temps nécessaire à l’éducation de leurs enfants
    B) Réussir leur carrière
    C) Faire l’acquisition ou du moins avoir un logement convenable pour loger la famille
    D) Leur fournir les moyens nécessaires pour leur éducation et les encouragés dans la poursuite de leur rêves
    E) Faire des économies pour leur besoin actuel et futur
    F) Faire d’autres économies pour s’assurer une retraite afin de ne pas vivre au crochet de la société
    G) Payer toutes sortes d’impôts et de taxes pour faire vivre le système. (Incluant payer pour les Jeux Olympique)
    S’étant oublié pendant plus de 20 ans afin de performer aux Olympiques de la Vie ils ne doivent pas avoir le sentiment d’être égoïste si aujourd’hui ils pensent un peu à eux.
    En parlant d’humilité ils méritent TOUS une médaille
    VIVRE LES VIEUX

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