Profilage racial. Laissons les policiers travailler

LOUIS PRÉFONTAINE, en août 2010, écrivait ce papier pour mettre perspective ce qui se disait et se faisait en termes de profilage racial par les policiers. Il serait intéressant de voir aujourd’hui comment la situation a évolué et aussi la PERCEPTION que nous avons de l’évolution de cette situation. C’est une question qu’il ne faut pas laisser dormir. NDLR

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La sortie d’un rapport prétendant démontrer que les policiers de Montréal font du profilage racial tombe à point. Près de deux ans après que Fredy Villanueva ait été abattu après avoir agressé un policier, plusieurs aimeraient mettre la police au banc des accusés, l’accusant de faire du profilage racial. Qu’importe si ce rapport a une méthodologie douteuse, et qu’importe si les personnes de race noire sont sur-représentées lorsque des crime sont commis: il faut défendre les gentils citoyens contre la « méchante police ».

Soyons sérieux une seule minute. Ce rapport constitue une vraie blague. Il compare le nombre d’interventions à la population totale. Cela signifie que si la majorité des individus traînant la nuit sont Noirs, mais qu’ils habitent dans un quartier majoritairement Blanc, la police ferait automatiquement du profilage racial en les abordant. Comme le souligne avec justesse le directeur adjoint Jean-François Pelletier, qui dirige l’équipe ayant produit le rapport, il aurait fallu comparer le nombre d’interventions visant des Noirs avec le total des interventions sur des individus dans une situation similaire. En d’autres mots: il ne suffit pas de dire que près de 30% des individus interpellés une nuit sont de race noire; il faudrait également tenir des statistiques sur l’origine ethnique de l’ensemble des individus qui étaient dans une situation justifiant de les aborder. Il faudrait également quantifier les crimes commis par des personnes de chaque race.

On fait également grand cas de l’importante augmentation des interpellations de personnes noires à Montréal-Nord entre les années 2001 et 2007. Cela constituerait une nouvelle preuve que le profilage racial serait en hausse dans le quartier. Dans les faits, cela ne prouve rien, sinon que l’immigration y est fortement en hausse (plus de 6530 nouveaux immigrants entre 2001 et 2006, et le pays d’origine le plus représenté est Haïti), que le crime l’est possiblement et que la police fait peut-être simplement face à davantage d’individus de race noire dans ses interventions.

Sur-représentation des Noirs concernant les crimes commis

Les statistiques sur les crimes en fonction de la race sont beaucoup plus difficiles à trouver au Québec et au Canada qu’aux États-Unis. Ici – surtout au Québec – on ne parle de race que lorsqu’il est question de crime haineux. Au niveau canadien, on tient quelques rares statistiques. On peut y voir ce graphique, par exemple, qui démontre que les Noirs représentent près de 2% de la population canadienne, mais que près de 6% sont emprisonnés et 7% sous supervision judiciaire. Chez les femmes, la situation est semblable: un rapport du Service correctionnel du Canada faisait état d’un pourcentage d’emprisonnement entre 5% et 7% pour les années 2001 à 2003.

Chez nos voisins du sud, par contre, de telles statistiques sont beaucoup plus élaborées. On y apprend que pour une population noire de près de 13%, celle-ci est responsable de près de 37% des homicides, 39% des crimes violents non-mortels, 30% des crimes contre la propriété et 30% des crimes à col blanc. Quand Patrick Lagacé affirme que les chiffres utilisés par l’étude sont les mêmes que ceux utilisés aux États-Unis, il oublie sciemment de souligner le fait que les personnes de race noire y sont largement sur-représentés.

Il faut agir intelligemment et politiquement

Ces données ne doivent pas servir à encourager le racisme ou la discrimination à l’égard des personnes de race noire. Elles doivent nous aider à prendre conscience d’une réalité: ces individus sont plus susceptibles de commettre des crimes et d’être emprisonnés que les Blancs. C’est une réalité, un fait. Être Noir, au Canada et au Québec, augmente la possibilité qu’on commette un crime ou qu’on finisse en prison. Au fait, y a-t-il beaucoup de Gagnon et de Tremblay dans les gangs de rue?

Évidemment, la couleur de la peau ne constitue pas une cause de ce problème. Il y a la pauvreté, il y a des différences culturelles, il y a une immigration trop importante pour notre capacité d’intégration, il y a des politiques économiques de droite favorisant les écarts de richesse et la paupérisation de nombreux quartiers. Les causes sont multiples, mais elles ont toutes une chose en commun: ce sont des enjeux politiques devant être adressés au niveau politique. Ce sont des politiciens – nos représentants – qui doivent s’occuper de ces enjeux. Ce sont nos élus qui doivent améliorer la cohésion sociale et prendre des positions courageuses pour améliorer l’intégration des immigrants déjà présents et réduire la pauvreté.

Or, quand on demande aux policiers de jouer les intervenants sociaux et d’adapter leur façon d’agir en fonction de la couleur de la peau des gens avec qui ils font affaire, on réduit notre capacité à faire face à ces troubles. Quand un crime est commis, quand des gens louches traînent la nuit, quand des individus terrorisent leur voisinage, quand ils vendent de la drogue ou commettent d’autres délits, on ne veut pas que le policier commence à se demander si son intervention sera considérée comme du profilage racial. On ne veut pas qu’il se questionne quant à savoir si son ratio d’interpellations noires est trop élevé pour la nuit; on ne veut pas qu’il se mette à considérer les individus en face de lui comme étant, précisément, des gens de couleur noire. On veut qu’il agisse. On veut qu’il fasse respecter la loi, indépendamment de la race. Et si cela implique d’interpeller davantage d’individus Noirs parce que ceux-ci sont sur-représentés au niveau du crime ou parce qu’il suspecte qu’un crime risque d’être commis, qu’il puisse le faire l’esprit en paix.

La police, malgré ses imperfections, est là pour nous défendre. Ce n’est pas de sa faute si les individus de race noire commettent plus de délits que ne le justifie leur poids démographique. Ce n’est pas son rôle de faire de la politique et de cesser d’apostropher des individus sous prétexte que cela pourrait être mal interprété. Si, toute la soirée, elle reçoit des appels de commerces ou de résidants se plaignant de gangs de Noirs volant ou terrorisant la population, elle est justifiée d’utiliser cette information au même titre qu’elle aurait le droit d’arrêter un individu avec un tatouage en forme de demi-lune sur l’épaule gauche si cela constituait un des signes distinctifs. On doit la laisser travailler.

Au-delà du profilage racial, il y a le respect de la loi et des valeurs qu’elle protège. Si nous pouvons œuvrer collectivement à améliorer la cohésion sociale et à réduire la pauvreté des populations immigrantes, qu’on le fasse au niveau politique. En attendant, les policiers sont justifiés d’interpeller qui ils ont envie d’interpeller car, de toute façon, quand on n’a rien à se reprocher, on ne craint pas les forces de l’ordre.

Quand on est un honnête citoyen, les policiers sont nos alliés.

Qu’importe la « race ».

Au-delà du profilage racial, si on agissait pour mettre fin au profilage de profession, qui consiste à dénigrer et à stigmatiser les policiers qui travaillent, au quotidien, pour maintenir nos valeurs et notre démocratie intactes?

Louis Préfontaine

Publié aussi sur LouisPrefontaine.com

 

9 RÉFLEXIONS AU SUJET DE « PROFILAGE RACIAL: LAISSONS LES PO

Une pensée sur “Profilage racial. Laissons les policiers travailler

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    29 novembre 2012 à 16 04 22 112211
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    M. Préfontaine, quelle est donc votre définition du profilage racial svp.

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