Qu’est-ce qui me dérange ?

Le rangement :

J’ai en mémoire l’image d’une jeune fille bien rangée, celle d’un roman de Simone de Beauvoir.
Je n’ai pas beaucoup de mal à concevoir ce passage du désordre à l’ordre… l’ordre qui ordonne, pardonne ou abandonne… je peux le percevoir ou le recevoir… celui de la Nature… ou celui de l’art… Mais surtout celui que les hommes composent et s’imposent : l’ordre politique…
Le rangement est le principe même de tout gouvernement des hommes par les hommes.
On range, ou on se range, peut-être pour que les choses nous paraissent moins étranges… plus familières, plus coutumières… Mais l’idée même de rangement présuppose qu’il y a une place pour chaque chose et que chaque chose a sa place dans l’univers, et qu’il nous suffit de la chercher pour la trouver… sur le plan naturel ou surnaturel… comme si l’ordre préexistait aux choses et qu’il n’y avait rien à inventer. Souvenons nous du précepte des évangiles : « Tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais déjà trouvé ». C’est l’ordre qui maintient ensemble le fini et l’infini, c’est couvert mais il nous revient de le dé-couvrir. Le rangement est nécessaire aussi bien d’un point de vue cosmique que cosmétique… il n’y a pas de saut possible, « toutes les choses sont enchainées, enchevêtrées et amoureuses les unes des autres »… il y a selon l’expression de Leibniz comme une sorte d’harmonie préétablie…

L’arrangement :

Quand je dis que j’ai trouvé un arrangement, je veux surtout dire que j’ai trouvé un compromis, avec moi-même, avec les autres, avec la vie… J’ai résolu le problème en mettant l’absolu de côté… Étant entendu que la relativité est le fond caché de toute relation… On s’arrange comme on peut pour obtenir ce que l’on veut… De particulier à particulier, on tend ou prétend à cette étrange universalité où chacun s’estime unique et à nul autre pareil… Et malgré notre ressemblance, on essaye de faire la différence… De se distinguer, ou de trouver la solution la plus appropriée… la bonne résolution… ou la sainte absolution…c’est toujours l’esprit qui est à l’œuvre dans ce genre de compromis où l’on cherche à perdre le moins possible et à gagner le plus possible… c’est l’homme qui peut toujours mieux faire ou faire de son mieux. Fusible particulier, parce qu’il est amovible et perfectible…qui se charge ou se décharge à volonté et qui cesse de vivre lorsqu’il perd cette capacité… de s’arranger, de s’adapter ou comme Spinoza de « persévérer dans son être »…
Si le Rangement, c’est la Nature, l’arrangement ce serait la culture… mais à la jointure des deux, il y a l’Art, la création artistique qui dérange ou implique le dérangement.

Le dérangement :

Quitte à susciter l’étonnement, je dirais que Van Gogh me dérange, le requiem de Mozart me dérange, le penseur de Rodin me dérange… En clair, toute personne de l’infini dans le fini me dérange… Parce qu’à moins d’être intérieurement dérangé, c’est plutôt étrange. Ça ne cadre pas. Ça ne coïncide pas. Ça ne correspond pas à mon attente ni à aucune raison apparente. Comment un petit esprit comme le nôtre peut-il contenir l’infini ? Comment l’imparfait peut-il héberger le plus que parfait ? Comment le grain de sable peut-il contenir le secret de tout l’univers ?
C’est ce que l’art révèle de plus essentiel : que la beauté absolue est à la portée du premier venu… Tout comme les religions révélées… elles nous indiquent toutes que nous vivons à notre insu, dans la proximité de Dieu… Ce voisin qui ne fait pas de bruit et dont on sent la présence à la tombée de la nuit… Et qui nous murmure quand on colle une oreille au mur qui nous sépare : « désolé pour le dérangement ! »

 

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Personne

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