SI L’ARGENT MÈNE LE MONDE, QUI MÈNE L’ARGENT ?

 

Par Marco Wingender.  Le 28.09. 2017. Sur  http://www.les7duquebec.com 

 

« Tout ce que nous voyons n’est qu’une ombre projetée par les choses que nous ne voyons pas. » – Martin Luther King.

 

Tout le monde court après l’argent. Malgré que la poursuite effrénée de cette ressource abstraite forge le quotidien de nos vies, curieusement, peu de gens se questionnent sur sa provenance et la nature du système qui la fait naître. Si l’argent ne pousse pas dans les arbres, alors d’où provient-il ? Et sa source, qui en détient le contrôle ? Nul besoin d’être un expert pour y voir clair. Il suffit de poser les bonnes questions et de faire confiance à son discernement dans la quête de réponses.

 

L’argent, une richesse réelle ?

 

Il est d’abord important de comprendre ce qu’est l’argent. Au même titre que des centimètres ou des litres, l’argent est un outil de mesure issu de notre esprit. Dans son cas, l’argent permet d’estimer la valeur que nous attribuons à des ressources réelles, telles que de la nourriture, des matières premières, des talents et des expertises professionnelles, des œuvres d’art ou autres. Cet outil facilite les échanges de biens et services entre les personnes au sein d’une même économie et est supposé refléter la valeur globale qu’elle contient. Alors qu’il serait absurde de craindre qu’un jour nous connaissions une pénurie de kilogrammes, on nous dit que ce n’est pas aussi simple en ce qui a trait à l’argent. Une chose est sûre toutefois. Toute crise économique ne peut qu’être le produit d’interventions humaines. Et nous savons que dans ce monde, tous n’ont pas le même droit de parole.

 

Une élite aussi influente que discrète

 

Nous savons imparfaitement que les rênes du système financier mondial reposent entre les mains d’une élite. Nous ne sommes pas certains de ce qui la définit, mais nous savons qu’elle en mène large. Les médias corporatifs nous disent qu’elle correspond à une communauté indémêlable de banques centrales, d’érudits académiques et financiers, de politiciens et de chefs d’entreprises dévoués, qui œuvrent dans l’intérêt des peuples en favorisant la croissance économique, comprise sous la forme du produit intérieur brut (PIB). Bien qu’il y ait forcément un fond de vérité à cette histoire, nous savons que ce qu’elle ne raconte pas cache un portrait plus sombre de la réalité. En sondant avec un peu de recul cet écosystème économique et financier, il est possible de relier les points un à un. Un ordre bien établi se révèle alors au grand jour.

 

Cette élite, provenant majoritairement de l’Occident ou à tout le moins formée dans ses universités, détient une carte dans son jeu qu’aucun autre groupe ne possède dans cette gigantesque partie de Monopoly aux dés pipés. De l’argent, beaucoup d’argent. Des fortunes corporatives et personnelles qui se comptent en milliards, supérieures au PIB de petits pays d’Afrique, d’Amérique latine ou d’Asie. Il s’agit ici d’une minorité contenue au sein du fameux 1%, cette classe sociale des « ultra-riches », dont on reconnaît aujourd’hui l’existence, et de ceux qui travaillent à leur solde. Une oligarchie composée de dynasties familiales richissimes et de divers groupes d’intérêts qui trônent au sommet de la pyramide bancaire et corporative, dans un fragile équilibre entre la coopération et la compétition.

 

Bien que l’influence de cette élite soit camouflée derrière les rideaux de la scène publique par les médias de masse, elle est bel et bien là. Elle poursuit sans relâche ses propres intérêts, sous la forme d’une mondialisation qui s’accélère, favorisant invariablement les plus gros joueurs au dépend des plus petits.

 

Le crédit privé, fondement du système monétaire

 

Les banques centrales se retrouvent au centre du système financier mondial. À l’échelle occidentale, la nature de leur propriété varie entre une détention par des intérêts privés, des gouvernements ou les deux à la fois. C’est à ces organismes qu’est notamment confié le mandat de créer de l’argent, de le prêter à leur gouvernement respectif, pour que celui-ci l’injecte dans l’économie, et d’en fixer le taux d’intérêt. En d’autres mots, du crédit, créé de toute pièce par des banques centrales, est prêté à des gouvernements qui leur rembourseront ces sommes à terme avec un intérêt. Un système bâti sur une dette perpétuelle.

 

Aux États-Unis, malgré un encadrement timide du Congrès américain, la Réserve Fédérale est détenue par un cartel de banques-actionnaires et administrée par des comités composés en majeure partie de leurs représentants.[1] En effet, en retour de l’argent créée et prêtée au peuple américain, les banques-actionnaires de la Réserve Fédérale reçoivent chaque année des dividendes de l’ordre de 6 % de la part du gouvernement fédéral.[2]

 

Indépendante des pouvoirs gouvernementaux, la gestion de ces banques centrales est exécutée par un club exclusif d’économistes et de financiers, formés dans les plus prestigieuses universités occidentales et ayant fait leurs armes au sein des plus puissantes institutions financières internationales. Pour la plupart, ces gens adhèrent à une culture néo-libérale qui tend à réduire toute l’activité humaine à des équations mathématiques et toute forme de progrès, à la croissance du PIB.

 

L’influence exercée par une banque centrale au sein de son économie est colossale. En réglementant la conformité des banques, elle permet de garder à distance toute forme de compétition pouvant rivaliser avec les cartels de banques accréditées, telle que des coopératives financières. Son pouvoir permet aussi de maintenir à flot des banques insolvables, comme nous en avons été témoins en 2008 avec le plan de sauvetage « Too Big to Fail » de géants financiers américains, autrement voués à s’effondrer. Les banques centrales supervisent également la création du crédit (argent) par les banques commerciales, en vertu du système de réserve fractionnaire bancaire qui leur permet de prêter de l’argent qu’elles n’ont pas via notamment les prêts hypothécaires et les cartes de crédit.[3] Cette pratique leur assure la capacité d’engranger des milliards $ en intérêt versés par leur clientèle chaque année. Par le fait même, sous la caution des banques centrales, les banques commerciales agissent comme des fers de lance des cycles d’expansion du crédit disponible dans l’économie et de son rapatriement dans leurs coffres au gré de leur propre agenda.

 

Alors que l’argent devrait être une ressource publique au service du bien commun, il s’agit d’une bien curieuse idée que de déléguer la propriété de ces monopoles de création d’argent, en partie ou en totalité, à des cartels bancaires et leur gestion, à des administrateurs qui leur sont loyaux. D’un besoin de coordination entre les banques centrales est également née, en 1930 à Bâle en Suisse, la Banque des règlements internationaux. Jouissant d’une immunité devant tout tribunal et contre toute action civile[4], ses décisions constituent l’ultime autorité en Occident en matière de politique monétaire et de pratique bancaire. La propriété de cette banque supranationale est partagée entre ses banques centrales-membres ainsi que des intérêts privés.[5] Toute ces organisations travaillent de pair avec le Fond Monétaire International et la Banque mondiale, deux fonds d’investissement supranationaux responsables du financement (endettement) des pays pauvres et en développement.

 

Quant à la banque centrale du Canada, elle est de nature publique. Elle a toutefois abandonné son rôle de création de monnaie publique depuis 1974, sous le régime de Pierre Elliot Trudeau, se contentant désormais de réguler le taux d’intérêt directeur du pays.[6] En période de budgets déficitaires comme ce que nous connaissons actuellement, le gouvernement fédéral emprunte le manque à gagner sur les marchés de capitaux privés occupés par les banques commerciales. À compter de novembre 2017, il ne sera d’ailleurs plus possible pour les contribuables canadiens d’investir dans les finances de l’État en vertu de l’abolition des obligations d’épargne du Canada.[7] Ce rôle de créancier de l’État sera réservé dorénavant aux banques commerciales. Ainsi, malgré le statut public de notre banque centrale, nous avons abdiqué notre souveraineté monétaire aux mains des institutions financières internationales, comme en fait foi notre dette publique qui s’élèvera à 757 G $ d’ici 2022[8]  alors que jusqu’en 1974, le peuple créait sa propre monnaie et sa dette se situait à tout juste 21 G $.[9]

 

Nos gouvernements canadiens ne sont toutefois pas les seuls à emprunter en masse auprès des institutions financières. À l’échelle mondiale, les dettes publiques et privées atteignent la somme ahurissante de 217 trillions de $ US, soit plus de trois fois le produit intérieur brut mondial (327 %).[10] Ces chiffres indiquent une situation absurde qui n’a rien de viable pour les générations futures.

 

Se rappelant ce qu’est l’argent dans sa plus simple expression, il nous est maintenant possible d’entrevoir le grand tableau du système financier occidental qui gouverne nos vies. Son oligarchie, par la complicité des banques centrales et des banques commerciales qu’elle contrôle, détient le monopole de la création de l’argent (crédit), un outil de mesure issu de notre esprit pourtant déifié dans nos sociétés. Trouvez l’erreur.

 

Des sociétés bâties sur les inégalités

 

Allons-y avec quelques chiffres pour mieux saisir l’état de notre monde après plus d’un siècle de domination de ce système capitaliste. Alors que 2,8 milliards d’êtres humains survivent avec moins de 2 $ par jour[11], 8 personnes se partagent autant que la moitié la plus pauvre de la planète.[12] Alors que 80 % de la population mondiale ne détient que 5,5 % des richesses[13], le pourcent le plus riche en possède désormais plus de la moitié (50,4 %).[14] Depuis 2015, ce pourcent des plus fortunés a également acquis davantage de richesses que le reste de la population mondiale combinée. Il est par ailleurs prévu qu’au cours des 20 prochaines années, 500 personnes lègueront 2,1 trillions $ à leurs héritiers, une somme supérieure au PIB de l’Inde, un pays comptant plus d’un 1,3 milliard d’habitants.[15] Aux États-Unis entre 2009 et 2013, le pourcent le plus fortuné des citoyens s’est approprié près de 95 % de la croissance des gains en revenus.[16] Alors que 2,4 milliards de personnes sont privées d’installations sanitaires satisfaisantes[17] et que 900 millions de plus ne mangent pas à leur faim[18], un tiers de la nourriture produite dans le monde est jetée aux poubelles.[19] Pourtant, selon une estimation des Nations Unies, il suffirait d’à peine 0,3 % du PIB mondial, soit 267 G $, pour éradiquer la faim à l’échelle de la planète d’ici 2030.[20]

 

Le Canada n’échappe pas à ces inégalités systémiques. Plus de 1,3 million d’enfants vivent dans la pauvreté et sans les programmes d’aide déjà en place, ce nombre augmenterait à plus de 2 millions.[21] Plus de 4,5 millions de personnes vivent dans une famille avec de faibles revenus, alors qu’en 2016, près de 900 000 personnes ont eu recours à des banques alimentaires, un bond de 28 % depuis 2008.[22] Du côté des populations autochtones, un rapport accablant d’un rapporteur spécial de l’ONU en 2013 statuait que les conditions de vie des autochtones sont celles de pays pauvres. Alors que plus de 60 % des enfants dans les réserves vivent dans la pauvreté[23], des centaines de communautés composent avec des infrastructures déficientes et un accès souvent inexistant à des services publiques essentiels. Déracinées de leurs modes de vie traditionnels et victimes d’un véritable génocide culturel depuis des centaines d’années, ces communautés font face à de graves problèmes sociaux, tels que la surpopulation dans des logements insalubres, un taux de suicide 5 fois plus important que chez les jeunes Canadiens qui ne sont pas de descendance autochtone et des taux d’incarcération disproportionnellement élevés.[24]

 

Sur le plan de la concentration du pouvoir des corporations multinationales, le portrait n’est pas plus démocratique. Grâce à 737 firmes, l’élite occidentale contrôle 80 % de la valeur des 43 000 plus importantes entreprises multinationales.[25] Pire encore, on constate qu’il suffit de 147 de ces firmes pour exercer un contrôle sur plus de 40 % du chiffre d’affaires de ces entreprises. Les trois quarts de ces 147 firmes qui forment cette « super entité » sont d’ailleurs des banques, indiquent les auteurs d’une étude de l’École polytechnique fédérale de Zurich, en Suisse.[26] Ces corporations se partagent les marchés d’à peu près tout ce que nous consommons en Occident. Qu’il s’agisse de la nourriture que nous achetons à l’épicerie, des vêtements que nous portons, de la musique que nous écoutons, des hypothèques et cartes de crédit que nous contractons, des voitures que nous conduisons, des films d’Hollywood que nous regardons ou des médicaments pharmaceutiques qu’on nous prescrit.

 

Le pouvoir asymétrique détenu par cette élite a d’ailleurs été mesuré aux États-Unis par deux chercheurs des universités Princeton et Northwestern. Grâce à l’analyse de près de 1 800 décisions politiques fédérales mises en œuvre entre 1981 et 2002, après les avoir comparées aux préférences de l’Américain moyen (50e percentile), celles de l’Américain mieux nanti (90e percentile) et celles des groupes d’intérêt particuliers, les chercheurs en ont conclu que le gouvernement américain est dominé par une élite économique. Tel que rapporté : « Quand une majorité de citoyens est en désaccord avec cette élite fortunée et/ou avec les groupes d’intérêts spéciaux, elle perd généralement sa cause. Même quand une large majorité d’Américains s’exprime en faveur de changements de politiques, généralement, elle ne l’obtient pas. » [27]

 

Les dépenses militaires du gouvernement américain constituent un exemple flagrant du pouvoir exercé par cette oligarchie. 46 millions d’Américains vivent sous le seuil de la pauvreté.[28] Pourtant Washington consacrera cette année 611 G $ de son budget à enrichir les corporations issues du complexe militaro-industriel et leurs actionnaires de Wall Street[29] sous le prétexte de combattre le terrorisme aux quatre coins du globe. Pendant ce temps, les États-Unis se font les champions du trafic d’armes en exportant des centaines de milliards $ en matériel militaire de pointe à plus de 100 pays, dont l’Arabie Saoudite et plusieurs états du Moyen-Orient.[30]

 

De nombreux moyens de pression sont à la disposition de cette élite pour faire pencher la balance politique en leur faveur. On n’a qu’à penser à l’industrie du lobbyisme où des millions $ sont investis pour influencer directement les politiciens, le financement des campagnes électorales de la classe politique et d’autres incitatifs financiers, la corruption légale ou non, les poursuites judiciaires baillons, les perspectives offertes aux politiciens d’une lucrative après-carrière dans le secteur privé, le chantage telle que la menace d’entreprises de déménager leurs opérations et leurs emplois dans un autre pays, pour ne nommer que ceux-là.

 

Le Québec n’y échappe pas

 

Chaque région du globe possède son élite locale, toutes fidèles aux lois de la mondialisation, de la privatisation et du profit. Cette élite détient des parts dans la plupart des grandes corporations actives dans la province et siège sur leur conseil d’administration. L’influence qu’elle exerce sur la classe politique ne peut être sous-estimée. Tel qu’indiqué dans un rapport publié par l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) : « (…) on peut noter quelques entreprises parmi lesquelles se déploient bon nombre de liens entre individus centraux : Banque Nationale du Canada, BCE, Power Corporation et Metro. (…) La proximité des administrateurs au sein de plusieurs grandes entreprises différentes mène à une homogénéisation des pratiques et de la pensée. Ce sont des gens d’influence qui sont dans l’ombre, qu’on ne voit pas directement. » Plusieurs noms, la plupart inconnus du grand public, y sont d’ailleurs mentionnés comment étant les administrateurs qui ont le plus de pouvoir au Québec : Robert Chevrier, André Bérard, L. Denis Désautels, Jerry E. Nickerson et André Desmarais. [31]

 

Au Québec comme ailleurs, les membres de cette élite professent une idéologie qui vise à transformer tous les besoins humains en marchés lucratifs de commodités et de services. C’est d’ailleurs l’objectif visé par les politiques d’austérité que nous impose depuis plusieurs années le gouvernement libéral. Prétextant l’importance de la rigueur dans la gestion des finances publiques, leur but véritable est de réduire la taille de l’État et les services qu’il offre à la population tout en maintenant les mêmes taux d’imposition et de taxation. Pour cette élite, il s’agit d’une occasion d’affaiblir la qualité des services publics, en réduisant les budgets disponibles et par le fait même, de démobiliser la main-d’œuvre. Ceci engendre inévitablement une perte de confiance de la population envers les services offerts et ainsi, justifie l’ouverture de nouveaux marchés pour les entreprises privées.

 

Ajoutons à ce scénario, un coût de la vie qui augmente sans cesse et un ratio d’endettement des ménages québécois qui atteint cette année des sommets historiques de 170 %. Ceci veut dire que pour chaque tranche de revenus bruts de 100 000 $, les ménages ont une dette moyenne de 170 000 $, dont une majorité est détenue par des banques. Il y a 15 ans, ce taux d’endettement était de 105 %.[32]

 

Bref, alors que les contribuables peinent de plus en plus à joindre les deux bouts, l’austérité signifie moins d’argent dans les services publics menant à moins de services à la population et de moindre qualité. Un démantèlement en règle de l’État providence, héritage précieux de l’époque de la Révolution tranquille.

 

Nous savons également que nos gouvernements se font complices de l’évasion fiscale des grandes corporations et des plus fortunés. Tel que l’affirme Alain Denault, professeur à l’Université de Montréal : « Le système lui-même a été mis en place par les États qui adoptent des lois et des échappatoires pour plaire aux entreprises et aux plus riches ».[33] Au total, c’est plus de 3 000 G $ qui échappent chaque année aux pays occidentaux grâce aux stratégies déployées par des entreprises et leurs fiscalistes, selon le Tax Justice Network, un organisme international qui lutte contre les paradis fiscaux.[34]

 

De plus, nous paierons cette année un total de 14,8 G $ en intérêt sur une dette publique atteignant 324,3 G $.[35] Ceci veut dire que chaque jour, nous payons aux banques plus de 40,5 M $ en guise de montant minimum pour demeurer dans les bonnes grâces de nos créanciers corporatifs. Au Canada, c’est 60 G $ qui furent remboursés en intérêt sur la dette publique.[36]

Les cadeaux de la classe politique offerts aux élites corporatives ne s’arrêtent pas là. À leur service, nos gouvernements dilapident également les ressources naturelles de notre territoire. Prenons par exemple le Plan Nord, annoncé en 2011. Au cours des deux prochaines décennies, il y était prévu d’y investir des fonds publics de l’ordre de 80 G $ pour permettre aux entreprises de procéder à l’exploitation du territoire. Or, selon l’IRIS, les perspectives de retombées fiscales ne seraient que de 14,3 G. Avec de tels chiffres, tous s’entendront pour dire que ce projet ne profite nullement au peuple québécois. Rappelons qu’entre 2002 et 2008, selon le Vérificateur général du Québec, 14 compagnies minières n’ont versé aucune redevance à l’État alors que, sur la même période, 40 % seulement des minières en versaient une.[37]

 

La décision du gouvernement Couillard, le 21 septembre dernier, d’ouvrir nos lacs et nos rivières aux projets d’exploration et d’exploitation de pétrole et de gaz, constitue un autre exemple stupéfiant de cette allégeance envers les grandes entreprises. Ce projet de loi ouvrira la porte aux forages et aux opérations de fracturation en milieu aquatique et terrestre, même ceux qui seront réalisés à proximité de secteurs habités, d’écoles, d’aires protégées et de parcs nationaux.[38]

 

L’aubaine est claire aux yeux de ces grandes entreprises qui ont libre cours au Québec depuis des décennies. Nous finançons la construction des infrastructures nécessaires à l’exploitation de notre patrimoine naturelle à grand coup de destruction industrielle, les entreprises empochent les profits en générant au passage quelques centaines d’emplois éphémères. Quant aux dégâts, c’est à nous de les nettoyer une fois la fête terminée.

 

Une autorité dépendante de notre consentement

 

Voici la donc véritable division qui subsiste au sein de l’humanité. Une majorité exploitée par une minuscule minorité. Les ultra-riches et puissants et les autres. À l’image d’un parasite qui se nourrit de l’énergie de son hôte, cette élite ne créé aucune valeur réelle et son pouvoir dépend entièrement de sa capacité à extirper et à accumuler la richesse produite par l’autre 99 % de la population mondiale. La misère des uns, fait la business des autres. Dans tous les cas, la survie de cette structure repose sur notre consentement, explicite ou tacite.

 

De tous temps, les classes dirigeantes entretiennent la peur et la division identitaire au sein de la population afin de détourner son attention et ainsi, faciliter le maintien de leur position au sommet. À un degré ou à un autre, nous avons tous été complices de cet ordre des choses. Toutefois, loin d’être une fatalité, nous pouvons toujours nous élever au-delà de ces adversités factices et réaffirmer notre souveraineté humaine.

 

La balle est dans notre camp

 

Que nous soyons homme ou femme, noir, blanc ou autochtone, natif ou immigrant, hétéro ou homosexuel, athée, chrétien ou musulman, col bleu ou blanc, francophone ou anglophone ou quoique ce soit d’autre, beaucoup plus d’éléments nous rassemblent que l’inverse. À vrai dire, nous sommes tous dans le même bateau. Nous avons les mêmes besoins et partageons les mêmes aspirations profondes. Nous avons à cœur le bien-être de nos proches et nous ne souhaitons de mal à personne. Nous voulons offrir une belle existence à nos enfants et à leur descendance. Nous tissons des liens avec des êtres en qui l’on reconnaît un peu de nous-même. Nous rêvons à une plus grande connexion avec la nature et aimerions lui démontrer davantage de respect. Nous contribuons au développement de nos communautés. Notre labeur est honnête. En retour, nous espérons une qualité de vie juste et équitable.

 

Chaque année, nous encaissons aussi les inflations et la hausse de charges de l’État pendant que nos salaires stagnent. Nous savons qu’une croissance économique infinie n’est pas possible dans un monde aux ressources naturelles limitées. Nous nous inquiétons de l’avenir de la planète et de la fin inévitable de cette ère de consommation. Dans cette chasse perpétuelle aux possessions, nous désirons ralentir notre rythme et prendre le temps de vivre. Au fond de nous, nous savons que tout ce qui monte doit redescendre. Malgré la grisaille, nous espérons que notre histoire se termine bien.

 

Il est temps que nous regardions l’état de notre monde avec lucidité. Des populations sous l’emprise d’une dictature financière implacable, elle-même menée par une poignée de gens qui n’ont aucune intention de délaisser de sitôt le pouvoir qu’ils exercent à l’abri des regards. Il est essentiel de comprendre les rouages occultes de ce système si nous souhaitons prendre la mesure des défis de notre époque et un jour, susciter un changement positif pour au moins les 7 prochaines générations. Modes émergents de gouvernance transparente et au service des communautés, souveraineté monétaire, coopératives financières, éco-communautés, autonomie locale, cheminement personnel et spirituel, éducation non-censurée et écoles alternatives, autonomie locale, arts engagés et autres. Les pistes de solution sont nombreuses.

Loin des projecteurs, une nouvelle culture se dessine et pour plusieurs, la transition a déjà débuté. Ce n’est que par la force du nombre de ceux qui trouverons en eux le courage d’agir, que nous pourrons nous donner les moyens d’un atterrissage collectif en douceur.

 

 

NOTES

 

[1] http://www.factcheck.org/2008/03/federal-reserve-bank-ownership/

[2] https://www.federalreserve.gov/newsevents/pressreleases/bcreg20160218a.htm

[3] https://fr.wikipedia.org/wiki/Syst%C3%A8me_de_r%C3%A9serves_fractionnaires

[4] http://lois-laws.justice.gc.ca/fra/lois/B-1.5/page-1.html

[5] http://ritholtz.com/2011/07/the-worlds-biggest-central-bank-has-private-shareholders/

[6] http://quebec.huffingtonpost.ca/dominic-goulet-lapointe/cadeau-empoisonne-des-trudeau_b_12689064.html

[7] http://www.oec.gc.ca/programme-epargne-salaire/employes/propos-programme/

[8] http://www.journaldemontreal.com/2017/03/23/le-canada-dans-le-rouge-pour-longtemps

[9] http://quebec.huffingtonpost.ca/dominic-goulet-lapointe/cadeau-empoisonne-des-trudeau_b_12689064.html

[10] https://www.iif.com/publication/global-debt-monitor/global-debt-monitor-june-2017

[11] http://www.teamstoendpoverty.org/wq_pages/fr/visages/chiffres.php

[12] https://www.oxfam.org/fr/salle-de-presse/communiques/2017-01-16/huit-hommes-possedent-autant-que-la-moitie-de-la-population

[13] http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/01/19/la-concentration-des-richesses-dans-le-monde-en-graphiques_4558914_4355770.html

[14] https://www.theguardian.com/money/2015/oct/13/half-world-wealth-in-hands-population-inequality-report

[15] https://www.theguardian.com/global-development/2017/jan/16/worlds-eight-richest-people-have-same-wealth-as-poorest-50

[16] http://www.businessinsider.com/95-of-income-gains-since-2009-went-to-the-top-1-heres-what-that-really-means-2013-9

[17] http://www.teamstoendpoverty.org/wq_pages/fr/visages/chiffres.php

[18] https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-159438-il-est-possible-deradiquer-la-faim-dans-le-monde-2018757.php

[19] http://ici.radio-canada.ca/sujet/manger-sans-gaspiller

[20] http://www.latribune.fr/economie/international/267-milliards-de-dollars-pour-en-finir-avec-la-faim-dans-le-monde-491434.html

[21] http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1002108/enfants-canadiens-pauvrete-rapport-campagne-2000-famille

[22] http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1004743/canada-pauvrete-progression-familles-faible-revenu

[23] http://www.cbc.ca/news/indigenous/institute-says-60-percent-fn-children-on-reserve-live-in-poverty-1.3585105

[24] http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/390067/peuples-autochtones-c-est-la-crise-au-canada-dit-le-rapporteur-special-de-l-onu

[25] http://www.lemonde.fr/economie/article/2011/09/12/les-multinationales-et-le-pouvoir-dans-l-economie-mondiale_1570886_3234.html

[26] http://www.swissinfo.ch/fre/etude-zurichoise_une-poign%C3%A9e-de-firmes-contr%C3%B4le-l-%C3%A9conomie-mondiale/31495932

[27] https://www.cambridge.org/core/journals/perspectives-on-politics/article/testing-theories-of-american-politics-elites-interest-groups-and-average-citizens/62327F513959D0A304D4893B382B992B

[28] https://poverty.ucdavis.edu/faq/what-current-poverty-rate-united-states

[29] https://www.cnbc.com/2017/05/02/how-us-defense-spending-stacks-up-against-the-rest-of-the-world.html

[30] https://www.theguardian.com/world/2017/feb/20/global-arms-weapons-trade-highest-point-since-cold-war-era

[31] http://www.journaldemontreal.com/2015/11/25/un-boys-club-discret-dans-les-ca-au-quebec

[32] http://www.journaldequebec.com/2017/01/13/les-quebecois-sont–plus-endettes-que-jamais

[33] http://m.finance-investissement.com/nouvelles/nouvelles-nouvelles/evasion-fiscale-trop-de-complaisance-2/

[34] http://lactualite.com/societe/2016/02/11/la-fin-des-paradis-fiscaux/

[35] https://www.fraserinstitute.org/fr/%C3%A9tudes/les-paiements-interets-sur-la-dette-publique-au-quebec-atteignent-14-8-milliards-de-dollars

[36] http://www.journaldemontreal.com/2016/01/05/les-interets-sur-la-dette-publique-ont-depasse-60-milliards–en-2014-2015

[37] http://www.ledevoir.com/documents/pdf/plan_nord_iris.pdf

[38] http://www.ledevoir.com/environnement/actualites-sur-l-environnement/508467/les-plans-d-eau-du-quebec-ouverts-aux-petrolieres

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Robert Bibeau

Robert Bibeau est journaliste, spécialiste en économie politique marxiste et militant prolétaire depuis 40 années.

2 pensées sur “SI L’ARGENT MÈNE LE MONDE, QUI MÈNE L’ARGENT ?

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    3 octobre 2017 à 11 11 50 105010
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    @ Marco Wingender.

    1) Que l’on débatte de l’argent, comme tu le proposes, ou de tout autre sujet d’économie-politique, le point de vue de classe est déterminant. Ainsi, selon moi TOUT LE MONDE NE COURS PAS APRÈS L’ARGENT… JE NE CROIS PAS.
    2) Nous vivons dans un mode de production capitaliste où l’argent a été inventé pour servir d’intermédiaire dans l’échange. Ainsi un ouvrier vend (échange) sa force de travail contre un salaire (de l’argent) dont cet ouvrier se servira pour acheter (échange) de la nourriture qu’un commerçant lui aura proposé (échange) – commercant qui aura lui-même acheté (échnange) à un distributeur qui aura acheté (échange) le pain d’un manufacturier qui aura acheté (échange) de la force de travail ouvrière et du blé au fermier qui lui a acheté (échange) des engrais et des semences à une multinationale chimique etc. etc.
    3) Bref, ARGENT = MOYEN D’ÉCHANGE ce après quoi cours l’ouvrier c’est de gagner ce qu’il lui faut pour se reproduire ainsi que sa famille et pour cela il vend sa force de travail.
    4) Le capitaliste lui cours après la valorisation de son capital = il existe en tant que capitaliste dans ce mode de production capitaliste que pour reproduire = grossir = valoriser le capital faire en sorte que 1 capital devienne 2 puis 3 etc.
    5) S’il ne le fait pas il sera éliminé par ses concurrents voilà tout, le système est ainsi fait, les milliardaires ont un talent spécial ou alors ils sont plus méchant que leurs concurrents et ainsi ils accumulent plus d’argent = ils tomberont de plus haut le jour de l’effondrement
    6) Dans le cours de ce processus L’ARGENT (NOTRE SUJET D’INTÉRÊT) sers encore une fois de représentant – d’intermédiaire – de symbole = représentant le capital en croissance = l’augmentation = suite à la valorisation du capital initial
    7) Quand le crash de la crise survient-il dans ce mode de production si succinctement résumé ???
    8) Le crash survient quand l’argent (que tout le monde chercherait selon vous) se rend autonome = EST RENDU AUTONOME PAR LES BANQUIERS = du cycle de reproduction élargie que j’ai décrit ci-haut.
    9) En d’autres termes quand l’argent au lieu de n’être qu’un symbole représentant la plus-value extorquée aux ouvriers prétend produire de l’argent = de la richesse comme si un dollars pouvait accoucher de deux dollars puis deux dollars engendrer 4 dollars sans production de bien – de valeur – extorquée – expropriée
    10) On dit alors que l’argent produit du crédit = de la dette qui ne pourra jamais être remboursée.
    11) Si la dette – argent – est minime la faillite sera minime = si la dette mondiale est colossale comme il est indiquée ici http://www.les7duquebec.com/actualites-des-7/les-banques-centrales-detiennent-le-tiers-des-obligations/
    Alors la crise de L’ARGENT SERA aussi colossale que la dette en argent Monkey – Monopoly de pacotille = non adossée a de la valeur
    12) Et tous ces gens auront couru toute leur vie après du vent

    Merci infiniment pour ton texte MARCO très documenté et structuré.

    Robert Bibeau http://www.les7duquebec.com

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    4 octobre 2017 à 16 04 24 102410
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    @Robert Bibeau – Merci pour ces commentaires éclairants sur la nature de l’argent comme moyen d’échange et ce qu’en a fait l’élite financière. Plus nous sommes nombreux à comprendre les rouages de ce système financier néo-libéral et à saisir son impact dans nos vies, plus de nouvelles solutions alternatives nous seront accessibles. Je vous remercie pour cette tribune que vous m’avez accordée.

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