Sur la « dissidence d’État » et d’éventuels « réseaux guénoniens » ; réponse à Un gars lambda et Ibrahim Nobel

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Ce qui suit est une réponse à deux intervenants sur Youtube avec lesquelles j’échange des informations. D’abord présenté sur mon blog, je le présente également ici au 7 pour lui donner un maximum de visibilité.

Sur la « dissidence d’État » et d’éventuels « réseaux guénoniens » ; réponse à Un gars lambda et Ibrahim Nobel

L’article qui suit est une réponse personnalisée rédigée à la première personne du singulier :
J’ai écouté les vidéos d’Un gars lambda et Kemikem sur la « dissidence » et René Guénon. J’ai préféré ne pas commenter à la page de présentation et plutôt m’expliquer ici, car nous entrons dans un sujet où l’infestation de trolls est terrible. Beaucoup d’obsédés du satanisme suivent les vidéos d’Un gars lambda, tout particulièrement celles portant sur le sujet qui lui a valu son premier pseudo, la dissidence d’État. Ce qui est quand même un peu étonnant car Un gars lambda n’aborde pas d’emblée les histoires de magie, d’occultisme, etc. Tout au plus, elles sont évoquées lors d’un détour dans sa réflexion, mais quand il s’y lance, il prévient toujours : « Je dis ça mais en même temps, je ne dis rien ». Je suis vivement intéressé à répondre à sa dernière vidéo Réponse à Kemikem. Réseaux guénoniens mais je n’ai pas le goût de me lancer dans des polémiques stériles avec des gens qui me considère comme sataniste sur le seul nom de mon pseudonyme sur Youtube, et qui n’auront pas d’autre argument que « va voir mes vidéos et fait des recherches ». Il est vrai que j’ai piqué quelques personnes sur l’ancien compte d’Un gars lambda mais lorsque viens le temps d’être plus sérieux, rien ne vaut son propre espace de partage sur le ouèbe.
Je peux exprimer ce que je pense de la question mais le commentateur Le rat en a déjà dit beaucoup. Je reprend ses trois commentaires :
Le premier est un commentaire indépendant :
Quel rapport avec Guénon ?
Les types de la nouvelle droite sont des néopaïens ( Dominique Venner, Alain de Benoist ). Qu’ils se réferent vaguement à cet auteur ( en en tirant que ce que les arrange, et en général ça ne va pas plus loin que la critique des idéologies étant à la matrice du monde moderne ) ne veut nullement dire que l’on a affaire à l’existence d’un « réseau Guénonien ». Dougine mêle également le nom de René Guénon à sa vision meta-politique ( « l’Eurasisme ), comme d’autres peuvent s’accaparer d’autres intéllectuels de manière plus ou moins non-légitime sur le fond. Par ailleurs, pour ce que j’en ai vu, les références de la nouvelle droit se trouvent plutôt du coté d’Ernst Junger, Schmitt ect… que Guénon. En cherchant bien en pourra à coup sur croiser Evola, mais là encore ce sera uniquement pour l’aspect polémique anti-chrétien. Ces gens font ce qu’ils veulent.
Pour l’aspect « iranophile », celui-ci n’est pas explicable par amour du Chiisme, car autrement c’est le nom de Henry Corbin qui serait mis en avant par tous ces petits milieux gravitant autour de la nébuleuse Soral/ LLP/ Kemi Seba.
En ce qui concerne la question du soufisme, il n’existe pas et n’a jamais existé de « soufisme Guénonien » . C’est une pure invention.
Les deux autres sont une réponse à Hadil HASLAFY sur une histoire de « messianisme guénonien » :
Il n’y a pas de messianisme décelable dans l’œuvre de René Guénon et le « soufisme Guénonien » est une pure invention. La Tariqa Alawiya a certes connu une branche européenne sous l’égide de Frithjof Schuon qui avait reçu l’autorisation du cheikh Ahmad Al-Alawi lui-même, mais l’objectif d’un tel travail consistait uniquement à faire connaître certains aspect de l’Islam encore trop peu connus à l’époque, aux européens. Guénon est en dehors de tout ça. C’est juste un intellectuel, qui de son vivant n’a jamais communiqué publiquement de son rattachement à une tariqa.
et
Tiens, sur la récupération de Guénon par la dissidence : http://oeuvre-de-rene-guenon.blogspot.fr/p/httpoeuvre-de-rene-guenon.html
Alors voilà. Ceci dit, les observations d’Un gars lambda sur la proximité entre la « dissidence » et les autorités iraniennes d’une part et la manie des « dissidents » de se réclamer de Guénon (Soral, Laïbi, Keba, Glauzy) sont réelles, mais je ne crois pas qu’elles soient connectées entre elles. Comme l’a fait remarquer notre commentateur, si cela avait été le cas, le nom d’Henri Corbin aurait été davantage avancé que celui de Guénon (je me rappelle avoir déjà vu une ou deux références à Corbin chez E&R mais c’est tout). Je crois personnellement que la proximité iranienne et les réclamations guénoniennes de la « dissidence » sont deux phénomènes différents, encore qu’on peut y voir d’étranges connections si l’on entre dans le mode « hypothèse farfalue », selon le mot d’Ibrahim Nobel.
Je pense toujours à ce que j’ai écrit dans mon article sur la fixation commune de Salim Laïbi et des autorités iraniennes sur la sorcellerie et à ce niveau, oui, il pourrait y avoir une connexion directe entre la proximité iranienne et les références à Guénon. Depuis le début de ma dénonciation du soralisme en janvier 2013, j’ai toujours soupçonné cette mouvance de mener une guerre anti-magie, entendez par « magie » toute voie initiatique authentique, basée sur des techniques concrètes pratiquées quotidiennement et non sur des discours théologiques grandiloquents à n’en plus finir sur l’importance de la foi aveugle en un Dieu qui parle exclusivement arabe ou latin. Les exemples sont nombreux, depuis les premières vidéos « Sorcellerie des élites » de Salim Laïbi jusqu’à Morgan Priest, qui est devenu de facto le nouveau lieutenant de Soral dans les affaires ésotériques, en passant par les Pédo-Templiers de Marion Sigaut, les lectures au premier degré de Crowley par Glauzy (empruntés à Ted Gunderson), la réduction de l’hermétisme à du Mk-Ultra de Lucien Cerise et sa prétention sur l’absence de transcendance dans la qabale, Farida Belghoul qui tente de se la jouer Jean Bodin (voir également ici et ) et pour couronner le tout, la consécration des Juifs sionistes comme étant des demi-dieux vivants par Soral avec son affirmation « les Juifs qabalistes sont les maîtres du monde » (avec ce genre de propos, je comprend pourquoi Propagande.info en arrivait à qualifier E&R d’ « antichambre du judaïsme »).
Je pense toujours que la « dissidence » mène une guerre anti-occultisme et je pense que René Guénon représente pour eux une porte d’entrée dans ce champ de bataille. En se réclamant de Guénon, ils affirment qu’ils s’y connaissent « sur ces affaires-là », ils s’établissent une autorité, et de là partent en campagne pour dénoncer le new-age, la magie, la sorcellerie, les symboles que l’on retrouve dans les films et les vidéoclips, et bien sûr, tôt ou tard, les satanistes-pédophiles sacrificateurs d’enfants (image issue des imaginaires hollywoodien et évangéliste états-unien reprise pour faire un argument facile basé sur la réaction émotive). En fait, la « dissidence » et la « nouvelle droite » cherchent à récupérer le concept de la « filiation initiatique » qu’avait forgé Guénon afin de s’établir une autorité personnelle qui va au-delà du politique et de l’idéologique, car celle-ci est très claire : en-dehors de toute tradition reconnue par Guénon, point de salut (à relire ici le mot de Denis Labouré sur cette histoire de « filiation »). Cette « filiation » est ensuite confondue avec « la tradition de la France » et avec la « succession apostolique » de l’Église Catholique et le tour est joué, la « dissidence » se prend pour la race supérieure des chefs qui défendent la France profonde contre les pillards Juifs-mages-noirs qabalistes maçonniques communistes-marxistes et leurs golems. C’est l’hybris que procure cette idée de filiation qui amène des gens comme « Laurent G » et « Salih Ha » à aller sur la vidéo de Philippe Pissier proclamer la supériorité de René Guénon sur Aleister Crowley alors qu’ils n’y ont rien compris, ni à l’un ni à l’autre. Cette « filiation » qui leur permet d’accuser d’être « contre-initiatique » quiconque qui n’est pas de leur côté dans les sujets du spirituel.
Peut-être est-ce que je pousse loin avec mon hypothèse farfelue de Guénon, arme anti-sorcellerie de la « dissidence » mais une chose est sûre cependant : à l’existence de la magie, ils y croient. Ils la qualifient peut-être de démoniaque, satanique, contre-initiatique, anti-traditionnelle mais reste qu’ultimement, la « dissidence » croit en l’existence de la magie. Pas d’une façon subtile, comme les trois paradigmes de Frater U.’. D.’., mais d’une façon très infantile à la manière hollywoodienne ou religiosité superstitieuse, de style « oui, les anges et les démons existent pour vrai, c’est vraiment ça la réalité après la mort physique » ou encore « le démon apparaît réellement dans notre monde physique via le triangle d’évocation ». Du très naïf « spirit model de premier niveau » ou « spirit model littéral » selon mes expressions personnelles. Et ce qui m’étonne avec cette croyance magique de la « dissidence », c’est que leurs adversaires n’en profitent pas pour s’en servir contre elle. Je suis surpris qu’un Asselineau n’en profite pas pour dire : « Voyez à quel point ils ne sont pas sérieux chez Alain Soral, ils croient à l’efficacité de la poupée aux aiguilles » ou quelque chose d’autre du genre.
Pour ce qui est d’éventuels « réseaux guénoniens », je ne saurais dire mais dans le cas de Laïbi, j’ai déjà expliqué dans un article précédent que celui-ci ne s’intéresse qu’à l’aspect coup-de-gueule de Guénon, à savoir les charges contre le spiritisme, le théosophisme et la dénonciation de tout ce qui serait « contre-initiatique», hors de la « filiation authentique ». L’obèse Marseillais qui se targue d’avoir fait des centaines de lectures dans toutes les traditions se sert de ce qu’il peut récupérer de Guénon pour valider son business de SatanismBusters et c’est tout. Autrement, un simple court extrait comme celui que j’ai présenté sur L’oeil qui voit tout dans la triangle, qui ne va pas du tout dans le sens du dentiste, le prend au dépourvu et il est incapable de répondre, et à ce que je me souvienne, je ne me rappelle pas non plus avoir vu une quelconque réplique de sa part contre Tagada du site Oeuvre de René Guénon.
Personnellement, si je voulais creuser davantage la question de « réseaux guénoniens », je reviendrais au début de 2013 avec l’étrange Collectif Amanah, dont nous n’avons jamais su le fin mot de l’affaire. Ce « groupe » anonyme arrivé de nulle part avait réussi à obtenir une entrevue avec le top de la dissidence à l’intérieur-même de la Main d’Or et ensuite une seconde entrevue avec l’autre top, le locataire du théâtre en question. Quand on connaît l’importance que se donne Soral et la difficulté de le rejoindre, c’était déjà tout un exploit qu’avec accompli ce « collectif » au curriculum vierge. Je me rappelle très bien quand cela avait été rapporté dans la section commentaires de Dans la peau d’Alain Soral : Avec sa vidéo sur Soral, le Collectif Amanah avait publié une page Facebook qui existe toujours trois ans plus tard. Il avait été remarqué par les différents commentateurs dont moi que les deux premiers amis Facebook du collectif avait été E&R et Salim Laïbi, et cela avait été fait presqu’immédiatement avec la parution de la page. Là encore, comme dirait Un gars lambda : « C’est particulier ». Nous avons tous pensé, et j’en ai parlé dans mon troisième Coup de gueule contre Soral, que ce collectif était en fait la création personnelle de Laïbi qui voulait se lancer davantage dans le discours géopolitique zozotérique. Je pense encore aujourd’hui que cette histoire fut une collaboration Soral-Laïbi à l’instigation de ce dernier mais je ne m’explique pas, en-dehors d’une complicité toujours effective entre les deux lascars, pourquoi le compte Youtube et la page Facebook du « collectif » sont-ils toujours accessibles au moment où j’écris ces lignes. Reste que ce « collectif » tient Guénon en référence principale et il est à conserver dans le dossier « Dissidence d’État/Réseaux guénoniens ».
Le sujet ne s’arrête pas là mais moi je m’arrête ici pour le moment. Si je m’attarde trop, le texte risque de ne plus être à jour. Je vais fort probablement y revenir ultérieurement, et peut-être Un gars lambda et Ibrahim Nobel auront droit à une réponse de vive voix de ma part. Il est assez ardu d’exprimer le fond de sa pensée sur l’actualité dissidentologique exclusivement à l’écrit et le besoin de se fera peut-être sentir d’utiliser un média plus direct.
Charles Tremblay
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Charles Tremblay

Fondateur de la revue La Jérusalem des Terres Froides. blog : http://jerusalemdesterresfroides.blogspot.ca/

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