Synode 2015 : succès ou échec ?

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DOMINIQUE BOISVERT :

 

J’ai lu des dizaines de bilans : chacun a son avis. Voici le mien.

Vu du point de vue du monde ordinaire (non religieux), difficile d’y voir un succès. Une Église largement déconnectée de la réalité contemporaine, et pour cette raison discréditée dans l’esprit de la majorité, n’a réussi à franchir aucun seuil significatif, ni même à poser le moindre geste symbolique qui aurait pu capter l’imagination et rouvrir un espace possible de dialogue.

Pour l’opinion publique et les médias, ce Synode dont on attendait beaucoup (trop?) n’aura rien donné de significatif : avant comme après, c’est resté l’affaire de quelques centaines d’hommes en robes âgés qui ont discuté entre eux de choses qu’ils ne sont pas censés connaître, sinon de seconde main : couples, familles, homosexualité, divorces et remariages, etc. Non seulement la moitié de l’Église (la plus nombreuse et la plus active) était pratiquement absente (les femmes), mais ni les quelques couples présents, ni les trois religieuses invitées, n’avaient le droit de vote. Pas étonnant qu’une assemblée aussi éloignée de la réalité discutée donne aussi peu de résultats tangibles et crédibles.

Vu du point de vue du monde ecclésial (un monde de plus en plus restreint en Occident), le Synode n’a pas marqué d’avancée significative, mais aucun recul non plus. L’entreprise d’ouverture du pape François, qui était menacée en coulisse, demeure prudemment confirmée. Mieux encore, les fins observateurs de l’Église peuvent avec raison, à mon avis, voir dans le dernier Synode quelques motifs de réjouissance ou indices de progrès… à l’échelle de l’Église. Car il ne faut jamais oublier que l’Église part de si loin que bien des choses normales ou évidentes dans la société constituent de véritables révolutions dans l’Église!

Parmi ces avancées importantes, mentionnons:

la totale liberté de parole (jusqu’au manque de charité chrétienne chez certains, comme l’a souligné le pape) : liberté bâillonnée depuis des décennies et qui ne pourra sans doute jamais être ramenée au silence;
l’apparition publique officielle de profonds désaccords entre les divers responsables de l’Église : l’unanimité de façade permettait une sécurité factice alors que les chrétiens devront désormais apprendre à croire par eux-mêmes;
la prise de conscience de très grandes différences culturelles dont l’Église universelle devra apprendre à tenir compte : il serait pratiquement impossible et évangéliquement colonialiste d’imposer aux Églises africaines des valeurs maintenant partagées dans certaines sociétés occidentales;
l’opposition plus clairement définie entre les compréhensions dogmatique et pastorale de l’Évangile : Jésus est-il venu annoncer des Vérités auxquelles nous devons conformer nos vies (approche déductive) ou l’amour et la miséricorde à des humains imparfaits invités à un idéal dont il indique le chemin (approche inductive)?;
la mise en marche concrète d’une Église synodale, plus collégiale et décentralisée : une des seules « avancées » du Rapport final concerne d’ailleurs la réintégration des divorcés remariés qui est renvoyée à la conscience éclairée des personnes concernées en lien avec leur Église locale;
et finalement, point passé généralement inaperçu, une brèche de facto dans la forteresse cléricale de l’Église : pour la première fois, un religieux « frère » (c’est-à-dire non clerc) a été reconnu « père synodal » à part entière (avec droit de vote) ce qui ouvre théologiquement la porte à tous les non clercs, et en particulier à toutes les femmes (pour l’instant exclues du clergé).
Texte rédigé le 3 novembre 2015 pour Rencontre, le magazine du Centre culturel chrétien de Montréal, vol.5 no13 de Décembre 2105-Janvier-Février 2016.

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Dominique Boisvert

Membre du Barreau pendant 20 ans, Dominique Boisvert a choisi de travailler essentiellement en milieux populaires dans les domaines de la solidarité internationale, des droits humains, des immigrants et des réfugiés, de l’analyse sociale, de la paix et de la nonviolence et des questions spirituelles. Co-fondateur du Réseau québécois pour la simplicité volontaire (RQSV) en 2000, il a publié aux éditions Écosociété L’ABC de la simplicité volontaire (2005) et ROMPRE! ou Le cri des « indignés » ( 2012). Il a également publié aux Éditions Novalis, Québec, « tu négliges un trésor ! Foi, religion et spiritualité dans le Québec d’aujourd’hui » (2015) et La « pauvreté » vous rendra libres !, Essai sur la vie simple et son urgente actualité (2015). Il anime, depuis 2010, le blogue du RQSV (www.carnet.simplicitevolontaire.org) et il a aussi son propre site (www.dominiqueboisvert.ca) depuis le printemps 2014.

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