Transmettre quoi ?

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DOMINIQUE BOISVERT :
Je fais partie des «boomers», dont les parents étaient souvent très croyants, mais dont la vaste majorité a déserté, plus ou moins bruyamment, l’Église et ce qu’elle représente Je suis de la petite minorité qui n’a pas quitté et qui considère toujours l’Évangile comme un précieux trésor transmis en héritage de génération en génération(1).

Mais comment transmettre l’héritage si les héritiers ne sont même pas conscients de l’existence d’un testament, et encore moins intéressés par son contenu? Et d’ailleurs transmettre quoi au juste?

Un catéchisme (et d’ailleurs, lequel)? Ça ne présente vraiment aucun intérêt, sinon historique. Une pratique liturgique régulière? Honnêtement, ce qui en reste n’est guère parlant pour les non-initiés et réussit à grand peine à garder ouverts des bâtiments souvent patrimoniaux. Les sacrements? Ces «signes» ne peuvent justement être signifiants que dans un contexte de sens qui a (presque) complètement disparu dans notre société. La Parole? Alors là, oui, peut-être est-ce encore possible…

Car la Parole, elle, subsiste au-delà des Églises et de leurs formes transitoires, au-delà des modes sociologiques, au-delà de notre désintérêt actuel. L’ex-compagne de mon fils a eu son premier contact avec le christianisme dans un cours universitaire de… littérature: l’écrivain juif Naim Kattan enseignait à l’aide des grands textes de l’Ancien Testament!

La Parole (et pour moi, particulièrement l’Évangile) défie le temps et, dans notre foi, demeure vivante. Il n’y a que Dieu qui peut encore parler aux humains, à sa manière, souvent déroutante (l’Esprit souffle où il veut).

De notre côté, qui nous désolons du peu de succès de notre effort de transmission, nous ne pouvons que faire de notre mieux (bien sûr) mais surtout nous en remettre à Dieu pour qu’il rende sa Parole audible et agissante.

Et du côté de ceux qui se questionnent et pourraient manifester un intérêt, il ne peuvent que désirer, souhaiter ardemment la rencontre, se mettre à l’écoute: Dieu répond toujours, à sa propre façon.

Mais une relation amoureuse (même avec Dieu), ça ne se «transmet» pas. Ça peut se désirer, mais personne ne peut la contrôler, la donner, la garantir. Ça se découvre et ça se vit, sans autre mérite que l’émerveillement.

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(1) J’ai publié, en septembre 2015, un petit livre sur ce sujet: Québec, tu négliges un trésor! (Novalis, 111 pages). Sur les générations qui se sont transmis la bonne nouvelle de Jésus à travers les âges, je ne peux m’empêcher de référer à l’exceptionnelle série de Michel Clévenot, «Les hommes de la fraternité» (12 volumes de 30 séquences chacun, déroulant l’histoire des chrétiens souvent disparates et même des non chrétiens aussi interpellés par Jésus: Éditions Retz, 1981-1993).

(Texte publié sous une forme légèrement modifiée dans la rubrique «Questions spirituelles» du site de l’Office de catéchèse du Québec)

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Dominique Boisvert

Membre du Barreau pendant 20 ans, Dominique Boisvert a choisi de travailler essentiellement en milieux populaires dans les domaines de la solidarité internationale, des droits humains, des immigrants et des réfugiés, de l'analyse sociale, de la paix et de la nonviolence et des questions spirituelles. Co-fondateur du Réseau québécois pour la simplicité volontaire (RQSV) en 2000, il a publié aux éditions Écosociété L'ABC de la simplicité volontaire (2005) et ROMPRE! ou Le cri des « indignés » ( 2012). Il a également publié aux Éditions Novalis, Québec, « tu négliges un trésor ! Foi, religion et spiritualité dans le Québec d'aujourd'hui » (2015) et La « pauvreté » vous rendra libres !, Essai sur la vie simple et son urgente actualité (2015). Il anime, depuis 2010, le blogue du RQSV (www.carnet.simplicitevolontaire.org) et il a aussi son propre site (www.dominiqueboisvert.ca) depuis le printemps 2014.

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