Trump, le Pentagone et le Moyen-Orient

Par Caleb Maupin (revue de presse : New Eastern Outlook – Extrait – 2/8/17)*

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Avant même que Trump n’accède au pouvoir, une subtile hostilité envers la CIA transparaissait dans sa campagne présidentielle. Il s’en prenait aux résultats de la politique étrangère nationale particulièrement celle suivit en Syrie et en Libye à laquelle la CIA avait contribué. Au cours de son débat avec Hilary Clinton, il avait critiqué le financement des rebelles syriens et répété que la politique d’Obama et de H. Clinton avait engendré l’Etat islamique.

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Trump avait mis au goût du jour ce qui avait la cote avec les militaires. Son  mot-clé était  « force » car l’idée récurrente, au sein de l’élite militaire US, qu’un gros budget militaire et des interventions armées directes donneraient des Etats-Unis l’image d’un pays plus fort à l’inverse des partisans d’une influence diffuse et d’un pouvoir plus« soft ».

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Par  moments, Trump lui-même a semblé se contredire en matière de politique étrangère. Ce n’est pas un secret qu’au sein des soldats du rang, de la classe ouvrière blanche, des communautés rurales dont ils sont souvent originaires, les sentiments isolationnistes de la  droite sont très répandus. Trump avait joué sur ses affinités lorsqu’il évoquait les mauvais résultats du « changement de régime » et lançait son slogan« l’Amérique d’abord ».

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Au même moment, il incitait le Pentagone à la force disant que la « ligne rouge » d’Obama à propos des armes chimiques ne « représentait rien ». Critiquer un président qui ne donnait pas suite à ses menaces d’attaques contre un pays semblait à l’opposé de ses efforts pour flatter l’isolationnisme mais cela servait ses appels du pied aux militaires. Parallèlement à ses critiques sur la politique étrangère et ses diatribes isolationnistes, il réclamait une augmentation des dépenses militaires. Sa rhétorique garantissait l’isolationnisme des soldats de base, la soif de pouvoir des généraux et les ambitions du complexe militaro-industriel pour de plus amples profits.

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La prise de bec de Trump avec la CIA est publique et largement reconnue même dans les principaux médias US. Les agences de renseignements continuent de répéter- sans apporter de preuves- que « l’intervention des Russes » pendant les élections de 2016 a aidé Trump. Une série de fuites en provenance de l’administration a fait route vers la presse.

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L’administration Trump a répondu en handicapant dramatiquement les opérations de la CIA au Moyen-Orient. Le décret présidentiel d’interdire les voyages à partir de six pays a vite été «  appelé» le «  Muslim ban»(décret anti-immigration musulmane) dans la presse US. Mais en réalité, il visait tous les citoyens de sept pays au départ, l’Irak ayant, pas la suite, été retiré de la liste.

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Le Soudan, l’Iran, la Syrie, le Yémen, la Libye et la Somalie sont tous, actuellement,  le siège de conflits et dans chacun de ceux-ci, les agences de renseignement US cherchent à influencer certaines forces et à les coordonner. Comme remarqué sur Fox News par un opposant à l’ « interdiction », celle-ci empêche la CIA de récompenser ceux qui accomplissent leur mission grâce à des visas. Un pot-de-vin  principal de ce « pouvoir soft » a ainsi été enlevé à la CIA pour ses opérations au Moyen-Orient. Enfin Trump a fermé le programme de formation en Syrie des rebelles gouvernementaux de la CIA (Timber Sycamore) selon certains rapports. Il a accusé Obama de l’avoir mis sur écoute pendant la campagne présidentielle.  Trump a aussi voulu inscrire sur la liste des organisations terroristes les Frères Musulmans, qui travaillent en étroite collaboration avec la CIA à travers le monde. Cette organisation a été le socle de la lutte contre le socialisme arabe pour le miner et le combattre pendant la guerre froide et plus récemment, elle a été essentielle dans les manipulations de la CIA du printemps arabe et dans le chaos créé en Syrie et en Libye.

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Le gouvernement turc qui tire son soutien des Frères musulmans penche beaucoup moins vers les Etats-Unis qu’il n’y a quelques années. Le différend entre l’Arabie saoudite et le Qatar, partisan des Frères musulmans reflète peut-être les divergences dans la structure du pouvoir à propos des relations avec cette organisation et son utilisation dans la lutte contre des gouvernements indépendants.

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Tout en se présentant comme isolationniste, Trump fait exactement ce qu’Obama avait refusé de faire, à savoir lancer des attaques directes contre le gouvernement syrien.  Nombreux dans sa base sont furieux et des faucons de longue date, comme Ann Coulter, ont dénoncé son initiative même si des membres de renom du parti républicain ont loué ce bombardement,  en employant le mot favori des militaires, une « démonstration de force ».

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Même si Trump reste président des Etats-Unis, la presse lui est cependant fermement opposée. Cela ne doit pas surprendre dans la mesure où la CIA, et non le Pentagone, est en relation étroite avec les médias influentes. Depuis les jours du « Projet Mockingbird » (Oiseau moqueur) à aujourd’hui, la CIA a œuvré âprement à forger l’opinion publique, particulièrement en matière de politique étrangère. Le volume de « fuites anonymes » de l’agence de renseignement vers la presse traduit la relation permanente entre ces agences et les médias.

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Caleb Maupin est un militant politique, journaliste et analyste américain membre du Parti mondial des travailleurs (WWP).

 

Traduction et Synthèse : Xavière Jardez

*Source:  New Eastern Outlook

Du même auteur:

Silence médiatique: Une mission humanitaire au secours du peuple yéménite

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Robert Bibeau

Robert Bibeau est journaliste, spécialiste en économie politique marxiste et militant prolétaire depuis 40 années.

5 pensées sur “Trump, le Pentagone et le Moyen-Orient

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    20 août 2017 à 5 05 31 08318
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    La référence au Projet Mockingbird est très très juste.
    L’Opération Mockingbird, quant à elle, est déjà officiellement du passé ; le directeur de la CIA d’alors, un certain George H. W. Bush***, en a clôturé les activités, au moins en partie, en février 1976 – deux mois avant la présentation finale du rapport Church au Congrès. […]
    Et comment ne pas penser ici à Garry Webb, mais surtout à Udo Ulfkotte ?
    https://jbl1960blog.wordpress.com/2017/07/30/en-souvenir-dudo/

    Voilà aussi pourquoi il est choquant, à mon sens, d’entendre Père & Fils, la Bush en cœur, affirmer que l’Amérique lutte contre le racisme. Et Oblabla, le dernier empereur de l’Empire déglingué faire référence aussi bien à Martin Luther King qu’à Mandela dès lors que l’Amérique messianique moderne s’est construite sur le présupposé de « Tuer l’indigène pour sauver l’homme » blanc et de surcroit chrétien…
    Martin Luther King avait aussi dit ceci : « Notre nation est née dans le génocide lorsqu’elle embrassa la doctrine que l’américain originel, l’Indien, était un être inférieur. Avant même qu’il y ait eu un grand nombre de nègres sur nos côtes, la balafre de la haine raciale avait déjà défiguré la société coloniale. »

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    20 août 2017 à 5 05 39 08398
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    Rappelez-vous de la sortie de Ben Carson, Ministre du logement, pour défendre l’arrêt anti-immigration de Trump : Le ministre du Logement de Donald Trump, Ben Carson, qui est lui-même noir, a déclenché un tollé lundi en affirmant que les esclaves ramenés d’Afrique étaient des «immigrés » qui avaient «un rêve» américain. https://jbl1960blog.wordpress.com/2017/03/07/ben-carson-a-fait-un-reve/

    Manifestement il n’a jamais vu la série « Racines/Roots » lui…
    Et pourtant c’est sous le prisme Zunien, mais que c’est instructif notamment sur la justification de l’esclavage par les colons/envahisseurs/exterminateurs qui avaient déjà subjugués et conquis leur nouveau monde aux peuples originels…

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    20 août 2017 à 5 05 46 08468
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    Que ce soit Trump, Killary, ou qui que ce soit d’autre, à partir du moment où l’Empire anglo-américano-christo-sioniste s’est construit sur ce présupposé ► https://jbl1960blog.wordpress.com/2017/06/25/tuer-lindigene-pour-sauver-lhomme/
    Totalement légitimé par le slogan de campagne « America First » l’Amérique d’abord, cela ne peut pas continuer ainsi, non ?
    Et quand Kissinger affirme que « l’idée de dominer le monde est presque dans l’ADN des États-Unis » ?

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    20 août 2017 à 5 05 53 08538
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    https://jbl1960blog.wordpress.com/2017/03/24/la-posture-guerriere-de-trump-par-mohawk-nation-news/

    Le président américain Trump se positionne pour une guerre avec la Chine au sujet de la Corée du Nord. Il a dit de manière implicite : “Nous devons 1700 milliards de dollars à la Chine et nous ne paierons rien de cela. Nous sommes plus puissants qu’eux et nous allons les forcer à faire ce que nous voulons en rapport avec la Corée du Nord. Ils feront ce qu’on leur dit de faire ou on va les atomiser.”

    C’est croire que Trump était contre la guerre, qu’il allait drainer le marais et couper la tête du serpent que tous savait être le « régime » israélien qui a mené l’Amérique là où elle est aujourd’hui…
    Comme Paul Craig Roberts par exemple : Donald Trump, en tant que président des États-Unis, était l’espoir de l’humanité, ou bien, devrais-je dire, l’espoir de cette partie de l’humanité consciente du danger inhérent à la provocation de conflits entre puissances nucléaires.
    PCR qui aurait bien participé au gouvernement Trump, et était sous-secrétaire d’État sous Reagan !

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    11 octobre 2017 à 12 12 01 100110
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    Le grand mensonge est depuis 5 milles ans ce sur quoi ce monde est bâti. Il a été retructuré il ya 2 milles ans. On y a ajouté le Darwinisme chemin fesant et d’autres éléments dont l’insécurité érigé en système.

    Règne la loi du plus fort et la menace de mort. La monarchie Européenne a tué tous les autochtone de la terre en a fait des esclave exploités pour le bénéfice de quelques un. Ils ont même fini par croire que c’était pour leurs bien et sont devenus propriétaire de leurs chaînes.

    Il n’existe qu’une Réalité et elle n’est pas le produit du cerveau humain, elle est a découvrir a l’intérieur de chacun en harmonie avec les autres, la terre et l’univers.

    Quand les esclaves des champs se rebelles on les mènes a l’abattoir sous de nouveaux codes : ww1,ww11, ww111 avec l’aide des esclaves de la maison.

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