Un crime et ses interrogations

Demonstration in memory of Boris Nemtsov in MoscowJe suis Boris Nemtsov

CHÉRIF ABDEDAÏM :

Le 27 février 2015, à Moscou, l’agent occidental Boris Nemtsov est abattu de plusieurs balles dans le dos. Aussitôt, les inspirateurs/organisateurs de l’attentat accusent Poutine de ce crime. Le président russe, lui, condamne l’attentat. Pour dissiper les derniers doutes : « l’opposition russe » utilise le slogan Je suis Boris directement inspiré du Je suis Charlie du 7 janvier. Mêmes auteurs, mêmes mots d’ordre…

Ces derniers temps, Nemtsov avait animé, en Russie, des manifestations de soutien à la junte ukrainienne – manifestations autorisées mais parfaitement marginales. Mort, il est beaucoup plus utile à ses maîtres qui s’efforcent depuis plus d’un an de créer un fort sentiment antirusse en Occident.

Ainsi, la question qui s’impose est : « A qui profite le crime ? » Croire que le Président Poutine, dans l’état actuel de la très forte popularité où il se trouve, avec un soutien populaire inédit de l’ordre des 75 % de popularité, pourrait s’avancer à ordonner un acte aussi terrible est mal connaître et la Russie et les Russes.

Ce serait insulter l’intelligence et l’habileté du chef de l’Etat de la Fédération de Russie, de penser qu’il aurait besoin d’un tueur pour supprimer un opposant politique qui ne représentait qu’une infime frange de la population russe et qui ne représentait plus guère que lui-même. Rappelons également que lors des dernières marches à Moscou, les médias occidentaux avaient repris des images des manifestations de 1991, où se trouvait plus d’un million de personnes dans les rues, pour faire croire à l’opposition massive qui aurait été celle des années 2012 et 2013. En réalité, ces marches ont rassemblé entre 5 à 30 000 personnes, dans une ville de plus de 15 millions d’habitants.

Cela dit, ceux à qui profite ce crime serait, en premier lieu, la Junte de Kiev. Cela lui permettra de lancer l’argument qu’il ne sera plus possible aux Occidentaux de traiter avec le Président Poutine. L’assassinat pourrait bien avoir été commandité, de manière concertée ou non par un tueur isolé de l’extrême droite ukrainienne. De nombreux Ukrainiens vivent sur le territoire de Russie, l’opération était facile à mener. Plus que pour le gouvernement de Porochenko, les partis néo-nazis Svoboda et Pravy Sektor se frotteront les mains. Aussi, si nous scrutons le passé, ce crime rappelle pour beaucoup, la tentative qui fut faite de créditer les Russes ou les insurgés de la Novorossia (avec du matériel russe) de la destruction de l’avion malaisien. Il rappelle également le double crime de l’héritier du trône des Habsbourg à Sarajevo en 1914 et quelques jours avant la guerre du célèbre journaliste Jean Jaurès. Car la mort de Boris Nemtsov pourrait avoir des conséquences au moins aussi graves que celles de ces deux personnages historiques qui déclenchèrent mécaniquement la Première Guerre mondiale. Il est évident que le gouvernement de Porochenko et les extrémistes nationalistes néo-nazis ukrainiens seront de grands bénéficiaires de ce meurtre.

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Chérif Abdedaïm

Chérif Abdedaïm est journaliste écrivain algérien. Auteur de plusieurs essais et recueils de poèmes dont « Aux portes de la méditation », « Le Bouquet entaché », « Abdelhafid Boussouf, le révolutionnaire aux pas de velours », « Constantine, la saga de beys », « la Contrée désolée », etc.

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