Un écrin pour les trésors du Vatican

Nous poursuivons avec notre petite série d’articles dédiés à l’Art des monuments religieux, vibrants témoignages d’une culture catholique qui aura contribué à irriguer le dernier millénaire qui vient de rendre l’âme. 

PATRICE-HANS PERRIER :

 

 

Nous reprenons une critique d’exposition composée pour le site Internet de la station radiophonique RADIO VILLE-MARIE en 2005. La Fabrique de la paroisse Notre-Dame de Montréal venait tout juste d’inaugurer un espace multifonctionnel au sein même de la crypte de la Basilique Notre-Dame et prenait la décision d’ouvrir cet espace sous-terrain au grand public. Ainsi, pour la première fois en 175 ans d’histoire, les entrailles de la Basilique Notre-Dame devenaient accessibles pour le plus grand plaisir des amateurs d’architecture.

Faisant d’une pierre deux coups, la Basilique Notre-Dame accueillait, cette même année, une extraordinaire exposition dédiée aux trésors du Vatican. Nous avons parcouru cette exposition inusitée avec un brin de curiosité et certaines arrière-pensées … l’opulence des trésors de la papauté pouvant choquer les âmes sensibles. Et les coeurs hésitants …

 

 

 

Se refaire une beauté

La crypte de la Basilique Notre-Dame était pratiquement laissée à l’abandon, alors que ses espaces souterrains servaient de simple lieu d’entreposage. Un lieu au potentiel inestimable qui n’attendait plus qu’un prétexte afin de se métamorphoser. C’est ainsi que sous les auspices du «Governatorato de la Cité du Vatican» une formidable exposition s’est matérialisée afin de faire voyager des artefacts qui n’étaient jamais sortis de Rome.

Lien: http://www.vaticanstate.va/content/vaticanstate/fr/stato-e-governo/struttura-del-governatorato/organigramma/stato-citta-del-vaticano.html

Les instigateurs de la rénovation de la crypte souhaitaient marquer un coup d’envoi qui puisse saisir l’opinion publique et susciter un mouvement de convergence vers ce haut lieu de notre héritage religieux. D’importants travaux de rénovation et de réaménagement ont été entrepris afin de «transformer ce lieu en espace de diffusion répondant aux normes muséales les plus élevées», aux dires des responsables du projet.

Il s’agit d’un projet muséal de grande envergure dont «l’objectif premier était de redonner cet espace à la communauté montréalaise», tenait à souligner Yoland Tremblay, le directeur de la Fabrique de la paroisse Notre-Dame de Montréal, lors de la soirée d’inauguration, le 2 juin 2005. Qui plus est, l’équipe autour de M. Tremblay n’a rien ménagé pour faire de la Basilique un écrin privilégié afin de recevoir des événements culturels de prime importance.

 

Recevoir permet de donner en retour

Montréal, ville ouverte sur le monde, réceptacle des autres cultures, devrait-on dire, puisque la nouvelle «Ville Marie» suscite toujours des mouvements de convergence qui contribuent à consolider sa réputation internationale. Cette fois-ci, les montréalais ont frappé un grand coup, avec la complicité de quelques joueurs à l’international. C’est ainsi qu’est née l’exposition «Saint-Pierre et le Vatican / l’héritage des papes», l’une des plus grandes collections d’œuvres d’art, de documents et d’objets historiques du Vatican à avoir pris le chemin des Amériques.

 

 

Cette exposition «panoptique», pourrait-on dire, permet d’embrasser toute l’histoire de la papauté, de l’apôtre Pierre jusqu’à Jean-Paul II, ce pape grégaire par excellence. Il s’agit donc d’un regard impressionnant sur vingt siècles de papauté, mais aussi d’histoire de l’humanité, qui est traitée comme un passage en «accéléré» à travers les mailles du temps. La qualité des rénovations de la crypte conjuguée au déploiement du parcours de l’exposition nous plonge dans une atmosphère qui rappelle un peu les catacombes ou certaines salles pontificales.

Rien n’a été ménagé pour nous plonger dans les vestiges de la chrétienté, faisant en sorte que le parcours de l’exposition puisse se comparer à une remontée dans le temps. Dès le départ, le «promeneur solitaire» (dixit Apollinaire) se trouve en présence d’une reconstitution frappante de la nécropole du Vatican au IIe siècle. Des lampes à l’huile vétustes illuminent le chemin qui mène jusqu’à la reproduction, grandeur nature, du tombeau de Saint-Pierre. Le ton est donné : il s’agit d’une exposition traitée sur le mode de l’intimité et du dévoilement, au gré d’un parcours initiatique qui lève le voile sur des «parcelles d’éternité», pour reprendre l’expression d’un astrophysicien bien connu.

 

 

Les entrailles du Vatican

La promenade au cœurs de cette exposition déconcertante nous permet de réaliser que la papauté s’est érigée sur le mode des plaques tectoniques, une école de pensée se superposant sur la précédente, un nouveau pape s’inspirant des habitudes d’un lointain prédécesseur… au point qu’il y a lieu de se questionner au sujet des déterminismes historiques et culturels qui conditionnent l’accession à la papauté. L’Église de Saint-Pierre a été construite sur les vestiges de l’empire romain et nombre d’artefacts viennent témoigner avec éloquence de cette coexistence de la culture romaine et du christianisme des débuts.

 

 

Les éclairages sont traités à l’avenant, jamais trop violents, toujours d’une limpidité exemplaire, juste assez tamisés pour que nous puissions déchiffrer sans peine les notices et autres tableaux synoptiques qui font le lien entre certains temps forts de la papauté et l’histoire universelle. Un parcours exemplaire qui nous rappelle la très grande magnitude d’une institution vouée à rayonner «urbi et orbi».

Le traitement quasi archéologique de certaines salles et le ton de cette exposition nous aident à saisir que la papauté, à l’instar de la chrétienté, s’est déployée à la manière des cercles concentriques dans l’écorce d’un arbre. L’empereur Constantin, converti au christianisme, ordonna la construction d’une première basilique érigée au-dessus du tombeau de Saint Pierre. Un ouvrage qui allait illustrer à merveille l’interpénétration des cultures, puisque l’empereur fournit la main-d’œuvre et les matériaux, dont une majeure partie provenait des ruines de certains édifices romains.

 

 

Le promeneur qui possède assez d’imagination et d’ouverture d’esprit pourra se laisser aller à des rêveries qui le transporteront d’une époque à une autre, lentement, mais sûrement. Un peu sur le mode des changements d’échelles, comme dans «Alice aux pays des merveilles», vous serez amenés à vous accroupir devant une immense maquette de l’ancienne basilique constantinienne.

 

 

La beauté, la précision et la perfection de cette maquette, réalisée en résine et en poussière de marbre, est telle que nous serez littéralement «aspirés» vers les temps de l’antique chrétienté. Le promeneur se rapetissant à l’échelle de la maquette, l’exposition disparaît, la crypte n’est plus là, le IVe siècle vient de prendre la place du XXIe ! Les dessins d’exécution, les fresques ou les sections de mosaïques témoignent du paradoxe d’une religion d’état s’élaborant sur le mode de la simplicité, mais tout de même conditionnée par l’opulence d’un empire en déclin.

Un lien: http://insitu.revues.org/840

Tout au long du parcours de l’exposition, ce paradoxe est manifeste au gré d’une multitude d’artefacts qui nous séduisent tout en provoquant une certaine réserve en bout de ligne. Entre l’ostentation baroque et la recherche d’une simplicité stylistique et symbolique, il appert que les objets ayant meublé le quotidien des papes échappent à leur utilisation au sens stricte. Les reliquaires, l’ornementation des ouvrages d’architecture, la surcharge de certaines croix processionnelles ou des ostensoirs de la période baroque, la richesse des objets cultuels et la préciosité des vêtements d’apparat de certains papes nous laissent pantois.

 

 

Pris entre le vertige et l’étonnement, nous nous questionnons sur le bien-fondé d’une consommation d’artefacts d’un tel luxe qui semble contrevenir aux exhortations du Christ … Cependant, force nous est de reconnaître que l’exquise maîtrise à l’œuvre dans la création de tous ces trésors témoigne d’un génie proprement humain. La papauté, au-delà de ses prérogatives liées au pouvoir, demeure une institution qui transcende les époques et les cultures. Une sorte de maelström kaléidoscopique qui pose la question de la relation entre le spirituel et le temporel.

 

Une Renaissance mouvementée

 

 

Le Quattrocento allait pulvériser les échelles, les modes de production et notre vision du monde. Les italiens inventent la perspective, les allemands perfectionnent l’imprimerie et Saint-Pierre renaît de ses cendres. En 1505, alors que l’ancienne basilique constantinienne tombait en ruine, le pape Jules II tente de faire reconstruire une chapelle-mausolée à côté de l’antique bâtiment. Toutefois, l’auguste lieu tombait en décrépitude et devenait une menace pour la sécurité de ses occupants.

Une nouvelle basilique devait être reconstruite d’après les plans de Bramante, artiste tumultueux au talent fulgurant. Une bulle papale, datant de 1513, stipule que l’œuvre se devra de «surpasser en magnificence et en splendeur toutes les autres églises». On réalise les velléités de puissance des papes de cette époque, lesquels, faut-il le rappeler, défendaient leurs états pontificaux à la manière de véritables «seigneurs de guerre».

 

 

Si la retenue et la modestie ne furent certainement pas le propre de cet ambitieux projet, il n’en demeure pas moins que le nouveau Saint-Pierre de Rome constitue, à lui seul, une sorte de musée grandiose qui témoigne du travail, de l’amour et de la passion des plus grands artistes de la Renaissance. Malgré l’invasion de Rome par les troupes de Charles Quint en 1527, ce qui allait causer un ralentissement des travaux, la basilique fut achevée sous le règne du pape Paul V, en 1615. Sur ces entrefaites, le grand Michel-Ange avait été nommé architecte à vie de la basilique de Saint-Pierre. Il eu le temps de dessiner et de coordonner les travaux du tambour de la coupole et de peindre les fresques immortelles de la Chapelle Sixtine.

 

 

À la manière de Dieu qui tend le doigt en direction de l’humanité, cette exposition nous interpelle avec générosité pour nous permettre de parcourir deux mille ans de papauté, sous le regard tutélaire d’une hiérarchie qui osa défier le temps.

 

 

«Saint-Pierre et le Vatican/L’Héritage des papes» s’est matérialisée dans la crypte de la basilique Notre-Dame de Montréal durant l’été 2005. Cette exposition hors-norme comportait 300 objets rares et avait été organisée sous la forme d’un parcours historique traité de façon intimiste. Nous reviendrons, sous peu, sur la question de l’iconographie religieuse et des métiers d’art associés au rayonnement de la culture catholique.

 

 

Un lien: https://www.google.ca/search?q=plans+Michel+Ange+tambour+coupole+Saint+Pierre+de+Rome&rlz=1C2CHEU_frCA375&tbm=isch&tbo=u&source=univ&sa=X&ei=GAHDUqzNOan4yAHIqYHwCw&ved=0CD0QsAQ&biw=930&bih=551#q=Tr%C3%A9sors%20papaut%C3%A9&tbm=isch&imgdii=_

 

 

 

 

 

3 pensées sur “Un écrin pour les trésors du Vatican

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    2 janvier 2014 à 9 09 48 01481
    Permalink

    Mon intérêt fut capté du début à la fin.

    Merci Patrice.

    André Lefebvre

  • avatar
    8 janvier 2014 à 20 08 49 01491
    Permalink

    Il y a eu un grave quiproquo sur deux fils de commentaires suite à mes deux derniers articles.

    Les interventions se mêlaient et tout prenait un sens dénaturé …

    J’ai fustigé l’inconnu – que je ne connaissait pas – qui cisaillait mes commentaires et ceux d’autrui pour venir les intercaler d’un article à l’autre.

    En espérant que la direction trouvera une façon plus stricte et mieux adaptée de gérer les fils de commentaires, je prépare mon futur article et je ne sais pas si je vais ouvrir le fil des commentaires de sitôt.

    Venir exprimer des bémols ou agir comme contradicteur de manière courtoise et sourcée, c’est une chose.

    Mais, tronquer des propos, intervertir des passages de commentaires, faire agir un groupe d’avatars qui créer une forme de dissonance cognitive en est une autre.

    Je ne m’adressait pas à Monsieur Allard, ici.

    Je poursuis mon travail critique et d’analyse, bien loin de la foire d’empoigne et des pétitions de principe qui ont remplacé toute communication digne de cette appellation depuis des lustres.

    Poursuivons notre travail éditorial, soyons talentueux, honnêtes, sourcés, respectueux et tolérants envers les divergences, mais évitons, tout d’abord, de semer la zizanie en mêlant les cartes indûment.

    Il me semble que les 7 du Québec représente un site SANS ligne éditorial ou politique de contenu bien définie. C’est heureux ainsi, et cela encourage des auteurs et critiques aux horizons divers à venir échanger et produire des analyses souvent percutantes, bien ficelées et qui peuvent démontrer une maîtrise certaine de la langue française.

    Pierre JC Allard, Demian West, Robert Bibeau, notre éditrice, Oscar Fortin, les invités de France et bien d’autres, tous expriment des opinions, des vues de l’esprit et des ressentis fort différents et complémentaires.

    C’est la force du site des 7 du Québec. Poursuivons notre oeuvre collective avec méthode, plus de transparence et d’une façon sereine.

    Merci à mes lecteurs pour leur intérêt et support et, OUI, j’accepte parfaitement la contradiction et la critique. Bien évidemment.

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    8 janvier 2014 à 23 11 19 01191
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    A qui de droit

    PHP semble dire que des commentaires ont été effacés sans prévenir. Et-ce bien le cas ? Sinon, je crois il serait bon de le souligner….

    Pierre JC

Commentaires fermés.