Une nouvelle contribution au débat sur les Inégalités

Par Laurent Herblay (son site)   Le  mercredi 27 décembre 2017.  Sur  Agoravox.  

 

C’est un sujet fondamental dont je parle depuis les débuts du blog  : la montée des inégalités depuis des décennies est non seulement profondément injuste, mais également dangereuse pour la stabilité de nos sociétés. Un groupe d’économistes vient de publier la première étude mondiale sur le sujet, portant de 1980 à 2016. Une contribution majeure à un débat plus que nécessaire.

 

 

Toujours plus haut, notamment aux Etats-Unis…
« Préoccupés du seul soin de faire fortune, les hommes n’aperçoivent plus le lien étroit qui unit la fortune particulière de chacun d’eux à la prospérité de tous  », Tocqueville
Piketty, Landais et Saez mettaient déjà en ligne des données passionnantes qui permettaient de mesurer précisément l’explosion des inégalités aux Etats-Unis. L’immense intérêt de cette nouvelle étude est de donner une base de comparaison mondiale, qui fait l’état des lieues des inégalités aux quatre coins de la planète. Première constatation effarante : 27% de la croissance mondiale est allée à 1% de la population. Quand les revenus des classes moyennes supérieures mondiales (les classes moyennes occidentales) ont progressé d’environ 40% depuis 1980, ceux des 0,01% ont progressé de plus de 100%, et ceux des 0,001% de plus de 200%, la fameuse « courbe de l’éléphant ».
Et encore, les chiffres globaux ont tendance à camoufler certaines évolutions. On pense ici au déclassement d’une majorité de la population étasunienne, dont les revenus ont carrément baissé depuis 40 ans, comme le montraient les chiffres partagés par Emmanuel Saez. L’évolution de la part des revenus qui revient aux 10% les plus riches est intéressante. Si l’Europe devient plus inégalitaire, elle l’est le moins, avec 37%, suivie par la Chine, à 41%. Il est frappant de voir que les Etats-Unis ont dépassé la Russie (47 et 45,5%), la palme revenant au Moyen-Orient (61%), devant l’Afrique, le Brésil et l’Inde, autour de 55%. Les chiffres indiens en disent long sur le pays, qui était à 35% en 1990.
Les économistes soulignent la différence d’évolution des deux côtés de l’Atlantique : en 1980, le 1% le plus riche gagnait 10% du total des revenus en Europe, contre 10,7% aux Etats-Unis. En 2016, c’est le grand écart : 12,2 contre 20,2%. On retrouve le même phénomène avec l’évolution de la part des revenus des 50% les moins riches, passé de 23,5 à 21,7% en Europe et de 20,7 à 13,1% aux Etats-Unis sur la même période. Où l’on voit que l’enrichissement du 1% le plus riche semble être directement lié à l’appauvrissement des 50% les moins riches… On retrouve un phénomène similaire sur la répartition du patrimoine, où les Etats-Unis sont revenus un siècle en arrière en 40 ans.
Deux co-auteurs du rapport, Lucas Chancel et Gabriel Zucman, soulignent, dans une interview que « la hausse des inégalités n’est pas une fatalité, c’est le résultat de choix politiques  », ce que montrent les différences d’évolution. Ils soulignent le rôle du système éducatif, que j’avais développé dans ma série sur « le cauchemar étasunien  ». Mais ils surestiment un peu la modération de l’évolution sur notre continent, d’une part car la situation se dégrade fortement depuis la crise et parce que le chiffre européen cache de fortes disparités. On a vu le résultat en Allemagne, avec la hause de la pauvreté, plus forte que chez nous, malgré les succès du pays, qui ne sont pas du tout partagés.
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Robert Bibeau

Robert Bibeau est journaliste, spécialiste en économie politique marxiste et militant prolétarien depuis 40 ans. http://www.les7duquebec.com

2 pensées sur “Une nouvelle contribution au débat sur les Inégalités

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    31 décembre 2017 à 4 04 28 122812
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    @ tous

    La quintessence de l’illusion et de la mystification qui motive toutes ces études scientifiques universitaires faisant le bête constat que les riches s’enrichisse et que les pauvres s’appauvrisse tiens dans cette citation de Tocqueville le bourgeois démocrate qui écrivait : « « Préoccupés du seul soin de faire fortune, les hommes n’aperçoivent plus le lien étroit qui unit la fortune particulière de chacun d’eux à la prospérité de tous ».

    1) Ce ne sont pas LES HOMMES qui font fortune mais une classe sociale d’HOMMES
    2) Cette phrase laisse entendre que LES HOMMES SE PRÉOCCUPENT ET FONT DONC DE GRANDS EFFORTS, SOUS ENTENDANT QUE LES HOMMES POURRAIENT FAIRE AUTREMENT EN SE PRÉOCCUPANT DES AUTRES. Voila résumé synthétisé tout le moralisme bourgeois démocratique. Aux USA plutôt que des intellectuels on les appellent des « Preachers » des gourous dirigeant des sectes religieuses de bienfaisance en faveur de leur preacher et de ses accolytes.
    3) Enfin, il est totalement faux de prétendre que la fortune de quelques Hommes repose surla prospérité de TOUS, au contraire le capitalisme nous démontre que l’enrichissement des uns s’appuient sur l’appauvrissement des autres
    4) Mais attention le riches n’a rien à voir dans son enrichissement. L’argent appel l’argent sous le capitalisme. Un milliardaire n’a qu’a ne pas dilapider sa fortune et ainsi la laisser fructifier sans rien faire – sans bouger Une fois le premier milliard engrangé les autres s’agglutinent mécaniquement jusqu’à ce que le système implose et que tous perdent tout et ca recommence à condition que l’on conserve le même système

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    31 décembre 2017 à 4 04 42 124212
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    @ tous même que les auteurs en font eux-mêmes le constat. Ils écrivent « Où l’on voit que l’enrichissement du 1% le plus riche semble être directement lié à l’appauvrissement des 50% les moins riches… On retrouve un phénomène similaire sur la répartition du patrimoine, où les Etats-Unis sont revenus un siècle en arrière en 40 ans. »

    Oui en effet la chose est mécanique à l’intérieur du mode de production capitaliste (dans sa forme libertaire – néolibérale ou socialiste ou totalitaire dirigiste)

    Donc on ne comprend pas cette assertion de l’auteur qui rapporte que: « Deux co-auteurs du rapport, Lucas Chancel et Gabriel Zucman, soulignent, dans une interview que « la hausse des inégalités n’est pas une fatalité, c’est le résultat de choix politiques » (sic)

    L’Instance politique ne fait qu’adapter l’appareil de gouvernance Étatique aux nécessités de la reproduction élargie du capital – suivant les politiciens bourgeois au pouvoir le politique le fera plus ou moins bien – plus ou moins efficacement, plus ou moins rapidement = nous sommes ici dans les nuances de gris = la couleur elle reste la même à gauche ou à droite

    robert bibeau http://www.les7duquebec.com

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