Vive les inégalités !

PHILIPPE DAVID :

Un sophisme persistant

S’il existe un sophisme particulièrement persistant  dans la rhétorique politique depuis très longtemps, c’est bien celui des inégalités de richesse.  Ce sophisme, car s’en est vraiment un,  pointe vers l’écart de revenu entre les riches et les pauvres pour dire que les riches deviennent plus riches pendant que les pauvres s’appauvrissent. Le but étant de stimuler la jalousie des pauvres envers les riches et leur donner le sentiment d’être exploités par ceux-ci. Cette argumentation repose donc sur la lutte des classes de Marx.

Ce sophisme est utilisé fréquemment dans les médias pour justifier la demande populaire de « taxer les riches ».  On a même inventé in indice: le coefficient GINI pour mesure ces inégalités et établir des comparaisons d’une juridiction à une autre. Ces comparaisons sont inutiles et fallacieuses.  Je me propose donc de vous le démontrer.

La marée fait monter tous les navires, même si ce n’est pas également

Récemment, on apprenait par la plume de Francis Vailles de La Presse, que les inégalités de richesses augmentent constamment au Canada depuis 30 ans.  Il essaie ensuite d’en expliquer les raisons, supposément parce que la rémunération des PDG d’entreprises est trop élevée, et conclut que de hausser les impôts ne serait pas une solution viable au Québec. Pourtant, il suffit de comparer la situation des pauvres au Québec, la moins inégalitaire des provinces, avec celle des pauvres d’Alberta et d’Ontario, des provinces plus inégalitaires, pour se rendre compte que ces inégalités n’ont guère d’importance.  Vincent Geloso, auteur du livre « Du Grand Rattrapage au Déclin Tranquille » a publié sur son blogue la semaine dernière, une série de billets très intéressants sur la pauvreté au Québec, comparé à l’Ontario et l’Alberta. De ces billets, ressortent les points suivants:

  •  Le 20% le plus pauvre de la population québécoise est 33,7% et 44,1% plus pauvre que le même segment en Ontario et en Alberta. (1)
  • Les québécois pauvres doivent consacrer une plus grosse part de leur revenu sur l’alimentation que leurs homologues de l’Ontario et de l’Alberta (2)
  • Les québécois doivent aussi travailler plus d’heures en moyenne pour obtenir le même panier de denrées alimentaires que les Ontariens et les Albertains (3)
  • Les québécois plus pauvres ont aussi des logements moins grands et de moindre qualité que ceux de l’Ontario et de l’Alberta (4)

Par ailleurs, on apprend que le Québec se classe au 9e rang sur 10 au Canada au niveau revenu du revenu disponible des ménages après impôts et transferts. Malgré nos généreux programmes sociaux, les plus généreux au Canada, faut-il le rappeler, les familles québécoises se retrouvent avec beaucoup moins d’argent à dépenser, épargner ou investir que ceux de toutes les autres provinces au Canada, sauf l’Île du Prince-Édouard et il s’en est fallu de peu puisque la différence n’est que de $232! Si toute l’idée de taxer les riches afin de redistribuer la richesse vers les pauvres fonctionnait, on le saurait, mais l’évidence dit tout le contraire. D’ailleurs, avec tous les scandales de corruption dont nous sommes témoins depuis le début de la Commission Charbonneau, permettez-moi de sérieusement douter que la redistribution de richesse se fait vraiment à ceux qui en ont le plus besoin. D’après vous, où au Canada vaut-il mieux être pauvre? Dans le Québec égalitaire riche en pauvres et pauvre en riches ou dans la très inégalitaire Alberta? Importe-t-il vraiment pour les pauvres albertains que l’écart entre riches et pauvres soit plus grand, compte tenu que là où l’écart est moindre, les pauvres sont plus pauvres? Est-ce que le fait que les québécois riches soient moins riches a aidé les québécois pauvres à être moins pauvres?

La mobilité sociale

L’autre raison pourquoi l’écart de richesse est un sophisme est que pour en venir à cette conclusion, nous divisons la population en quintiles de revenu et nous comparons l’écart de revenus entre les différents quintiles comme s’il s’agissait de groupes statiques. Pourtant, la plupart des gens commencent leur  carrière en ayant très peu d’actifs à leur nom et peut-être même avec des dettes. Mais au fil des ans, en travaillant, en acquérant plus d’expérience et en économisant, ils passent du quintile le plus bas à un quintile plus élevé. Ça s’appelle la mobilité sociale. Seul un relativement faible pourcentage d’individus reste au premier quintile toute leur vie.  Ces quintiles ne représentent pas des « classes » fixes, mais des groupements dynamiques d’individus qui s’enrichissent ou s’appauvrissent au fil des ans.

Sachant cela,  est-ce que de comparer le quintile le plus pauvre au quintile le plus riche est une comparaison valable? Pas vraiment.

La philosophie de l’échec, le credo de l’ignorance et l’évangile de l’envie

Nul n’a mieux décrit le socialisme que Winston Churchill dans cette citation:

« Le socialisme est une philosophie de l’échec, le credo de l’ignorance et l’évangile de l’envie. »

Le sophisme des inégalités de richesse compte effectivement sur votre ignorance pour attiser l’envie envers les plus riches. On s’indigne, par exemple, qu’aux États-Unis, la part de richesse accaparée par le 1% le plus riche a grimpé de 13% à 17% de 1989 à 2009, mais on néglige de vous dire que leur économie a crû de 42% dans la même période, ce qui fait que le 99% se partage un plus faible pourcentage, c’est vrai, mais d’une beaucoup plus grosse tarte. Ce sophisme est utilisé profusément par la gauche pour justifier une taxation toujours plus lourde accompagnée de programmes sociaux toujours plus onéreux.   Bien que leurs intentions soient peut-être honorables, leurs efforts de réduire les inégalités de richesse se soldent inévitablement par un nivellement par le bas qui n’enrichit personne. Dans la réalité, Ils répartissent la pauvreté, pas la richesse.

Ceux qui déplorent continuellement les inégalités entre les pauvres et les riches se soucient-ils vraiment du sort des pauvres? Non. Comme le disait si bien Margaret Thatcher, ils préfèrent que les pauvres soient plus pauvres, pourvu que les riches soient moins riches. Pour ma part, je me fous que les riches soient plus riches, pourvu que les pauvres soient moins pauvres. Vous voulez aider les pauvres? Suivez l’exemple de l’Alberta plutôt que celui du Québec.

 

Joyeux Noël et Bonne Année à tous!

4 pensées sur “Vive les inégalités !

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    24 décembre 2013 à 13 01 30 123012
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    Bonjour La thèse que j’ai sans doute défendue le plus souvent sur ce site est que les seuls désaccords entre gens intelligents et de bonne foi portent sur le sens des mots. Ici, il y aurait un grand pas a faire pour la concorde en se mettant d’accord que PERSONNE ne veut vraiment que nous soyons tous égaux et que chacun, au contraire, passe une bonne partie de sa vie à se vouloir plus et mieux que son voisin… ou a se désoler que le destin, la vie, Dieu ou les autres ne lui aient pas permis de le devenir. Une société ne rend ses citoyens heureux que si elle leur permet de devenir PLUS.

    Il faut donc créer une société « entrepreneuriale ». Entrepreneuriale dans tous les domaines, mais, restons ici dans le domaine du fric. Aussi longtemps que tous les désirs que l’argent peut satisfaire ne sont pas comblés, une société va être plus dynamique et s’enrichir plus si chacun se débat pour avoir plus de fric. Imposer l’égalité est une recette pour la stagnation. Enrichissons nous !

    Mais… Il y a un aspect pervers à l’enrichissement. S’enrichir est motivant… mais être riche ne l’est pas ! En fait, rien n’est plus démotivant que la satisfaction qui, c’est bien connu, est la mort naturelle du désir. Dans une société de grande compétition, se créé vite un caste de riches qui s’orientent vers deux voies: a) ceux qui, enrichis, passent a autre chose et devient des dilettantes sans grand intérêt pour l’enrichissement : ils deviennent pour la société des parasites; b) ceux qui, tous autres désirs comblés, continue la lutte pour le simple plaisir de gagner et le pouvoir qui est est le signe: Ce sont les psychopathes qui nous causent bien des ennuis…

    On comprend que, pour une société, le mieux est d’avoir un maximum de gens qui s’enrichissent…. et un minimum de « riches ». On met donc idéalement en place des gouvernements-fauconniers, qui envoient les rapaces chasser les colombes, mais avec un anneau au cou qui permet de leur enlever leurs proies et de nourrir le peuple, tout en relançant les prédateur en l’air avec un même appétit toujours insatisfait….

    L’anneau, c’est la fiscalité, inflation ou toute autre forme d’extorsion que détestent les faucons… Mais qu’on peut justifier cyniquement non seulement par l’altruisme, mais aussi par la réalité bien terre-à-terre que, quand la concentration de la richesse réduit la demande effective sous un seuil critique, le système cesse simplement de fonctionner. Oui à l’inégalité donc, mais sous surveillance….

    http://nouvellesociete.wordpress.com/2008/09/14/la-demande-effective-2/

    Pierre JC

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    24 décembre 2013 à 17 05 10 121012
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    Monsieur Allard,

    C’est trop tard. C’est la guerre. Les non-productifs sont les « juifs » de l’oligarchie. L’homme devient un prédateur pour l’homme. Et en plus l’avortement est criminalisé. Il y a 6 milliards d’humains à tuer et ils les tueront.

    http://les-etats-d-anne.over-blog.com/article-la-maladie-mentale-renversement-des-causes-et-des-effets-121723782.html

    « En Espagne, comme en Grèce, des associations se sont vu refuser le droit de distribuer de la nourriture au plus démunis parce que cela constitue un délit en tant qu’elles ne sont pas officiellement reconnues et autorisées à le faire ! Les nouvelles lois espagnoles permettant de condamner ceux qui s’insurgeraient contre de tels diktats, à des amendes démesurées ou conduisant en prison pour rébellion les personnes dont l’incivisme les pousseraient à continuer à distribuer nourritures, vêtement et couvertures, malgré l’interdiction qui leur a été signifiée.
    Des dérives parmi d’autres et celle qui m’intéresse aujourd’hui est la psychiatrisation du malaise social. »

    « Cultiver une déloyauté envers ceux qui nous gouvernent ». Entretien avec Isabelle Stengers – Le blog de Anne Wolff
    « Il ne faut pas être « tenant » des logiques néo-libérales pour avoir cette rengaine aux lèvres. Cette logique nous tient, elle nous rend « autres » à nous-mêmes. Elle traduit une impuissance qui est ce que cette logique ne cesse de fabriquer, ce que j’appelle les « alternatives infernales ».
    « (…)il importe d’abord de ne pas les [le montages des logiques néolibérales] respecter, d’écouter ceux qui nous demandent de les respecter comme on pouvait écouter les collaborateurs pendant la guerre. Ne pas se laisser mobiliser, soutenir les déserteurs à cette mobilisation, cultiver une déloyauté déterminée envers ceux qui nous gouvernent et envers leurs raisons et apprendre à tisser des solidarités, des coopérations entre ceux qui résistent, ce n’est évidemment pas « la solution », mais c’est ce qui est possible dès aujourd’hui – c’est aussi une manière de contrer le désespoir et le cynisme, le « chacun pour soi » et le « tous pourris » qui est en train de gagner très dangereusement du terrain. « 

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    31 décembre 2013 à 16 04 08 120812
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    Admettons que l’inégalité de richesses est un moteur.
    Voici en vrac quelques questions que je me pose :

    – Ça reste, il me semble, un présupposé idéologique qui devrait être débattu démocratiquement et non imposé un peu partout dans le monde comme actuellement.
    – Le rapport dominant/dominé qui découle de cette inégalité est-il aussi un moteur ? Ce rapport de force est institutionnalisé et exerce une violence physique et symbolique.
    – Si l’obtention de richesse passe par le pillage de ressources, le meurtre organisé ou bien l’exploitation de l’homme par l’homme, est-il toujours légitime ?
    – l’ascenseur social marche-t-il vraiment ?? J’ai de sérieux doutes.

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