Vivre à crédit

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PHILIPPE DAVID :

C’est étonnant, mais la situation en Grèce et les réactions à cette crise que j’observe me font réaliser à quel point certains peuvent être ignorants du côté sombre du crédit. Par exemple beaucoup en Grèce et ailleurs s’imaginent que si les grecs font un doigt d’honneur aux banques européennes et leur «austérité», les grecs pourront maintenir leur beau train de vie et que les retraités continueront d’empocher leur retraites et que le gouvernement grec pourra continuer à fonctionner comme il l’a fait depuis plus de trois décennies, c’est à dire en vivant à crédit. Il faut vraiment croire aux licornes parce que rien ne pourrait être plus farfelu. Si c’est votre croyance, une petite leçon de crédit 101 s’impose. Commençons par les bases.

La nature d’une dette.

Vous avez besoin d’argent pour quelque chose que vous jugez important (pour l’instant, nous allons faire abstraction du besoin comme tel).  Vous n’avez pas l’argent maintenant, mais vous savez que vous l’aurez dans le futur et épargner pour ramasser la somme serait trop long.

Votre voisin, lui, a le montant d’argent que vous avez besoin, vous aimeriez lui demander de vous le prêter, mais autrement que par charité, pourquoi le ferait-il? Pendant le temps que vous prendrez à lui rembourser cet argent, il y a mille et un usages auxquels il aurait pu mettre cet argent beaucoup plus plaisant ou profitable que de vous le prêter. Pour le convaincre, vous devez lui offrir un incitatif pour compenser la perte de jouissance de son argent pour le terme du remboursement. Rendre la chose «intéressante» pour lui, si on peut dire. C’est pourquoi nous avons appelé cet incitatif «l’intérêt».  Vous allez donc négocier avec votre voisin pour le taux d’intérêt pour lequel il consentira  à vous prêter son argent. Puisqu’il n’est pas le seul qui pourrait vous prêter l’argent, il ne peut pas vous demander un taux abusif parce qu’il vous suffit d’aller demander à quelqu’un d’autre.

Cependant, qu’est-ce qui lui prouve que vous lui rembourserez la somme dans les délais prévus? S’il vous connaît et sait que vous êtes une personne honorable à laquelle il peut faire confiance, votre poignée de main pourrait lui suffire, sinon il vous faudra peut-être fournir le témoignage d’une personne qui vous connaît et qui sait que vous êtes digne de confiance ou un endossement formel d’un tiers de bonne réputation ou à l’extrême, vous devrez peut-être offrir quelque chose en collatéral. Bref, ça prend un certain lien de confiance. Si votre réputation est bonne, ce n’est pas un gros problème, mais si elle ne l’est pas, c’est possible que vous ayez plus de difficulté à trouver quelqu’un qui voudra vous prêter et vous aurez probablement à payer un taux d’intérêt plus élevé pour arriver à convaincre quelqu’un à vous prêter l’argent dont vous avez besoin.

Je vois souvent des gens pester contre les intérêts. Certains voudraient même les abolir. Maintenant vous savez à quoi ils servent et pourquoi ils existent.  Vous ne pourriez tout simplement pas emprunter s’il n’y avait pas d’intérêt.  Donc les abolir serait illogique.

Jusqu’ici nous n’avons discuté que d’emprunts entre individus, mais le principe est le même le même lorsqu’on parle d’emprunts par une firme ou par un état. L’emprunt est une entente contractuelle où une partie prête un montant d’argent qui est sa propriété à une autre partie. En échange la seconde partie promet de rembourser le montant intégral, plus un certain pourcentage d’intérêt. Essentiellement, de négliger de rembourser équivaut à de la fraude, puisque l’emprunteur se trouve à voler la propriété du prêteur. Si vous faites ça, les prêteurs y penseront probablement deux fois avant de vous prêter une autre fois et avec raison. Mais tant que les deux parties respectent les termes du contrat, c’est profitable aux deux.

Bonne dette, mauvaise dette

Maintenant, il existe de bonnes et de mauvaises dettes. Les bonnes dettes vous enrichissent à long-terme, les mauvaises vous appauvrissent. Si vous empruntez pour investir dans une entreprise qui est profitable et qui vous rapporte un montant plus grand que l’emprunt et l’intérêt, c’est un bon prêt. Si par contre vous empruntez pour quelque chose qui ne vous rapportera rien, un bien consommable, par exemple, c’est une mauvaise dette. Si c’est une excellente idée d’emprunter pour investir, emprunter pour consommer est une chose à éviter le plus possible. Si vous voulez vous procurer un bien consommable qui n’est pas d’une absolue nécessité, il serait bien plus intelligent d’économiser et attendre d’avoir le montant en poche avant de l’acheter. Emprunter pour s’acheter une nouvelle télé quand l’ancienne fonctionne encore ne serait pas terriblement intelligent.

Le problème est que ça fait belle lurette que nous accumulons les mauvaises dettes, tant individuellement que collectivement. Tout partisan de développement durable devrait prendre note que si toute mauvaise dette devrait être à proscrire dans vos finances personnelles, vous devriez aussi considérer que la même situation dans les finances publiques est toute aussi néfaste. Pourtant, quand avez-vous déjà entendu Greenpeace ou Équiterre se prononcer contre l’endettement excessif des états? Pourtant, quand nous avons des gouvernements qui contrôlent plus de 50% du PIB d’un pays, c’est un facteur qui ne peut pourtant pas être négligé.

Et pourtant, il est plutôt rare que les états font des emprunts qui créent de la richesse puisque les gouvernements ne créent aucune richesse, ils ne font que la redistribuer. Tout ce que le gouvernement vous donne, il doit d’abord le confisquer de quelqu’un d’autre. Plus souvent qu’autrement, une bonne partie des montants collectés en taxes et impôts est également gaspillé et ne rapporte absolument rien en termes de biens et services réels. Donc, mis à part l’argent emprunté pour certains biens immobiliers, représenté par la dette nette, tout le reste est une perte sèche qui ne peut être remboursée que par le prélèvement de taxes et impôts futurs. Donc, quelque part dans le futur, ces taxes et impôts seront prélevés en plus de ceux qui auraient déjà été prélevés pour les besoins courants. Encore une fois, si vous croyez que ce genre de consommation de ressources s’inscrit dans le registre du développement durable, vous vous mettez le doigt dans l’oeil parce que c’est littéralement tout le contraire: nous dévorons aujourd’hui ce qui sera produit demain plutôt que de consommer ce qui a été produit hier (c’est ça le développement durable). Ce que nous faisons, autant en tant qu’individus qu’à travers nos gouvernements c’est de la surconsommation. C’est s’empiffrer dans un buffet et laisser la facture aux générations futures.

Pile je gagne, face tu perds.

aujourd’hui, les grecs ont voté massivement non aux mesures d’austérité que voulaient leur imposer leurs créditeurs. Je ne sais pas ce qu’ils s’imaginent que ça va leur donner de faire le doigt d’honneur à leurs créanciers. Le choix qui leur était donné dans ce référendum était équivalent à choisir entre le peloton d’exécution et la chaise électrique.

On les voit célébrer et on peut se demander pourquoi ils fêtent. S’ils s’imaginaient gagner quelque chose en votant non, ils rêvent en technicolor. Ce qui les attend sera un effondrement bancaire et une dépression économique dont ils ne seront pas près de se relever et ils n’auront pas d’autre choix que de réviser leur niveau de vie à la baisse de toute façon. L’austérité s’imposera que ce soit par leurs créanciers ou autrement parce que ça prendra un certain temps avant que quelqu’un prête de l’argent au gouvernement grec. Ça a toujours été un no-win scenario, du moins à court-terme.

La bonne nouvelle, c’est qu’après une sévère correction, l’économie grecque va sûrement reprendre sur des bases plus solides. On ne peut qu’espérer que les grecs auront appris la leçon que leur gouvernement ne peut pas tout leur payer indéfiniment et que le nôtre va réaliser que lui non-plus ne le peux pas avant que nous nous retrouvions dans la même situation. J’espère que nous réaliserons tous que l’endettement chronique, autant personnel que collectif est une sorte d’esclavage volontaire et de s’en libérer sera toujours pénible.

3 pensées sur “Vivre à crédit

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    4 août 2015 à 8 08 45 08458
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    ‘La bonne nouvelle, c’est qu’après une sévère correction’ quel est cette sévère correction et peux-tu nous en explique la mécanique? ‘l’économie grecque va sûrement reprendre sur des bases plus solides’ quels sont ces bases et quels en sont les mécanismes?. Je doute fort que tu puisse nous éclairer sur ces questions pertinentes. Les discours idéologiques sur l’économie ne font que légitimer n’importe quoi avec n’importe quoi, les répéter constamment n’est pas une preuve d’intelligence mais de singerie…Alors singe ou humain?

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      6 août 2015 à 1 01 51 08518
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      Ni l’un , ni l’autre ………….

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    4 août 2015 à 12 12 03 08038
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    Je doute fort que l economie grecque va se relever. Le système financier contrôle la presque totalité du globe et se fout carrément des gens qui la compose.
    Vous devriez vous informer mieux au lieu de nous balancer ces conneries

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