Le chemin de croix de Bernard Le « Chartiste Laïc »

ROBERT BIBEAU :

Mardi le 14 janvier 2014, débutait au Salon de la « race » à Québec, la «vaste consultation», soi-disant populaire, sur le projet de loi 60, c’est-à-dire la «Charte des valeurs authentiquement québécoises» (1).

La Commission parlementaire présidée par le ministre Bernard Drainville a commencé ses travaux controversés et la Première ministre Marois a spécifié que moult gens pourront bien témoigner – pas question de modifier l’article sur l’interdiction ostentatoire de porter une des pièces de vêtement que le gouvernement stigmatise comme étant des symboles religieux bientôt proscrits. Le gouvernement a déjà dressé la liste des pièces de tissus qui, selon lui, constituent des atteintes aux valeurs singulièrement québécoises et que les débutés de l’Assemblée nationale seront invités à endosser et à tétaniser par une loi, soit : le kirpan et le crucifix, dépendant de la taille (le petit crucifix  ne pose pas de problème, surtout s’il est porté en boucle d’oreille, mais pas question de le porter sur la poitrine et pas question qu’il soit visible à plus de deux pas par un citoyen laïc ayant une vision normale).

Par contre, les gros crucifix constitueront une agression contre la laïcité de l’intimé  (dans le cas d’une arrestation, même si ce dernier est un curé); contre la laïcité du patient (dans le cas d’une urgence, surtout si celui-ci, inconscient, est un athée), d’un bénéficiaire (dans le cas d’une résidence pour personne âgée, même si ce patient est un fervent croyant); d’un mort (dans le cas d’un macchabée n’ayant rien demandé) et dans le cas d’un étudiant même si le manant se fiche absolument de cet ornement dont il porte l’équivalent. Seront également congédiés ceux qui portent le Kippa, le turban, le tchador, le voile couvrant la tête ; aucun problème s’il couvre les épaules ou la taille (dans le cas d’une gitane) et aucune contre-indication pour le kilt écossais, le sherwani pakistanais, le pyjama Pachtoune, le rangoli Hindou, non plus que pour le béret basque, la ceinture fléchée et la tresse mandchoue qui est pourtant un signe de soumission sans rémission comme chacun le sait).

Le projet de loi est muet à propos des tatouages couvrant le visage et le corps de sourates ou de versets coraniques ou bibliques. Le mauvais goût dans les couleurs, la coupe ou l’agencement des vêtements ne seront point sanctionnés pour le moment.

En 2014, la ville de Montréal fêtera son 372e anniversaire. La ville fut créée par des représentants de congrégations religieuses et par un mystique Catholique du nom de Pierre Chomedey de Maisonneuve. Depuis ce temps, coiffes – chapeaux – bonnets – bérets – tuques – voiles – tchador – turbans – kippas – chapeau de castor n’avaient jamais posé problème et aucun citoyen ne s’était plaint de l’ostentation du couvre-chef de son voisin. Les gens ordinaires, les ménagères, les ouvriers et les employés, les enfants et les adolescents portent plutôt attention et appréciation à la qualité des services publics donnés ou  rendus et à la sécurité des viaducs et des voies ferrés construits par des gens coiffés ou décoiffés, qu’à leur accoutrement et leur habillement pendant la prestation de service.

Le projet de loi 60 vise pour l’instant les employés de l’État mais des intervenants souhaiteraient que les patients, les étudiants, les passants, le citoyen lambda, les travailleurs de chantier et les ouvriers d’usine se voient imposés ce code vestimentaire épuré.

Pourtant, si danger il y avait pour l’intégrité morale d’une partie de la société civile laïcisée, la Charte des droits et libertés de la personne stipule en préambule que : «Considérant que le respect de la dignité de l’être humain, l’égalité entre les femmes et les hommes et la reconnaissance des droits et libertés dont ils sont titulaires constituent le fondement de la justice, de la liberté et de la paix. Considérant que les droits et libertés de la personne humaine sont inséparables des droits et libertés d’autrui et du bien-être général. Considérant qu’il y a lieu d’affirmer solennellement dans une Charte les libertés et droits fondamentaux de la personne afin que ceux-ci soient garantis par la volonté collective et mieux protégés contre toute violation» (2).

Vous comprendrez mon étonnement et mon questionnement à propos de ce projet gouvernemental urgent à propos des vêtements portés par la population québécoise… sous prétexte d’intervenir pour régler un problème dont personne n’a entendu parler sauf Jeannette lors de sa dernière visite à l’hospice où elle a exigé d’être lavée par une préposée non voilée.

L’examen des faits politiques récents, confrontés aux lois et règlements adoptés depuis quelques années sur la liberté de manifester, d’afficher, de s’exprimer, la répression policière musclée et la répression politique hypocrite, la liberté de faire la grève et de tenir une ligne de piquetage sans être harcelé, tout cela laisse penser que l’État policier veut s’imposer, intervenir dans la vie privé et dans la vie publique de la population, des ouvriers et de ses employés. Tout comme la loi Gayssot en France interdisant de questionner certains faits historiques promulgués vérités-révélés indiscutables un peu comme un miracle – tu ne le comprends pas et c’est fait pour ça… sinon ce ne serait pas un miracle (3).

Quelle que soit l’intention réelle ou subodorée du législateur gouvernemental à propos du projet de loi 60, il appert qu’il constitue dans son libellé actuel une atteinte à la liberté d’opinion, d’expression, de croyance, de religion, et d’afficher-exprimer ses opinions, ses croyances morales et sa culture différente. Vous pouvez compter sur les bureaucrates syndicaux et les petits-bourgeois encanaillés, chiens de garde de l’État policier, pour ouvrir la voie à ces incivilités contre les employés de l’État afin de servir leur maître sous divers préjugés et quelques principes patentés.

Un peu partout dans le monde entier, y compris au Québec, l’État bourgeois est  tenté de restreindre les libertés fondamentales en ces temps d’agitation sociale. L’État se prépare à réprimer sauvagement les récalcitrants, les militants, les étudiants et les partisans refusant les mesures d’austérités et souhaitant un monde différent. Les ouvriers et leurs alliés  doivent se lever pour endiguer ces agressions contre la liberté des infirmières, des puéricultrices, des enseignantes, les employés de la fonction publiques de continuer à porter les vêtements qu’elles (ou ils) ont choisis.  Il est de notre devoir de repousser les tentatives de restreindre nos libertés fondamentales.

Le Ministre péquiste fait un bien mauvais calcul électoral. La division qu’il promeut parmi la population québécoise aux origines ethniques multiples ne renforcera pas sa formation électorale et au contraire rejettera le PQ dans l’opposition…et ce sera bien fait pour eux.

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(1) http://www.journaldemontreal.com/2014/01/14/le-projet-de-charte-des-valeurs-inquiete-mgr-cyprien-lacroix

(2) http://www2.publicationsduquebec.gouv.qc.ca/dynamicSearch/telecharge.php?type=2&file=/C_12/C12.HTM

(3) http://www.lequebecois.org/chroniques/tribune-libre/petite-reflexion-sur-les-chartes-de-droits-

 

4 pensées sur “Le chemin de croix de Bernard Le « Chartiste Laïc »

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    17 janvier 2014 à 9 09 08 01081
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    Drainville était parfaitement désigné pour cette mission papale.

    Un enfoiré de démagogue…

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    17 janvier 2014 à 19 07 42 01421
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    Ce plaidoyer à saveur libertarienne ne me convainc pas. Amalgames, manque cruel du sens de la nuance, procès d’intention, etc. On pourrait quasiment dire qui veut tuer son chien dit qu’il a la rage. Pour ce qui est des menaces à la vie privée, je les ressens comme beaucoup plus dangereuse venant de la part de la NSA, le projet de loi 60 se situant à mille lieues de là. J’ai aimé vos interventions sur Dieudonné, mais là, je trouve que vous y allez fort.

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    18 janvier 2014 à 10 10 34 01341
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    Test (!?)

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    18 janvier 2014 à 10 10 51 01511
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    la remarque sur le mot PEUPLE est très pertinente

    1) J’utilise a dessein les termes «luttes de classes», «classe ouvrière», classe petite bourgeoise, grand capital monopoliste, travailleurs salariés et parfois très rarement le mot «peuple». Car chacun de ces mots est un concept lourd de signification et tout à fait distinct.

    2) Je crois que l’histoire de l’humanité est l’histoire de la lutte de classes. Je crois que ce sont les classes sociales de par leur position objective concrète dans le procès de production et de reproduction de la vie, de la société, des moyens de subsistance qui transforment le monde, la société, etc.

    3) Le mot peuple en remplacement des mots «classe ouvrière» a été introduit dans l’idéologie marxiste au cours des années 1960-1970 par un dénommé Mao Tsé-Dong (D’autres s’y étaient essayé auparavant mais sans l’immense succès de MAO) qui déclara par la suite que l’histoire de l’humanité était l’histoire des peuples. Les peuples font l’histoire dit-il et personne ne réalisa la substitution.

    4) Hors le concept de peuple est un concept fourre tout – vague à souhait semblable au concept de CITOYEN, de payeurs de taxe, d’individu, sans connotation de lutte dialectique de classe.

    5) Qu’Est-ce que le peuple ? Quelles classes sociale font partie du peuple ? Quelle classe sociale ne font pas partie du peuple et quelles sont les conséquences de ceci ou de cela sur la lutte pour transformer la société (renverser le capitalisme et édifier le socialisme) ???

    6) J’ai une définition précise du concept de peuple et en aucun cas ce concept – ce mot – cette réalité qu’est le peuple – ne doit transcender – effacer – éluder le concept de classe ouvrière – les travailleurs salariés (concept différent que classe ouvrière) et leur mission historique – Les autres segments de classe qui composent le peuple seront des alliés de la classe ouvrière mais sous le leadership et la direction de la classe ouvrière unique classe totalement révolutionnaire jusqu’au bout parce que historiquement FORCÉ-obligé de l’être.

    7) J’ai le plus grand respect pour le peuple canadien dont je fais partie et pour le peuple français que j’admire mais je ne fais confiance que dans la classe ouvrière française pour transformer la France et pour transformer le Canada.

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