2018, vers une restructuration massive de l’économie mondiale

Par  Stéphane Garelli .  Le 12.01.2018.  Sur  Le Temps.

 

La vague de fond qui va affecter l’année en cours sera une modification considérable de l’environnement mondial et de ses acteurs principaux

Les prévisions économiques se concentrent trop souvent sur l’aspect financier des affaires. Le franc suisse va-t-il dépasser la barre de 1,20 euro ? Les bourses sont-elles surévaluées ? Les banques centrales vont-elles relever les taux d’intérêt ? Toutes ces questions sont légitimes mais obscurcissent parfois l’essentiel. La vague de fond qui va affecter 2018 sera une restructuration considérable de l’économie mondiale et de ses acteurs principaux.

Les entreprises ont en général une vie courte. Dans les années 70, elle était de 40 ans. Aujourd’hui, elle est tombée à moins de 18 ans. McKinsey estime qu’en 2027 les trois quarts des entreprises cotées sur le S&P 500 auront disparu. Pour comprendre ce phénomène de destruction massive, il faut se tourner vers trois événements majeurs :

  • Il n’y a jamais eu autant d’argent liquide sur les marchés. Le bilan combiné des neuf plus grandes banques centrales dépasse les 18 000 milliards de dollars. Les dix plus grands fonds souverains du monde gèrent plus de 10 000 milliards de dollars. Cinq compagnies technologiques américaines ont plus de 500 milliards de dollars de liquidités à disposition. Finalement, les grandes entreprises américaines et européennes bénéficient ensemble de plus de 3000 milliards de liquidités à leur bilan.
    Que faire de tout cet argent s’il n’est pas réinvesti ? Trois possibilités : donner des dividendes aux actionnaires, racheter ses propres actions ou acquérir d’autres entreprises. Les deux premières options ont largement contribué à la hausse des bourses, la troisième a fait exploser les fusions et acquisitions : 1492 milliards de dollars durant le premier semestre de 2017. Nous assistons à une redistribution considérable de la propriété des entreprises.
  • La technologie bouleverse les modèles d’affaires. Et les gagnantes à ce jeu sont les grandes sociétés américaines. Elles ont à la fois l’argent et le monopole de l’infrastructure. De plus, Alphabet, Google, Amazon, Microsoft, Facebook ou Apple exploitent leur domination pour acheter les nouvelles stars technologiques, notamment européennes, comme Skype, DeepMind ou Shazam. Ce faisant, elles risquent d’asphyxier le marché des technologies nouvelles tout en empêchant des start-up de devenir un jour des entreprises concurrentes. Elles en profitent aussi pour se diversifier, souvent loin de leurs métiers de base. Alimentaire, montres, santé ou trafic des paiements, tout est à leur portée. Pour beaucoup d’entreprises établies, les concurrents de demain sont très loin de leur horizon traditionnel.
  • Les entreprises des pays émergents deviennent des concurrentes redoutables. La multiplication des nouveaux acteurs venus de Chine, de l’Inde, des pays du Golfe ou de l’Amérique latine est impressionnante. Ils ont de l’argent, ils décident vite car ce sont souvent des entreprises de famille et ils atteignent rapidement des tailles considérables. Alibaba et Tencent font désormais partie des entreprises qui ont plus de 500 milliards de dollars de capitalisation boursière. De plus, elles utilisent leur assise financière et leur croissance pour acquérir des entreprises en Europe et aux Etats-Unis afin d’accélérer leur globalisation. Cette année, les entreprises chinoises devraient dépasser les 220 milliards de dollars d’acquisitions à l’étranger. De nouveaux noms apparaissent : Fosun, HNA, Wanda ou Anbang.

En 2018, la restructuration de la propriété des entreprises est la vague de fond qui affectera le plus, et à long terme, notre environnement économique. Les rapports de force se déplacent vers de nouveaux acteurs aux Etats Unis et en Asie. L’Europe et la Suisse sont devenues des terrains de chasse privilégiés pour ces nouveaux prédateurs. Est-ce que nous pouvons vraiment rester compétitifs globalement si nous perdons la propriété et les centres de décisions de nos entreprises clés ? Il faut bien sûr respecter les règles d’une concurrence internationale ouverte et basée sur la réciprocité. Mais, à ce jeu, ne sommes-nous pas un peu naïfs ?

 

 

3 pensées sur “2018, vers une restructuration massive de l’économie mondiale

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    17 janvier 2018 à 9 09 26 01261
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    @ tous

    Les médias mainstream – les médias people et de formatage de la pensée, j’entends, pas les médias de gouvernance qui eux voient loin, les médias dis-je spéculent pseudo savamment sur les tendances économiques présentes, à propos de la santé économique de la France ou du Canada sous le péquenot Trudeau, à propos des conséquences de tel ou tel décret signé par Donald Trump ou sur les conséquences du BREXIT et pourtant tous sont ans l’impasse et ils écrivent déjà l’article qui demain rejettera leurs hypothèses d’aujourd’hui.

    Dans l’article ci-dessus vous avez suffisamment de données importantes – sérieuses – pour envisager que 2018 ne peut qu’être catastrophique

    L’auteur effleure le motif véritable de la catastrophe annoncée par ces statistiques et à la fin il refait l’erreur de ceux qu’ils dénoncent au début de son article.

    Nous y reviendrons étant donné le grand intérêt de cet article que je vous invite à relire.

    Robert bibeau

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    17 janvier 2018 à 11 11 46 01461
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    Pour aller dans le même sens que cet article, voici un article, pas encore finaliser mais qui montre assez bien les enjeux. Il faudra bien d’ autres articles pour comprendre ce qui se passe et ou va la société technologique.

    Avant propos

    Cet article, est principalement et volontairement composé d’ extraits de textes à pour objet d’ attirer l’ attention des camarades sur la « nouvelle économie dite des plateformes ». Actuellement les cris d’orfraie de l’ UE contre les GAFA ne concernent que la fiscalité (sa répartition) à aucun moment l’ UE s’ opposent à la pénétration de la « nouvelle économie ». Dans la réalité les grandes entreprises et les états passent des accords avec les GAFA, dont la puissance financière vertigineuse leur permet de se comparer au États , le Danemark venant même d’ envoyer un ambassadeur auprès de GAFA de la Silicon vallée. L’ état français n’ est d’ ailleurs pas en reste, il a aussi son ambassadeur en la personne de David Martinon depuis nov 2017.
    Le simple fait que les états s’inquiètent de la pénétration destructrice de « la nouvelle économie » ne nous permet pas de se débarrasser des problèmes que cette « nouvelle économie soulève ».

    La place des GAFA dans l’ économie capitaliste.

    Voici deux acronymes, GAFA et BATX1 repris régulièrement par les médias pour signifier la percée financière du « capitalisme de plate forme ». Aussi le journal Chalenges faisait le constat suivant :

    « Début 2017, la capitalisation boursière des GAFA (c’est-à-dire de Google, Apple, Facebook, et Amazon) dépassait les 2000 milliards d’euros. C’est plus que l’ensemble du CAC 40 (1500 milliards). Leur valorisation équivaut au PIB de la France. Ces entreprises emblématiques du web trustent d’ailleurs les premières places du top 10 des plus grandes capitalisations mondiales. Apple est l’entreprise la plus chère du monde (752 milliards de dollars) et devance Alphabet, la maison mère de Google. Microsoft complète le podium, suivi de près par Amazon et Facebook, respectivement en 4ème et 6ème position. »Chalenges
    Ensuite le journal Chalenges prétend chiffres à l’ appui que ces nouveaux géants sont des « nains » en matière d’emplois » ce n’ est vrai que partiellement car tous les chiffres montrent, que les GAFA ne cessent d’ embaucher. La question qui restent en suspend est de savoir si ces embauches seront en mesure de compenser les emplois que les GAFA détruisent.
    Par quel miracle ces plateformes ont elles pu accumuler une telle capitalisation boursière étant donné que le travail salarié utilisé n’ est pas en mesure de générer de tels profits ?

    Une première explication vient de la fiscalité

    Comme les actifs financiers de ces plateformes ne valent rien, elles peuvent s’installer sans encombre dans les paradis fiscaux. Quand leurs actifs prennent de la valeur, ils sont hors d’atteinte et comme elles n’ont pas d’actionnaires c’est tout bénéfice pour elles, d’où des décollages boursiers spectaculaires pour ce capitalisme qui se développe en dehors des clous des réglementations établies. Nous ne nous attarderons pas sur ce sujet, qui est un règlement de compte au sein même du capital pour le partage des profits comme en témoignent les textes qui suivent. La presse a largement diffusée les incursions de la commissaire européenne à la concurrence, contre les GAFA en imposant une sanction de 13 milliards d’ euros à Apple. Elle a ensuite visé le géant américain Amazon, lui demandant de restituer 250 millions d’ euros d’ aides illégales de l’ Etat du Luxembourg. De son coté, E. Macron s’ est lui aussi introduit dans le maquignonnage visant un partage des profits avec le patron d’ Apple Tim Cook qu’il a reçu à l’ Élysée.

    La disparition d’ emploi et du salariat

    Nous revenons toujours sur ce qui fut appelé la loi Varga2 Dès les années 1920, Eugène Varga (2) va souligner que l’augmentation du capital constant aux dépends du capital variable (du travail vivant) n’est plus une tendance relative du capitalisme, mais permanente. Varga ne considérait plus l’élimination du travail vivant comme un phénomène relatif, il va en souligner le caractère absolu : ainsi diminue la main-d’œuvre active dans l’industrie, alors même que l’augmentation de la production continue.
    Dès 1926, Varga signalait l’existence de ce nouveau phénomène, mais c’est au printemps 1929 qu’il le développe, devant le Xe Plenum de l’Internationale communiste, il affirmera qu’il n’a pas été accordé une importance suffisante à la constitution d’un chômage organique et en soulignera les aspects nouveaux :
     » Le chômage marche parallèlement avec une augmentation formidable du volume de la production en Amérique, en Allemagne, en Grande-Bretagne  » ; il  » atteint son maximum dans les pays où la rationalisation est le plus accentuée  » ;  » il existe, dans les pays à capitalisme hautement développé, une tendance à rejeter les forces de travail de la sphère de la production dans celles de la répartition et de la consommation « . (L’Internationale communiste, 1er juin 1929 : extraits du rapport et des conclusions de Varga à la commission préparatoire du plénum du comité exécutif de l’IC.)
    La polémique au sein de l’IC fut très vive, et Varga dut essuyer les foudres de son principal opposant, Otto Kuusinen, qui va répliquer :  » C’est une chose de constater une diminution du nombre des ouvriers dans certaines branches de la production, voire même dans un pays entier, mais c’en est une autre, tout à fait différente, de parler d’une tendance générale à réduire le nombre des ouvriers.  » Les adversaires de Varga baptisèrent ce phénomène  » baisse absolue de la classe ouvrière de loi Varga « .
    Après le livre les adieux au prolétariat 3 , nous voilà de nouveau confronté à la loi Varga, celle-ci avec le chômage chronique des pays de l’ OCDE prend une apparence de vérité. Varga n’ avait pas complètement tort quand il disait « il existe, dans les pays à capitalisme hautement développé, une tendance à rejeter les forces de travail de la sphère de la production dans celles de la répartition et de la consommation » Nous savons comment le secteur tertiaire fut créateur d’ emploi jusqu’à nos jours et comment le secteur primaire industriel fut laminé par la concurrence, et délocalisé. L’introduction et le développement des TIC, se présentent actuellement comme capable d’ anéantir un grand nombre d’ emploi tertiaire, doublé par ce que l’ on appelle « l’économie collaborative ».

    « Avec le big data plus les algorithmes, plus le capitalisme de plateforme, nous allons vers la disparition de 5 millions d’emplois dans les 10 ans qui viennent en France. Nous sommes, ici et dans l’ensemble des pays développés, sur la pente de la disparition des emplois actuels et même de métiers de l’ordre de 47% à 50%, y compris dans des milieux extrêmement qualifiés, par exemple, l’exploitation du big data dans les cabinets d’avocats avec les algorithmes qui travaillent sur toutes les jurisprudences qui sont numérisées là où travaillaient 100 avocats, il n’en restera que 10 ou 15. Nous sommes passés d’une situation où, à l’horizon de l’an 2000, on avait un quart des informations produites par notre société qui était numérisé, maintenant, nous sommes en France à 98% de l’information produite et numérisée. « Yann LE POLLOTEC, responsable PCF pour le numérique

    Tous les pays de l’ OCDE à des degrés divers seront touchés par ce rétrécissement de l’ emploi tertiaire, qu’en terme marxiste nous appelons les faux frais du capital , un secteur qui fait circuler la plus value mais n’ en produit pas. Le constat de cette situation globale à été fait, rappelons le lors d’ une importante réunion de 500 membres de l’ élite mondiale, à San Francisco entre le 27 septembre et le 1er octobre 1995 .4 Les « grands » de ce monde, vont s’interroger sur l’ avenir de ce qu’ils allaient appeler le 20/80. Pour eux 20% de la population mondiale peut faire tourner l’ économie et qu’il fallait se préparer à gérer les surnuméraires. Il y aura bientôt 80% de la population qui s’avérera superflu, qu’il faudra «occuper»; pour maintenir la paix sociale, Z. Brezinski avait proposé le « tittytainment », un mélange d’aliment physique et psychologique qui endormirait les masses et contrôlerait leurs frustrations et protestations prévisibles.
    Depuis nous avons vu se développer des revendications d’ adaptation au capitalisme, comme le revenu universel , mais aussi le changement législatif de la loi El Khoneri mettant dorénavant sur le même plan droit du salarié et droit de la personne, tout cela dans le cadre de l’offensive sur le numérique et du capitalisme de plateforme.

    « Le capitalisme de plateforme s’appuie sur le big data c’est-à-dire sur la capacité à gérer des masses énormes de données – des documents, de la géo-localisation… – permet de développer des
    entreprises qui font ce que j’appelle du courtage de travail. Prenez le modèle d’Uber, il emploie zéro chauffeur mais il a recours à 250.000 chauffeurs dans le monde, il emploie deux mille personnes dans le monde, essentiellement informaticiens, il met en relation des gens qui ont besoin d’être transportés et des gens qui sont prêts à les transporter, ce qu’on appelle des contractants. Ces gens ne sont pas des salariés d’Uber, ils mettent à la disposition d’Uber leur moyen de production c’est-à-dire leur voiture, leur GPS, leur tablette numérique qui leur permet de trouver le client. Ils
    dépendent totalement de l’offre ou de la demande de transport et à la fin le paiement passe par
    Uber qui prend une marge énorme de 20%. Nous sommes dans une situation de précariat le plus
    total, tout en donnant aux gens le sentiment qu’ils sont indépendants. Je rappelle la citation de
    Michel Foucault : « être entrepreneur de soi » et cela se multiplie. »Yann LE POLLOTEC, responsable PCF pour le numérique.

    « Entrepreneur de soi » Marx en parle dans chapitre inédit du Capital p230 ed 10 18
    « Dans le système capitaliste, un certain nombre de travaux produisant des marchandises continuent d’être effectués de la même manière que dans les modes de production antérieurs, où le rapport capital-salariat n’existait pas encore, de sorte qu’il n’est pas possible de leur appliquer la notion de travail productif et improductif correspondant au capitalisme. Toutefois, même s’ils ne sont pas encore soumis véritablement aux rapports dominants, ils le sont idéellement : par exemple, le travailleur qui est son propre employeur, est aussi son propre salarié, tandis que ses propres moyens de production lui font face comme capital… dans son esprit. De telles anomalies offrent un terrain bienvenu aux discussions oiseuses et à l’ergotage sur le travail productif et improductif. » 

    Un chamboulement du système d’ exploitation est en marche, et il faut essayer de se l’ appréhender

    Depuis quelques années, nous entendons régulièrement le capitalisme nous prôner la fin proche du salariat ou son au delà. En occident du fait des nombreuses délocalisations et de la concurrence chinoise, il y a un semblant de vérité, qui maintenant prend un nouvel envol avec les nouvelles technologies.

    Le dernier N°94 de la Gazette des Mines est intéressant en ce sens qu’il donne quelques chiffres sur la « fin du salariat ».

    « Le travail “à la tâche” est aujourd’hui de plus en plus visible :livraison, prestations intellectuelles, services à la personne, etc. L’essor des plateformes, dont la plupart font appel au travail non-salarié, conduit d’ailleurs certains à parler d’ ubérisation de l’économie. Pourtant, le salariat est loin de disparaître. Il n’a même presque jamais été aussi majoritaire : il représentait 56 % de l’emploi total en 1900, 65 % en 1950, 85 % en 1989 et 89,65 % au 31 décembre 2015 1. Durant les vingt-cinq dernières années, la proportion des non-salariés dans l’emploi total n’a pas évolué de manière significative, même si, après 2009, on peut observer un très léger regain (8,79 % de l’emploi total, point bas historique, en 2001, contre 10,35 % en 2015) . Si on considère les pourcentages par secteurs d’activité, on observe que ce faible mouvement est essentiellement lié à la contribution du secteur tertiaire à l’emploi non-salarié : 5,30 % de l’emploi total en 2001, 7,11 % en 2015.

    Mais, en réalité, cette variation est largement due au développement du secteur tertiaire dans l’économie, et non à une modification de la structure d’emploi. La part des non salariés au sein du secteur tertiaire marchand en 2015 est d’ailleurs identique à celle de 1996 (cf. Figure 1). La part de l’emploi non-salarié ne se développe réellement, entre 2009 et 2015, que dans la construction
    Constater que la proportion de travailleurs non-salariés est stable ne permet toutefois pas de conclure à l’absence de mutations dans le monde du travail. Au contraire, les changements économiques et culturels sont profonds, tant dans les entreprises que pour les travailleurs.

    Un besoin des entreprises de plus de flexibilité
    Au sein du salariat, de nouveaux types de contrats et de nouvelles catégories de travailleurs sont apparus depuis les années 1980. Alors que le CDI (contrat à durée indéterminée) à temps plein était la norme du salariat depuis les Trente Glorieuses, il a progressivement cédé sa place à des formes “atypiques” d’emploi salarié : intérim, CDD, stage et apprentissage. Si le CDI est aujourd’hui encore très représenté dans le salariat, c’est surtout une question de stock. Aujourd’hui, les périodes d’emploi de moins de trois mois en CDD et intérim représentent près de neuf embauches sur dix, contre seulement une sur deux en 1982. La pluriactivité se développe : 1,4 millions de travailleurs (2) déclarent travailler pour plusieurs employeurs, voire exercer plusieurs professions
    L’évolution du monde de l’entreprise est une cause des mutations du travail. Le XXe siècle a été marqué par la civilisation de l’usine, où fordisme et taylorisme ont façonné l’organisation du travail selon des principes d’organisation scientifique. Dans les années 1980, le capitalisme financier amorce le développement du modèle de plateforme. Avec lui, l’actionnariat diffus tient une place centrale dans la gouvernance et la rentabilité à court terme prend une importance croissante. L’entreprise est appréhendée comme un centre de contractualisation entre diverses parties prenantes pour concourir à la fourniture d’un produit ou d’un service. On assiste alors à des vagues d’externalisations,de recentrages stratégiques et, dans une moindre mesure, au recours massif à l’intérim ou aux contrats courts.

    Les technologies numériques ne sont pas le support indispensable de cette stratégie d’entreprise ni des modèles de plateformes. Elles les facilitent cependant, notamment parce qu’elles permettent de faire baisser les coûts de transaction. Ainsi, les entreprises tendent à employer et à fidéliser de moins en moins et à contractualiser de plus en plus à la tâche ou, dans le meilleur des cas, à la mission. Elles ne détiennent parfois que très peu de capital au regard de leur chiffre d’affaires,pour des raisons qui peuvent varier : difficultés à le mobiliser (3), recherche de structures plus légères et agiles, stratégie financière… À l’extrême, l’entreprise ne façonne et n’organise plus le travail. Elle le divise en tâches et optimise la mise en relation entre offreurs et demandeurs. »

    notes
    1 Source : INSEE.
    2 Dares Analyses 2016-60, « Les pluriactifs : quels sont leurs profils et leurs durées de travail ? ».
    3 Certaines success story ont d’ailleurs commencé ainsi. Brian Chesky, fondateur d’Airbnb, a publié les refus des capitaux-risqueurs qu’il a essuyés. Michael Dell décrit que le modèle de son entreprise éponyme résulte du fait qu’il n’avait que 1 000 dollars, capital minimum autorisé par l’État du Texas lorsqu’il l’a créée.

    Les GAFA sont ils une menace pour le capitalisme historique.

    Effectivement les GAFA ne semblent pas être dans les clous du capitalisme historique, celui créateur de valeur, les GAFA ont un profil proche de celui du capital financier, ils se sont autonomisés au sein du MPC , comme un pôle ayant les capacités de drainer des masses énormes de capitaux. De véritables sangsues
    allant jusqu’ à mettre sous sa dépendance les secteurs créateurs de plus value.

    En témoigne la Gazette des mines N°93 septembre 2017

    « L’entrée fracassante d’acteurs du numérique (Google, Uber, Baidu…) de taille mondiale et possédant des capacités financières colossales entraîne un déplacement substantiel de la chaîne de valeur. Le principal risque est d’aboutir à des partenariats entre géants du numérique et constructeurs qui soient totalement déséquilibrés, dans lesquels le rôle du constructeur se limiterait au seul déploiement du système d’exploitation qu’un Google,par exemple, aurait développé. C’est précisément la stratégie qu’a choisie Google en s’associant avec Fiat. Le constructeur italien fournit uniquement les véhicules et laisse toute la responsabilité de l’intelligence artificielle et de la gestion des données à Google (4).

    La chaîne de valeur5 va donc se trouver progressivement réorientée en faveur des plateformes de services d’usage de véhicules comme en témoignent les partenariats noués récemment entre Google et Fiat, Google et Lyft, Uber et Ford,Daimler et Volvo, Lyft et General Motors… Carlos Ghosn l’a très bien compris en annonçant dès 2014 : « Nous ne voulons pas juste devenir des fournisseurs de carrosserie. » Si les constructeurs accumulent trop de retard, ils pourraient alors se voir contraints de se fournir davantage auprès d’équipementiers souhaitant remonter la chaîne de valeur. Le risque est de perdre davantage encore de la valeur ajoutée quand on sait que plus de 80 % de cette valeur ajoutée est déjà passée dans les mains des équipementiers. » La Gazette N°93 septembre 2017

    Ce que confirme l’ institut Friedland dans son étude « Création de valeur dans un monde numérique janv 2017 » 

    « Pourtant, la puissance des business models de ces nouveaux géants porte bien en germe l’installation d’une économie à deux vitesses, avec une subordination croissante de l’ancienne
    à la nouvelle économie. À terme, c’est à un transfert massif de valeur qu’on pourrait assister dans un rapport de force de plus en plus défavorable à l’ancienne économie.
    Face à ces transformations, les États européens dénoncent surtout les stratégies agressives
    d’optimisation fiscale des entreprises numériques américaines, qui menacent d’éroder leurs bases fiscales. Or, contrer ces pratiques ne suffira pas : ce qui est en jeu, c’est une « délocalisation » croissante hors d’Europe de la valeur créée, ce qui induira, à terme, une attrition des bases fiscales et, plus grave,conduira à un appauvrissement du continent. »

    En effet la puissance des GAFA provient de leurs capacités à s’imposer immédiatement sur le plan mondial, comme une araignée tissant sa toile.

    « Qu’est-ce que le succès des plateformes américaines remet en cause ? Non seulement l’organisation légale et sociale des pays européens mais également le développement économique du continent. Le risque étant que ces plateformes, essentiellement les GAFA, finissent par constituer des monopoles, évinçant de potentiels concurrents européens. » (p 37)

    Mais encore l’ avis ci dessous «  Les nouveaux rapports industrie/services à l’ère du numérique »
    Mme Marie-José Kotlicki Octobre 2015

    La création de monopoles géants très capitalistiques : le Big Data et ses avatars à venir.

    Cette nouvelle révolution industrielle à travers le Big Data est accaparée par des sociétés supranationales. Sa partie émergeante est constituée par les Gafa (Google, Apple, Facebook et Amazon), entreprises capables de concentrer la masse exponentielle des données de leurs clients, de les analyser et de les utiliser. Leur puissance repose sur cette capacité et sur les enseignements qu’ils en tirent en matière de conception des produits, d’innovation, de relations commerciales et de marges bénéficiaires. Par exemple, Google
    avec la création de son moteur de recherche, capitalise des informations à partir des requêtes des utilisateurs, ce qui lui permet de vendre des liens sponsorisés et de dégager des recettes.
    Le Big Data participe aussi à la création de nouvelles technologies qui font émerger de nouveaux usages permettant de capter de nouvelles données et ainsi de suite…
    En fait, les millions de clients, leurs milliards de données constituent l’énergie qui permet à ces Gafa de fonctionner et de créer les nouvelles technologies qui permettent d’inventer de nouveaux besoins.
    Ainsi, les Gafa sont stratégiques pour la rénovation des métiers existants et la création d’écosystèmes innovants. Ils se sont donnés les moyens de prendre le contrôle de secteurs étrangers à leur activité d’origine, que ce soit le secteur de la presse ou l’hôtellerie, où les Gafa ont déstabilisé des pans entiers de l’industrie. Par exemple, dans l’hôtellerie : les systèmes de réservation par Internet captent des devises qui ne rentrent pas sur le territoire, même si la France reste attractive pour les touristes. Plus insidieuse encore, l’habitude donnée aux internautes d’avoir accès gratuitement à l’information sur les kiosques. Or les kiosques qui en autorisent l’accès, prélèvent au passage 30 % de marge, sans communiquer aux journaux d’informations sur leurs lecteurs. Ils coupent les éditeurs de leurs clients, les laissant à la merci de leur propre politique commerciale.
    Mais la prise de contrôle des données, véritable chaîne de valeur, implique d’investir des sommes considérables que seuls les Gafa sont capables de mobiliser. Ce sont les nouveaux magnats de l’Internet, après ceux du pétrole ou de la presse. Ces sommes considérables sont ensuite utilisées pour créer de nouveaux objets ou produits en dehors des circuits industriels traditionnels.
    En février 2015, les Gafa pesaient autant que les entreprises du CAC 40. Depuis, l’écart n’a cessé de se creuser. L’indice CAC 40 vaut 1 131 milliards de dollars, alors que les Gafa affichent 1 675 milliards de dollars sur la balance ! Les Gafa battent aussi le Nasdaq +9,2 % depuis le 1er janvier 2015. Mais les Natu (Netflix, Airbnb, Tesla, Uber) « quatuor emblématique d’une nouvelle vague qui parcourt le segment digital » [Patrick Fray, Les Échos, 23 janvier 2015], ont pour objectif d’entrer dans la course du Big Data. Selon Aurel BGC, elles valent autant que 10 % du CAC 40, contre un peu plus de 6 % début 2014 et 3 % début 2013 (non encore cotées en Bourse à l’époque).
    La révolution Big Data se met en place beaucoup plus rapidement, et s’affirme beaucoup plus capitalistique.
    Les Gafa et des acteurs du même type peuvent déjà dicter leur loi à des pans entiers de l’économie. Ils deviennent de grands « prédateurs » supranationaux avec des impacts sociaux importants ; d’autant qu’ils contournent les règles et sont régulièrement accusés de pratiques anticoncurrentielles, d’optimisation fiscale, de non-respect de l’utilisation des données privées.
    Ces entreprises prospèrent aussi grâce aux paradis fiscaux où elles délocalisent des profits de leurs activités mondiales. Elles se développent en tant que « passagers clandestins de réseaux physiques » [Benoit Thieulin, Rencontres d’Options : le numérique, l’entreprise et le travail, 25 janvier 2015] pratiquant du dumping économique et fiscal et entravant les règles de la concurrence libre et non faussée.
    Comment alors les faire participer au financement des infrastructures et des réseaux qu’elles utilisent ?À ce stade de la révolution numérique, la question de la légitime protection et du respect les vies privées s’impose. Sans régulation/législation, le risque est d’aboutir à un système à deux vitesses : les plus modestes devront payer l’accès à Internet par la renonciation à la protection de leur vie privée, tandis que la population plus aisée, sur un modèle payant aura droit au respect de ses données privées.
    Si les Gafa peuvent fournir du service universel, elles prélèvent des rentes massives et sans impôts. C’est un vrai problème pour l’ensemble des États où elles développent leurs activités. (Les nouveaux rapports industrie/services à l’ère du numérique P26)

    Les GAFA savent très bien que leur statut juridique, n’ est pas tenable à terme car il provoquerait la ruine du capital productif de valeur, déjà sous la coupe du capital de prêt, c’ est à dire d’un capital qui pense que l’ argent peut rapporter de l’ argent sans passer par la production de valeur. Les GAFA vont donc essayer de pénétrer dans les conseils d’ administration des secteurs créateurs de valeur, comme donneurs d’ ordres , transformant les anciens donneurs d’ ordre en sous traitant. Carlos Ghosn l’a très bien compris en annonçant dès 2014 : « Nous ne voulons pas juste devenir des fournisseurs de carrosserie. »

    Amazon est bien connu pour être un centre d’ exploitation de la force de travail particulièrement redoutable, tant pour ces concurrents que pour le monde du travail. Ne parlons pas d’ Uber , qui lui aussi nage dans le bonheur des vides juridiques.

    GB

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    19 janvier 2018 à 6 06 43 01431
    Permalink

    @ Gérard Bad

    Merci pour ce post

    Nous allons publié ce texte intéressant sous la rubrique LES 7 DE L’HEXAGONE

    J’invite les lecteurs à commenter.

    Robert Bibeau http://www.les7duquebec.com

    Répondre

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