Alerte orange sur les places financières

INFOBREF. No. 425.  Gérard Bad.  Février 2016. Paris.

Source :  Publié le 09.02.2016.   Par  Monde-antigone

 

Ces analystes arrogants qui prédisaient il y a encore quelques semaines que la croissance était en train de revenir grâce à la mise en concordance de facteurs historiquement favorables, ce qu’ils appellent « l’alignement des planètes » (taux bas, pétrole pas cher, euro faible), l’ont dans l’os. Mario Draghi aussi qui pensait qu’en promettant des milliards gratuits en quantité illimitée tirés des planches à billets de la BCE, les marchés seraient suffisamment soutenus et qu’ils ne pouvaient pas s’effondrer. C’est tout le contraire qui se passe. Les coups de vent se succèdent à intervalles de plus en plus rapprochés. Le trucage des statistiques de croissance et d’emploi trouve là ses limites.

Le système bancaire commence à payer son exposition au pétrole. 3.100 milliards de dollars de dettes sont liés au secteur pétrolier dans le monde. Et voilà qu’on se remet à craindre un asséchement de liquidités provenant du marché interbancaire. On reparle d’un risque systémique sur les banques grecques, italiennes (UniCredit: – 11 % cet après-midi), portugaises, et même allemandes ! Tant et si bien que le patron de Deutsche Bank a été obligé hier de se fendre d’un communiqué pour « rassurer » et assurer que la banque avait « assez d’argent pour couvrir les risques futurs ». Au lieu de rassurer, il a foutu la frousse à tout le monde…

De coups de vent en mini-krachs, le capitalisme explore le dernier domaine où il ne s’était pas encore aventuré: l’absurdité extrême. Ce n’est pas encore la panique, mais c’est déjà le sauve-qui-peut, tous aux abris ! Les hedge-funds et des fonds souverains (monarchies du Golfe, Norvège) se délestent de leurs valeurs « à risque ». C’est la ruée sur les valeurs refuge, l’or, l’obligataire et certaines devises (yen, franc suisse). Les investisseurs tentent désespérément de se couvrir en acceptant de payer de plus en plus cher juste pour prêter ou déposer leur argent. C’est un non-sens absolu ! Les économies développées entrent dans une ère de déflation qui va aller en s’accélérant, poussées par les taux négatifs. La bulle obligataire est monstrueuse. 7.000 milliards de dollars de dette d’État dans le monde se trouvent actuellement en territoire négatif: c’est une totale aberration économique ! Le pire, c’est que dès que les taux remonteront, il y aura un risque de faillite !
Les Bourses mondiales dans la tourmente
RFI – 09 fev 2016
http://www.rfi.fr/economie/2min/20160209-bourses-mondiales-inquietudes-croissance-chine-etats-unis
Scénario désormais récurrent depuis le début de l’année, les places boursières sont secouées ( 12,3 % pour la Bourse de Paris depuis le début de l’année). Il est vrai que les raisons de s’inquiéter ne manquent pas pour les investisseurs, qui ne prennent plus de risques et se détournent des marchés des actions. Des investisseurs qui ne s’inquiètent plus seulement pour la croissance chinoise ou la baisse des cours du pétrole, mais s’interrogent aussi sur les risques de récession aux Etats-Unis, où les créations d’emplois ont ralenti beaucoup plus que prévu en janvier 2016.

Le risque d’embrasement au Moyen-Orient et entre la Corée du Nord et ses voisins asiatiques est tout aussi anxiogène. Mais c’est surtout le risque bancaire qui alimente les peurs. Après la chute des banques italiennes la semaine dernière, les valeurs des banques grecques ont dégringolé lundi de plus de 28 %. La Bourse d’Athènes chute de près de 8 %. La Grèce n’a pas fini de devoir rassurer ses créanciers sur ses projets de réformes, condition sine qua non pour débloquer de nouvelles liquidités, renégocier la dette et relancer la machine économique. Pour Christopher Dembik, responsable de la macroéconomie de Saxo Banque: « Le secteur bancaire italien est en très grande difficulté avec une hausse des créances douteuses, notamment des créances qui ne vont pas être remboursées. Cela montre toute la fragilité des pays du sud de l’Europe. Et ces inquiétudes se sont propagées…  »
Le Japon menacé d’une nouvelle recession
par Frédéric Charles (RFI)

TOKYO – La décision de la banque du Japon d’adopter des taux négatifs est rejetée ce mardi par les marchés. C’est une taxe sur le système financier japonais qui prive les banques de toute marge bénéficiaire. D’autant plus que pour la première fois depuis la fin de la guerre, le rendement sur les obligations de l’Etat japonais devient négatif. Vous perdez votre argent en achetant de la dette publique japonaise. Le Japon pourrait connaître une nouvelle récession. Sa croissance pour le dernier trimestre 2015 risque d’être négative. Les Japonais sont déboussolés, leurs salaires réels ont encore reculé de 0,1 % en décembre dernier. La Bourse de Tokyo sonne enfin le glas des Abenomics. (…)
Deutsche Bank tente de rassurer sur sa solvabilité
AWP/AFP, Romandie news – 09 fev 2016
http://www.romandie.com/news/Deutsche-Bank-tente-de-rassurer-sur-sa-solvabilite_RP/674901.rom
FRANCFORT – Deutsche Bank, 1ère banque allemande laminée en Bourse, s’est démenée mardi pour tenter de rassurer les investisseurs sur sa solidité financière et sa capacité à payer ses dettes, le patron lui-même montant au front, sans vraiment convaincre.  « Deutsche Bank reste solide comme un roc, au vu de notre situation de capital et de risque », a martelé John Cryan, le Britannique aux commandes depuis l’été dernier, dans une lettre adressée aux employés, rendue publique par la banque. Des mots forts mais impuissants à enrayer la dégringolade du titre, qui perdait 2,32 % à 13,50 € à 15H10 GMT à la Bourse de Francfort, amenant à près de 12 % son repli en moins de 2 jours, et à plus de 40 % depuis début janvier.

Pourtant, dans un exercice de communication plutôt inhabituel, la banque avait déjà tenté d’apaiser les investisseurs lundi soir, en « (profitant) de cette force pour rassurer le marché sur notre capacité et notre engagement à payer des obligations aux investisseurs », a rappelé M. Cryan. Dans un bref communiqué boursier, la banque a indiqué que sa « capacité de remboursement » sur un certain type de dette était « d’environ un milliard d’euros » cette année. Soit amplement de quoi couvrir un remboursement d’obligations de 350 millions d’euros à échéance du 30 avril prochain. Sur le marché, des inquiétudes avaient été relayées sur le remboursement de cette sorte de dette appelée AT1, émise par Deutsche Bank et d’autres pour gonfler leurs réserves de liquidités mais à des taux d’intérêts relativement élevés. Les craintes autour des titres AT1 avaient fait plonger l’action Deutsche Bank lundi.

Selon ses prévisions, en 2017 Deutsche Bank sera même en mesure de rembourser 4,3 milliards d’euros d’AT1, aidée par des gains de cession et des réserves, « à même de compenser de potentielles pertes pouvant survenir à l’avenir ». Ces assurances ont temporairement tiré l’action vers le haut dans la matinée mardi, mais le répit a été de courte durée. La défiance est maximale à l’égard de l’établissement, autrefois étendard du secteur financier allemand, devenu en quelques années son mouton noir, embourbée dans pas moins de 6.000 litiges juridiques et qui vient de publier une perte de près de 7 milliards d’euros pour 2015. « Le marché s’inquiète de savoir si nos provisions pour risques juridiques suffisent », a reconnu M. Cryan mardi, « mais pas moi ». « Nous allons certainement devoir passer d’autres provisions mais nos prévisions financières en tiennent compte ».

Sous la houlette du Britannique, arrivé aux manettes l’an dernier, Deutsche Bank, qui emploie plus de 100.000 personnes dans le monde, veut repartir de l’avant, avec un changement profond d’organisation et de culture. Mais les investisseurs s’inquiètent d’une rentabilité qui laisse à désirer, et surtout d’une assise en capital jugée trop faible, à l’époque où les régulateurs forcent les banques à amasser de plus en plus de capital pour couvrir leurs risques. Du coup Deutsche Bank est coincée entre la peste et le choléra, analyse James Chapell, de Berenberg. Soit alléger son bilan, une tâche titanesque dans un environnement de panique sur les marchés financiers, soit augmenter son capital, véritable repoussoir pour les investisseurs. Et ce alors que « l’activité est en déclin structurel », rappelle l’analyste.

 

  1. Cryan a beau jurer que la banque n’a pas besoin de faire appel aux marchés pour renflouer ses coffres, « les investisseurs devraient rester soucieux d’une possible augmentation de capital, que nous n’attendons pas mais qui ne peut pas être exclue non plus », jugeait Philipp Hässler de la banque Equinet. Deutsche Bank a dorénavant une capitalisation boursière inférieure à celle de Beiersdorf, le fabricant de la crème Nivea qui fait 5 fois moins de chiffre d’affaires. Et la faiblesse du cours commence même à alimenter dans la presse allemande de premières spéculations de rachats.

Ce matin la bourse de Tokyo a perdu encore 5,4 %.
A l’heure où je poste, le coup de vent continue se sévir. À 2 heures de la clôture le CAC est descendu sous la barre symbolique des 4.000 points, au niveau de décembre 2014. En Europe, on rajoute aujourd’hui environ 1,5 % de perte après les – 3 % hier.
Je rapporte les chiffres spectaculaires d’hier. J’actualiserai ce soir si je vois passer une dépêche de synthèse.

 

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