ARNAQUE CONTRE LES RÉGIMES DE RETRAITE

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Le débat fait rage à propos des régimes de retraite des salariés de la fonction publique, parapublique, municipaux et des entreprises privées. Ce débat alambiqué est la manifestation de la faillite du système économique. Nous allons vous le démontrer.

«La retraite : aurons-nous les moyens ?»

Il est frauduleux de poser le problème des régimes de pension – publics ou privés – collectifs ou individuels (REER, CELI, FERR) en posant la question en ces termes : «La retraire : aurons-nous les moyens ? » Cette question, posée par les animateurs de Radio-Canada et de d’autres médias à la solde, sur leur page web et à l’émission spéciale de vendredi dernier le 5 septembre 2014 (1) laisse entendre que les employés des secteurs publics – parapublics et du secteur privé ont des choix à faire. Que ces employées ont un quelconque pouvoir de décision et un semblant de capacité d’intervention sur les grands paramètres de l’économie politique régionale, nationale et internationale. Tout ceci n’est que fumisterie.

Les travailleurs québécois et les ouvriers canadiens n’ont pas la capacité d’interférer sur le déroulement de la crise économique systémique amorcée en 2008, année où la crise s’est accentuée et s’est accélérée dans le monde entier.

On ne peut pas traiter de la question des régimes de retraite – des fonds de pension – de l’épargne des salariés en définitive – sans prendre en compte l’état général de l’économie capitaliste. Pire, dans ce monde globalisé et mondialisé, il nous faut tenir compte des paramètres économiques mondiaux si l’on souhaite comprendre ce qui advient des régimes de pension au Canada et dans la province de Québec – deux économies totalement imbriquées et entièrement intégrées à l’économie globalisée (2).

On ne peut répondre à la question «La retraite : Aurons-nous les moyens ?» sans répondre à la question «L’économie capitaliste mondiale nous en laissera-t-elle les moyens ?»  À cette dernière question, la réponse est simple et évidente. Messieurs les experts Castonguay, Fortin, Fillion, D’Amours, Plamondon et Ranger auront beau  présenter leurs solutions bidon, tous ces gens ne contrôlent rien de l’économie mondiale dont le Canada n’est qu’un joueur parmi d’autres, aussi pire et pas meilleur que les autres.

Un exemple suffira à démontrer ce point. Avez-vous remarqué que tant que l’économie mondiale était en croissance relative vous n’entendiez jamais parler des régimes de pension à la télévision ? Pourtant, les actuaires savaient parfaitement que la population vieillissait, que la période de retraite s’allongeait pour la majorité des salariés (dans les pays occidentaux du moins). Les actuaires calculaient les cotisations à payer par les employés, par les employeurs (à même la masse salariale générée par les employés, il ne faut pas l’oublier) et par l’État corporatiste. Enfin, les comptables actuaires estimaient autant qu’ils pouvaient les revenus (rendements) que ces fonds d’investissement  pouvaient générer en placement risqué. Cette portion «investissement» de l’équation générale (contributions-rendements-déboursés) étant, et de loin, la plus aléatoire, la portion quasi impossible à approximée par ces comptables et ces financiers qui accréditent le mythe que la société capitaliste est immortelle et qu’elle ne peut que croître et jamais s’effondrer (sic). Pourtant, vous le savez, les crises succèdent aux crises et les guerres précèdent les guerres sous le capitalisme monopoliste.

Mais voilà que le monde réel a rattrapé ces affidés. Le système économique impérialiste, totalement anarchique et non planifié, s’étiole et les rendements (profits) sur investissements s’effondrent, et la crise économique s’approfondit et voici que les fonds de pension n’accumulent plus assez de revenus pour les déboursés prévus, alors que les congés de cotisations, que les employeurs se sont accordés au temps des années de félicité (avec la complicité des bureaucrates syndicaux lourdement rétribués) n’ont évidemment rien arrangé.

Le chômage endémique réduit drastiquement les cotisations des employés de même que la portion du salaire soutirée par les employeurs et déposée sous forme de cotisation au régime de pension. La crise économique plombe les rendements des placements. Ainsi les obligations d’épargne du Canada sont passées de 15% en 1980 à 2% de rendement en 2014. Quand au rendement des actions, temporairement gonflées en bourse, ce n’est que pour mieux s’effondrer une fois que l’ouragan spéculatif aura passé. Le capital spéculatif boursier (auquel participe les fonds de pension) se volatilise dès que la bulle financière éclate (2008 en étant l’exemple probant). Dans les années 2000, la Caisse de Dépôt et Placement du Québec a perdu 40 milliards de dollars du soi-disant «bas de laine des Québécois». Alors, pour ce qui a trait aux compétences de gestionnaire de la Caisse on repassera SVP.

L’an dernier la Caisse a déclaré un rendement de plus de 10% sur ses placements, grâce à des actions de firmes américaines totalement surévaluées – gonflées à bloc à l’hélium spéculatif – et sur le point d’éclater comme baudruche. L’an prochain, ne soyez pas surpris d’apprendre que la Caisse a fait une mauvaise année (!) Où sont les experts économistes pour nous avisés de ce désastre appréhendé ?

Sous le système économique capitaliste anarchique – imprévisible et aléatoire –, il est totalement impossible d’établir des prévisions de rendement sur investissements et il est tout aussi impossible de redresser le mouvement quand la bourse s’écroule avec vos épargnes, si vous en aviez (!)

L’allongement de l’espérance de vie et de la durée de la retraite (!)

Il est totalement faux de prétendre que l’allongement de la vie des retraités est une variable nouvelle, étonnante et imprévisible. Les actuaires et les démographes savaient tout ceci depuis des décennies et leurs calculs des contributions aux fonds de pension ont toujours tenu compte de ce paramètre parfaitement connu et prévisible.

Le régime volontaire d’épargne-retraite (RVER)

À titre d’exemple, prenons cette «solution» proposée par les panelistes rassemblés autour de l’animatrice. Le Régime volontaire d’Épargne-Retraite (RVER) que le gouvernement du Québec a mis sur pied soi-disant pour aider les travailleurs à épargner. Prenez note que la plupart des 66% de salariés sans régime de pension privé gagne entre 10,30 $ et 13,00 $/h, c’est-à-dire, souvent, sous le seuil de pauvreté déclaré au Québec et au Canada, et moins que ce qui est requis pour survivre sous l’inflation hors contrôle. Il faut avoir un certain culot pour accuser les salariés, dont les 2/3 ne peuvent épargner avec des gages aussi minables, d’être frivoles et gaspilleurs, de dilapider leur fortune alors que leurs revenus ne suffisent pas à assurer le minimum  pour subvenir aux besoins de leur famille. Évidemment, les médias à la solde – dont Radio-Can – préfèrent donner la parole à la petite bourgeoisie (prénommée classe moyenne) plutôt qu’aux ouvriers paupérisés.

Si le programme RVER adopté par l’Assemblée nationale du Québec fonctionne, il devrait effectuer une ponction de 70 milliards de dollars en dix ans, directement  sur le pouvoir d’achat disponible sur le marché du Québec. Autant de dollars qui iront grossir les masses d’argent disponibles sur le marché du capital spéculatif que la Caisse de Dépôt et Placement du Québec aura mission de faire fructifier (sic).

Catastrophe économique prévisible

La présente crise économique mondiale dans laquelle le Québec et le Canada patauges comme les autres est une crise de surproduction de marchandises pour cause de sous-consommation des produits disponibles (biens et services). En effet, il y a trop de capacités de production, trop de marchandises en circulation – compte tenu des capacités de payer des consommateurs dont le salaire moyen réel (une fois soustraite l’inflation) a diminué de 18% au Canada entre 1973 et 2010 et dont les périodes de chômage s’allongent alors que les périodes de prestations d’assurance raccourcissent (seuls 35% des chômeurs touchent des prestations et peuvent continuer à consommer, pour un temps limité du moins). Après la période de chômage, c’est le bien-être social qui les attend et une nouvelle baisse de leur pouvoir d’achat, donc encore moins de consommation et davantage de surproduction.

Les différentes économies capitalistes, des pays d’Occident notamment, ont réagi à cette diminution drastique du pouvoir d’achat des ménages en ouvrant le crédit à la consommation à profusion, soutenant temporairement la consommation. Mais l’endettement des ménages dans le monde et au Canada approche d’un plafond irréversible (165% de leur revenu annuel brut en moyenne au Canada). Les vannes de  l’endettement seront bientôt fermées par les banquiers qui savent déjà qu’ils ne pourront jamais récupérer ce qu’ils ont prêté. Tout ceci entraînera un effondrement de la consommation déjà très mal en point. Et voici que l’expert Alban (sic) propose de soutirer des milliards de dollars du crédit à la consommation sur dix ans qui iront grossir la masse de capital parasitaire inflationniste, inemployée sur les marchés boursiers où la disponibilité de capital de risque est déjà trop élevée et où cet argent ne servira qu’à  gonfler encore davantage la bulle spéculative qui n’en subira qu’une plus forte dévaluation le jour de la prochaine implosion du système de capitalisation bidon.

Bref, épargner et planquer son argent ne fera qu’accentuer la crise économique systémique de surproduction-sous-consommation et entraînera l’économie encore plus profondément dans la déprime ce qui plombera encore davantage les régimes de pensions et minera le pouvoir d’achat des retraités.

Évidemment, dans 4 ou 5 ans les mêmes panelistes se présenteront à une émission de télévision de Radio-Can pour expliquer que les travailleurs étaient trop gâtés – qu’ils ne savaient pas épargner – qu’ils ne savaient pas gérer leur capital de risque à la bourse en folie (monopolisé par la Caisse de Dépôt) et que c’est de la faute des pauvres s’ils sont si pauvres qu’ils n’acceptent plus de faire des sacrifices pour secourir les riches. N’ayez crainte toutefois, l’État policier ne vous demandera pas la permission pour vous astreindre à de nouveaux sacrifices, pour couper vos prestations de pension, pour saccager l’assurance chômage, pour miner l’assistance sociale, pour réduire les coupons d’alimentation, et pour transférer sur le dos des salariés le fardeau de la crise économique systémique. Si la guerre mondialisée n’est pas survenue au cours de l’été.

Les véritables questions qu’il fallait poser

La mission de Radio-Canada et des autres médias dans cette saga consiste à tout emmêler, à tout mystifier, et à accuser les victimes salariées, ces employés sans pouvoir sur l’économie, ni sur la politique; sans pouvoir même sur ces émissions de télévision qui les dénigre et qui prépare les conditions des ponctions qui seront imposées aux salariés avec, espèrent ces sommités étriquées, le consentement résigné des employés qui n’auront vu que du feu dans ces «explications» bidons (3).

Personne n’a eu l’autorisation de poser les vraies questions au cours de cette émission de télévision, à savoir : «Comment se fait-il que le système économique capitaliste ne puisse jamais assurer la croissance régulière et sans accros de la production, de la consommation, de l’épargne, et des conditions de retraite sans inflation ce qui rendrait inutile l’indexation des pensions

Autre question en lien direct avec les régimes de pension : «Pourquoi y a-t-il d’un côté trop de produits dans les magasins regorgeant d’invendus, et de l’autre des millions de pauvres, des milliers de retraités non indexés, et des moins pauvres (que tous ces fumistes ont qualifié de «classe moyenne» sans même réaliser que cette «classe moyenne» est en cours de paupérisation accélérée et qu’ils étaient rassemblés en studio pour chanter son requiem); tous ces gens incapables d’acheter ces produits, sinon à crédit, et ce pour un court temps d’accalmi, qui est maintenant fini ?»  (4)

Demain, d’autres révélations sur les régimes de pension sous pression.

  1. http://ici.radio-canada.ca/sujet/retraites et http://ici.radio-canada.ca/emissions/24_heures_en_60_minutes/2013-2014/# et aussi http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/Economie/2014/09/05/004-solutions-retraites-public-alban-damours.shtml 
  2. http://www.les7duquebec.com/7-au-front/crise-economique-et-austerite-comment-faire-face/ et http://www.les7duquebec.com/7-au-front/crise-economique-et-austerite-comment-faire-face-2/
  3. http://www.les7duquebec.com/7-au-front/ils-devalisent-les-regimes-de-retraite-des-employes-municipaux/
  4. http://www.les7duquebec.com/7-au-front/pourquoi-les-regimes-de-retraite-sont-ils-en-faillite/

À LIRE EN COMPLÉMENT : MANIFESTE DU PARTI OUVRIER  http://www.publibook.com/librairie/livre.php?isbn=9782924312520

 

6 pensées sur “ARNAQUE CONTRE LES RÉGIMES DE RETRAITE

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    10 septembre 2014 à 7 07 02 09029
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    J’ai hâte de lire quelqu’un qui ne biaisera pas la quetion.

    La seule question possible est:

    Vais-je pouvoir rembourser mon emprunt? Et cette question appartient à ceux qui administrent les plans de retraites. C’est de l’argent que les employés leur ont prêté, argent tiré de leurs salaires. Même la somme payée par l’employeur faisait partie du revenu négocié en convention.

    Ces administrateurs ont touché les montants exactement comme si cet argent était placée en fidéocommis. Ce n’est pas ni une prestation, ni une aide sociale; c’est un recouvrement d’argent placé chez une institution « supposée » honnête.

    André Lefebvre

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      10 septembre 2014 à 22 10 23 09239
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      Bien vu !

      Quoiqu’en France la retraite étant « par répartition », on peut la considérer comme un placement COLLECTIF fait par l’ensemble des salarié-e-s. Et, même si ce n’est pas collectivement, mais individuellement que chacun a, ou aura, droit à sa retraite, cela ne change rien à ton raisonnement.

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      11 septembre 2014 à 10 10 51 09519
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      @ ANDRÉ

      Je ne saurais si bien dire. Tu as totalement raison – l’argent de ma retraite c’est MON argent – du salaire auquel j’ai renoncé momentanément pour le recouvrer à mes vieux jours.

      Le gérant fouille dans la caisse et s’échappe avec le magot – les flics ont raison de dire qu’on ne doit pas volé nos régimes de pension.

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    10 septembre 2014 à 9 09 22 09229
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    Bonjour, Je visionnais un reportage cette semaine sur les chateaux de France… Autrefois je me disais qu’ils construisaient des forteresses pour se protéger en cas de guerre… Je réalise aujourd’hui qu’ils contruisaient sûrement des forteresses pour se protéger du peuple qu’ils exploitaient.

    Dommage que nous soyons ainsi à une croisée des chemins aux perspectives sombres, sachant qu’il pourrait en être autrement. Je suis réaliste mais je me dis tout de même: Tant qu’il y a de la vie il y a de l’espoir – car l’espoir est notre dernier refuge.

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