BILAN DU FORUM SOCIAL DES PEUPLES

 

LA PRÉSENCE OUVRIÈRE AU FORUM

Notre bilan du Forum Social des Peuples, tenu à Ottawa en août dernier, se fonde sur deux paramètres fondamentaux : le premier a trait à la classe sociale que notre organisation représente et souhaitait mobiliser pendant cet événement de visibilité. Le deuxième paramètre concerne nos objectifs en tant qu’organisation révolutionnaire.

Nous représentions la classe ouvrière canadienne, particulièrement sa composante québécoise. Nous souhaitions rencontrer les alliés potentiels de la classe ouvrière, les étudiants et les travailleurs des secteurs publics et para publics, afin de les sensibilisés aux idées politiques de la classe laborieuse, et leur faire valoir la nécessité de rallier la classe ouvrière dans sa lutte défensive sur le front économique, et par la suite, dans sa lutte offensive sur le front politique. Nous souhaitions présenter l’alternative ouvrière révolutionnaire, de haut niveau théorique, dans nos ateliers, à notre table de littérature et dans nos interventions à différentes conférences politiques.

Pour chacune de ces cibles, nous avons atteint nos objectifs dans la mesure de nos ressources. Il faut dire que la présence physique de la classe ouvrière était très limitée sur le campus. Une telle manifestation, tenue du jeudi au samedi, ne donne pas l’opportunité aux ouvriers d’y participer. Un sondage sommaire indique que les étudiants, les enseignants, les intellectuels, les artistes, les bureaucrates syndicaux et les employés d’ONG formaient le gros du contingent.

Notre atelier sur la crise économique systémique de l’impérialisme nous a permis de constater la méconnaissance abyssale des participants obnubilés par le formatage pseudo-scientifique des réformistes qui polluent l’espace médiatique. Réformistes et opportunistes par ailleurs largement représentés dans les ateliers tenus à l’Université (1).

Les idées des dizaines de participants à notre atelier peut se résumer à ceci : 1) le capitalisme va mal; 2) la crise économique s’approfondit parce que les gouvernements sont incompétents, néolibéraux et prévaricateurs; 3) les gouvernements ont dévié de leur trajectoire d’impartialité et de justice sociale; 4) les militants altermondialistes et réformistes doivent rappeler les gouvernants à leurs devoirs de charité affectée envers les pauvres et les indigents; 5) rétablissons les crédits des ONG subventionnés; 6) aux prochaines élections fédérales, remplaçons ce gouvernement néolibéral par un autre plus favorable aux déshérités afin que soit réhabilité l’État providence tant aimé…et trépassé.

Les slogans les plus répandus sur le campus furent : luttons pour des réformes. Luttons pour des lois justes et équitables. Taxons les riches et redistribuons l’argent aux pauvres. Que chacun contribue par sa juste part sociale pour sauver la société capitaliste et la félicité sera notre héritage (sic).

Il paraît évident que les «experts» bourgeois étaient passés par là. Les «experts» qui tantôt font appel aux lois naturelles du marché, et qui tantôt en appel à l’État régulateur suprême sans jamais remettre en cause les rapports de propriété privée, ni les rapports de production capitalistes qui sont les véritables sources de la crise mondialisée et globalisée. Qu’est-ce qui se passe ? Comment ? Pourquoi ? Les questions fusent auxquelles les «experts» et les politiciens bourgeois s’empressent d’apporter leurs explications afin d’éviter que les vraies réponses viennent satisfaire les travailleurs. Ainsi l’espace des idées est saturé de leurs murmures affectés. Ils promettent de «contrôler» la finance, de supprimer ses «excès», de «châtier» les spéculateurs et les «banksters», de sévir contre les échappatoires et les paradis fiscaux, voire, suprême audace verbale, de «refonder le capitalisme» sur des bases «éthiques». Ces dires que ces suppôts du capitalisme sont prêts à n’importe quelles promesses pour tenter de rendre tolérable les milliers de milliards de dollars que les États policiers font passer des poches des travailleurs dans celles des capitalistes désespérés.

Une faction esseulée de ces partisans de l’impossible capitalisme amélioré – réformé – et rapiécé préconisait la séparation du Québec du reste du Canada comme ultime solution à tous les maux de l’impérialisme contemporain et comme remédiation à la crise économique systémique dans leur «patrie-nationaliste» québécoise espérée (sic). Très peu d’ouvriers – aux instincts internationalistes – ont participé à cette mystique nationaliste d’un autre âge. Curieusement, ces militants petits-bourgeois et ces retraités «nationalisés» ne parviennent pas à comprendre la raison pour laquelle leurs rangs s’étiolent, se désagrègent, et leurs organisations politiques s’effritent (2). Ils sont incapables de percevoir qu’au milieu de cette crise mondialisée et globalisée, où de grands États nationaux font chaque jour la preuve de leur obsolescence et de leur impuissance congénitale à modifier le cours de la dégringolade internationale de l’économie en panade; leur prétention de maîtriser le destin «nationaliste» à travers l’installation à l’Assemblée nationale du Québec d’une bande de polichinelles bourgeois à la solde d’un segment des capitalistes vernaculaires n’est que vaine fumisterie illusionniste (3).

Malheureusement, ces idées saugrenues (réformistes et nationalistes) étaient pléthores dans les ateliers et nous sommes convaincus que la petite bourgeoisie, largement représentée dans ces ateliers, parviendra à soulever une partie des gens présents en faveur de ces chimères réformistes. Les travailleurs devront probablement parcourir la séquence complète de ces désillusions, de ces batailles avortées, liquidées, enlisées, avant de se résigner, en tant que classe d’avant-garde, à affronter la classe capitaliste rétrograde dans une grande guerre interclasse où se jouera l’avenir de l’humanité sans compromis et sans pis aller. Il est même possible que ce moment de grande conscience de classe révolutionnaire ne survienne qu’après le déclenchement d’une troisième guerre mondiale – thermonucléaire.

Notre atelier sur le Manifeste du Parti Ouvrier Mondial a été peu fréquenté ce qui allait de soi. Presque un siècle de propagande de la part de la gauche bourgeoise, accompagnée de la trahison de la classe prolétarienne, que d’aucuns – négationnistes – attestent avoir disparu –. Presque un siècle de liquidation des luttes de résistance ouvrière sur tous les fronts de la lutte de classe – tant économique, politique, qu’idéologique – ne pouvait qu’engendrer cet immense scepticisme parmi les participants à cette kermesse réformiste. Nous l’avons constaté de visu, les mots de «classe sociale ouvrière» rendent perplexe le petit bourgeois rempli de complexes (4).

Divers ateliers dont celui sur l’impérialisme et le capitalisme – (le capitalisme étant le bon et l’impérialisme étant le truand de la fable altermondialiste et éco socialiste) et l’atelier tenu par les artistes de Radio-Canada, victimes des coupures du gouvernement des riches ont été des moments forts du Forum.

LA PRÉSENCE RÉFORMISTE BOURGEOISE

Un grand nombre d’organisations non gouvernementales subventionnées (ONG) était représenté dans cette Cour des miracles – dans ce Forum Social des Peuples. Même que ce «Woodstock» militant a été planifié et organisé par ces ONG qui y avaient délégué leurs employés. La fédération Voice/Voix s’est présenté au Forum citoyen pour dénoncer «Les conservateurs qui tentent d’imposer le bâillon à la société civile» titrait le quotidien Le Devoir dans un encart consacré au Forum (5).

Les coupures des budgets gouvernementaux (fédéraux et provinciaux) sont importantes à l’encontre des 200 ONG regroupées dans la fédération de charité VOICE/VOIX. Ces coupures de subventions gouvernementales mettent en péril ces organismes subventionnés qui pourtant ont toujours accrédités l’État capitaliste disent les plumitifs de ces ONG abandonnées. Ces coupures constitueraient une «attaque contre la démocratie des riches» en éliminant des emplois de salariés bien payés chargés de dénoncer les écarts de conduite de la grande bourgeoisie et des organismes publics et para publics. Un garde-fou contre les débordements militants des paumés de la charité essaimée. Tout ceci est de nature à rassurer et à apaiser la communauté citoyenne canadienne pensent les présidents de ces ONG délaissées.

Les vedettes de Radio-Canada, également victimes de ces coupures drastiques – malgré les bons et loyaux services de propagande gouvernementale – se sont joint à ce concert d’indignation outré. «Comment osent-ils nous saquer après que nous ayons déversé toutes leurs bouffonneries sur les ondes de la radio-télé d’État asservie?» questionnaient ces parangons de l’élite capitaliste.  Effectivement, l’ouvrier lambda est en droit de se demander le pourquoi de ces coupures accélérées à l’encontre de ces proches collaborateurs-critiques de l’État capitaliste. Ou bien l’État n’a pas perçu l’utilité de ces critiques modérés-encadrés-relayés; ni l’utilité de ces pétitions pour la réforme du système capitaliste étatique policier? Ou encore, les ONG se sont trop compromises dans leurs critiques de l’État des riches? Ni l’un, ni l’autre, veuillez vous rassurer. Le gouvernement Harper «connaît la chanson» et il sait qu’il est redevable à ces 200 ONG d’endiguer la grogne populaire en critiquant – lucidement – le gouvernement. Aucune ONG n’a outrepassé les limites de la bienséance hypocrite entre organisme subventionné et gouvernement subventionnaire.

Le véritable motif d ces coupures de subventions est que d’une part, il est bon que le gouvernement accrédite ces organismes de la «société civile-citoyenne démocratique complice» en les tassant quelque peu sur le côté. Leurs échanges trop intimistes avec l’appareil étatique commençaient à laisser dépasser le jupon de la collaboration-collusion. D’autre part, l’État a de moins en moins besoin des services de ces courroies de transmission «citoyennes». La crise économique s’approfondissant, la guerre se pointant à l’horizon, l’heure n’est plus à la conciliation de classes, mais à la confrontation de classes. Ces ONG ont de moins en moins leur raison d’être dans cette montée de la violence répressive de l’État policier.

Ainsi, prenons cette grosse ONG binationale subventionnée que constitue Radio-Canada. À quoi bon payer des milliers de vilipendés à cogiter et à diffuser de la propagande coûteuse et douteuse alors que tout un réseau multimédia privé fait déjà correctement le travail stipendié?  «Les réseaux médiatiques privés n’ont pas la crédibilité de l’équipe rompue aux subtilités de la propagande de masse «progressiste» que possède le tandem  Radio-Canada/CBC», rétorquent les vedettes bien payées et menacées d’être saquées. Erreur chère gouailleurs. De moins en moins de travailleurs gobent votre fricassée frelatée (RC/CBC). De plus, l’État des riches a besoin des crédits qu’ils vous retirent pour les dirigés directement vers les subventions aux entreprises dont les profits coulent à pic sous le poids des dépenses capitalistiques. Je le répète, l’urgence n’est pas d’endormir le patient ouvrier sous soporifique, mais de l’assommer et de le terrifier comme le font les collègues de l’État policier américain (Fergusson) et de l’État policier canadien (6).

Le Forum Social des Peuples a constitué une grande kermesse réformiste d’ONG, d’associations syndicales, et de quelques milices politiques de la gauche progressiste, toutes rassemblées pour protester contre les politiques de compression budgétaire de l’État des riches. L’État policier canadien a compris l’urgence de courir au secours de la classe dominante qui sera bientôt confrontée à la concurrence de ses alliés du passé, traités internationaux de libre-échange obligent (7).

LA GAUCHE OUVRIÈRE RÉVOLUTIONNAIRE

Quant à nous de la gauche ouvrière révolutionnaire, le Forum social des Peuples nous a appris que la conscience de classe s’élève quelque peu et qu’au fur et à mesure que les illusions réformistes auront été dissipées – les ouvriers vont se tourner vers des solutions radicales véritables. Il est important que d’ici là nous ayons fait connaître notre refus total des compromis réformistes. Il n’y a rien à sauver de ce système économico-politique décadent et le seul changement qui vaille c’est de construire un nouveau mode de production socialiste.

La tâche de la gauche ouvrière révolutionnaire est de tout reprendre depuis la source (Marx) et c’est la raison pour laquelle nous avons offert le Manifeste du Parti Ouvrier à notre table de littérature où les débats ont été fréquents et pertinents.  Le rôle des marxistes révolutionnaires consiste à être actifs dans ces rassemblements et à présenter l’alternative révolutionnaire ouvrière aux militants présents. Il consiste à nous démarquer par la clarté de nos propos, l’acuité de nos analyses et la pertinence de nos mots d’ordre de résistance. Le combat le plus urgent est de mener la lutte de classe sur le front théorique et idéologique afin de nous démarquer des solutions réformistes.

 

  1. Le texte de notre présentation http://www.les7duquebec.com/7-au-front/la-quintessence-de-la-mondialisation-neoliberale/
  2. http://www.les7duquebec.com/actualites-des-7/le-chant-du-cygne-du-bloc-a-bouchard/
  3. http://www.les7duquebec.com/7-au-front/crise-economique-et-austerite-comment-faire-face/
  4. http://www.les7duquebec.com/7-au-front/manifeste-du-pari-ouvrier-9/
  5. Forum social des peuples. Le Devoir. Cahier thématique C. 19 août 2014.
  6. http://www.les7duquebec.com/actualites-des-7/la-face-cachee-de-la-repression-aux-usa/
  7. http://www.les7duquebec.com/actualites-des-7/danger-ententes-de-libre-echange-ue-etats-unis/

POUR COMPLÉTER VOS LECTURES : MANIFESTE DU PARTI OUVRIER

http://www.publibook.com/librairie/livre.php?isbn=9782924312520

 

 

Une pensée sur “BILAN DU FORUM SOCIAL DES PEUPLES

  • avatar
    3 septembre 2014 à 7 07 54 09549
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    Le capitalisme industriel n’est pas réformable car sa nature qui est l’exploitation de la nature à outrance pour engendrer plus de profit monétaire à court terme et augmenter la puissance de la machine industrielle et militaire. Le capitaliste financier ne l’est pas plus car sa nature est de spéculer sur le vent des rumeurs, rien de solide et rien à long terme.

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