BILAN D’UNE CAMPAGNE ÉLECTORALE BANCALE

L’autonomie des sous-fifres politiques

Les analystes et les journalistes plumitifs sont très excités d’observer le changement de la garde gouvernementale survenu au Québec le sept avril [voir ici]. Habituellement, la grande bourgeoisie et le grand capital ne sont pas préoccupés de savoir quel parti politique à leur solde dirigera les destinées de leur État policier. Ainsi, quand le Parti Libéral du Canada se discrédita dans le scandale des «Commandites» la grande bourgeoisie canadienne vit d’un bon œil sa réclusion dans l’opposition, et l’installation à la gouvernance de l’État policier d’une Alliance réactionnaire formée de «Rednecks» de l’Ouest et de Conservateurs de l’Est du Canada, sous la direction d’un saltimbanque autoritaire, maître Stephen Harper.

Ainsi, quand les Libéraux provinciaux de Jean Charest furent discrédités – échouant à briser la grève de quelques dizaines de milliers d’écoliers (2012) – le grand capital québécois – section provinciale de la grande bourgeoisie canadienne – vit d’un bon œil son remplacement par le Parti Québécois, d’autant plus commodément que ce parti bourgeois était dirigé par une multimillionnaire, madame Pauline Marois, et un petit homme d’affaires fédéralo-souverainiste, accrédité à Québec et à Ottawa [voir ici].

De toute façon, les politiciens sont des pions sans pouvoir de décisions – sur les grands leviers de l’économie (la dette, la balance des paiements, l’emploi, les banques, les marchés, la production). Les politiciens sont des larbins assujettis aux diktats des lois inexorables de l’économie politique capitaliste. La crise systémique bat son plein et les politiciens n’y peuvent rien, sauf de transférer sur le dos des salariés le fardeau de la crise débridée [voir ici].

Un politicien, pour être candidat d’un parti bourgeois, doit prêter allégeance à la «démocratie» des riches, et jurer fidélité à l’État policier pour le bénéfice exclusif des riches. Attention, administrer l’État des riches peut impliquer d’accorder des concessions aux employés afin de les apaiser, ce sont les «acquis sociaux» de l’éphémère État providence, qui fondent comme neige au soleil en période de crise économique systémique, et ce, malgré les jérémiades de la petite bourgeoisie démunie qui appelle les assistés sociaux à voter pour un parti similaire, mais opposé.

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La suppléante manque à ses devoirs

Et voici que la dame Marois, membre du sérail capitaliste canadien (section Québec), dont le parti politique était minoritaire à l’Assemblée nationale, s’avéra incapable de livrer les «cent livres de chairs populaires» réclamées par les usuriers – banquiers, financiers, spéculateurs, constructeurs, Bureaux d’ingénieurs, grandes corporations – tous affamés. La dame Marois cogita en compagnie du «Chartiste» Bernard «l’Hermite» une attaque xénophobe contre une fraction des salariés (les travailleuses voilées) pensant ainsi rameuter tout ce que le Québec profond compte de punaises de bénitiers, de réactionnaires, de xénophobes, de fanatiques religieux de la laïcité, de baby boomers «nationaleux» véreux, de racistes endeuillés et de fascistes esseulés [voir ici].

Malheureusement, pour les comploteurs «chartistes», toute cette racaille rassemblée ne faisait pas la pesée devant la montée de colère des salariés. Le PQ n’ayant pas passé le test de la gouvernance sans mouvance militante, le grand capital lui tendit un piège pour son incapacité à gérer leur État policier dans la tranquillité. Après quelques mois de sondages orientés, favorisant sa formation, la dame-lion se lança en campagne électorale pour sa réélection. Nous avons alors annoncé que le PQ se retrouverait dans l’opposition [voir ici].

Pour le savoir, il suffisait d’observer que les croupiers libéraux étaient avantagés par les médias soudoyés. La tactique électorale des riches étant : d’une main, de dépecer la Coalition Avenir Québec (CAQ) afin de diriger cet électorat aliéné vers les libéraux célébrés; et de l’autre main, de gruger le PQ sur son aile séparatiste afin de déplacer quelques points de vote vers Québec SoliTaire, un parti social-démocrate provincial identique au Nouveau Parti Démocratique au fédéral. La grande bourgeoisie se garde toujours une carte «Solidaire» pour dévoyer la colère les jours de grogne populaire. Cependant, elle ne joue cette carte qu’au dernier instant, quand il n’y a plus moyen de faire autrement. Pendant ce temps, Québec SoliTaire apprend le gouvernement des riches et fait du temps à «l’Assemblée de la race crucifiée en bleue».

Après quelques sondages biaisés, il parut évident que l’électorat d’Avenir Québec répugnait à rallier les libéraux du médecin Couillard, parti corrompu qu’ils avaient rejeté amers comme on leur avait enseigné quelques années auparavant. Il y eut donc inversion des sondages et rapatriement des caquistes chez leur berger narcissique (On se donne Legault). Il devenait évident que pour porter leur favori au pouvoir, il valait mieux diviser le vote de l’opposition bidon (25%=PQ et 23%=CAQ). Il faut se rappeler qu’une bouffonnerie électorale bourgeoise se gagne ou se perd en déplaçant dix à quinze (10-15) pour cent de l’électorat votant. Le reste de l’électorat demeure figé derrière une bannière ou une autre des différents partis politiques qui alternent au pouvoir [voir ici]. L’entrée en scène du milliardaire PKP, le faux séparatiste, propriétaire de 40% des médias du Québec, ne visait pas à mousser l’option souverainiste-mort-né-terminée comme l’ont laissé croire les nationalistes chauvins, mais à préparer la succession à la direction du Parti Québécois. De grandes manœuvres s’annoncent et la grande bourgeoisie envoie l’un de ses représentants directement dans l’arène politique afin d’en diriger les menées. Qui avalera l’autre, le PQ ou la CAQ? Pour répondre examinez le tableau ci-haut.

Les sondages que la bourgeoisie publie au cours de telles mascarades électorales visent deux objectifs : le premier est d’indiquer aux électeurs pour quel parti politique ils doivent voter. Le deuxième objectif est de vérifier si les électeurs ont bien intégré les consignes propagées par les médias soudoyés.

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Trente pour cent des électeurs refusent de voter

Pour les ouvriers, le seul chiffre significatif de cette élection bidon c’est le taux d’abstention. Il fut de 30%, un taux important dans une élection québécoise. Ce refus de voter de la part des salariés serait une négation de «l’idéal démocratique» se lamente la petite bourgeoisie pathétique. En société capitaliste bourgeoise il y a deux sortes de démocratie : la démocratie populaire galvaudée et la démocratie impopulaire élitiste et ce sont deux idéaux démocratiques contradictoires et opposés. Instaurée la démocratie ouvrière populaire dans une société en exclu la démocratie élitiste bourgeoise, ces deux démocraties sont incompatibles et s’excluent mutuellement.

Si comme l’indique les résultats de l’élection bidon, la forme électoraliste bourgeoise de la politique est de plus en plus rejetée par les salariés et par les ouvriers (ce que les analystes bourgeois appellent l’apathie de l’électorat), c’est que les salariés se rendent compte qu’aucun des partis politiques en liste ne défend leurs intérêts de classe et aucun de ces partis partisans ne propose de s’emparer du pouvoir d’État pour le mettre au service exclusif des ouvriers au détriment des capitalistes [voir ici].

Dans ce contexte électoraliste pour les riches, ne pas voter signifie pour l’ouvrier de confirmer qu’il a perçu cette incongruité où la majorité n’est jamais représentée, et qu’elle ne pourra jamais s’emparer de tout le pouvoir de l’État policier, pour le chambouler. L’ouvrier refuse d’accréditer cette bouffonnerie électorale bancale. Ne pas voter est le geste le plus constructif, affirmatif et anti-apathique qui se puisse. Les ouvriers l’ont compris un peu partout dans le monde, qu’est-ce que le petit-bourgeois frustré attend pour s’élever au niveau de conscience de classe de l’ouvrier engagé?

12 pensées sur “BILAN D’UNE CAMPAGNE ÉLECTORALE BANCALE

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    9 avril 2014 à 7 07 41 04414
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    @ Robert Bibeau

    Vous avez bien décrit l’histoire politique du Québec depuis la révolution tranquille dans vos propres mots. Je n’ai pas voté ni même annuler mon vote car je ne voulais pas qu’on s’en serve pour légitimer le système. Pour ceux qui pourraient affirmer que je ne peux critiquer le système pour cause de non-votation, ils se sont disqualifier à mes yeux car ils font le jeux des puissances de l’argent en répétant cette affirmation pour crétins diffusée par les médias de masse de ces même puissances.

    Rappelez-vous quand René Léveques partait à New York, on nous disait que c’était pour faire la promotion de l’indépendance du Québec, c’était faux, il allait voir ses maîtres, les financiers de Wall Street. René Léveques était un pion pour les américains pour faire pression en vue d’une futur entente de libre échange en faveur des bourgeois américains. Rappelez-vous du beau risque de René Léveques lors des élections fédérales canadiennes en 1984.

    En conclusion, les élections ne sont pas le bon moyen pour changer le Québec en faveur des vrais producteurs de richesses, les ouvriers.

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    9 avril 2014 à 9 09 36 04364
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    Très bien expliqué M. Bibeau
    Maintenant il ne nous reste plus qu’à retourner à notre petit traintrain et nous divertir avec la commission Charbonneau.
    Vous connaissez surement la chanson (Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux) je crois qu’avec la venue de ce printemps tardif elle est de mise. De toute façon être heureux est une tâche personnelle.
    Bonne journée

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      9 avril 2014 à 11 11 39 04394
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      @Poivre de Cayenne

      J’aime votre philosophie de vie. Il ne faut pas attendre que le « système » soit cohérent et juste pour s’occuper de se rendre heureux.

      Merci de votre réflexion très saine.

      Bonne journée,

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    9 avril 2014 à 10 10 01 04014
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    @ Cougio
    Excellent Cougio – tu as totalement raison – Le PQ depuis sa naissance n’a jamais été un parti indépendantiste. Jamais pas une seconde (et je ne dis pas cela par dépit – je suis anti-séparatiste totalement intégralement – aux latrines les crétins xénophobes – racistes – qui voudront me taxer de fédéraliste car je crois qu’il faut détruire cette fédération bourgeoise avec nos camarades du reste du Canada) Mais les péquistes séparatistes doivent réaliser que leur parti est un ramassis de faux-cul et seul Québec Solitaire et Option Nationale qui ne prendront JAMAIS le pouvoir – la bourgeoisie ne le veux pas – sont des séparatistes avérés.
    Et vous connaissez l’étendu de leurs appuis (9% environ) Voilà la force des séparatistes sincères au Québec. ET ils exigent un référendum au plus Christ histoire de manger une autre dégelée.
    Le peuple du Québec en a assez avec sa misère et ne veut rien savoir de cette ligue du vieux poële réactionnaire (comprenant des «communistes» séparatistes – Preuve que toutes les malformations congénitales existent dans notre société dégénérée).

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    9 avril 2014 à 10 10 05 04054
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    Rappelez-vous en 1987 Parizeau et Bouchard étaient en faveur du libre-échange avec les américains, deux premier-ministres péquiste. Peut-on avoir meilleurs patriotes qu’eux?

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    9 avril 2014 à 11 11 27 04274
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    Excellente remarque Cougio… on pourrait ajouter à la liste des truffions ignares le pseudo-économistes Bernard Landry qui trépigne encore d’apprendre qu’une nouvelle entente de liquidation des moyens de production vient tout juste d’être signée entre Harper (leur ennemi juré disent-ils) et l’UNION EUROPÉENNE qui terminera de liquider les usines canadiennes et québécoises.
    Il restera au Canada-Québec – les mines, l’Hydro-électricité, le pétrole, la potasse, un peu de poisson de haute mer, et un marché endetté pour consommer ce qui sera produit-transformé ailleurs jusqu’au jour ou le banquier prêteur décrétera qu’il ne prête plus à fond perdu
    Et Crash – la récession et qu’Est-ce que ces polichinelles politiques viendront nous raconter alors ??
    Parizeau a déjà répondu à cette éventualité – il a fait une grande sortie avec le fasciste – la patte à Bouchard – disant que les travailleurs québécois (qui n’existe pas soit dit en passant) disons alors que les robots québécois n’étaient pas assez PRODUCTIF (entendez que les cadences sont trop lentes dans les usines sans ouvriers et que les vacances sont trop abondantes et que les pauses sont trop fréquentes, etc.)
    On nage parmi les crétins que les gens croient être des FINSFINS alors que ce ne sont que des TI-COUNES en économie politique.

    Oublie les patriotes vendeurs des porteurs d’eaux te ce ne sont pas les ouvriers anglophones qui organisent la mise aux enchères mais tous les Péladeau de la Terre.

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    9 avril 2014 à 11 11 52 04524
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    @Robert Bibeau

    Vous avez produit un article remarquable, Robert, par sa vision globale sur une situation complexe et volontairement compartimentée afin d’embrouiller les pistes.

    L’abstention de vote de beaucoup d’ouvriers reste leur force. Leur liberté.

    Toutes les manipulations de domination – et nous sommes effectivement inclus dans la domination – me font penser aux chaînes de l’esclavage. Les chaînes d’aujourd’hui ont pris une autre apparence, c’est tout. Pourtant, nous avons un PLUS : la libre-expression. La liberté de penser et de parler, d’écrire, de commenter. C’est un pouvoir qui fait peur à la grande bourgeoisie.

    Félicitations pour le bilan présenté.

    Carolle Anne Dessureault

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    9 avril 2014 à 12 12 02 04024
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    Tout à fait exact Carolle = la bourgeoisie nous accorde encore la liberté d’expression – je ne le nie pas et j’en use mais Carolle rappelle-toi qu’au moment où les choses ont vraiment mal tournées en 1930-1939 la liberté d’expression a été abolie dans tous les pays fascistes d’abord (1930) puis dans les pseudos-démocraties ensuite (1939-1940).

    Alors mobilisons-nous pour que cette liberté ne soit pas outragée-bafouée.
    Je donne ici mon opinion mais les 7 du Québec savent tous que demain ils peuvent écrire un autre bilan – totalement différent et qu’il sera publié ici sans aucune censure.

    Merci Carolle.

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    9 avril 2014 à 12 12 30 04304
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    Bonjour, Donc, nous avons un premier ministre médecin. Il me vient une image: Si on fait une analogie médicale, le grand capital serait le cancer, la bourgeoisie ses métatsases et les travailleurs contestataires les anticorps…

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