Ces secrets «respectés»

 

 

Nos gouvernements ont des secrets.  Secrets « d’État » dit-on.
Nos gouvernements ces gens qui sont à notre service ont plusieurs dossiers qu’ils gardent bien cachés.

Par contre, pour eux, nous devons n’avoir aucun secret.  On nous épie de nos courriels à nos appels téléphoniques et qui sait, dans certains cas, on épie même nos déplacements.   Notre vie privée est devenue de moins en moins privée.

Il y a des héros.  Pensons à Bradley Manning.  Pensons à Edward Snowden. Pensons à Julian Assange.  Des gens qui ont littéralement risqué leur vie pour faire connaître ces choses souvent peu reluisantes que l’on nous cache.  Ces gens qui ont dénoncé cette hypocrisie institutionnalisée.

Dans notre société, nous avons, il faudrait plutôt dire «nous avions», des gens qui représentaient ce qu’on avait baptisé «le quatrième pouvoir».  Ces gens qui, par leur métier, étaient les chiens de garde de la démocratie.  Ces gens qui débusquaient jadis les secrets et les révélaient à travers des «scoops» qui pouvaient radicalement changer les choses.  Pensons au Watergate qui bouleversa le gouvernement des États-Unis d’Amérique.

Mais qu’en est-il aujourd’hui ?
Le quatrième pouvoir semble dissout.  Les journalistes d’aujourd’hui s’évertuent non pas à révéler les secrets, mais plutôt à les protéger.

Combien de manchettes avons-nous pu lire sur les poursuites et les acharnements dont on afflige les Héros ?  Des centaines.
Et combien de manchettes sur leurs révélations ?  Bien peu.

On évite de trop diffuser les révélations.  De plus, les Héros sont poursuivis au lieu d’être décorés et nos journalistes qui devraient défendre ces sources inestimables restent les bras croisés.  Et même pire, on s’applique à subtilement les dénigrer.

Encore pire, ces secrets, ces listes qui ont été révélés par ces Héros, on nous les a fait rapidement oublier.  On a vite fait de les faire disparaître.  Qui peut dire ce que Julian Assange nous a appris ?  Qui peut dire ce que Bradley Manning nous a révélé ?  Qui peut dire les conséquences directes sur la vie des citoyens des divulgations d’Edward Snowden ?
Nous pouvons dire bien peu de choses.  À peine les grandes lignes et nous ne connaissons aucun détail vraiment percutant. On peut aussi présumer que les journalistes sont contraints de taire l’information.  Il faut du courage pour être à la hauteur des Manning, Snowden et Assange.  Comment résister à ces directives : « Londres a forcé le Guardian à détruire des dossiers » ?

Aujourd’hui on dit que Bradley Manning va écoper de 60 ans de prison pour son geste.  On nous conditionne à acquiescer positivement à cette condamnation.

Concernant Edward Snowden, il devra passer le reste de ses jours comme un fugitif.  On peut même penser qu’un accident peut lui arriver.

Quant à Julian Assange, le fameux scénario du viol est toujours véhiculé sans réserve par nos journalistes au service du secret.

Comment est-ce possible qu’on puisse nous conditionner si facilement à respecter ces secrets (ces choses que l’on nous cache et qui influencent le monde entier et même nos vies personnelles) et à voir fautifs ces gens qui tentent  « au risque de leur vie »   de faire connaître des dossiers secrets à leurs concitoyens que l’on tient dans l’ignorance ?

Serge Charbonneau

P.S.:  Cette chronique d’actualité qui parfois a des saveurs éditoriales, n’engage que l’auteur et ne représente nullement une quelconque ligne éditoriale des 7 du Québec.

 

7 pensées sur “Ces secrets «respectés»

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    20 août 2013 à 6 06 57 08578
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    Bravo, M. Charbonneau. Votre intervention est plus que pertinente. Nous sommes chloroformés, nous ne voyons plus les véritables horreurs qui nous passent sous le nez et nous crions aux scandales pour les horreurs choisies par nos journaux et ceux qui les dirigent. Il y a les bonnes horreurs et les mauvaises horreurs. Que le gouvernement des États-Unis entre dans la vie des États et des personnes, qu’il les espionnant jusque dans les détails, est une bonne horreur. Que le jeune Snowden nous révèle ce fait devient une horreur à condamner avec les pires châtiments.

    Le vice-président des États-Unis, lors de son passage récent au Brésil, a déclaré que les É.-U. allaient continuer à espionner le monde pour protéger les intérêts et la sécurité des États-Unis. Or, depuis plus de 14 ans, 5 Cubains (1 vient d’être libéré) sont en prison aux États-Unis pour avoir infiltré des groupes terroristes de Miami dans le but de protéger la sécurité et les intérêts de Cuba. Pourquoi ce qui est bon pour l’un ne le serait-il pas pour l’autre ?

    Seul l’empire peut espionner et seuls ses intérêts et sa sécurité comptent. Que les autres en prennent bonne note.

    Encore une fois, merci pour sonner l’alarme.

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    20 août 2013 à 9 09 11 08118
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    Serge Charbonneau est un vrai journaliste. On n’a pas à hésiter à prononcer son nom après ceux de Bradley Manning, Edward Snowden et Julian Assange. Mais souvenons nous que ce ne sont pas seulement des noms de héros, mais aussi des noms de martyrs.

    Qui dénonce le Système est dangereux pour le Système et donc en danger. Que pouvons-nous faire pour protéger ceux qui comme Serge montent ainsi au front et sont en péril ? Dans une premier temps, en parler beaucoup et avoir le courage de l’adhésion.

    ADERO veut dire : je serai présent

    Nous l’avons toujours dit et le répétons ici: Les 7 du Quebec n’a pas et n’aura pas de ligne éditoriale. C’est à chacun de nos auteurs, selon ses principes et sa conscience de déterminer sa ligne de conduite et l’ampleur comme l’intensité de son engagement.

    Je profite de cette occasion pour annoncer à nos lecteurs que le 1er septembre, cinquième anniversaire de la création des 7 du Québec, je cesserai d’en être l’éditeur.

    Les 7 du Québec sera encore présent. De plus en plus. D’autres plus jeunes prennent la relève, chacun d’eux soudé a ses propres engagements. Où que je sois je le serai aussi.

    ADERO

    Pierre JC Allard

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    20 août 2013 à 9 09 35 08358
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    Je suis parfaitement d’accord avec vous, Serge est un vrai journaliste. Il informe sans chloroforme.

    Et c’est un exemple à suivre pour tous. Non pas seulement au niveau « information » mais au niveau de prise de position personnelle. C’est à dire qu’il n’est pas plus intelligent d’être « chloroformé pour » que d’être « chloroformé contre ». La « raison » doit toujours garder l’emprise sur le « raisonnement ».

    C’est l’avantage d’avoir un journaliste tel que lui, qui puisse s’exprimer librement.

    Merci Serge.

    André Lefebvre

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    20 août 2013 à 12 12 15 08158
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    @Serge Charbonneau

    Vous êtes une étoile pure dans le firmament des magouilles.

    Une direction.

    Les gardeurs de secrets ont-ils intérêt à faire de nous des robots, semblables à ceux du MEILLEUR DES MONDES, livre délirant sur la condition humaine robotisée?

    Non. C’est ce que nous disons en écrivant sur les 7 du Québec.

    Carolle Anne Dessureault

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    20 août 2013 à 15 03 29 08298
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    Personne ne peut mettre en doute l’authenticité de M. Charbonneau ni remettre en question son expertise basé sur une longue expérience journalistique. Vite une structure autour de ce M., donnant naissance a un journal trilingue, distribué a travers le monde (Francais, Espagnol,Anglais) afin de rejoindre le plus de gens possible et créer des alliances internationales.

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    20 août 2013 à 17 05 33 08338
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    Après une telle kyrielle de commentaires, il est probable que nous nous dirigions vers la déception.

    Merci quand même pour ces commentaires un brin (sic) « exagérés ».

    Cependant un point, celui de M. Pierre JC, éditeur de ce site (jusqu’au 1er septembre). Je n’ai rien du héros et encore moins du martyr, cependant, il est vrai que certains individus me menacent régulièrement. Soit par courriel personnel ou par des commentaires comme ceux ici ou là ou encore là.

    Je trouve important de ne jamais censurer ce genre de commentaire. Ces gens perdent ainsi eux-mêmes leur crédibilité. On constate aussi cette violence dans le propos. Une violence difficile à comprendre dans une société démocratique où le débat d’idées devrait être courant.

    Je crois que ce genre d’attitude est la conséquence du bain médiatique dans lequel nous nageons. Peu d’information, beaucoup de démagogie et d’émotions issues de valeurs caricaturales dénuées de nuances.

    Donc, lorsque M. Pierre JC me dit, «ADERO», cela me réconforte grandement.

    Salutations,

    Serge Charbonneau
    Québec

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