CROISSANCE OU AUSTÉRITÉ, QUEL CHOIX?

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La revue l’Actualité, propriété du cartel ROGERS communication, publiait sur son blogue le 22 septembre 2014 un article d’un économiste patenté, un dénommé Jérôme Lussier (1). Le journaliste – béotien en économie, s’appuyant sur des sources tout aussi alambiquées que ses cahiers d’écoliers, a lancé une série d’affirmations péremptoires et dérisoires. Une fois les vessies bien accrochées le justicier masqué tire des conclusions éclairantes comme des lanternes de Lucerne.

L’écolier commence par une question : «Existe-t-il, au Québec, un déséquilibre des finances publiques qui exige des mesures de redressement quelconques?» Ne vous laissez pas impressionner par ce verbiage d’étudiant des HEC. La question qu’il pose se résume à ceci : le budget gouvernemental est-il déficitaire ? Réponse, OUI. Le déficit budgétaire provincial est de trois milliards de dollars par année environ.

Ayant cherché à nous impressionner par son gazouillis, l’élève d’économie frappe le cheval mort couché à ses pieds. Il écrit : «Certains intellectuels et économistes de gauche répondent qu’il s’agit d’un «épouvantail destiné à effrayer l’opinion publique», ou alors que la crise est «grandement exagérée». L’état des finances publiques du Québec n’aurait rien d’alarmant. Les difficultés actuelles, quand on les reconnaît, ne seraient essentiellement dues qu’à des impôts trop bas.»

L’homme a beau jeu de coincer la pseudo gauche syndicaliste, les ONG, les groupes populistes, Québec Solitaire et les gauchistes qui ne connaissent rien à l’économie.

Le juriste poursuit sa mise au pilori : «L’autre camp — celui qui juge la trajectoire actuelle insoutenable — inclut près de 80% des Québécois. Il compte aussi le vérificateur général du Québec, qui estimait il y a trois mois que le déficit du Québec pourrait atteindre 5,7 milliards $, et que des «mesures structurantes» étaient nécessaires».

Avez-vous observé l’entourloupette de l’élève studieux et prétentieux ?  Il glisse l’air débonnaire  une allégation à propos de «mesures structurantes» sans rien savoir de quoi il retourne. Il l’a lu dans un volume d’économie et il le répète. Afin de crédibiliser son assertion bidon, le journaliste, à défaut de connaitre l’économie, cite de nombreux experts et ministres. Même qu’il en appelle à «has been Parizeau» qui trouve écho auprès de notre bozo. Tous ces gens influents ayant usés des mots «mesures structurantes» qu’aurions-nous à redire ?

Le juriste en profite pour écarter d’un revers du pied une mesure structurante importante. Il prend ‘ex-ministre Marceau à témoin et il écrit : «M. Marceau écartait par ailleurs les solutions impliquant des hausses de taxes et d’impôts, jugeant que le Québec était «peut-être allé trop loin» à ce chapitre au fil des années». Trop loin dans quelle direction ex-ministre des Finances Marceau le bobo ? Voilà réglé, selon Jérôme, le problème de ces partisans des hausses d’impôts pour les entreprises multinationales et provinciales.

Histoire d’asséner le coup de grâce au baudet de gauche, le journaliste ayant poursuivi ses études d’économie renchérit : «Jacques Parizeau de déclarer que le Québec vivait au-dessus de ses moyens, et qu’un «remède de cheval» était nécessaire. M. Parizeau reprenait ainsi à son compte les conclusions du Centre sur la productivité et la prospérité de HEC.»

Voilà le clou bien rivé dans le cercueil de nos séparatistes nationalistes de gauche comme de droite. Le père de tous les référendums déclare que les ouvriers et les salariés québécois vivent au-dessus de leur moyen et que des hausses de productivité sont exigées dans les usines, les bureaux, les chantiers et les ateliers, pour le salut de la patrie.

Nous avons déjà répondu à Monsieur Parizeau à propos des hausses de productivité qui implique de décharger le fardeau de la crise sur le dos des salariés, d’accentuer le chômage et de réduire le salaire horaire des travailleurs, ce qui a pour conséquence d’amenuiser le marché de consommation déjà en train de s’effondrer (2).

Notre juriste atteint un sommet d’ineptie économique dans son deuxième chapitre. Il titre : «Miser sur la croissance ou sur l’austérité?» Comment pourrait-on miser sur l’austérité pour relancer l’économie ? Tout comme il ne comprend rien au concept de «mesures structurantes», l’économiste en culotte courte ne comprend rien aux concepts de croissance et d’austérité.

Chers lecteurs je vous déclare ci-devant que si les gouvernements avaient le choix  entre la croissance et l’austérité – ils choisiraient tous la croissance. La croissance signifie des hausses de profits. Leurs maîtres, les patrons, forceraient les pleutres politiciens à choisir la croissance des profits, ne soyez pas surpris. La caractéristique d’une crise économique c’est justement qu’elle ne donne pas le choix aux commettants. Fini la croissance, les politiques d’austérité s’invitent dans le portique des banques et des gouvernements, des usines et des commerçants. L’austérité ce n’est pas un choix de politique, l’austérité c’est le dernier recours de l’État bourgeois et des capitalistes pour tenter de maintenir les taux de profits.

Relisons notre bozo en radeau. Il écrit doctement : «Faut-il espérer retrouver l’équilibre en misant sur la croissance économique qui, en gonflant le PIB, réglera éventuellement nos problèmes de déficits et d’endettement? En avant pour la croissance conclut-il»?  Il était si simple de lui demander à notre cartomancien. Il fallait miser sur la croissance du PIB. Dire que des milliers d’économistes, d’experts et de banquiers américains ne savent pas justement comment relancer la croissance hormis des prières à Saint-Benoît.

Il ne vient pas à l’esprit de ce thuriféraire de presbytère que tous les pays de la terre courent désespérément après la croissance et que pratiquement aucun pays ne l’atteint (y compris la Chine dont l’économie commence à ralentir). Pour relancer la croissance économique capitaliste, il ne suffit pas d’investir pour produire, il faut vendre avec profit les marchandises produites et le gel des salaires et la ponction des taxes et des impôts sur les revenus des salariés strangulent la poule aux oeufs d’or de la consommation. La croissance ne vient pas, car l’économie est à plat.

Ne désespérer pas chers lecteurs si je cite quelques perles de notre énergumène qui s’aventure à radoter ce qu’il a appris dans le dernier livre de Rodrigue Tremblay, professeur émérite aux HEC et ex-ministre éphémère de l’industrie. Maître Lussier écrit : «les politiques qui favorisent la croissance sont bien identifiées : certains programmes de dépenses publiques (notamment d’infrastructures) et de soutien de la demande, et des politiques (notamment fiscales) qui favorisent l’investissement. Au chapitre de la croissance et des investissements privés — dont le Québec a bien besoin —, les principales mesures fiscales à adopter sont l’abolition (déjà faite) de la taxe sur le capital, et la réduction des impôts sur les bénéfices qui ont «un impact négatif majeur sur l’investissement des entreprises». D’autres mesures procroissance, fiscales ou autres, sont aussi envisageables.»

Toutes ces mesures que le catéchumène énumère, tirer de ses premières lectures en économie sont déjà appliquées et pourtant que dalle – aucune croissance en panade. Le gouvernement du Québec administre 2 500 programmes de soutien aux investissements et pourtant. Au Québec, l’impôt des entreprises est le moins élevé en Amérique et la croissance est aussi parmi les moins élevés. Si en 1960, les entreprises fournissaient 75% des revenus de l’État, aujourd’hui elles fournissent 25% des revenus étatiques. Pourtant où se trouve la croissance Benoît ?

L’éphèbe économiste répond à notre question. Il a lu que : « les prévisions de croissance au Québec et au Canada n’annoncent rien d’extraordinaire (une croissance entre 1,5 % et 2 %). Cette situation n’est pas étonnante considérant que les économies occidentales sont matures et leurs populations vieillissantes». Passons sur ses stupides remarques à propos de la «maturité» de l’économie et des populations (sic). C’est quoi une économie «mature»?

L’innovant Jérôme essaie de pousser sa solution «hybride» qui consiste à mixer les deux approches qui ne fonctionnent pas, soit «ralentir les dépenses gouvernementales et favoriser la croissance par des mesures structurantes». Je signale que l’OCDE a déjà estimé la croissance du Canada-Québec à 1,5% (hors inflation). Mais Jérôme fera mentir les pronostiques et la croissance qui ne vient pas depuis 2008.  Jérôme réussira à forcer la «croissance», du moins dans son article  utopiste. Ve sophisme de monsieur Lussier qui a découvert que la comptabilité nationale comprend des revenus et des dépenses et que si les revenus augmentaient ça irait mieux.

Maître Lussier examine ensuite l’hypothèse farfelue de «répudier la dette souveraine du Québec». Une bouffonnerie pour enfant étourdie. Pourquoi est-ce une clownerie ? Parce que si le prolétariat québécois prenait cette sage décision qu’il s’arme auparavant et qu’il organise l’insurrection et qu’il se prépare a résisté à l’invasion. Et dans ce cas, quant à moi, je préfère que nous nous coordonnions avec les ouvriers canadiens, les travailleurs américains et les prolétaires mexicains et pourquoi pas les Brésiliens. À cette condition je préconise cette solution. Évidemment, tant qu’à faire nous répudierons aussi les gouvernements et nous exproprierons les voleurs privés.

Notre chemin de croix tire à sa fin. L’Actualité de Rogers Communication nous assène une dernière stupidité. Il est de convenance par ces temps de désespérance de préconiser la décroissance volontaire.  C’est la «solution» la plus réaliste puisqu’elle est déjà appliquée et que tout indique que cette «solution» ira en s’amplifiant, et en s’approfondissant. Pour cette «solution» nous n’avons aucun effort à faire, que de laisser-faire, nous nous dirigeons inexorablement vers la grande Dépression et la simplicité involontaire…l’accepté passivement c’est la rendre volontaire et résignée.

L’ineffable journaliste nous livre sa profession de foi envers le capitalisme. Lisez plutôt : «Considérant que les sociétés occidentales reposent en bonne partie sur la promesse de croissance — les pensions de retraite dépendent des rendements boursiers, les augmentations salariales des fonctionnaires et les investissements des gouvernements dépendent d’un accroissement des revenus publics, etc. — l’idéologie de la décroissance propose essentiellement de jeter par-dessus bord les bases des économies contemporaines. C’est un projet radical, qui mène à la faillite des États tels qu’on les connait.»

Le comble est atteint quand maître Lussier s’aventure à donner un cours d’économie à ses lecteurs déconfits. Le larbin déclare : «J’ai noté une méconnaissance de certaines notions économiques fondamentales: la croissance économique n’est pas nécessairement liée à une consommation grandissante d’énergie ou de ressources naturelles, ce qui explique pourquoi une croissance économique infinie est théoriquement possible dans un monde par ailleurs fini».

Quelqu’un pourrait-il  informer le «Professeur Tournesol» qu’en Occident, entre 1960 et 1990 l’énergie a produit  plus de la moitié de la croissance économique (3)?

L’énergumène termine doctement  son exposé économique par une série de tautologies et de banalités de cette nature : «On peut miser sur la relance en espérant, avec optimisme, que les dépenses publiques et les incitatifs feront croître le PIB suffisamment pour réduire le fardeau des déficits et de la dette. C’est le pari de la croissance. Propose-t-on de refuser les compressions de dépenses et d’augmenter le fardeau fiscal des entreprises du Québec, déjà le plus élevé d’Amérique du Nord

Non Benoît, tu es dans le champ encore une fois. Le fardeau fiscal des entreprises québécoises est parmi les plus bas en Amérique du Nord. Toutefois, je conviens avec Monsieur Lussier que l’imposition des entreprises et la taxation des riches sont des solutions bidon qui : a) ne risque pas de se produire sous le gouvernement des riches; b) si cela se produisait, les riches et les entreprises déménageraient vers des cieux plus payants (4). La grève générale illimitée est la seule solution à envisager.

 

*******

 

(1)                           À propos de Jérôme Lussier

Jérôme Lussier est juriste et journaliste. Au cours des dernières années, il a notamment travaillé à Radio-Canada et tenu un blogue au journal Voir, en plus d’avoir été conseiller politique à la Coalition Avenir Québec. Il blogue sur les enjeux sociaux et politiques contemporains à L’actualité depuis 2013. On peut le suivre sur Twitter : @jeromelussier.

(2) Jacques Parizeau de rhétorique à sophisme. http://www.les7duquebec.com/actualites-des-7/jacques-parizeau-de-la-rhetorique-au-sophisme/

(3) Écolo-développement, le déni de Naomi. http://www.les7duquebec.com/actualites-des-7/environnement-et-developpement-le-deni-de-naomi/

(4) Le déclin de l’impérialisme contemporain   http://www.robertbibeau.ca/VolumeDeclin.html

 

 

7 pensées sur “CROISSANCE OU AUSTÉRITÉ, QUEL CHOIX?

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    28 septembre 2014 à 9 09 59 09599
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    « l’imposition des entreprises et la taxation des riches sont des solutions bidon qui : a) ne risque pas de se produire sous le gouvernement des riches; b) si cela se produisait, les riches et les entreprises déménageraient vers des cieux plus payants  »

    D’accord avec a)

    Pas d’accord avec b) parce que si l’imposition se limite à être « comme ailleurs » au lieu de « plus bas qu’ailleurs », il n’y a pas matière à déménager et cela réglerait nos problèmes actuels.

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      29 septembre 2014 à 19 07 03 09039
      Permalink

      @Andre
      Tu fais erreur.
      L’imposition qui serait élever ne serait pas comme ailleurs – actuellement tous les pays riches ou bien diminue leur taxation des riches ou bien perdent leurs riches – comme aux USA – et en France – qui vont s’installés ailleurs )moins chers en taxes ) et jusque dans les paradis fiscaux.

      Je ne cherche pas à défendre la basse taxation pour les riches – afin de les conserver ici au Canada – Je les exproprierais tous quand à moi – Je cherche juste à faire comprendre qu’il n’y a pas de solution anticapitaliste à l’intérieur du capitalisme
      Ces gens auront toujours des échappatoires car c’est LEUR système à eux dans lequel nous ne sommes que des pions – ca ne décide de rien un pion.

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    29 septembre 2014 à 16 04 33 09339
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    En vérité, je vous le dis!

    La crise financière n’est qu’un symptôme de la crise plus générale de la valorisation capitaliste, qui n’a d’autre choix, pour se perpétuer, que d’hypothéquer des profits à venir. Mais cette marchandisation d’un futur déjà consommé, exige la multiplication incessante de produits financiers détachés du réel. Malgré l’intervention de la puissance publique qui rachète ces titres pourris en entretenant sa crédibilité au prix de désastreux programmes d’austérité, la dévalorisation du capital fictif est inéluctable.

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      29 septembre 2014 à 19 07 09 09099
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      @ Robert

      C’est ce que j’écris dans mes articles depuis deux ou quatre ans
      De fait le capital fictif est né de la manipulation pour valorisation du capital réel – de la valeur réelle – quand les profits baissèrent les capitalistes inventèrent le crédit pour empocher aujourd’hui les profits qui ne seront jamais produit demain d’où la dévalorisation d’un capital – productif – qui n’aura jamais été produit.

      Les cons qui nous parle D’INVESTISSEMNTS sont des imbéciles qui ne devraient pas s’affubler du titre d’économiste.
      Quand tu n’as pas de marché – tu n’investis pas pour produire des marchandises qui seront des invendus

      Le monde est plein de crétins pseudo économistes à commencer par ce pauvre Gérald Fillion – le fils à papa Fillion

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