Cuba : qui a changé ?

Source :  Organisation Communiste de France.  2015.  http://polpresse.blogspot.fr/

Il ne se passe pas de semaines sans que la presse salue le « dégel » des relations entre le U$A et Cuba. Et – grande victoire – le drapeau étasunien flotte à nouveau sur l’ambassade U$ de la Havane. Il était absent depuis 54 ans.

L’impérialisme étasunien a t il changé ? Il y a 53 ans les U$A imposait un embargo de fer au peuple cubain, lui qui avait osé nationaliser et donc exproprier les compagnies étasuniennes (23 février 1962).

jusqu’en 1959 l’ile était une sorte de province étasunienne sans réelle autonomie. Le tourisme, la drogue et la prostitution, principales activités assignées au peuple cubain profitaient à une élite corrompue dont le dernier représentant (Batista) fut chassé par Fidel Castro.

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F. Castro   –  N. Kroutchev

Bien évidemment les tensions devinrent vives avec le grand voisin U$ au point que ce dernier tentât une invasion de l’île qui fut un échec cuisant. L’île devint une « République socialiste » soutenue par la Russie révisionniste de Kroutchev.

Mais la « révolution » cubaine n’a jamais été une révolution communiste. Elle s’apparente, comme nous le montrerons ci-après, à une lutte de libération nationale comme il s’en produisit alors partout en Afrique en particulier. Et l’embargo ne peut expliquer à lui seul le délabrement économique des classes populaires (alors que les classes intermédiaires et les membres du Parti bénéficient d’avantages certains).

Le mythe de « Cuba socialiste ».

Nous l’avons vu rapidement, rien, dans cette révolte contre l’impérialisme U$ ne rappelle de près ou de loin les méthodes et l’art communiste de la révolution. Il convient ici de citer un révolutionnaire Haïtien, Antoine G. Petit qui vécu à Cuba de 1959 à 1963. Son témoignage est d’une grande importance pour comprendre le fond politique du « castrisme » :

( Antoine .G. Petit écrit cette lettre (extraits) à un de ses camarades vénézuélien en 1967 et commente

une décision de F Castro pour « assainir l’atmosphère » (politique) à Cuba)

Note : les textes en gras sont de l’initiative de la rédaction.

« ….. A mon avis, le danger principal se trouve au sein même de la bureaucratie du parti et du gouvernement. Parmi les dirigeants et les hauts fonctionnaires ainsi que leurs protégés corrompu, sans conscience de classe, dépourvus du moindre sens de l’égalité raciale.  Les vrais bourgeois sont là, organisés en clans, entourés de leurs cours, intellectuels et artistes nihilistes ayant les yeux fixés sur Paris, vils imitateurs de leurs alter­ ego européens. Assainissement moral ? Mais qui a fait de la propagande pour la vie nocturne, les boîtes de nuit, la mini jupe sinon la revue « Cuba» elle-même?

Qui a introduit le yé-yé à La Havane? Qui a fait voyager Jean Ferrat à Cuba et qui est tombé en pâmoison devant lui? Qui enregistre les disques de prétendu « jazz moderne », imitation servile de la musique commercialisée, au détriment des inimitables rythmes cubains ? Oui, qui en est le responsable : les parasites, les déclassés, les contre-révolutionnaires ? Allons donc !

Il faut reconnaître néanmoins qu’en prenant ces mesures d’« assainissement », Fidel lève un lièvre d’importance. Il pense ainsi tarir la source du marché noir. (C’est déjà beaucoup qu’il en reconnaisse encore la persistance.) Mais il ne frappe que les intermédiaires. Or, il n’y a rien de plus facile à repousser que la mauvaise herbe sur un terrain propice.

Vois-tu, le Premier ministre déclare ingénument qu’il croyait que le petit commerce privé allait disparaître de lui-même sans qu’on ait besoin de prendre des mesures administratives à cet effet. Tout comme il nourrissait et continue à nourrir la même illusion en ce qui concerne le marché noir.

A plusieurs reprises, les dirigeants cubains ont avoué que leurs connaissances théoriques n’étaient pas très étendues au moment du triomphe de l’insurrection et qu’ils apprenaient en même temps que ceux qu’ils étaient appelés à diriger.

Mais que leur est-il arrivé? Ils ont commencé à apprendre de mauvais maîtres. (la Russie – NDLR) Quand ils s’en sont rendu compte, ils ont décidé qu’ils n’avaient plus rien à apprendre de personne, qu’ils étaient leurs propres maîtres et – ô comble de l’infantilisme! – les maîtres des autres.

En janvier dernier, des éléments TROP inféodés à Moscou ont été éliminés du parti, jugés et condamnés. Tu t’es empressé de te réjouir; tu t’es empressé de proclamer que « Cuba prenait de plus en plus ses distances à l’égard de Moscou » et de parler de « radicalisation ». Mais….Moscou a appris à supporter sans broncher les coquetteries et bouderies de ses ouailles.

……. Fidel a beau expliquer toutes les mesures importantes qu’il dicte et les faire entériner par les masses, il n’en reste pas moins que ce sont des mesures administratives, bureaucratiques. Des mesures approuvées, certes, avec enthousiasme par la base qui ne profitent nullement à son éducation parce qu’elle est étrangère à leur élaboration. C’est beau et émouvant d’entendre parler Fidel qui, d’ailleurs, ne s’en prive pas. Il a la langue bien pendue. Il s’identifie aux foules et exerce sur elles un magnétisme Irrésistible.

Des qualités de tribun, il en a à revendre. Je trouve tout cela très charmant. Ce que je trouve moins réjouissant, c’est le manque d’encadrement des masses. Le didactisme intelligent ou le génie politique du leader suprême ne peut pas remplacer cent mille cadres-courroies de transmission.

Cent mille cadres non formés à l’école révisionniste, exemples vivants du sacrifice révolutionnaire, qui apprennent auprès des masses tout en les orientant, qui assurent une liaison étroite et permanente entre la base et le sommet. Mais cela suppose beaucoup de choses. Entre autres et au premier chef: l’existence d’un véritable parti marxiste-léniniste (tu diras que c’est chez moi une idée fixe), une pensée directrice correcte, une ligne générale.

A propos de « ligne », il en existe bien une à Cuba, mais c’est une ligne brisée. Une ligne faite à la mesure d’un homme aux fluctuations constantes. La
« radicalisation » actuelle est un accès de fièvre, comme tant d’autres. Un accès de fièvre subséquent à l’échec de l’opération-Bolivie ( Assassinat de Che Guevara NDLR). Un accès rendu nécessaire par le reflux révolutionnaire momentané constaté ces jours-ci en Amérique latine. »

Antoine G. Petit in « Castro, Debray. Contre le Marxisme-Léninisme » – 1968.

Au fond le « castrisme » n’est rien d’autre qu’un nationalisme. Nasser, Khadafi….. parmi de nombreux anti-colonialistes suivirent cette voie. Ils aboutirent pour quelques temps à retrouver l’indépendance volée de leur pays, mais l’impérialisme veille au grain. Et toutes ces « révolutions » (comme les révolutions « colorées » de notre époque) ne furent qu’une transition entre colonialisme et néo-colonialisme; corruption étrangère et locale et surtout pauvreté maintenue des peuples.

Toutes ces « révolutions » furent le résultat tragique de la ligne politique internationale que les dirigeants du Parti « Communise » Chinois mit en œuvre pour concurrencer, au plan international, la direction russe devenue révisionniste après la mort de Staline et le tournant crucial du 20ième congrès de l’URSS.

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Chou en Laï – Soekarno – Nasser à Bandoeng

La conférence de Bandoeng valida entre le 18 et le 24 avril 1955
cette ligne qui définissait, ou prétendait définir un « troisième pouvoir », celui des « pays non alignés » ( ni pro-communistes, ni pro étasuniens).

A ce versant opportunisme, auquel Cuba adhéra dès sa fondation (en jouant un double jeu avec les russes !), succédera un épisode tragique, celui du volontarisme politique, du romantisme « révolutionnaire », dont la figure emblématique est Ernesto Che Guevara.

Dans un discours devant la Tricontinentale en 1967 (pays non alignés), il déclara :

« Comme nous pourrions regarder l’avenir proche et lumineux, si deux, trois, plusieurs Vietnam fleurissaient sur la surface du globe, avec leur part de morts et d’immenses tragédies, avec leur héroïsme quotidien, avec leurs coups répétés assénés à l’impérialisme, avec pour celui ci l’obligation de disperser ses forces, sous les assauts de la haine croissante des peuples du monde!

Et si nous étions tous capables de nous unir, pour porter des coups plus solides et plus sûrs, pour que l’aide sous toutes les formes aux peuples soit encore plus effective, comme l’avenir serait grand et proche! »

 

Comment un « révolutionnaire » peut il demander aux peuples du monde de se lancer dans des guerres, même sous le motif d’affaiblir les U$A. Les peuples et les communistes sont pacifiques. Ils répondent à la violence réactionnaire, fasciste, impérialiste dès lors qu’il est préférable de se DEFENDRE et de défendre la  cause du peuple plutôt que de mourir !

Seuls les impérialistes et les réactionnaires provoquent des guerres. Les communistes recourent à la violence – en dernier recours – Ils s’y préparent, préparent idéologiquement et pratiquement les masses, mais jamais ils ne prirent l’initiative du déclenchement d’une guerre.

C’est le sens de toutes les réflexions de Marx, Engels, Lénine et Staline sur la question de la violence révolutionnaire.

L’épisode Guevara prit fin en Octobre 1967 en Bolivie où il était parti créer un de « ses » Vietnam ! Il mourut sous les balles de l’armée bolivienne.

Il s’ensuivit un culte repris par toutes les bourgeoisies du monde. Et aujourd’hui encore nous voyons des effigies du « CHE » partout, sur les tee shirt, les bistrots, les meetings de la « gauche ».

Il n’y a rien de tel pour la bourgeoisie que de se fabriquer des « héros » inoffensifs politiquement; des icones qu’on peut reproduire comme on fait des idoles du show biz. Le gauchisme du CHE rend encore aujourd’hui ce service à la bourgeoisie. Et la jeunesse peut fêter ça en buvant un « cuba libre » (mélange Rhum + Coca Cola)  dans un verre à l’effigie de l’idole.

Pour résumer Cuba permet aujourd’hui à l’impérialisme de jouer sur deux tableaux :

1 – Idéologiquement, pour les gens de « gauche », pour les « humanistes branchés », pour les pseudos communistes, Cuba c’est LE pays du socialisme. Et à ce titre il convient que toutes ces bonnes âmes défendent « Cuba socialiste ». Il n’ont jamais regardé de trop près l’histoire de la lutte de libération cubaine – que nous saluons comme telle (mais à laquelle il est matériellement impossible d’accorder le titre de révolution) -. Jamais ils ne portent un regard aiguisé sur la position de Castro par rapport au Kroutchévisme, ses volte faces entre Russie révisionniste et Chine opportuniste. Jamais ils ne font une analyse de la situation économique des classes sociales à Cuba.

Au fond ces gens ont besoin de CROIRE. Croire à une terre promise réalisée ici bas, croire en un lieu ou la contre-révolution n’aurait pas triomphée. L’adhésion religieuse à de telles croyances est aisée mais elle dispense de toute analyse pertinente -marxiste – de la réalité de Cuba.

2- Pour les U$A, Cuba est idéologiquement une affaire « en or ». Faire croire au peuple étasunien que les méchants communistes sont aux portes de la patrie, quelle aubaine !
la puissance des médias U$ est telle qu’elle arrive à faire gober à des millions de gens que cette île minuscule qu’est Cuba, pauvre et mal armée serait un danger imminent pour le pays de l’oncle Sam, ses missiles, ses drones, ses mercenaires….et sa base militaire située sur Cuba même : Guantanamo !

Cuba a été plus utile « vivant que mort« . Plus utile à la propagande U$ et rendue – de fait – totalement inoffensive par l’embargo et le lâchage de la Russie puis de la Chine.
Là aussi Cuba a joué un rôle – à son corps défendant – de « petit satan » communiste.

Dans les deux cas il suffisait d’y croire !

 

Une pensée sur “Cuba : qui a changé ?

  • avatar
    12 décembre 2015 à 9 09 36 123612
    Permalink

    @ tous

    Nous diffusons ce texte de l’OCF afin de nourrir le débat sur Cuba – « socialiste » et sur l’esprit de Bandoeng ainsi que sur la ligne politique dite « Marxiste-Léniniste » qui prit naissance dans les années 1930 au sein de la IIIe Internationale.

    Le lecteur ne doit pas y voir un appui du webmagazine LES7DUQUEBEC.COM à ces orientations politiques.

    Robert Bibeau. Directeur. Les7duQuébec.com

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