DAECH : AUTOPSIE D’UN MONSTRE (4)

Source : http://www.lnr-dz.com/index.php?page=details&id=49465 Par Chérif Abdedaïm. La Nouvelle République. Alger. Janvier 2016.

Vers  une redistribution des cartes ?

Le 17 novembre dernier, Bernard Bajolet, patron de la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure) française et John Brennan, directeur de la CIA, se sont croisés dans une conférence académique donnée à Washington, où ils ont défendu une position similaire. «Le Moyen-Orient que nous avons connu est fini et je doute qu’il revienne», a déclaré le Français. «La Syrie est déjà morcelée, le régime ne contrôle qu’une petite partie, environ un tiers du pays établi après la Seconde guerre mondiale, (…)le Nord est contrôlé par les Kurdes et nous avons cette région centrale contrôlée par le groupe Etat islamique», a-t-il expliqué, ajoutant que la situation était pareille en Irak. John Brennan, patron de la CIA, a lui affirmé : «lorsque je regarde la dévastation en Syrie, en Libye, en Irak, au Yémen, c’est difficile pour moi d’envisager un gouvernement central dans ces pays qui soit capable d’exercer un contrôle ou une autorité sur ces territoires bâtis après la Seconde guerre mondiale».

Il a ensuite estimé qu’il était désormais «impossible» d’appliquer une «solution militaire dans chacun de ces pays». Cela dit, comment détruire Daesh ? C’est la question à laquelle a tenté de répondre dans une tribune John Bolton, ancien ambassadeur américain aux Nations unies, proche des néo-conservateurs. Et pour lui, cela passera par la création d’un «Sunnistan». C’est dans le New York Times que John Bolton a développé sa vision stratégique d’un Moyen-Orient complètement redécoupé pour mieux combattre Daesh mais également afin de contrer la vision russo-iranienne de la situation.

Selon le néo-conservateur, d’abord pas de doute, la politique actuelle de Barack Obama manque d’une vision stratégique pour le Moyen-Orient et ne permet pas de répondre à la seule question qui vaille : Quoi après l’État islamique ? Or «il est essentiel de résoudre cette question avant d’envisager des plans opérationnels» pour défaire Daesh. Une nouvelle donne territoriale et géopolitique : le «sunnistan». Et l’ancien ambassadeur de développer ses idées : pour lui, la réalité est que l’Irak et la Syrie comme entités étatiques indépendantes n’existent plus.

L’État islamique s’est taillé un territoire dans des pans entiers de ces deux pays. Ajoutez à cela l’émergence de facto d’un Kurdistan indépendant et vous avez un Moyen-Orient à la physionomie totalement inédite. Dès lors, pour John Bolton, Washington doit reconnaître cette nouvelle donne géopolitique. La meilleure alternative à l’État islamique dans le nord-ouest de l’Irak et la Syrie est un nouvel État sunnite indépendant. Avantage de cette création étatique ex-nihilo : son potentiel économique certain en tant que producteur de pétrole. Il pourrait aussi constituer un rempart à la fois contre la Syrie de Bachar Al-Assad allié à l’Iran chiite, lui-même de Baghdad. Les premiers gagnants de cette hypothèse développée par John Bolton seraient évidemment les Etats arabes sunnites du Golfe.

Ceux-ci «qui ont dû maintenant comprendre le risque pour leur propre sécurité de financer l’extrémisme islamiste, pourraient fournir un financement important» à la nouvelle entité. Et même la Turquie y trouverait son avantage en voyant sa frontière sud stabilisée par ce nouveau «sunnistan». Enfin, même les Kurdes pourraient profiter de la situation, pour peu qu’un Kurdistan voie le jour, officiellement reconnu par Les Etats-Unis. Si John Bolton envisage ainsi un redécoupage à la serpe du Moyen-Orient, il ne se fait pourtant visiblement pas d’illusion sur le caractère démocratique de la future entité sunnite qu’il appelle de ses voeux.

Mais pour cette région instable, la sécurité et la stabilité sont «des ambitions suffisantes». Pour consolider cet Etat, l’ancien ambassadeur affirme qu’il faudra s’appuyer sur les structures sociales existantes et également sur les anciens responsables irakiens et syriens du parti Baas, préférables selon lui aux extrémistes islamistes. Seulement ce que semble oublier John Bolton est que Daesh a justement prospéré sur le vide politique créé par l’éviction par les Américains de ces membres du parti Baas en Irak.

Contrer l’axe russo-iranien. Cette proposition d’un État sunnite sous protectorat américain diffère nettement, selon John Bolton, de la vision russo-iranienne «et de ses alliés, Hezbollah, Bachar el-Assad et Bagdad». Pour lui, l’ambition de cet «axe» serait de restaurer les gouvernements irakien et syrien dans leurs anciennes frontières. Or ce but est «fondamentalement contraire aux intérêts américains, israéliens et à ceux des Etats arabes amis», avertit le néo-conservateur.

Selon lui, Moscou veut s’assurer ainsi la pérennité de ses bases navales de Tartous et de Lattaquié qui lui assurent un accès à la Méditerranée. Téhéran souhaite maintenir le pouvoir alaouite et une protection pour le Hezbollah au Liban. Surtout, l’Iran et la Russie souhaiteraient que les territoires sunnites retournent sous le contrôle du gouvernement chiite de Baghdad, renforçant ainsi de fait l’influence régionale de l’Iran.

En créant cette entité sunnite, John Bolton entend également couper le soutien des populations sunnites à l’Etat islamique en leur garantissant qu’elles ne seront plus sous contrôle alaouite syrien ou chiite irakien. Voilà pourquoi, après avoir détruit Daesh, les Etats-Unis devraient veiller à créer cette entité sunnite ajoute John Bolton.

Evidemment, il faudrait alors déployer des troupes américaines au sol assure-t-il également, même s’il envisage l’aide de «troupes arabes». Mais, conclut-il très tranquillement, «l’opération militaire n’est pas la partie la plus difficile de cette vision post-État islamique». Une opinion qui ne sera peut-être pas partagée par Barack Obama dont la vision militaire se résume à «no boots on the ground» (pas de troupes au sol) et qui refuse désormais tout enlisement de ses troupes au Moyen-Orient.

Chérif Abdedaïm

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La grande menace

Source : http://www.lnr-dz.com/index.php?page=details&id=49466

Dernièrement, la Russie a rempli le vide de leadership compétent en Syrie, nettoyant les dégâts que l’Amérique a causés avec ses deux décennies de croisade, en laissant une succession de gouvernements brisés partout dans la région. Il y a quelques semaines, M. Poutine a fait le constat, devant l’Assemblée générale de l’ONU, que la démolition systématique de toutes les nations faibles environnantes n’était probablement pas une recette pour la paix mondiale.

Le président Obama n’a jamais proposé un moyen cohérent de réparer tout cela. Il est un peu effrayant de réaliser l’adversaire ancestral des Occidentaux, en l’occurrence, la Russie soit la seule figure sur la scène mondiale qui puisse venir avec une histoire crédible sur ce qui devrait se passer là. Et sa retenue récemment, suite à l’attaque sur un bombardier russe, abattu par les Turcs avec l’assistance des USA, est vraiment remarquable.

Tout cela ressemble à une action irresponsable provoquée par le camp Occidental en vue de la troisième guerre mondiale, et pour quoi ? De plus en plus rapidement, la chronique donne forme à cette nouvelle guerre, qui menace grande et terrible.

Quels sont les derniers faits ? – Très forte accusation de Poutine à la Turquie lors du discours d’aujourd’hui sur l’État de l’Union : Vladimir Poutine met en doute la santé mentale de la direction de la Turquie et déclare que Ankara regrettera amèrement l’abattement de l’avion russe. – L’OTAN enverra un navire de commandement et de contrôle dans les côtes de la Turquie et de nouveaux avions dans des bases turques. –

La Russie va ouvrir trois nouvelles bases aériennes en Syrie: Laodicée (Lattaquié), Homs et Hama. – La Russie armera les Kurdes syriens en fonction anti-turque. –

L’Allemagne rejoindra les bombardiers en Syrie sans aucune coordination avec les Russes; Berlin a annoncé qu’elle bombardera « sans se coordonner avec la Russie ». –

La Grande Bretagne bombarde en Syrie sans aucune coordination avec les Russes; – Bientôt l’Iran bombardera en Syrie sur la base de l’alliance avec la Russie et le gouvernement légitime syrien et donc sans aucune coordination avec l’OTAN.

– La rumeur veut que la Turquie soit en train de lancer une opération militaire pour sceller ses frontières avec la Syrie. Traduisant la métaphore cela signifie que les Turcs s’apprêtent à envahir la Syrie avant que les Russes ne ferment les frontières avec la Turquie. Une invasion turque serait une situation très grave, un saut vers le niveau le plus redoutable d’interactions stratégiques et de batailles avec des implications mondiales.

– Les Russes présument que dans quelques semaines (à moins qu’il n’y ait une véritable désescalade) la fermeture du Bosphore aux navires russes par le gouvernement turc.

– En violation claire et sans équivoque de l’accord de Minsk 2, les autorités ukrainiennes occupent deux villages (Pavlopil et Hnutove) dans le nord-est de Mariupol et appartenant à la zone démilitarisée (zone verte).

– Alors que l’OTAN annonce l’adhésion prochaine du Monténégro, elle accélère pour faire entrer dans son orbite aussi la Bosnie, la Moldavie et la Géorgie, en attirant ainsi dans l’entrelacement institutionnel européen aussi les bourbiers conflictuels des Balkans et du Caucase.

Fait intéressant, il a été annoncé que le groupe d’attaque du porte-avions USS Truman ne se positionnera pas dans la Méditerranée orientale, mais dans le golfe Persique. Visiblement les croiseurs lourd lance-missiles Moskva et les sous-marins russes stationnées au large des côtes syriennes (et turques) gardent à une distance prudente. Beaucoup de monde en vue… Le vent soufflant sur la ligne de faille Ukraine-Mer Noire-Turquie-Syrak-Iran devient assez froid.

Chérif Abdedaïm

SUITE ET FIN DEMAIN – ICI MEME

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