Dilemme cornélien

 

Le président Donald Trump a clairement indiqué que sa présidence aurait une position sur tout partout. Il a aussi dit clairement qu’il serait seul à prendre la décision finale sur la politique que suivra son gouvernement. Il a choisi deux domaines prioritaires dans l’application de ses politiques : le Mexique et la Syrie/l’Irak, la zone de force du califat d’État islamique (EI).

Le Mexique était sans doute le thème principal de toute sa campagne, d’abord pour la nomination républicaine puis pour l’élection présidentielle. Il est probable que ses déclarations incessantes et dures sur le Mexique et les Mexicains lui ont rapporté plus de soutien populaire que tout autre thème, lui permettant ensuite de gagner la présidence.

En ce qui concerne la Syrie/Irak, Trump a dit qu’il avait un plan secret pour éliminer État islamique. Typiquement, il a donné trente jours au Pentagone pour émettre ses propositions. Ce n’est qu’alors qu’il annoncera sa décision.

Il y a déjà toute une série de problèmes pour Trump. La Russie semble aujourd’hui l’unique acteur politique dans la région. Elle a emprunté la voie de la création d’un processus politique de paix qui inclut le gouvernement de Bachar al-Assad, la principale force d’opposition syrienne, la Turquie et l’Iran (en même temps que le Hezbollah). Les États-Unis, l’Europe occidentale et l’Arabie saoudite sont tous exclus.

Une telle exclusion est intolérable pour Trump, qui parle maintenant d’envoyer des troupes américains au sol pour combattre EI. Mais avec qui ces troupes s’allieront-elles en Syrie ou en Irak ? « Si c’est le gouvernement irakien dominé par les chiites, elles perdront le soutien des forces tribales sunnites irakiennes que les États-Unis ont cultivées malgré leur soutien pendant un temps à Saddam Hussein. Si ce sont les peshmerga kurdes, elles s’affronteront à la fois à la Turquie et au gouvernement irakien. Si ce sont les forces iraniennes, elles vont provoquer des hurlements au Congrès américain et à la fois en Israël et en Arabie saoudite », estiment certains observateurs.

Si Trump envoie malgré tout des troupes, il sera presque impossible de les faire sortir, comme l’ont fait George W. Bush et Barack Obama avant lui. Mais avec les inévitables victimes américaines, le soutien au pays disparaîtra. Il aura donc moins d’applaudissements à court terme que pour le Mexique et probablement plus de frustration à moyen terme. Tôt ou tard, lui et ses partisans apprendront l’amère vérité des limites de la puissance géopolitique des États-Unis et donc les limites du pouvoir de Trump.

Et ensuite ? Est-ce que Trump va exploser et commettre des actes dangereux ? C’est ce que craint le plus grande partie du monde – des États-Unis trop faibles en puissance réelle et trop forts en armement. Trump sera confronté à un choix entre deux solutions : l’utilisation des armes qu’il a, ce qui est futile mais terrible ; ou un retrait silencieux de la géopolitique dans la forteresse Amérique, un aveu d’échec implicite. Dans les deux cas, ce sera une décision très inconfortable pour lui.

Chérif Abdedaïm

 

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