Face à face avec les fascistes ukrainiens (3)

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Volet 4: Les forces de classe dans la guerre civile ukrainienne 

 Source: http://tribunemlreypa.wordpress.com/2014/11/03/1985_interview_borotba_shapinov/

WorkersWorld: Une des revendications majeures du mouvement Maïdan était l’adoption d’un accord d’association avec l’Union européenne. Quelles sont les forces en Ukraine qui ont œuvré pour une intégration avec l’UE? Quel sera l’impact des mesures d’austérité obligatoires qui seront appliquées par l’UE et par le Fonds monétaire international, sur la lutte là-bas?
Victor Shapinov: Certaines personnes pensaient que la soi-disant intégration européenne apporterait le niveau de vie occidental en Ukraine. Mais pour voir la réalité, nous devons nous pencher sur la situation en Grèce. L’UE n’apporte pas des niveaux de vie élevés, mais un régime d’austérité afin de réduire les dépenses sociales de l’Etat.
Borotba était l’une des premières forces politiques qui s’est opposée à l’euro-intégration. Nous avons publié une analyse approfondie des conséquences de l’intégration avec le système économique de l’UE et le traité d’association. Pour des pays comme l’Ukraine, cela signifie abandonner le contrôle de ses marchés à l’impérialisme de l’UE.
Prenez l’agriculture, par exemple. L’Ukraine a une grande et efficace production agricole. Mais les produits agricoles en provenance d’Europe sont moins chers, parce qu’ils reçoivent beaucoup des subventions de l’Etat et de l’UE – entre 40 et 50 pour cent dans certains cas. L’Etat ukrainien ne peut tout simplement pas donner autant d’argent aux agriculteurs, et ils feront faillite.
Il en est de même pour l’industrie. L’Ukraine sera inondée avec des importations bon marché de l’UE. En même temps, elle perdra le marché de la Russie et d’autres pays de l’Union douanière.
Des pays comme la Grèce, l’Espagne et le Portugal, qui vivent aujourd’hui sous des régimes d’austérité, sont la périphérie des pays centraux de l’Union européenne. L’Ukraine sera la périphérie de la périphérie, comme les pays en développement du Tiers-Monde.
C’est mauvais pour l’économie de l’Ukraine, mais c’est bon pour certaines branches de l’industrie et pour les grands oligarques. En raison de la crise capitaliste, ils veulent le soutien de l’Occident et des garanties pour la sécurité de leurs capitaux. Ils ont été très actifs dans la promotion de l’Euro-intégration.
Quand le mouvement a commencé à Maïdan, toutes les chaînes de télévision étaient en faveur de celui-ci. Ils ont dit que Victor Ianoukovitch [alors président] était très mauvais et le Maïdan, très bon. Presque toutes les chaînes de télévision en Ukraine sont les propriétés privées des groupes oligarchiques. Toutes ont promu Maïdan et fait une grande propagande en faveur de celui-ci.
Après que le coup Maïdan gagna, ils firent de l’agitation pour l’accord de libre-échange, et il fut signé par l’Ukraine et les Européens. Mais le traité commencera seulement en 2016. Même pour l’Europe, il n’est pas si facile.
Mais si nous parlons des réformes néolibérales en échange de prêts du FMI, celles-ci sont déjà en train de prendre forme. Le principal personnage de ce processus est le Premier ministre Arseni Iatsenouk, qui est très pro-occidental. Il a fièrement mis en place le plus grand programme de privatisation des biens de l’Etat dans l’histoire de l’Ukraine.
Nous voyons que c’est un nouveau type de politique pour l’Ukraine: le fondamentalisme de marché, d’une part, le nationalisme et le fascisme de l’autre. Maintenant, ils marchent côte à côte.
Au début, beaucoup de gens ont dit que Maïdan était un mouvement du peuple contre la corruption et ainsi de suite. Mais quelle était la direction politique de ce mouvement? C’était ce bloc de néolibéraux et de fascistes.
Dès le premier jour du mouvement Maïdan, le pronostic de Borotba était que sa victoire apporterait ce bloc au pouvoir. Ils sont comme les deux mains du capital monopoliste, en essayant de sauver son contrôle politique et économique. Ce fut celle-là, la base politique et sociale du mouvement Maïdan.

 

Ianoukovitch n’a pas été très efficace pour les capitalistes monopolistes. Avant, ils devaient faire des affaires avec lui, mais après Maïdan, ils détiennent le pouvoir politique direct, comme les oligarques [Igor] Kolomoisky, qui est devenu gouverneur de la région de Dnepretrovsk, ou [Serhiy] Taruta, qui est devenu gouverneur de Donetsk. Taruta, cependant, a été expulsé par la République populaire.
Certains gauchistes ont qualifié le Maïdan de mouvement populaire. Mais le peuple est divisé en classes. Ce n’est pas seulement une question de langage, et le fait qu’une partie de la population parle russe et l’autre ukrainien, mais une question de classes. La classe moyenne et la soi-disant «classe créative» – des « free lancers » (entrepreneurs indépendants) des grandes villes et ainsi de suite – étaient au cœur du mouvement Maïdan. Même dans les villes du sud-est, vous pouvez voir une position pro-Maïdan représentée par ces couches sociales.
En Russie, il y a eu une soi-disant marche pour la paix à Moscou [le 21 septembre], pas vraiment pour la paix, mais pour soutenir le gouvernement de Kiev. C’était très inspiré par la propagande pro-occidentale et dirigée par les libéraux russes. Leur base sociale est aussi la «classe créative».
Ces strates sont liées avec le capitalisme occidental. Certains d’entre eux travaillent dans les branches de l’économie dominée par les entreprises occidentales. Certains s’orientent vers l’Ouest en raison de leur mode de vie et de consommation. Ils adoptent cette idéologie et pensent que tous ceux qui sont contre eux ou qui ne sont pas aussi pro-occidentaux sont arriérés et primitifs.
WW: Quelles sont les forces de classe à l’œuvre dans la résistance au coup d’Etat – le mouvement AntiMaïdan et les Républiques Populaires du Donbass?
VS: Nous voyons que les gens qui sont liés à ce qu’on appelle la production réelle, les usines, les mines et ainsi de suite, sont plus impliqués dans le mouvement AntiMaïdan ou partagent ses sentiments.
Nous ne pourrions pas dire que c’est une division de classe pure, que c’est juste la bourgeoisie de ce côté, et le prolétariat de l’autre côté, bien sûr. C’est plus complexe.
L’ordre du jour politique de Maidan ne parle pas avec une orientation de classe claire. Au contraire, il parle de la façon dont la classe dirigeante doit faire un choix que l’on appelle de civilisation. Ils disent que l’Ukraine doit faire un choix civilisationnel pour l’Europe, pour l’Occident, et contre la Russie et l’Est. Même des forces de gauche sont coupables de cela, ou d’adopter ce genre de langage politique.
Quand Borotba était à la tête du mouvement AntiMaïdan à Kharkov, nous avons toujours dit que c’était d’abord un mouvement anti-oligarchie, avant même d’être antifasciste, parce que c’était l’oligarchie qui a alimenté les fascistes, les développait et les soutenait. Et maintenant, nous voyons qu’ils arment et forment même des bataillons parmi eux, pour les envoyer au Donbass. Nous avons toujours essayé de faire avancer le point de vue de classe.
Parfois, même sans l’influence de Borotba ou autres gens de gauche, il y a un développement spontané de la pensée de classe.
Prenez Aleksey Mozgovoy, commandant du Bataillon Fantôme de l’armée du peuple dans le Donbass. Il est très à gauche, anti-oligarchique et antibureaucratique. Son idéal est l’autogouvernement par le peuple, comme on dit, comme les soviets [les conseils des travailleurs] dans la première période de l’histoire soviétique.
Ce n’est pas parce qu’il a lu quelques livres, mais parce qu’il a été inspiré par ce mouvement et qu’il a fait sa propre analyse. Maintenant, il y a une bonne base pour travailler avec lui.
Il y a aussi une forte influence de la Fédération de Russie et de ses forces. Dans un certain sens, c’est une bonne chose, parce que sans le soutien de la Russie, la résistance au Donbass aurait été violemment détruite.
Au début, le mouvement n’avait pas de leaders, pas de structures, rien. C’est un miracle qu’il ait survécu et qu’il ait construit une armée qui peut gagner contre l’ennemi. Sans un soutien de la Russie, il ne pouvait pas le faire. Voilà juste la réalité.
Mais la Russie n’est pas un pays socialiste ou même un pays démocratique. Elle essaie d’utiliser ce mouvement pour ses propres objectifs. En outre, la Russie cherche à imposer ses vues idéologiques sur le mouvement , des vues qui sont sans danger pour le capitalisme, par exemple, la religion orthodoxe russe et des idées nationalistes russes.
WW: Comment décririez-vous le nationalisme russe dans le Donbass?
VS: En Occident, si vous soutenez les républiques populaires (de Donetsk et Lougansk), vous rencontrerez toujours l’argument selon lequel ils ne sont que des nationalistes russes, que le conflit en Ukraine est une guerre entre deux types de nationalisme.
Mais si vous parlez à ces personnes de Donetsk qui disent qu’ils sont des nationalistes russes, cela prend un tout autre aspect.
Si quelqu’un à Moscou, dit qu’il est un nationaliste russe, il y a un 90 pour cent de probabilité qu’il soit un fasciste. Si quelqu’un à Donetsk dit qu’il est un nationaliste russe, 90 pour cent du temps il est juste pour plus de droits pour la population russophone, le droit à l’enseignement dans la langue russe, et ainsi de suite. Ou bien il est contre [le nationaliste ukrainien et collaborateur nazi, Stephan] Bandera. Du point de vue économique, il est socialiste.
[Le Chef de la Résistance et gouverneur populaire de Donetsk] Pavel Gubarev, par exemple, dit qu’il est un nationaliste russe, mais en même temps il dit qu’il est un socialiste orthodoxe. Beaucoup de gens ont de telles opinions mélangées.
La lutte idéologique en est seulement à sa première étape. Qui va gagner et quelles idéologies claires apparaîtront, tel est le problème du travail, de la lutte.
C’est dommage que Borotba ait toujours eu une organisation faible à Donetsk et à Lougansk. C’est là que se trouve le mouvement le plus fort. Alors, nous n’avons pas eu une telle influence. Mais il y a des tendances de gauche dans la direction politique, par exemple, à la tête du Soviet suprême de Donetsk, Boris Litvinov, qui a dit, « Nous construisons une république avec des éléments de socialisme. » Il est un ancien membre du Parti communiste de l’Ukraine. [Le 8 Octobre, Litvinov est devenu le président du Parti communiste nouvellement formé de la République populaire de Donetsk. – WW]
Nous savons que beaucoup de combattants et de commandants de l’armée du peuple sont de gauche et communistes, non seulement Mozgovoy, mais aussi d’autres qui étaient membres du Parti communiste ou qui se disent eux-mêmes communistes. Il y a un bataillon dont le signe est l’étoile rouge. Un grand nombre d’escadrons combattent sous le drapeau rouge.
Voilà la différence, quand il s’agit de cette question. Si j’ai des divergences avec une certains gauchistes qui disent: «Vous devez soutenir Maïdan ou ne soutenir aucun des côtés», je réponds: «Vous ne pouvez pas venir avec un drapeau rouge à une manifestation à Maïdan, mais il y a toujours des bannières rouges parmi les AntiMaïdan. » Et la raison n’est pas seulement la nostalgie pour le passé soviétique. Il s’agit des opinions politiques du peuple. Les Maïdan veulent toujours détruire les monuments à Lénine, et les AntiMaïdan les protègent.
Même certaines personnes qui se disent elles-mêmes « monarchistes » sortent dehors pour protéger les monuments à Lénine. Comme nous le disons, c’est une situation contradictoire très compliqué.

 

 

L’interview originale, en quatre parties, sur Workers World :

http://www.workers.org/articles/2014/10/21/ukraine-communists-face-face-21st-century-fascism/

http://www.workers.org/articles/2014/10/22/left-ukraine-origins-borotba/

http://www.workers.org/articles/2014/10/31/ukraine-juntas-fascist-foot-soldiers/

http://www.workers.org/articles/2014/11/07/class-forces-ukrainian-civil-war/

 

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Une pensée sur “Face à face avec les fascistes ukrainiens (3)

  • avatar
    15 novembre 2014 à 9 09 13 111311
    Permalink

    J’ai fait une petite recherche sur les soi-disant invasions russe sur le territoire ukrainien depuis les neuf deniers mois, j’ai compté 36 soit une par semaine. Le coût devrait être astronomique et parfaitement improductif, les russes serait-il des imbéciles méchants sans grande cervelle, je ne le crois pas et l’information qu’on nous sert est faussaire. Leur propagande n’est qu’une petite comédie bouffonne, à mi-chemin entre l’opérette et la chanson comique servant à masquer la faillite du système capitaliste.

    Ma conclusion est que le système des médias capitalistes transforment la tragédie du monde en une bouffonnerie où plus on est de fous plus l’on s’amuse, tel est notre tragique condition en Occident et en Amérique.

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