FAUT-IL INCLURE BACHAR DANS LE REGLEMENT?

Par Chérif Abdedaïm  Source: La Nouvelle République. Alger. Novembre 2015. http://www.lnr-dz.com/index.php

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 Un gouvernement de transition peut-il aider à la réconciliation ou bien faut-il que Bachar Al-Assad reste coûte que coûte à la tête de l’État syrien ?

Après l’entêtement des Occidentaux à soutenir la politique du « regime change », et l’échec de leur politique en Syrie, la chancelière allemande Angela Merkel sort du lot par une approche réaliste du conflit en déclarant qu’il faudrait inclure le président syrien ainsi que tous les acteurs régionaux et internationaux dans le règlement du conflit.

Dans ce mélimélo politique, et aux prises avec une situation extrêmement compliquée en Syrie, qui affecte tout le Moyen-Orient jusqu’en Europe,  Bachar Al-Assad a livré récemment son opinion aux médias russes sur la crise syrienne, la lutte contre le terrorisme et les origines de la crise des réfugiés.

Concernant son départ, le président syrien pense que le point de vue des Occidentaux est assez simpliste. « La propagande occidentale, a-t-il dit, s’est fondée dès le départ sur l’idée que la cause du problème était le président. Pourquoi ? Parce qu’ils veulent faire croire que le problème de la Syrie réside dans un seul individu. Et par conséquent, la réaction naturelle de beaucoup de personnes est de dire : «Puisque le problème réside dans un seul individu, cet individu ne doit pas être plus important que la patrie tout entière. Donc, laissons partir cet individu et les choses vont s’améliorer». Qu’est-ce que cela veut dire en particulier ? Pour l’Occident, cela veut dire : «Tant que tu es là, nous allons continuer à soutenir le terrorisme», parce que l’objectif que poursuit actuellement l’Occident en Syrie, en Russie et dans d’autres pays, c’est le changement des présidents, le renversement des gouvernements ou, peu importe comment ils l’appellent, les changements de régimes. Pourquoi ? Parce qu’ils n’acceptent pas de partenaires et d’États indépendants. Quel est leur problème avec la Russie ? Quel est leur problème avec la Syrie ? Quel est leur problème avec l’Iran ? Ces pays sont tous des pays indépendants. Ils veulent qu’un certain individu parte et soit remplacé par quelqu’un qui agisse dans leurs intérêts et non dans l’intérêt de son pays. Pour nous, le président est choisi par le peuple et arrive au pouvoir au moyen d’une élection. Et s’il part, c’est sur une décision du peuple. Son départ ne doit pas être le résultat d’une décision américaine, d’une décision du Conseil de sécurité, d’une conférence de Genève ou d’un communiqué de Genève. Si le peuple veut qu’il reste, il doit rester et si le peuple le rejette, il doit partir immédiatement. Tel est le principe que j’observe lorsque j’appréhende cette question. »

Aussi, la question prioritaire reste-t-elle  la lutte contre le terrorisme qui demeure un problème  vaste et global, et comprend des aspects culturels et économiques, selon Bachar Al Assad. Il comporte notamment aussi des aspects sécuritaires et militaires. « En terme de prévention, tous les autres aspects sont plus importants que les aspects militaires et sécuritaires, mais aujourd’hui, et en réalité, on vit actuellement dans une période de combat contre le terrorisme, nous ne sommes pas confronté à des groupes terroristes, nous sommes confronté à des armées terroristes équipées avec des armes lourdes, moyennes et légères. Ils disposent de milliards de dollars pour recruter des nouveaux volontaires. Les aspects militaires et sécuritaires doivent devenir prioritaires à ce stade. Donc, on estime que cette alliance doit agir à différents niveaux, mais elle doit tout d’abord combattre sur le terrain.

Naturellement, cette alliance, selon le président syrien, «  doit comprendre les Etats qui croient en la lutte contre le terrorisme, et qui croient que leur position naturelle est d’être contre le terrorisme. Dans l’état présent des choses, la personne qui soutient le terrorisme ne peut pas être la même qui combat le terrorisme. C’est ce que ces Etats font actuellement. L’Arabie Saoudite, la Turquie et la Jordanie qui prétendent faire partie de la coalition contre le terrorisme dans le Nord de la Syrie, soutiennent en réalité le terrorisme dans le Sud, dans le Nord et dans le Nord-Est, presque dans les mêmes régions où ils sont supposés le combattre. Encore une fois, j’aimerais souligner que si dans le cadre d’un intérêt global, ces États décident de revenir à une position plus juste, de revenir à la raison et de combattre le terrorisme, naturellement, nous accepterons et coopérerons avec eux et avec les autres. Nous n’avons pas de droit de véto et nous n’attachons pas d’importance à ce qui appartient au passé. Les politiques changent tout le temps. Ça peut changer du bien au mal, un allié peut devenir un adversaire, et inversement, un adversaire peut devenir un allié. C’est normal. Lorsqu’ils combattront contre le terrorisme, nous coopérerons avec eux ».

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Pour le président russe, Vladimir  Poutine, il n’y a pas d’autre solution à la crise syrienne que de renforcer les structures gouvernementales efficaces à Damas et leur fournir une assistance dans la lutte contre le terrorisme. «C’est ma conviction profonde que toutes les actions contraires dans le but de détruire le gouvernement légitime vont créer une situation dont nous sommes maintenant témoins dans les autres pays de la région ou ailleurs, par exemple en Libye, où toutes les institutions de l’État se sont désintégrées. Nous voyons une situation similaire en Irak, et il n’y a pas d’autre solution à la crise syrienne que de renforcer les structures gouvernementales efficaces en les rendant capables de lutter contre le terrorisme.», a-t-il déclaré  lors d’une interview accordée à CBS News,

Un point de vue partagé par Jean-Pierre Chevènement qui pense que ce serait une erreur d’écarter la proposition d’alliance qu’a faite Vladimir Poutine aux Occidentaux.

Chérif Abdedaïm

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