France : L’oligarchie industrielle et financière a choisit un gouvernement d’extrême droite!

l’Élection de Macron vu par la gauche française désemparée.  Source :  http://reconstructioncommuniste.eklablog.fr/france-l-oligarchie-industrielle-et-financiere-a-choisit-un-gouverneme-a130752582

(Les7duquebec n’adhère pas nécesairement à cette analyse du PCRF mais nous le proposons à la lecture afin que chacun prenne la mesure du désarroi de la go-gauche française devant les manoeuvres alambiquées du grand capital impérialiste français qui a finalement décidé de s’aligner sur l’Europe et sa puissance dominante l’Allemagne à laquelle le capital britannique devrait se rallier éventuellement.  Intérêts commerciaux obligent.  Robert Bibeau http://www.les7duquebec.com)

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Une nouvelle étape de la domination politique du capital monopoliste (Extrait du rapport du secrétaire général du PCRF au Comité central du 26 juin 2017). (…) La crise politique est la manifestation, au niveau de la superstructure, de la crise générale du mode de production capitaliste sur fond de crise économique de long terme, marquée par la tendance à la surproduction et les difficultés de l’accumulation ; et le fait que les phases aiguës sont de plus en plus rapprochées et surtout qu’il n’y a pas de « période de rémission » : la reprise, annoncée tous les trois quatre matins, n’est pas au rendez-vous.

La croissance est atone, et pour ne prendre qu’un exemple, les différents gouvernements bourgeois, qui truquent le nombre de chômeurs en permanence, en sont, dans des pays où le chômage touche des millions de personnes, à se congratuler quand il y a quelques milliers de chômeurs en moins !

(…) Tout indique que nous entrons dans un cadre politique nouveau. Il y aura un avant et un après l’élection d’Emmanuel Macron.

Ce cadre politique nouveau, les conditions dans lesquelles il se construit, doit être analysé avec soin, car s’il est le produit de la lutte des classes, il va bien évidemment en retour impacter la lutte des classes. Dans un contexte marqué par l’absence d’un parti communiste capable de conduire la classe ouvrière pour se défendre, pour préparer une contre-offensive préparant les conditions pour l’affrontement révolutionnaire.

 

(Voilà bien un point sur lequel nous  différons d’opinion avec le PRCF. Dans une analyse de classe d’un contexte politique l’auteur doit prendre résolument une position de classe. Quelle est la position de classe du PRCF? Elle consiste à dupliquer l’analyse politique du grand capital à propos de l’élection de Macron. Quel est le point de vue ouvrier de classe à propos de cette mascarade électorale ? Le PRCF  répond  qu’il n’y a pas de parti communiste pour « conduire » la résistance de la classe ouvrière – d’ou conséquence la guerre de classe est perdue d’avance (sic). Ridicule. La  résistance de la clase a déjà débuté avec la grève des raffineries, l’abstention massive de la classe lors des législatives et la résistance quotidienne sur les chantiers et les usines… qui se  radicalise au grand dam de l’oligarchie syndicale qui a du mal à contenir la bravade et hausse le ton pour évider son débordement inéluctable. Robert Bibeau. Http://www.les7duquebec.com)

 

Cinq années de gouvernement socialiste sous la houlette de Hollande ont approfondi le mécontentement profond des masses populaires, de la classe ouvrière et au-delà, des couches moyennes et de la petite bourgeoisie. Ce mécontentement remonte à l’époque mitterrandienne et les espoirs déçus que son élection et la participation du PCF au gouvernement avaient nourris. On peut dire qu’en 2002, la crise politique éclate au grand jour, et qu’à partir de ce moment-là, on assiste à la montée de l’abstention et du vote blanc (on ne distinguera pas les nuls), parallèlement au recul permanent du PCF, dont la politique de trahison de classe de ses dirigeants est perçue par les masses. C’est l’époque des grandes attaques contre la classe ouvrière et les conquêtes sociales, qui provoquent des mouvements de riposte massifs, mais qui ne trouvent pas de débouchés, de par l’attitude de la direction de la CGT qui s’aligne sur la CFDT. De 2002 à 2012, le parti représentant la bourgeoisie est aux commandes, mais il est obligé de tenir compte du mécontentement et ne va pas jusqu’au bout des contre-réformes réclamées par la bourgeoisie, tandis que dans les départements et les régions, le PS domine, en appliquant une politique qui cadre tout à fait avec celle du gouvernement. Se répand l’idée qu’en fait, c’est Bruxelles qui décide et non la bourgeoisie française qui s’appuie sur Bruxelles pour faire passer sa politique, et qu’en politique, il n’y a pas de changement possible, si ce n’est à la marge sur des problèmes sociétaux, où droite et gauche, ce n’est pas important. Ce qui ne veut pas dire que pour nous, ces notions sont absolues et qu’elles ont un contenu fondamental !

 

Toujours est-il que le référendum de 2005 sur l’UE va traduire ce mécontentement. On a un taux de participation active très haut et le non l’emporte largement. Mais le Traité de Lisbonne, en annulant purement et simplement le vote populaire, va renforcer la méfiance pour les partis politiques en place. L’élection de Hollande en 2012 s’est faite dans l’ambiguïté : d’un côté un rejet de Sarkozy, et de l’autre une méfiance vis-à-vis du PS sans illusions. Notons que les directions réformistes de la CGT et du PCF vont, quant à elles, tenir un discours capitulard : elles vont cultiver l’idée que Hollande n’applique pas son programme, qu’il reculerait. C’est tout bonnement faux. Derrière les mots, le programme de Hollande était clair, c’est celui qu’il a appliqué. Les élections intermédiaires ont montré la désaffection de l’électorat et en particulier des travailleurs, des chômeurs, de la jeunesse. La politique mise en place a accentué le mécontentement sans que cela débouche sur des mouvements d’ensemble par manque de direction, la CGT rentrant dans une grave crise de direction (en réalité d’orientation).

 

De graves réformes ont été adoptées avec le soutien de la CFDT : ANI, lois Macron 1 & 2, mise en place de l’état d’urgence reconduit et aggravé, loi sur le renseignement, mais aussi réforme des collèges et des rythmes scolaires, attaques contre la fonction publique… Quand est venue la loi El Khomri contre le Droit du Travail, la coupe était pleine et la colère s’est exprimée : le Congrès de la CGT, sans rien changer sur le fond (il faut en avoir conscience), a cependant été marqué par une volonté de renouveau du syndicalisme de classe dans les sections d’entreprises et les organisations. L’alliance avec la CFDT a été conspuée. Dans les conditions de l’état d’urgence et des provocations policières, d’une direction confédérale divisée et peu encline à prendre en main la mobilisation d’un mouvement puissant et conquérant, la lutte contre la loi El Khomri a marqué la vie politique et renforcé l’expression du syndicalisme de classe dans la CGT.

 

Des organisations de la CGT demandent aujourd’hui le retrait de la CES, le retour à la FSM. Mais en même temps, la direction de la CGT n’a pas été en capacité, de par son orientation, de reprendre la lutte en septembre et d’organiser les travailleurs. Cette situation continue, les directions réformistes mènent le jeu, et la bataille va être difficile en l’absence d’un Parti Communiste d’avant-garde de la classe ouvrière.

 

(Que dire de ces élucubrations intellectuelles  du PCRF ? Cette organisation se verrait bien dirigée la  CGT et mettre la main sur les  cotisations qu’elle  recueille et surtout sur les  contributions budgétaires des patrons  à l’organisation. Pour ce faire le  secrétaire général explique au Comité central que la jonction sera difficile  entre un verbiage radical – nécessaire pour  appâter le prolétariat sans décourager le patronat.. jeu d’équilibre que la direction des  syndicats ne parviennent plus à assurer.  DE nouveaux  équilibristes  seront bientôt appeler… le  PCRF saura-t-il assurer ??  Robert Bibeau http://www.les7duquebec.com)

 

Mais en même temps, le cadre politique dans lequel les forces sociales en présence qui s’affrontent s’organisent, ne les représentait plus : la recomposition politique était à l’ordre du jour et sous le contrôle complet de la bourgeoisie dans l’ensemble. Du côté des forces populaires, le PCF, tiraillé entre l’expression de la colère et sa volonté de s’accrocher au PS pour conserver quelques sièges, s’est vite retrouvé hors jeu, et c’est Mélenchon qui s’est imposé dans la recomposition, avec la volonté d’en finir avec un PCF largement exsangue de militants, qui ne représente plus la classe ouvrière.

 

Si l’on se rappelle, avant notre rupture avec les camarades du PR-C, nous avions mis en garde contre le fait de croire que les élections étaient réglées, et souligné que Macron avait tous les atouts pour être le candidat de la bourgeoisie, justement dans le cadre de la recomposition. Les élections « primaires » à droite ont laissé voir de profondes divisions, mais la surprise fut la victoire de Fillon, quand la bourgeoisie dans son ensemble préférait Juppé. En fait, l’électorat de droite lui aussi avait besoin de s’y retrouver et le programme économique et social de Fillon de ce point de vue le satisfaisait. Mais il avait une faiblesse : la destruction de la Sécurité sociale, si elle emportait le soutien de la bourgeoisie des Assurances (AXA), ne ralliait pas la bourgeoisie de l’industrie pharmaceutique et du matériel médical, pour laquelle la Sécu est une source de financement public extraordinaire. Derrière, il y avait aussi un problème de choix d’orientation qui nous ramène à ce que nous avons dit sur le contexte international et les divisions dans les forces bourgeoises : en gros, Fillon incarnait une politique plus prudente vis-à-vis de l’UE, fondée sur le statu quo au plan institutionnel, une pause dans l’élargissement, une plus grande autonomie vis-à-vis de la Commission. Sur la Russie, il avait évoqué la levée des sanctions, la nécessité du dialogue, et sur la Syrie, il avait des positions moins bellicistes. Sur le Proche-Orient, d’autre part, il penchait visiblement pour l’Arabie Saoudite. Sur les États-Unis, il ne cachait pas ses sympathies pour Trump. Par contre, Juppé sur ces questions était dans la continuité avec Hollande, sur l’UE comme sur la Syrie et la Russie, ou sur les excellentes relations avec la Qatar. Et sur les questions sociales, Juppé s’inscrivait aussi dans une certaine continuité : s’attaquer à la classe ouvrière, oui, mais prendre son temps, tenir compte du mécontentement. Au moment de Noël, Fillon apparaît comme le futur Président, d’autant qu’il a rallié les autres courants anti-Juppé.

 

Mais visiblement la bourgeoisie avait fait un autre choix : celui de la recomposition pour une politique violemment anti-ouvrière et anti-populaire (de ce point de vue, c’est le programme de Fillon légèrement remanié), s’inscrivant pleinement dans les choix pro-UE de la majorité de la bourgeoise française, capable « de rattraper le retard de la France » sur les réformes qui ont déjà eu lieu dans les pays du nord de l’Europe et en Grande Bretagne, mais aussi en Grèce, en Espagne et en Italie. Une politique agressive au plan militaire face à la Russie, critique face à Trump, et la poursuite de la guerre en Syrie et en Afrique. C’était Macron ! Les scandales ont sûrement joué leur rôle, mais tout autant pour justifier la recomposition, le changement de méthode, etc.

 

Par contre, et vous lirez dans IC l’article sur le financement de la campagne Macron, si vous n’avez pas lu Mediapart, tout était prêt avant le départ de Macron de Bercy pour lancer sa campagne en particulier financièrement, tandis que les neufs milliardaires qui contrôlent 95% des médias apportaient leur soutien à Macron. Et ça a été plus efficace que tout le reste !

 

Pour revenir aux scandales, ils ont aussi permis d’éviter que viennent dans le débat les grandes questions politiques et que soit posée la question des responsabilités de la montée de la misère, du chômage, de la crise : à en croire la campagne électorale et une partie de la presse, cette responsabilité revenait à des politiciens corrompus amateurs de costumes à 13 000€, finançant sa famille par l’intermédiaire de détournement de l’argent public, ou à des emplois fictifs sur les financements de l’UE aux députés européens ! Certes les scandales Fillon, au regard même de son programme, de certaines prises de positions prétendument « morales », mettent en lumière la réalité des hommes politiques de la bourgeoisie, et de ce que le capitalisme génère : la corruption et la putréfaction des hommes qui le servent. Mais encore faut-il dénoncer le capitalisme et demander son renversement ! En fait, cette campagne (et celle contre Bayrou par la suite) n’avait comme finalité qu’une chose : préparer la recomposition en mettant en avant que le changement voulu et souhaité se réduisait à des changements d’individus, plus jeunes, plus féminins, sans cumul, etc. Et avec le capitalisme, sans régulation, sans le Droit du travail et avec l’état d’urgence et les lois liberticides, et la politique d’interventions militaires, bien sûr ! Bref, Macron et son mouvement !

 

(Quel est l’intérêt de lire ces  élucubrations de la petite-bourgeoisie radicale à propos du montage Macron de la part du grand capital –  texte que l’on pourrait lire dans une des publications des  milliardaires des communications de France?  Simplement vous convaincre que la cinquième colonne du capital introduite dans le camp prolétarien sous le nom de « communiste » est totalement démunie et ne sais que paraphraser les médias mainstream à la solde du patronat. Robert Bibeau  htto://www.les7duquebec.com)

 

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Dans cette période, ce qui est significatif de la volonté de la bourgeoisie de « faire du neuf » pour renforcer la position du capitalisme français, c’est l’implosion du PS. Il s’est vidé de ses cadres qui ont rejoint Macron en masse, c’est-à-dire la réaction, nous allons y revenir. Un mot sur Mélenchon, car quelques camarades nous ont demandé pourquoi ne pas l’avoir soutenu, et donc pourquoi le combattre. Dans la brochure que nous avons faite, nous expliquons pourquoi c’est un candidat du réformisme. Notre objectif politique n’est pas et ne saurait être de favoriser une opération qui mettrait la classe ouvrière à la remorque de la petite bourgeoisie. L’objectif de Mélenchon, c’est de reconstruire un PS « à gauche » et pas autre chose. Nous devons combattre la construction d’un Syrisa à la française, car s’il parvient au pouvoir, il fera la même politique que Tsipras, la crise (et ce n’est pas sûr) en moins.

 

Notre but, ce n’est pas d’accompagner les masses, mais c’est d’en être l’avant-garde. C’est le chemin inverse si l’on s’inscrit dans le moindre mal, dans le prétendu pas en avant. Par contre, nous avons dit qu’il fallait aller à la rencontre des électeurs de la FI et leur expliquer notre position. Là où nous l’avons fait, nous avons été écoutés avec attention, mais nous ne l’avons pas fait assez. Mais il faut être attentif à ce qui se passe. La nature a horreur du vide. Le Parti Communiste que nous voulons n’est pas reconstruit. Le succès de Mélenchon, qu’il n’a pas été capable d’apprécier le soir du premier tour, montre que pourrait se reconstituer une force réformiste sous un masque radical : c’est un phénomène international et qui doit être vu dialectiquement. L’absence d’un parti révolutionnaire et les effets de la contre-révolution laissent le champ au réformisme sous une forme moderne, mais en même temps, cela montre que dans les masses, il existe un potentiel de colère et de révolte que le mouvement communiste doit capter pour ne pas le laisser s’épuiser dans la gestion « humaine » du capitalisme.

 

(Que retenir de cet argumentaire ??  Il faut retenir que l’objectif de la go-gauche  de type PRCF n’est pas d’éradiquer le mode de production capitaliste mais de marauder l’électorat Mélenchonniste afin de grossir ses rangs électoralistes jusqu’au point d’être considéré par le  grand patronat comme un interlocuteur  valable pour négocier les RÉFORMES au mode de production capitaliste en décrépitude.  Peine perdue  camarade du PCRF la place est déjà occupée par Mélenchon, l’homme de gauche du patronat.  Robert Bibeau.  http://www.les7duquebec.com)

 

Par rapport à il y a vingt ans, il y a quelque chose qui bouge : la confirmation de Corbyn chez les Travaillistes, avec un discours « gauche », populaire, alors que tous les observateurs nous assuraient de la victoire du blayrisme, les résultats de Sanders aux USA, et de la campagne « Occupons Wall Street », montrent que le réformisme, comme avec Mélenchon, doit prendre un langage radical, contestataire pour pouvoir, ne nous leurrons pas, tromper les masses. C’est ce qu’ont fait aussi PODEMOS et Syriza, ce dernier ayant fait la démonstration pratique où cela menait. Que l’on ne compte pas sur nous pour participer à l’aventure !

 

Un élément de réflexion. Nous avons dit que la bourgeoisie s’était affrontée sur l’UE, les relations avec la Russie. Celle qui l’a emporté, c’est la fraction pro-union européenne fédéraliste, ultra libre-échangiste, belliciste à tout va. Mais au premier tour, force est de constater que les candidats qui expriment leur hostilité à la politique de l’UE, – et on peut penser que leur électorat est plus radical (c’est vrai pour Mélenchon) -, font 47,79 % contre 50,36 % (36,15 % des inscrits contre 38,17 %) des suffrages exprimés, auxquels il faut rajouter une partie des abstentionnistes et une partie de l’électorat Fillon. Alors certes ils ont des motivations différentes, mais en cas de problèmes graves, de contradictions aiguës éclatant entre la bourgeoisie française et ses rivales, il existe une solution de rechange possible « anti-UE » dans le cadre du capitalisme, y compris avec Mélenchon. Il faut s’y préparer.

 

LE FN

Venons en maintenant au FN et à Marine Le Pen. Son résultat est inquiétant et en même temps, il faut relativiser : 21,3 % des votants mais 16,14 % des inscrits, au premier tour des Présidentielles. C’est inquiétant, parce que le FN distille à longueur de temps la xénophobie, le racisme, et que les forces politiques de la bourgeoisie, y compris le PS (cela ne concerne pas la France Insoumise, mais dans quelques cas, certains élus du PCF), les intègrent sous une forme ou sous une autre, plus atténuée, plus civilisée, mais pas toujours ! C’est aussi vrai pour les questions sécuritaires (y compris en lien avec le racisme) : au fur et à mesure que se prolongeait l’état d’urgence, le gouvernement sous Hollande cédait devant la propagande du FN, en faisant adopter des mesures liberticides et en légiférant dans la même perspective lors de la loi sur le renseignement ou sur les pouvoirs de la police par exemple.

 

Et au-delà de la dernière période, on voit bien comment le FN a pu contribuer à faire renforcer les polices municipales, à mettre des caméras à tous les coins de rue, etc. Quand on nous parle avec un tremolo dans la voix du danger de l’extrême-droite, il faut avoir cela en tête et le rappeler. D’autre part, il faut prendre en compte qu’une partie de l’électorat de droite, et de celui de Dupont-Aignan qui avait appelé à voter pour elle, n’a pas hésité à voter pour elle au deuxième tour, pour les raisons que nous venons d’évoquer. Cela dit, la progression en voix de Marine Le Pen, par rapport à son père (particulièrement marqué par son passé politique avec les groupes néofascistes et l’OAS, et ses sorties antisémites) et à Mégret en 2002, est d’un peu plus de 2 millions de voix, ce qui ne représente qu’une progression de 5% des inscrits au premier tour. Et surtout, aux Législatives, le FN ne capitalise pas le résultat du deuxième tour des Présidentielles.

 

Certes il gagne 6 députés, mais cela est dû au caractère antidémocratique du scrutin (qui lui donne une sous-représentation). Dans les Hauts de France, où le FN obtient 5 sièges, seuls deux dépassent 20% des inscrits, et partout avec des taux d’abstention et de votes blancs et nuls dépassant les 60% confirmant là encore que l’électorat populaire n’est pas allé voter. Et ceux qui ont voté Le Pen semblent bien venir de l’électorat socialiste, ce qu’indiquent les réactions à l’usine Kenwood dans la Somme où les membres de la CFDT expliquaient aux journalistes qu’ils voteraient Marine le Pen ! C’est le résultat des désillusions apportées par la politique social-démocrate sur les secteurs les plus réformistes de la classe ouvrière, les moins conscients et sur le lumpen prolétariat des régions déclassées par la politique du Capital, avec l’accompagnement actif de la social-démocratie : quand le Capital fermait les mines dans le Nord /Pas de Calais, la région dirigée par le PS ouvrait des musées de la mine et des parcs d’attraction pour créer des emplois !

 

L’absence d’un parti communiste, indépendant de la classe dominante et de ses appareils politiques, ouvre la voix à la démagogie populiste, au « sens commun », au « bon sens », qui ne sont que l’expression de l’idéologie dominante !

 

Le fascisme, c’est la dictature ouverte, terroriste, de l’oligarchie financière, du capital monopoliste, une dictature sanglante, une politique de gangsters. C’est le recours à la terreur contre le mouvement ouvrier dans son ensemble, terreur criminelle, mais aussi contre tous ceux qui

s’opposent. C’est une politique de préparation à la guerre marquée par la volonté de refouler toute expression de

la lutte des classes et par la glorification d’un nationalisme exacerbé contre les peuples. Le fascisme, c’est la remise

en cause des formes institutionnelles traditionnelles de la dictature bourgeoise (ce que les idéologues bourgeois

appellent l’État de droit) pour faire place à un État d’exception permanent, sans contraintes juridiques, où la

bourgeoisie viole sa propre légalité. C’est la militarisation intégrale de l’économie au profit des seuls monopoles. Et

les partis fascistes préparent la dictature ouverte en utilisant la terreur.

 

 

Il existe des partis fascistes, mais pour

l’instant, ils sont en sommeil, sauf en Grèce avec l’Aube Dorée. Et ce n’est pas le Front National (dont il ne s’agit pas

non plus d’oublier qu’il provient en partie de ces groupes), qui représente une partie de l’extrême-droite. Cette

dernière expression est à manier avec précaution comme droite et gauche, car finalement elle renvoie à la vie

politique parlementaire.

 

Disons que l’extrême-droite se caractérise par des thèmes politiques et idéologiques visant à mettre en oeuvre la politique de la bourgeoisie monopoliste sans compromis. Elle s’inscrit en tant que telle dans les institutions

bourgeoises et elle n’est pas univoque : plusieurs courants la composent et s’affrontent, et d’un pays à l’autre, ce

que l’on désigne comme extrême-droite peut être différent, en fonction des traditions politiques : aux USA, on

trouve chez les Républicains comme chez les Démocrates des forces qui en Europe seraient classées à l’extrême-droite,

mais qui, aux États-Unis, sont seulement classés à droite.

 

Par contre, il y a un air de famille : le nationalisme et la xénophobie ; la volonté de créer les conditions optimales pour l’exploitation de la classe ouvrière au profit de la bourgeoisie monopoliste ; renforcer le caractère autoritaire, voire policier, de l’État ; créer les conditions les meilleures pour qu’elle affronte la concurrence internationale avec les autres impérialismes. Au-delà, des éléments peuvent diverger : par exemple plus ou moins de protectionnisme, mais aujourd’hui, pour tous, dans le cadre des politiques économiques libérales ; certains utilisent la démagogie sociale, les autres étalent l’arrogance élitiste de l’oligarchie financière ! Une chose est évidente : quel que soit le discours (voir celui de Marine Le Pen le soir du

second tour des législatives), les extrêmes-droites sont contre le parlementarisme bourgeois classique, contre les

fragments de la démocratie bourgeoise qui survivent, car cela peut être un frein à la politique du Grand Capital.

 

Mais le plus important, c’est de bien comprendre qu’elles sont les instruments directs de la politique de ce dernier,

qui sont mis en avant quand celui-ci a besoin de passer en force avec un rapport des forces favorable. Certains

courants sont ancrés sur leurs positions, d’autres peuvent rallier la droite classique une fois la tâche accomplie : le

cas le plus caractéristique, c’est De Gaulle, personnage qui doit être placé à l’extrême-droite, mais qui après 1958

ralliera la droite (et une partie du centre) et gouvernera en s’adaptant aux desiderata de la bourgeoisie. Mais il a

mis en place cette Vème République qui donne le cadre politique de la mise en oeuvre de la politique du Grand

Capital directement associé à l’appareil d’État.

 

La particularité du FN, jusqu’à aujourd’hui, c’est qu’il n’est pas à proprement parlé, une option de la bourgeoisie

pour l’alternance avec les autres forces politiques. C’est un parti qui sert de leurre. Il a été lancé pour ça par

François Mitterrand. Il crée un climat idéologique qui permet aux autres forces de la bourgeoisie de reprendre à

leur compte des positions qui n’auraient pas pu l’être par elles directement (sécurité, xénophobie). Mais il sert tout

autant de faire-valoir aux forces bourgeoises : contre le FN, on ne doit pas se poser de question et voter pour ceux

qui font la pire politique contre la classe ouvrière, LR, PS, MODEM et UDI ! Enfin, il sert à discréditer certaines

prises de position. Par exemple, toute critique de l’Union européenne et de l’Euro, voire aujourd’hui de l’OTAN, est

ramenée aux positions du FN. Il en est de même si vous ne considérez pas qu’aujourd’hui la menace contre la paix

ne vient pas plus de la Russie que des USA et de la France, de l’OTAN, dont la politique agressive est patente, et que

si la Syrie « de Bachar El Assad » est un régime bourgeois, pour autant, l’attaque contre cette république vise à

remettre la Syrie sous l’influence de la France et des USA, et à affaiblir la lutte du peuple palestinien au profit du

régime sioniste d’Israël et de l’Arabie Saoudite ! C’est le rôle qu’a joué le FN aux Présidentielles, élections qu’à

aucun moment il n’a été en mesure d’emporter. Simplement, cela a permis d’établir un consensus autour de

Macron dont on va voir la gravité. Et si certains sont sceptiques, qu’ils se remémorent le débat avec Macron où

Marine Le Pen a systématiquement mis son adversaire en position favorable ; mais surtout, sa déclaration en

sortant du studio, expliquant qu’elle n’était qu’un challenger !

 

La question qui a été posée pendant la campagne, c’est « Pourquoi ne pas voter Macron contre Le Pen étant donné

la menace qu’elle fait peser sur la population d’origine immigrée ?» Il y a plusieurs réponses.

 

Notre rôle n’est pas de pousser la classe ouvrière derrière des drapeaux qui ne sont pas les siens, pas plus contre Le

Pen que contre un autre ; les travailleurs d’origine immigrée sont des travailleurs et leur intérêt de classe, ce n’est

pas de soutenir un candidat dont le programme est sauvagement anti-classe ouvrière, il est pire que celui de Fillon,

puisqu’il en reprend les principaux axes et y ajoute l’aggravation de la Loi Travail, les attaques sur le financement

des retraites, l’accélération de la mise en oeuvre des directives européennes contre les travailleurs. Dans le cas

présent, vient s’ajouter un argument supplémentaire, qui a aussi prêté à discussion et continue de l’être dans

certains milieux : Emmanuel Macron, aujourd’hui, c’est un des courants de l’extrême-droite, celle dont la

bourgeoisie a besoin pour organiser le remodelage du cadre politique et la recomposition du champ politique !

 

 

Je disais plus haut qu’il n’y a pas unicité de l’extrême-droite : c’est ainsi qu’en 1932, les camarades du KPD en Allemagne, au deuxième tour des Présidentielles, ont avancé le mot d’ordre : « Voter Hindenburg, c’est voter

Hitler ! » Et la social-démocratie, les partis petits-bourgeois de s’étrangler et de dénoncer le sectarisme du KPD. Il

n’empêche que la suite a montré que ce sont les communistes qui avaient raison : quelques mois plus tard,

Hindenburg appelait Hitler au pouvoir. Comparaison n’est pas raison, évidemment, mais il faut réfléchir à cet

exemple. On ne bat pas l’extrême-droite qui s’exhibe en votant pour l’extrême-droite qui se donne une apparence

respectable ! Mais peut-on caractériser Macron (c’est un peu plus complexe pour qualifier son mouvement

aujourd’hui, même s’il s’inscrit globalement dans la même visée) à l’extrême-droite ? Il suffit d’examiner son projet

et son comportement politique.

 

Nous commencerons par le « ni de droite ni de gauche » pour pouvoir faire la politique ultra-réactionnaire dont la

bourgeoisie a besoin et que l’ancien clivage artificiel ne permettait pas. De Napoléon III à De Gaulle, en passant par

Boulanger et Pétain, on a eu droit à ce positionnement pour s’attaquer aux travailleurs et à leurs droits politiques

(dans le cadre de la démocratie bourgeoise). A cela on peut adjoindre son mépris profond du suffrage universel

sauf à des fins plébiscitaires : on se souvient de sa réaction, quand on lui a demandé s’il serait député, il y a trois

ans ! Et il nous annonce la réduction du nombre de parlementaires (-1/3) en même temps que la réduction de leur

rôle. Plus encore, et inquiétant, il annonce que la loi, finalement, c’est secondaire, l’important, c’est l’efficacité ! Et

dans cette optique, parler de renforcer le contrôle sur le gouvernement, c’est du vent. Là on est dans une vision qui

renvoie à des théoriciens du Droit, en Allemagne sous Weimar, qui feront le lit du nazisme.

 

C’est évidemment l’annonce de l’utilisation des pleins pouvoirs pour modifier la Loi Travail, mais visiblement pas seulement : les réformes sur les retraites, sur la fiscalité, etc., semblent devoir être traitées de la même manière puisque Macron

annonce qu’il faut que ce soit réglé pour janvier prochain ! Et donc, dans cette perspective, cela risque fort d’être la

pratique coutumière. Plus extrême-droite que ça, c’est difficile ! Et cela correspond aux desiderata des monopoles :

concentrer le pouvoir dans les mains de leur homme, comme ils tendent à monopoliser la vie économique !

 

Des éléments l’associent à l’extrême-droite dans la tradition de la Vème République : ce n’est pas un hasard s’il se

fait appeler « le chef » dans LRM, et si sa définition de la fonction est une présidence jupitérienne (en d’autres

termes, c’est le président qui gouverne, qui décide, les autres mettent en oeuvre). Il suffit de voir jusqu’où cela peut

aller : dans LRM, il décide de tout jusqu’à la nomination des candidats. De ce point de vue, il va jusqu’au bout des

tendances en mouvement dans un régime marqué par l’extrême droite.

 

Sur le renforcement du système autoritaire, il n’a pas de divergences avec Le Pen : la loi anti-terroriste prévue donne des pouvoirs nouveaux faramineux à la police et aux Préfets, assujettissant la justice à leurs décisions, ce qui

va permettre, au nom de la lutte anti-terroriste, de transformer des personnes suspectes aux yeux des autorités en

coupable. Cette loi va considérer les fichiers S comme des criminels d’intention ; significative, la déclaration

d’Edouard Philippe le soir du 11 juin : les Français auraient soutenu « l’adaptation de notre droit aux nouvelles

exigences de sécurité liées au risque terroriste ». Et face à Marine le Pen, Macron pouvait exprimer sa volonté (la

même qu’elle) de « renforcer les moyens de police » et « les mesures, y compris celles qui peuvent être privatives

de liberté, sur les fichiers S liés à des activités djihadistes ».

 

Cette loi va permettre d’en finir avec l’état d’urgence :

elle reprend les principales dispositions de celui-ci, les transformant en dispositions permanentes ; l’abandon de

l’état d’urgence, c’est sa pérennisation. Et par conséquent, le djihadisme sera remplacé par autre chose, déjà des

gauchistes ont été interdits de manifestations, parce que le préfet en a décidé ! En quoi cela se distingue-t-il de Le

Pen, alors que c’est ce que que réclame le FN depuis trois ans ? Et les socialistes ont largement pavé la route,

comme toujours.

 

Il y a aussi des éléments, certes secondaires, mais révélateurs : l’extrême-droite française n’a jamais digéré la

Révolution française, pas celle de 1789, mais celle de 1792-1794 qui en finit avec l’Ancien Régime radicalement. Or

Macron, le jour de son élection devant le Louvre, c’est justement le rappel de la continuité avec l’Ancien Régime,

dans une mise en scène visant à le présenter comme le chef providentiel, mais avec des références avec la

présidence des États-Unis (c’est plus moderne), ce que confirme le discours devant le Congrès à Versailles et son

projet de réforme constitutionnelle.

 

Or après le rappel de l’Ancien Régime, se produire deux fois à Versailles

(d’abord avec Poutine, ensuite avant que le gouvernement soit présenté au Parlement) n’est pas innocent. Ce n’est

pas un problème personnel. C’est la volonté affirmée de s’inscrire dans la continuité d’une prétendue histoire de

l’État et de la France, qui nie la lutte des classes et la réalité de classe concrète de l’État et de ses formes pour

revendiquer l’héritage de l’Ancien Régime. Et la référence aux États-Unis doit être bien comprise, car Macron a fait

Sciences Politiques. Il s’adresse au Congrès. Tous les observateurs comparent avec le discours sur l’état de l’Union.

Oui, mais à condition de se rappeler qu’en fait le modèle, c’est le discours du Trône en Angleterre (aujourd’hui c’est

plus formel, mais quand même), parce que la classe dominante aux USA a hésité longtemps entre monarchie et

république pour savoir quelle forme serait la meilleure pour assurer sa domination. Macron, et c’est ce qui le relie

à l’extrême-droite, comme De Gaulle en 1958, c’est la personnalisation du pouvoir (d’où la référence à la

monarchie, à Jupiter) pour permettre la mise en place « rapide », « efficace » de la politique de la bourgeoisie

monopoliste, ce qui signifie sans discussions, sans débats et sans compromis.

 

Politiquement, cela se traduit par le fait que Macron a pris le contrôle direct des services secrets en liaison avec la

question du terrorisme, et donc aussi de la police. Vous voyez des différences avec le Front National ? C’est la

même chose avec la remontée, une première, des Champs Élysées dans une auto-mitrailleuse avec les militaires,

avec la double signification, réaffirmation de la politique belliciste de l’impérialisme français (confirmée par le

voyage au Mali et le discours aux militaires sur le rôle civilisateur de l’armée française depuis 200 ans), mais aussi

avertissement qu’il pourrait utiliser l’armée en politique intérieure (C’est l’avantage de la donnée terroriste, le

« nous sommes en guerre » de Hollande, l’armée peut ouvertement être utilisée pour le maintien de l’ordre

bourgeois.

 

Et que l’on ne nous parle pas de fantasmes : entre vigipirate et l’état d’urgence, on a habitué les

Français à voir les militaires patrouiller dans les rues et les lieux publics en battle-dress armée jusqu’aux dents !).

 

Il y aussi l’appel de Brigitte Macron aux prêtres, pasteurs, rabbins et imams pour qu’ils prient pour la réussite du

président ! Pour le coup, dans un pays où la question de la laïcité a toujours été une question clivante à l’intérieur

des forces bourgeoises, cette dame, ayant fait toute sa carrière dans des établissements chics de l’enseignement

privé, met les pieds dans le plat !

 

Quand on parle de l’extrême-droite, on y associe le nationalisme. C’est d’ailleurs un des éléments de

stigmatisation, à juste titre, du Front National. Le problème, c’est que le nationalisme, comme le reste, n’a pas

toujours la même forme. Cela dépend des besoins idéologiques de la bourgeoisie. Si l’on observe la campagne

électorale de Macron et ces dernières semaines, justement ce qui frappe, derrière les discours creux sur

l’ouverture, sur le refus du repliement sur soi… ou sur la glorification de l’Union Européenne, c’est bel et bien

l’émergence, dans le comportement comme dans le discours, d’une thématique nationaliste et agressive.

 

L’utilisation à outrance du tricolore, des « Vive la France » hors de propos, les Marseillaises la main sur le cœur et

les yeux chavirés dans les meetings de Macron en témoigne. Il y avait le drapeau de Marie (UE) aussi. Mais cela

n’atténue pas ce que nous disons sauf à considérer que Macron serait l’agent de Bruxelles et de Merkel. Car en fait,

et cela est confirmé par le discours devant le congrès, c’est la volonté exprimée que la bourgeoisie française joue le

premier rôle dans l’UE ! Le discours de Versailles est traversé par un chauvinisme débridé pour exalter les

prétentions de l’impérialisme français. Macron, c’est le représentant de la bourgeoisie française, de l’oligarchie

financière française ! Il ne faut pas s’y tromper, l’Union européenne, il la considère « comme nous » : un

instrument aux mains des monopoles pour accroître l’exploitation de la classe ouvrière par sa propre bourgeoisie,

pour renforcer la défense du capitalisme et tenter de gérer la concurrence entre les groupes monopolistes rivaux !

Et donc le nationalisme, ici, vise à rassembler la classe ouvrière et le peuple de France derrière sa bourgeoisie pour

la soutenir face à ses concurrents et alliés ! Car le nationalisme n’est qu’une idéologie qui vise à mobiliser la

population sur les objectifs de la classe dominante, dans la concurrence internationale pour le partage du

monde, en niant la lutte des classes. Et là encore, Macron, dans son discours, est bien dans la posture de l’extrême-droite

: dans toutes ses interventions, il met l’accent sur la nécessité de mettre fin aux divisions artificielles comme

la division en classes, la lutte des classes à laquelle il faudrait mettre fin pour se rassembler derrière « l’intérêt de la

France » en « rejetant les extrémismes » !

 

Mais ce discours, dans un autre contexte, est le même que celui de

Horvath en Hongrie ou des dirigeants baltes et polonais : « Contre les extrémismes », mais en fait à chaque fois, il y

a une fausse fenêtre (chez nous Le Pen, chez les autres, les nazis pendant la seconde guerre mondiale) pour la

symétrie, car ceux qui sont visés, ce sont les travailleurs et ceux qui les défendent, les révolutionnaires. (…)

 

Il reste à examiner la question de la xénophobie et du racisme, qui nous a été posée tout au long de la campagne

des présidentielles et des législatives. « Vous ne pouvez pas dire que Macron et Le Pen disent la même chose ! Et

donc il faut empêcher l’élection de Le Pen ! » C’est d’ailleurs le seul argument du PCF et des dirigeants de la CGT.

 

La

première chose à dire, c’est que si l’on doit caractériser le positionnement d’un parti ou d’une personnalité, on ne

peut se concentrer sur un seul point de son programme. Sinon, certaines propositions de Marine Le Pen suffiraient

à la situer « à gauche » ! Autant le nationalisme est une caractéristique de l’extrême-droite, autant la xénophobie

et le racisme, quand la guerre n’est pas à l’ordre du jour immédiat, peut ne pas être une caractéristique essentielle,

même si ce n’est jamais loin de par la nature même du nationalisme et du chauvinisme.

 

Mais une fois que l’on a dit

cela, on n’a pas épuisé le sujet ! Sur cette question aussi, les arbres ne doivent pas cacher la forêt. Marine Le Pen

mène une campagne infâme contre les musulmans en prétendant qu’elle s’en prend aux intégristes, contre les

travailleurs immigrés qui fuient la misère dans laquelle le retour du capitalisme, dont elle se réjouit, les a plongés

dans les ex-pays socialistes, et contre les immigrants qui viennent d’Afrique et d’Asie, et qui tentent de rejoindre

notre pays ; elle participe donc des campagnes visant à diviser les travailleurs et faire porter le chapeau des maux

du capitalisme à une partie des victimes de l’exploitation et de l’oppression. Il faut combattre sans complaisance et

sur des bases de classe, pas sur le pathos dame patronnesse, ces campagnes idéologiques.

 

Le Pen propose de fermer les frontières françaises, de renvoyer ceux qui sont en situation irrégulière, et assimile

l’immigration à l’insécurité, etc. Mais heureusement le FN n’a jamais exercé le pouvoir, il débite un discours mais ne

porte pas la responsabilité de ce qui se passe. Mais Macron ? Avant tout, il nous faut rappeler que ce monsieur a

participé aux gouvernements, directement ou indirectement, du quinquennat Hollande, et qu’il est un soutien

fidèle de l’Union Européenne. Dès lors, on peut, lui, le juger sur des politiques mises en oeuvre, pas seulement sur

des intentions malsaines ! L’a-t-on entendu protester contre la manière dont les migrants étaient accueillis dans

notre pays ? Non. Protester contre l’envoi de la police par Valls et ses propos sur les musulmans et musulmanes, le

burkini, contre les Roms ? Non, pourtant, de ce point de vue, il faut être un fin analyste pour faire la différence avec

Le Pen ! S’est-il manifesté contre la tentative de remettre en cause la nationalité des condamnés d’origine

étrangère par le quinquennat social-démocrate, alors même que finalement le projet a été retiré ? Non, pourtant,

c’était soutenu par le FN, pas seulement par Valls !

 

Mais ce n’est pas fini. Dans son discours devant la chambre,

Édouard Philippe, après avoir fait quelques tours de passe-passe, ne vient-il pas de nous dire qu’il fallait faire le tri

entre les migrants car il n’est pas question de « subir » ? Ce qui est la position de Macron. Bien sûr qu’il est

nécessaire d’avoir une politique. Ce n’est pas là le problème : il est dans le fait qu’il s’agit de gérer un apport de

main d’oeuvre bon marché pour le profit des monopoles et non de s’attaquer réellement aux causes des

migrations : le capitalisme et ses politiques. Au contraire.

 

D’autre part, le soi-disant dilemme « fermeture ou

ouverture » est très relatif : l’une veut fermer « nos » frontières – françaises – à tout immigré, l’autre veut fermer

« nos » frontières européennes, en clair aux Africains et aux Asiatiques. Il approuve et est donc partie prenante de

la politique de l’UE qui les refoule en Méditerranée, provoquant des milliers de noyés. Et pas seulement : l’UE a

décidé en février dernier de livrer les rescapés à la Libye : ce pays aux mains des criminels de Al Qaïda, de Daesh,

de bandits de toutes sortes, grâce à l’agression de la France et de l’OTAN pour renverser et assassiner Kadhafi avec

le soutien de Macron comme d’Edouard Philippe, et pour le brut libyen à 10 dollars le baril au marché noir !

 

Ce

pays livré au chaos , où l’ONU dénonce le pillage, la détention, le racket, la torture, le viol, dont y sont victimes les

migrants ! Vous avez entendu Macron dire qu’il condamnait ? Non, il veut faire appliquer la décision. Et quand

l’Italie demande de l’aide, il fait répondre qu’il n’en est pas question ! Alors nous ne lui saurons pas gré du fait qu’il

se prononce pour accueillir quelques migrants fuyant la guerre et les persécutions : il est l’homme de

l’impérialisme français qui fait la guerre en Afghanistan, qui participe à la coalition américaine en Irak, qui a plongé

la Syrie dans la guerre et le terrorisme et se déclare prêt à profiter de toutes provocations pour intensifier

l’agression militaire.

 

Voilà pourquoi nous considérons qu’Emmanuel Macron est bel et bien une autre facette de l’extrême-droite : non

pas celle instrumentalisée par la bourgeoisie pour servir de faire valoir aux courants politiques de gestion des

affaires du capitalisme, mais celle dont elle a besoin aujourd’hui pour remodeler le cadre politique largement

rejeté par la population et recomposer le champ politique sous son contrôle exclusif, et ce au-delà même des

questions politiques que nous avons évoquées en commençant, car quelles que soit les options des fractions de la

bourgeoisie qui se sont affrontées, en dernière analyse, la politique que propose Macron peut permettre de faire

passer en force des mesures que toute la bourgeoisie souhaite.

 

De ce point de vue, la bourgeoisie a remporté un succès : LRM, que nous avons rebaptisé « La Réaction en

Marche », a en apparence renouvelé le personnel et l’offre (c’est l’économie de marché) politique. De fait, avec

43% des exprimés, Macron est mieux élu qu’Hollande, Sarkozy et Chirac en 1995 ! Les dirigeants du PCF et du

mouvement syndical portent d’ailleurs une responsabilité, car l’intérêt des travailleurs et des couches populaires,

c’était que le pouvoir soit le plus faible possible. La bourgeoisie a obtenu un consensus relatif (qu’elle tente de

consolider avec l’opération Simone Veil au Panthéon, avec son mari qui fut pendant 7 ans le collègue du vichyste

René Bousquet au Conseil d’administration d’UTA…) avec la politique sauvage qu’elle veut voir appliquer. Et les

premières annonces sont claires sur ce qui attend les masses populaires. Un autre élément est à prendre en

compte : LRM est présenté comme centriste, alors que sa plate-forme politique est très à droite (pour l’instant, on

ne peut pas complètement réduire ce parti au profil politique de son chef).

 

Or l’on voit bien aussi chez Les

Républicains une poussée vers l’extrême-droite en rapport avec les divergences déjà évoquées qui divisent la

bourgeoisie. Marine Le Pen veut transformer le FN en alternative crédible pour la bourgeoisie, comme c’est le cas

pour toute une série de partis de ce type en Europe (ex MSI en Italie …). Marion Maréchal-Le Pen, comme G.

Collard et comme Mme Ménard, appelle de ses voeux un rapprochement avec la Droite des Républicains,

souhaitant en finir avec le camouflage social. En effet, rien ne les sépare vraiment, y compris idéologiquement. La

recomposition devrait permettre une redistribution des cartes de la réaction. Ce d’autant que l’élection d’Éric

Woerth (contrairement à Ciotti la veille) comme président de la Commission des Finances, montre que les ruptures

chez les Républicains pourraient ne pas être terminées ! La bourgeoisie monopoliste met l’accent sur le « À droite

toute » ! Avec l’intégration du PS dans LRM, va être tentée la constitution d’un Parti Démocrate à l’américaine

(projet que caressaient Hollande et Valls, le PD italien et Obama) qui effacerait toute référence à l’histoire du

mouvement ouvrier, même réformiste, et permettrait un contrôle plus étroit des secteurs de l’aristocratie ouvrière

comme des nouvelles composantes de la classe ouvrière.

 

Cela dit, cette victoire est relative, et a des aspects de victoire à la Pyrrhus. D’abord parce qu’il est évident que le

programme de Macron n’a pas le soutien dont il a besoin ; ses 43% ne constituent pas l’adhésion à son programme.

Même une partie de l’électorat de Fillon est réticent. Pendant la campagne des législatives, des électeurs et

militants Républicains affichés sont venus me dire leur inquiétude sur le projet de loi travail, les ordonnances,

l’augmentation de la CSG etc. ! Les élections législatives le montrent : les taux de l’abstention et des votes blancs et

nuls sont historiques, jamais depuis 1848 ils n’ont atteint un tel niveau, et de très loin, pas même sous Napoléon III,

ou au moment de Boulanger ! C’est la caractéristique d’ailleurs de celles-ci.

 

Il y en a une autre : le deuxième tour ne

confirme pas le premier : le système électoral est anti-démocratique, les milieux populaires se sont abstenus de

choisir (quelle que soit la forme de ce refus) ; il n’empêche que les rares candidats du PCF font des scores

inattendus qui lui sauvent la mise, au plan parlementaire tout du moins, les candidats de France Insoumise aussi

(l’élection de Ruffin dans la Somme était inattendue par exemple). Le PS fait mieux que prévu, mais certains des

élus rejoindront Macron. Mais ce qui nous importe ici, c’est le fait que le tsunami Macron/LRM annoncé en sièges a

manqué d’eau ! Les sondages montrent une majorité pour la proportionnelle intégrale pour la première fois. La

réponse du gouvernement, un énième tripatouillage électoral, ne satisfera pas cette exigence. Et les institutions de

la bourgeoisie sortent de cette période électorale fortement discréditées.

(…)

POUR LIRE TOUT LE RAPPORT, téléchargez le PDF ci-dessous :

Télécharger « cc_24juin2017_PCRF.pdf »

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